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Full text of "Société de l'histoire de France"

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} 



MEMOIRES 



DU 



MARÉCHAL DE VILLARS 



IMPRIMBEUB DÂDPELBY-GOUVBRNEUR 



A NOGBMT-US-ROTROn. 



MÉMOIRES 



£ du..4«. Xruj^ yitLxje^ 



DTJ 

MARÉCHAL 



DE YILLARS 

PUBLIÂB d'après LS MARUSCaiT ORIGINAL 
PO01 LA ^OGI<Tlf DE L*HI3T0I1B DE »AlfGE 

IT AOGOMPÂOHiS 



DE CORRESPONDANCES INÉDITES ^ . p « 

PAR M. LE M»-^DE VOGUÉ 



M 



MEMBRE DE L INSnTOT. 



)> ' > TOME DEUXIÈME 




À PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

H. LAURBNS, SUCGESSBUR 
LIBRAIRE DE LA BOCléTi DE L*HI8T0IRE DE FRANGE 

RUE DE TGURMCHy H* 6 

M DGGG LXXXVII 

m p 



EXTRAIT DU RÈGLEMENT. 

Aet. 44. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

U nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller Texécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé à la tète de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du ConseU, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que Pédition 
des MEMOIRES DU MAstfcHÀL DE ViLLAKs, préparée par M. le 
M'* m YoGirf, lui a paru digne d'être pMiée par la Sociiri 
DE l'Histoieb de Fkarge. 

FaU à Paris, fe 45 novembre 4886. 

Signé : L. LALANNE. 



Certifié : 
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 

A. DE BOISUSLE. 



MÉMOIRES 

DU MARÉCHAL DE VILLARS 



En partant de Vienne pour revenir en France, le 
marquis de Yillars passa par Munich et demeura trois 
jours auprès de l'électeur de Bavière, avec lequel^ il 
avoit été autrefois en grande liaison^. Ce prince lui 
confia rintelligence parfaite où il étoit avec les deux 
couronnes, et lui dit qu'il n'attendoit que le moment 
favorable pour la faire connoltre à tout l'Empire. Le 
marquis de Yillars passa ensuite chez le prince de 
Bade, qu'il trouva à Offemboui^, préparant tous les 
matériaux pour l'ouverture de la guerre , lorsqu'il la 
pourroit commencer en Allemagne, de concert avec 
les puissances maritimes et avec tous les princes qui 
s'engageoient dans la ligue. 

Le prince de Bade lui apprit deux nouvelles fort 
importantes. La première étoit la mort de l'archiduc, 
fils unique du roi des Romains ; la seconde étoit que 

1. Ricous écrit de Munich à Torcy le 6 et le iO août 1701 : 
ff M. de Villars a été ici quelques jours; M. l'électeur Ta parfai- 
tement reçu et lui a témoigné beaucoup de confiance et d'ami- 
tié. » — « M. rélecteur a dit au marquis de Yillars (en parlant 
de la guerre) qu'il y revoit tous les jours et qu'il avoit déjà des 
projets écrits de l'épaisseur de deux doigts. » — Arch. des affaires 
étrangères. Bavière, 43, fol. 206, 213. 

U 1 



2 MÉMOIRES DE YILLARS. [1701 

Tarmée impériale, commandée par le prince Eugène 
en Italie, avoit passé le Minçio devant celle des deux 
couronnes. 

Gomme. le prince de Bade et le marquis de Yillars 
avoient souvent raisonné à Vienne sur toutes les diffi- 
cultés que trouveroit l'qrmée de Fempereur à sortir 
des montagnes et à entrer dans des pays où elle 
n'avoit ni places, ni alliés, il étoit aussi surpris que 
Tétoit le marquis de Villars que cette armée eût débou- 
ché sans obstacle, et qu'elle eût passé les rivières du 
Pô, de l'Adige, du Tanaro, du Canal-blanc, et ensuite 
celle du Mincio, sans la plus légère opposition des 
armées de France, d'Espagne et de Savoye, infiniment 
supérieures à toutes les forces de l'empereur. 

Ces heureux commencements pour l'empereur éton- 
nèrent l'Italie, animèrent et réunirent toutes les puis- 
sances qui se préparoîent à la guerre contre la France. 
Le roi, irrité de la foiblesse qui paroissoit dans la con- 
duite du maréchal de Gatinat, prit la résolution d'en- 
voyer en Italie le maréchal de Villeroy. Il en reçut les 
ordres quinze jours avant l'arrivée du marquis de 
Yillars auprès du roi, et demanda à Sa Majesté que le 
marquis de Villars allât servir en Italie avec lui ; de 
sorte qu'un des gens du marquis de Villars vint au- 
devant de lui, à deux postes de Paris, et lui apporta 
les ordres de Sa Majesté pour aller incessamment en 
Italie. Le jour d'après, il se rendit auprès du roi, et 
Sa Majesté, dans l'audience particulière qu'elle lui 
donna, lui marqua une extrême satisfaction de ses 
services et l'honora des paroles les plus obligeantes et 
les plus remplies de bonté. 

Le marquis de Villars, pénétré de ses expressions, 



1701] ' MâMOIRES DE VILLARS. 3 

lui dit cependant : c Mais Votre Majesté a fait duc M . d'Har- 
court, M. de Tallard, chevalier de ses ordres, elle lui a 
même donné un gouvernement de province ; qui pourra 
croire que Votre Majesté soit aussi satisfaite qu'elle 
parott Tètre de ma conduite, lorsque mes camarades 
reçoivent les plus grandes grâces, et que cependant 
je ne suis honoré d'aucune ? Votre Majesté sait bien 
pourtant que ce qui s'est passé à Vienhe a déterminé 
le testament du roi d'Espagne, et que les grandes pro- 
positions que l'empereur m'a chargé de faire à Votre 
Majesté ont fait résoudre l'Angleterre et la Hollande 
au traité de partage. J'aurai donc battu les buissons, 
et les autres auront pris les oiseaux. > Sur cela, le roi 
lui dit encore des paroles très flatteuses, à quoi le mar- 
quis de Villars répondit : c II faut donc, sire, que je 
porte écrit sur ma poitrine tout ce que Votre Majesté 
me fait l'honneur de me dire ; car, qui pourra penser 
que je l'aie bien et utilement servie, lorsqu'elle ne 
fait rien pour moi ?» Le roi dit : c Vous vous aper- 
cevrez, aux premières occasions, à quel point je suis 
content de vous. » Ainsi finit la conversation, et le 
marquis de Villars partit véritablement affligé. 

En arrivant à Lyon, il trouva un courrier du maré- 
chal de Villeroy qui portoit à la cour les nouvelles de 
l'affaire de Ghiari^, qui n'avoit pas été heureuse aux 
troupes des couronnes. En prenant congé de Sa Majesté, 
le maréchal de Villeroy Tavoit laissée vivement piquée 
de l'inaction honteuse de ses armées, et de ce qu'elles 
n'avoient apporté aucun obstacle au progrès de la 
marche de celle de l'empereur pour arriver dans le 

i. l" septembre 1701. 



4 MÉMOIRES DE VILLARS. [1701 

Milanez. Ainsi, il cherchoit une action. Le prince 
Eugène étant campé à Ghiari, le maréchal de Villeroy 
crut pouvoir l'attaquer dans ses postes et marcha à 
lui par des pays si couverts qu'il ne put jamais bien 
connoltre sa disposition. Il trouva de Tinfanterie bien 
postée, qui reçut la sienne par un grand feu, et, après 
une attaque fort inutile, dans laquelle on perdit beau- 
coup de gens, il fallut se retirer. H. le duc de Savoye 
s'y distingua fort, s'exposa souvent et offrit au maré- 
chal de Villeroy de reconmiencer le combat à la tête 
de ses propres troupes. On ne crut pas devoir le ten- 
ter; mais néanmoins cette affaire, où les ennemis 
n'eurent d'autre avantage que d'avoir soutenu leur 
poste, leur fit beaucoup d'honneur dans toute l'Italie. 
Le marquis de Yillars voyant, par les nouvelles que 
lui apprit ce courrier, que la guerre conunençoit à 
devenir vive, continua sa route avec toute la diligence 
possible, [et sans s'arrêter un moment dans ses terres 
qu'il traversoit^]. Hais la fatigue d'un voyage de près 
de 500 lieues en poste, l'extrême chaleur de la saison, 
le défaut de sonuneil, un peu de chagrin joint à tout 
cela altérèrent sa santé. En traversant la Savoye, il se 

1. Ce membre de phrase est rayé dans le manuscrit d'une main 
différente de celle qui a fait les corrections et suppressions pos- 
thumes que nous avons attribuées à l'éditeur anonyme de 1734 ; 
on serait porté à croire que cette suppression a été faite par le 
maréchal lui-môme, se souvenant de ce qu'il avait écrit au début 
de ses mémoires (t. I, p. 193) sur la modicité de son patrimoine. 
Il résulte de son contrat de mariage qu'en 1701 il ne possédait 
qu'une maison à Gondrieu, le château dQ la Chapelle en Lyon- 
nais et celui de Villeneuve-le-Marc en Dauphiné, habitations 
très modestes entourées de quelques terres d'un revenu de 6 à 
7,000 livres, entièrement absorbé par les pensions à servir à la 
marquise de Villars et à ses autres enfants. 



4701] HÉMOIRES DE YILLARS. 5 

trouva attaqué d'uue dyssenterie fort violente, malgré 
laquelle il arriva à cheval à Turin dans un danger évi- 
dent pour sa vie. A peine fut-il arrivé dans la prin- 
cipale hôtellerie que beaucoup d'honnêtes gens le 
vinrent voir, et que le marquis de Prié, revenu depuis 
peu de jours de son ambassade de Vienne, le mena 
loger dans son palais. G'étoit un grand soulagement 
pour un homme dangereusement malade de sortir du 
bruit d'un cabaret pour aller dans une maison belle 
et tranquille à portée de tous les secours. Mesdames 
royales renvoyèrent visiter sur-le-champ par leurs 
médecins, et tous de concert empêchèrent qu'il ne 
prit du remède d'Helvétius ^ qu'il avoit apporté avec 
lui de Paris. Leur raison étoit que sa dyssenterie 
n'étoit point causée par les fruits, ni par aucune indi- 
gestion, mais qu'elle venoit d'un sang échauffé par un 
excès de fatigue. Ils représentoient de plus que ce 
remède n'avoit point réussi dans l'armée d'Italie, où 
il y avoit eu beaucoup de dyssenterie, et citèrent par 
exemple que le chevalier de Tessé en étoit mort après 
en avoir pris. Cette contestation des médecins dura 
deux jours, pendant lesquels le marquis de Villars 
s'affoiblissoit de plus en plus. Le troisième, malgré 
tous les raisonnements que les médecins ont accou- 
tumé de faire pour combattre les remèdes qu'ils n'or- 
donnent pas eux-mêmes, le marquis de Villars prit 
celui d'Helvétius. L'effet en bt prompt, et si heureux, 
qu'il le guérit presque dans le moment. Quatre ou 

1. Adrien HëlvétiuB (1661-1727), second des médecins de ce 
nom et grand-pôre du célèbre philosophe financier, avait une 
poudre mystérieuse contre la dyssenterie qui fit sa fortune et se 
trouva être la racine d'ipecacuanha. 



6 MÉMOIRES DE YILLAB8. [1701 

cinq jours après, quoique très foible encore, il prit la 
résolution de se rendre à Farmée, dont le voisinage 
avec celle des ennemis attiroit de fréquentes actions, 
et presque toutes malheureuses pour les troupes du 
roi. Mesdames royales, desquelles il alla prendre congé, 
lui marquèrent beaucoup de bonté. Il se rendit en 
poste à Milan; M. le prince de Yaudemont le fit loger 
dans le palais, et, comme il devoit partir lui-même 
dans trois jours pour joindre Tarmée, il le retint pour 
faire le voyage ensemble. Us partirent dans la même 
chaise et se rendirent à Pizzighitone, lieu connu par la 
prison de François I*% qui fut conduit dans ce château 
après la perte de la bataille de Pavie. Us furent obli- 
gés d'y demeurer deux jours pour attendre les arran- 
gements de l'escorte qu'on lui envoya de l'armée, et 
ils partirent le 4 octobre. Le maréchal de Villeroy 
avoit envoyé au-devant d'eux le marquis de Villiers^, 
brigadier de cavalerie, le comte de Cavaillac, com- 
mandant les troupes de Son Altesse Royale, M. de 
Yandeuil^, colonel, et M. d'Hymécourt^, colonel d'in- 
fanterie, avec 800 chevaux et 400 hommes de pied. 

Le petit séjour du prince de Yaudemont à Pizzighi- 
tone donna lieu, selon toutes les apparences, aux 

i. Et. Berauld de Villiers-le-Morhier, entré au service en 1667, 
fît brillamment toutes les campagnes, était alors mestre de camp 
d*un régiment de son nom, fut brigadier en 1702, maréchal de 
camp en 1704 et mourut en 1706. 

2. M. de Glérembault de Yendeuil fut tué à la bataille de Luz- 
zara, le 15 août suivant. 

3. Gésar-Hector de Vassinhac d*Imécourt, né en 1651, mort 
en 1743; cavalier dans la compagnie do son père en 1672, il fut 
successivement capitaine, lieutenant -colonel et colonel de ce 
même régiment, fit toutes les campagnes jusqu'en 1704, fut 
maréchal de carap on 1718 et heutenant général en 1734. 



1701] MÉMOIRES DE VILLARS. 7 

ennemis d'être avertis de sa marche, et l'on trouva, 
en approchant d'une petite ville appelée Gastelleone, 
le général Mercy à la tête d'un corps beaucoup plus 
considérable que les escortes. Il se mit en batfiille dès 
qu'il en vit paroitre les premières troupes. Le marquis 
de Villiers envoya sur-le-champ avertir M. de Vaude- 
mont, dont le capitaine des gardes, qui marchoit à 
côté de la chaise, se jeta pied à terre et donna son' 
cheval au marquis de Yillars, qui courut diligemment 
à la tète de l'escorte qui commençoit à se former. 
Aucun des cavaliers ne savoit que le marquis de Yil- 
lars fût si près d'eux, et, dès qu'ils le virent l'épée à 
la main, ils s'écrièrent : c C'est notre général que Dieu 
nous envoie. » Les ennemis avoient commencé par 
charger l'avant-garde avec leurs premières troupes ; 
mais, comme ils virent que celles de France se for- 
moient, ils se mirent aussi en bataille de leur côté. 
Un petit ruisseau, que l'on nomme Biaillere en ce 
pay»-là, séparoit les troupes. Le marquis de Yillars fit 
avancer les 400 hommes de pied que commandoit 
d'Hymécourt et les plaça sur le ruisseau, ce qui lui 
donna le moyen d'en reconnoitre la qualité. Dès qu'il 
eut trouvé que le fond en étoit bon, et que les bords 
en étoient peu escarpés, sachant d'ailleurs l'avantage 
qu'il y avoit à attaquer, il passa le ruisseau et marcha 
aux ennemis. La charge fut heureuse ; ils furent ren- 
versés, mais leur seconde ligne ayant soutenu et réta- 
bli le désordre de la première, celle du marquis de 
Yillars fut nécessaire pour achever de rompre les 
ennemis, et tout fut renversé. Malheureusement pour 
eux, ils trouvèrent à 300 pas de là un ruisseau fort 
difficile à passer, et les François, animés par la dureté 



8 UÉMOIRES DE YILLARS. [1701 

que les impériaux avoient exercée sur eux dans les 
précédentes affaires, qui avoient toutes été heureuses 
aux ennemis, exercèrent la même dureté dans cette 
occasion et firent peu de quartier. Ainsi, Ton ramena 
peu de prisonniers, mais plus de 200 chevaux, et Ton 
ne perdit que deux ou trois officiers subalternes et 
environ vingt cavaliers ou dragons. 

Après ce petit combat, le prince de Yaudemont et 
le marquis de Yillars continuèrent leur voyage et trou- 
vèrent le maréchal de Villeroy qui venoit au-devant 
du prince de Yaudemont et qui étoit déjà informé de 
l'heureux succès qu'ils avoient eu dans leur marche. 
Le maréchal de Yilleroy et le marquis de Yillars étoient 
assez accoutumés à citer des vers de comédie, et le 
maréchal faisant compliment au marquis sur l'aventure 
qui venoit de lui arriver, et sur la joie que les troupes 
avoient de le revoir, le marquis de Yillars lui dit ces 
vers de Racine dans Bajazet : 

Comptez qu'ils me verront encore avec plaisir, 
Et qu'ils reconnoitront la voix de leur vizir. 

Il est constant, en effet, que la cavalerie, dont le 
marquis de Yillars étoit général depuis plusieurs 
années, avoit en lui beaucoup de confiance, et il y parut 
dans plusieurs affaires que l'on eut avec les ennemis 
pendant le reste de la campagne. Elles furent toutes 
avantageuses aux troupes du roi, au lieu que toutes 
les précédentes l'avoient été aux ennemis. 

On fit un fourrage peu de jours après son arrivée, 
à quatre lieues du camp, et il étoit difficile que les 
ennemis n'en fussent pas avertis. Aussi fut-il attaqué 
en divers endroits, mais les ennemis furent repoussés 
partout et avec perte. 



1701] MÉMOIRES DE YILLÂRS. 9 

L'armée ayant consommé tous les fourrages qui 
étoient au delà de TOglio, les généraux résolurent de 
repasser cette rivière et de quitter le camp d'Urago. 
Il y avoit alors quelque espèce de division entre Son 
Altesse royale et nos généraux, qui vouloient sans 
fondement lui croire une intelligence secrète avec les 
ennemis, et qui, par cette raison, lui cachoient leurs 
desseins et les mouvements qu'ils vouloient faire. 
Celui de repasser TOglio exigeoit un grand secret, 
parce que l'armée ennemie n'étoit qu'à une Ueue et 
demie de nous, et, pour assurer notre arrière-garde, 
il étoit nécessaire de retrancher le quartier général 
d'Urago. Ce fut aussi ce que les généraux ordon- 
nèrent, et la généralité ayant monté à cheval sur les 
cinq heures du soir pour se promener, M. le duc de 
Savoye fut assez surpris de ce que l'on retranchoit 
son quartier, sans qu'il en eût aucune connoissance. 
Il en demanda la raison à M. le maréchal de Yilleroy 
avec un air d'étonnement, mais néanmoins sans y 
joindre aucune parole qui marquât sa juste indignation. 

L'armée se mit en marche à l'entrée de la nuit et 
repassa tranquillement la rivière. Les ennemis s'avan- 
cèrent seulement le jour d'après et tirèrent quelques 
volées de canon qui firent peu d'efifet . Dans cette occa- 
sion, le maréchal de Gatinat, s'étant avancé à pied pour 
examiner leur disposition, fut légèrement blessé au 
bras d'un coup de fusil. Plusieurs officiers ennemis, se 
promenant sur le bord de la rivière, s'adressèrent à 
quelques-unes des troupes du roi et leur deman- 
dèrent des nouvelles du marquis de Yillars. c Vous 
pouvez, » répondirent-ils, c vous adresser à lui-même, 
car il est à trente pas d'ici. » Sur cela, le comte de 



10 MÉMOIRES DE VILLARS. [1701 

Falkenstein s'avança et lui fit des compliments de la 
part du prince Eugène et des autres généraux de sa 
connoissance. 

Le 1 4 novembre, l'armée des couronnes alla cam- 
per à Tissingo, et, le 15, elle se sépara en plusieurs 
quartiers. Le maréchal de Villeroy donna au marquis 
de Yillars une partie considérable de l'armée pour 
aller couvrir le Milanez et garder la rivière de l'Adda. 
Il avoit à ses ordres toutes les troupes espagnoles, que 
l'on appelle de CÊtat, commandées par le duc de 
Sesto, général de la cavalerie d'Espagne, avec les- 
quelles il se plaça le long de l'Adda, mettant son 
principal quartier dans la ville de Lodi. 

La campagne étant déjà fort avancée, elle finit sans 
autres actions que quelques partis qui se montrèrent 
entre les rivières de l'Adda et de l'Oglio. Mais les 
troupes du roi y conservèrent toujours l'air de supé- 
riorité qu'elles avoient repris depuis l'arrivée du mar- 
quis de Yillars. 

Le maréchal de Villeroy établit son quartier géné- 
ral à Casai-Major, d'où le marquis de Yillars partit le 
15 décembre pour se rendre à la cour, où, depuis 
près de quatre ans, il n'a voit été que huit jours. Il 
passa à Turin, alla faire sa cour à Leurs Altesses 
royales et prit congé des princesses. Le jour d'après 
son arrivée, le duc de Savoye lui dit le soir : < Nous 
ne nous quitterons pas sitôt ; il faut que nous causions 
ensemble. » 

Le marquis de Yillars craignoit extrêmement cette 
conversation particulière. Il savoit qu'elle rouleroit 
sur des plaintes très vives contre le maréchal de Yil- 
leroy et contre le prince de Yaudemont; et, comme il 



1701] MÉMOIRES DE VILLARS. 11 

étoit de leurs amis, qu'il savoit d'ailleurs qu'ils avoient 
la confiance entière du roi, il ne vouloit pas que M. le 
duc de Savoye pût le prendre à témoin des reproches 
qu'il leur faisoit. 

Cependant, il ne put éviter cet entretien. Le mar- 
quis de Prié, chez lequel il étoit logé, le retint à diner, 
et le comte de Non, un des confidents de Son Altesse 
royale, vint manger avec lui. c Voudriez- vous partir, i 
lui dit le comte, c sans voir encore notre maître? > 
Le marquis de Villars lui répondit c qu'il avoit eu 
l'honneur de prendre congé de lui. > Le comte de 
Non se leva de table et fit signe au marquis de Prié 
pour retenir le marquis de Villars. Le moment d'après, 
il revint et dit que c'étoit de la part de Son Altesse 
royale qui l'envoyoit pour prier le marquis de Villars 
de l'aller voir. Il l'attendoit en effet dans son petit 
appartement. 

La conversation commença par les assurances d'es- 
time et d'amitié que lui donna ce prince, et il lui dit 
ensuite qu'il étoit bien aise de lui ouvrir son cœur sur 
la conduite du maréchal de Villeroy et du prince de 
Vaudemont, conduite dont il avoit lui-même été témoin 
en partie. Il ajouta, qu'en diverses occasions, ces 
deux messieurs avoient marqué des défiances très 
offensantes pour un prince comme lui ; qu'il avoit été 
sage; qu'il avoit marqué son zèle pour les couronnes, 
même à l'affaire de Ghiari , où l'on savoit que, les 
troupes du roi s'étant rebutées, il avoit offert les 
sicnqps pour recommencer le combat ; qu'il prioit le 
marquis de Villars de rendre les témoignages qu'il 
devoit attendre, plus encore de la vérité de son carac- 
tère, que de son amitié ; qu'enfin, il étoit outré et qu'il 



H MÉMOIRES DE VILLÀR8. [170S 

étoit très bonne, et dont la garnison étoit considé* 
rable, il différa au lendemain à donner des ordres aux 
troupes du roi, attendant les confirmations qu'il pou- 
Yoit avoir de la marche des ennemis. 

Cependant un prêtre, nommé Gassoly, prévôt de 
Notre-Dame-la-Neuve, avoit découvert au prince de 
Savoye que, par un aqueduc sous terre, on pourroit 
entrer dans la ville. Cette route bien reconnue, 
400 hommes choisis la suivirent, et une heure avant 
le jour se rendirent maîtres d'une porte de la ville par 
laquelle le prince Eugène entra avec une partie de ses 
troupes. 

Ce premier succès ne lui permit plus aucune crainte. 
Le maréchal de Yilleroy n'eut que le temps de monter 
à cheval et fut arrêté en sortant >de sa maison. Le 
hasard fit que le colonel du régiment des Vaisseaux^ 
nommé d'Entragues, avoit ordonné que son régiment 
se mit sur les remparts poiu* en faire la revue ; des 
Irlandais, au premier coup, se mirent en bataille dans 
leur quartier, et ces troupes renversèrent celles des 
Impériaux qui marchoient sur le rempart. Le prince 
Thomas de Vaudemont, fils du prince de Vaudemont, 
gouverneur du Milanez , venoit de l'autre côté du Pô 
pour se saisir du pont, ce qui lui auroit été facile si 
les troupes, qui étoient dans la ville, l'avoient favorisé 
par quelque mouvement. Mais trop de confiance fit 
négliger cette précaution. La garnison, qui étoit très 
nombreuse, se rassembla; elle battit les premières 
troupes des ennemis, et le prince Eugène ne pouvant 
espérer de secours du prince de Vaudemont pour se 
rendre entièrement maître de la ville, se retira après 
onze heures de combat. Il le fit d'autant plus sagement 



170S] MÉMOIRES DE VILLARS. 15 

qu'il y avoit à Crémone un château qu'il n'auroit pu 
prendre en moins de deux jours, et par lequel toutes 
les autres troupes des deux couronnes seroient venues 
aisément au secours de la garnison. 

Le marquis de Grenan^, lieutenant général, fut tué 
dans cette affaire, aussi bien que d'Ëntragues et plu- 
sieurs braves officiers subalternes. 

Le maréchal de Yilleroy fut conduit à Inspruck et 
de là à Gratz, où il resta dix mois. Le commandement 
de l'armée, vacant par sa prison, fut donné au duc de 
Vendôme, qui partit sur-le-champ pour se rendre en 
Italie, et tous les officiers généraux qui avoient servi 
dans cette armée eurent ordre de le suivre. 

Dans le même temps, le roi, informé de l'intention 
où étoit l'électeur de Bavière de se déclarer pour la 
France, destina le marquis de Yillars à commander les 
troupes qui pouvoient l'aller joindre. Mais ses desseins 
étoient tenus fort secrets, et l'électeur ne paroissoit 
avoir d'autre objet que de se tenir dans une exacte 
neutralité. 

Le marquis de Yillars n'avoit pas une connoissance 
certaine de sa destination ; mais , dans le doute, et 
pendant que les officiers généraux de l'armée d'Italie 
avoient ordre de s'y rendre, il demanda une permis- 
sion de demeurer à Paris. Elle lui fut d'autant plus 
agréable qu'ayant épousé une très belle dame, il auroit 

1. Pierre de Perrien, marquis de Grenant, entré au service 
en i668, combattit sous Tu renne et Gondé; gouverneur de Gasal 
en 1687, il rendit cette ville avec honneur le 4 juillet 1695. Gou- 
verneur de Gondé en 1697, lieutenant général depuis 1693, il 
commanda Grémone tout l'hiver 1701, fut blessé à Tépaule en 
sortant de chez lui, lors de la surprise de cette ville, et mourut 
huit jours après. 



16 MÉMOIRES DE VILLARS. [1708 

été fort chagrin de s*en séparer si promptement. 
Ainsi, il passa Thiver entier à Paris et à la cour. 

Cependant, lorsqu'on fut sur le point d'ouvrir la 
campagne, il demanda au roi à partir pour l'Italie, 
représentant que, dans cette armée très considérable 
pour le nombre, le comte de Revel^ étoit son unique 
ancien, et que, par conséquent, il y conunanderoit 
l'aile gauche de l'armée, au lieu que, dans celle d'Al- 
lemagne, il avoit pour anciens les marquis de Gha- 
milly, d'Huxelles, de Yeins, MM. de Bertillac et de la 
Breteche*. Cette armée ne de voit pas être bien nom- 
breuse. Cependant, le roi persista dans la résolution 
de destiner le marquis de Villars à servir dans l'armée 
du Rhin. 

Pendant l'hiver, il put juger par quelques lettres 
que M. de Chamillart lui écrivit de Versailles, et par 
quelques conversations qu'il eut avec ce ministre sur 
les forces de l'électeur de Bavière et sur l'usage que 
l'on en pourroit faire, que le traité s'avançoit ; mais il 
ne fut conclu que dans le milieu de la campagne^. 

1. Gh.-Am. de Broglie, comte deRevel, servit avec distinction 
sous Turenne et Gondé, lieutenant général en 1688, commandait 
Crémone en second lors de la surprise et après la prise de Yil- 
leroy et de Grenan, se mit à la tête de la garnison et chassa 
Tennemi de la place ; Gordon bleu en i 703, quitta le service actif 
et mourut en 1707. 

2. Noël Bouton, marquis de Ghamilly, et Nie. du Blé, marquis 
d'Huxelles, depuis maréchaux de France, étaient lieutenants 
généraux de 1678 et 1688 ; les trois autres étaient, comme Vil- 
lars, de la promotion du 30 mars 1693. Pinart {Chronol. milit.) 
écrit leurs noms : Jean de Garde d'Agoult, marquis de Vins, 
Nie. Jeannot de Bartillat et Esprit de Jousseaume marquis de 
la Bretôche. 

3. Le premier traité entre Max. Emmanuel et Louis XIV fut 
signé le 9 mars 4702; des articles additionnels furent signés à 



1702] BIÉMOIRES DE VILLARS. 17 

Cependant les hostilités oommencèrent en Flandres. 
Les premières furent de la part de l'électeur Palatin, 
qui fit arrêter sur le Rhin des bateaux que Ton desti- 
noit au siège de Kaiserwerth. Ainsi, tout se prépara à 
l'ouverture de la campagne en Flandres et en Alle- 
magne; car, jusque-là, il n'y avoit eu de guerre qu'en 
Italie. 

Le roi Guillaume, dont la santé depuis longtemps 
s'affoiblissoit tous les jours, revint à Londres après 
avoir tout réglé en Hollande pour l'état de guerre, et 
fît peu de jours après une chute de cheval à Kensing- 
ton. Elle ne parut pas dangereuse d'abord ; mais l'état 
de foiblesse où étoit ce prince rendoit mortels pour lui 
les moindres accidents. Il mourut le 1 8 mars de Tan- 
née 1 702, et, à sa place, la princesse Anne, seconde 
fille de Jacques II, fut proclamée reine d'Angleterre. 

La France avoit trouvé dans ce prince le plus dan- 
gereux de ses ennemis pendant le cours de sa vie ; 
mais l'expérience fit voir que, dans la conjoncture des 
affaires, sa perte fut plus nuisible qu'avantageuse à la 
France. Son crédit étoit si fort tombé en Angleterre 
qu'il n'en auroit jamais tiré les sommes immenses 
qu'elle donna pour la guerre sous le règne de la reine 
Anne. Cette princesse fut gouvernée par deux ministres 
très habiles, chacun dans leur ordre. C'étoient le 
comte de Rochester, grand trésorier, et milord Marl- 
borough. Celui-ci se trouva général, et à peine fut-il 

Versailles par Monastérol et Torcy le 23 juin 1702 ; mais Max. 
Emmanuel fit attendre deux mois sa ratification, parce qu'il 
était alors engagé avec TÂutriche dans des négociations secrètes 
dont nous avons raconté ailleurs les curieuses phases. Yoy. Le 
Correspondant, 1885, 10 et 25 septembre. 

U % 



18 M^OIRES DE VILLARS. [1702 

à la tète des armées qu'il montra beaucoup plus de 
talents pour la guerre qu'on n'en avoit espérés de lui. 
II profita très sagement des fautes de ses ennemis et 
des conjonctures favorables que lui donna la fortune. 

L'armée de France commandée en Ffandres par le 
maréchal de Boufflers, sous les ordres du duc de Bour- 
gogne, étoit dans les commencements très supérieure 
à celle des ennemis. Aussi commença^-t-elle par les 
pousser jusque dans les contrescarpes de Nimègue où 
Ton prétendoit même qu'il auroit été possible de les 
défaire. 

L'armée d'Italie étoit commandée par le duc de Yen- 
dôme, et le roi d'Espagne devoit se mettre à la tète. 
Le comte d'Estrées, vice-amiral de France, étoit allé le 
prendre à Barcelone dans les vaisseaux du roi, d'où 
il le mena à Naplçs. 

Mantoûe avoit été bloquée pendant tout l'hiver par 
le prince Eugène. Mais, dès que le duc de Vendôme 
eut rassemblé ses forces, il lui fut facile de dégager 
cette place, et c'est par là qu'il ouvrit la campagne 
de 1702. , 

II n'y avoit que l'Allemagne où l'armée commandée 
par le maréchal de Gatinat sembloit vouloir ne s'op- 
poser à rien, et laisser au prince de Bade la liberté 
de faire tranquillement le siège de Landau. 

Ce général disposa toutes choses pour assurer cette 
conquête, et, dès qu'il fut sûr qu'elle ne seroit pas 
troublée par les mouvements de l'armée de France, il 
manda au roi des Romains qu'il pouvoit se rendre au 
siège, et la place fut investie le 16 de juin. Mélac, 
gouverneur, la défendit, et on lui donna deux maré- 
chaux de camp, qui étoient Gasquiet, qui avoit été 



1708] MÉMOIRES DE VILLAR8. 19 

ci-devant lieutenant-oolonel de Champagne ^ , et Blarsé ^ • 

On avoit eu le temps de mettre dans Landau, en 
troupes et en munitions de guerre, tout ce qui pouvoit 
rendre le siège long et difficile. Aussi le fut-il, quoique, 
de la part des assiégés, on ne fit pas tout ce qu'il 
étoit possible de faire pour une défense plus opiniâtre. 

Le marquis de Villars se rendit à Tarmée vers la filn 
de juin, et il la trouva campée à Haguenau, couverte 
de la rivière de Muter ^, et ayant laissé au prince de 
Bade tout le temps et toutes les facilités de s'établir à 
son siège. 

Le marquis de Villars demanda avec de grands 
ménagements au maréchal s'il n'avoit pas été possible 
de se tenir au moins derrière la Lutter^, qui étoit 
très facile à garder, quand ce n'auroit été que pour 
se poster plus noblement et obliger les ennemis à res- 
serrer leurs quartiers, ou enfin pour ne leur pas lais- 
ser l'opinion qu'on ne se croiroit en sûreté que par 
l'éloignement. 

Il faut avouer ici que le maréchal de Gatinat, dans 
lequel on avoit reconnu du courage et de la prudence, 
avoit paru tellement baissé dans la dernière campagne 

i . Joseph de Gasquet entra au régiment de Champagne en 1667 
et y occupa successivement tous les grades : il ne quitta la lieu- 
tenance-colonelle qu'en 1703, étant brigadier d'infanterie depuis 
16%. Maréchal de camp en 1704 et commandeur de Saint-Louis, 
il mourut en 1733, âgé de quatre-vingt-treize ans. 

2. Fr.-Guil. de Marcé de la Motte eut, dans le régiment de 
Navarre, une carrière assez semblable à celle du précédent ; il y 
occupa successivement tous les grades jusqu'à celui de lieute- 
nant-colonel, et fut nommé maréchal de camp le môme jour, 
26 cet. 1704. 

3. La Moder. 

4. La Lauter. 



%0 MÉMOIRKS DE VILLARS. [1702 

en Italie, que le roi avoit été obligé de lui ôter le 
commandement de l'armée. Il avoit montré pour lors 
beaucoup de foiblesse, et la force ne lui étoit pas 
revenue. 

On vouloit se flatter que le siège de Landau tien- 
droit la campagne entière ; mais, s'il finissoit assez tôt 
pour laisser quelque vue aux ennemis, on paroissoit 
disposé à ne leur faire pas le moindre obstacle. On 
craignoit même que, pendant le siège, ils n'occu- 
passent des postes sur la Saare, et qu'aidés par les 
dispositions favorables du duc de Lorraine, ils ne 
reformassent des desseins très dangereux pour la 
France^. Cette inquiétude détermina la cour à faire un 
détachement de l'armée de Flandres de \% bataillons 
et de 20 escadrons qui eurent ordre de se rendre sous 
Thionville. Le roi en destina le commandement au 
marquis de Villars. 

Sa Majesté voyoit avec une peine extrême que son 
armée de Flandres, à la tête de laquelle elle avoit mis 
son petit-fils, le duc de Bourgogne, se retiroit assez 
honteusement devant celle de Marlborough, qui la 
mena enfin, après plusieurs conquêtes, jusque sous 
Gharleroy. Cette armée n'ayant donc aucun autre objet 
que de céder, la cour ne balança pas à l'aSbiblir, et, 
jugeant qu'il falloit au moins ôter au prince de Bade 
le moyen de former de nouveaux desseins, même pen- 
dant le siège de Landau, le marquis de Villars eut 
ordre de se rendre à Metz, d'où il marcha vers la 

i. Villars ne cessait de signaler à la cour Tattitude suspecte 
du duc de Lorraine et de conseiller de prendre des mesures pour 
la paralyser. — Voyez à l'appendice du présent volume les 
extraits de sa correspondance. 



1702] MÉMOIRES DE YILLARS. 21 

Saare avec ce petit corps de troupes, et donna ordre 
de travailler promptement à fermer Marsal dont les 
fortifications qu'on relevoit sortoient à peine de terre. 

On n'avoit songé encore à y mettre ni munitions 
ni artillerie. Cependant, comme la place située au 
milieu d'un marais est naturellement d'un accès diffi- 
cile, le marquis de Villars ne balança pas à y mettre 
quelques piècesdecanon, sachant bien qu'aux approches 
de l'hiver toute entreprise de siège paroit dangereuse, 
et que les simples apparences de vouloir se défendre 
arrêtent souvent un ennemi. 

Le marquis de Yillars envoya divers projets à la 
cour pour ne pas abandonner entièrement la cam- 
pagne aux ennemis ^ Mais le maréchal de Gatinat, ne 
se croyant pas assez fort pour la tenir, même derrière 
Haguenau, fit joindre le détachement du marquis de 
Villars^. Celui-ci, discourant avec lui et parlant des 
gens de guerre, lui dit, sans avoir intention de lui 
faire aucune peine : c Qu'il arrivoit quelquefois que 
les mêmes hommes ne pensoient pas toujours de 
même. » Ce maréchal s'appliqua ce discours, et hon- 

1. Ces dépêches sont au dépôt de la guerre (vol. 1582) en ori- 
ginal, et en minute entre mes mains. Le roi et Ghamillart, tout 
en approuvant les idées de Yillars, n'osaient pas les imposer à 
Gatinat. Pourtant le il août, Gatinat ayant voulu appeler Vil- 
lars sous Strasbourg, Villars protesta auprès du roi, qui lui 
donna raison, et Gatinat se décida à marcher en avant. Le roi, 
par dépêche du 30, le félicite de ce mouvement et lui conseille de 
se diriger par Wôrth et Reischo£fen pour couvrir Wissembourg. 
Ghamillart envoie copie de cette dépêche à Yillars avec ces mots : 
« La dernière lettre que le roi a écrite à M. le maréchal de Gati- 
nat vous doit faire grand plaisir ; vous vous trouverez dans les 
mêmes sentiments que Ba Majesté. » 

2. La jonction se fit près de Saverne le 17 août. 



%i MÉMOIRES DE VlLLilRS. [1702 

teux d'une foiblesse qui ne lui étoit pas naturelle, il 
répondit au marquis de Yillars, le prenant par la main 
et Tœil humide : c Vous avez raison, Monsieur, les 
mêmes hommes ne pensent pas toujours de même. > 

Cependant Landau capitula le 1 septembre après 
81 jours de tranchée ouverte, et alors le maréchal de 
Catinat, ne se trouvant plus en sûreté derrière la Muter, 
quitta son camp d'Haguenau et se retira à Brompt, 
d'où la même inquiétude l'obligea à se mettre dans les 
palissades de Strasbourg et à s'y retrancher. A peine 
l'armée du roi se fut-elle placée dans cette honteuse 
situation qu'on apprit que l'électeur de Bavière s'étoit 
enfin déclaré en se rendant maître par surprise de la 
très importante place d'Ulm ^ . 

Ce prince ignoroit la prise de Landau, et, après 
cette expédition, il se trouva dans une très dange- 
reuse situation. Il avoit compté que, la ville d'Ulm 
prise, et l'armée de l'empereur occupée devant Lan- 
dau, l'armée du maréchal de Catinat, qui étoit très 
considérable, surtout depuis la jonction du détache- 
ment de Flandres, pouvoit aisément le soutenir et faire 
passer un corps d'armée pour le joindre par le côté 
d'Huningue. Dans cette vue, il fit marcher son géné- 
ral, le comte d'Arco, vers la source du Danube, et 
envoya dans le même temps un de ses adjudants 
nommé Locatelli pour concerter une jonction avec le 

1. Le 8 septembre, le lieutenant - colonel Pechmann, avec 
quelques hommes déguisés en paysans, entra dans la ville, s'em- 
para d'une des portes et l'ouvrit à une brigade de dragons qui 
occupa les principaux postes et contint la garnison surprise jus- 
qu'à l'arrivée d'un corps d'infanterie qui la força à se rendre, 
après un court combat de mes. 



M0%\ BfÉMOlRES DE VILLÂRS. 23 

maréchal de Gatinat. Cet adjudant pou voit, sans péril, 
traverser les terres des Suisses ; mais, soit par igno* 
rance, soit par infidélité S il aima mieux passer aux 
barrières de Rheinfeld, place de l'empereur, où il fut 
arrêté et menacé de la question. Dans cette extrémité, 
il rendit un compte très exact de tous les projets 
de son maître, et le comte d'Arco, sur la prise de cet 
adjudant et sur la nouvelle de la reddition de Landau, 
retourna sur ses pas. 

Le prince de Bade étoit campé à Haguenau et faisoit 
marcher des troupes à Saverne, jugeant bien que le 
maréchal de Gatinat, retranché sous Strasbourg, lui 
laissoit une entière liberté. Mais, sitôt qu'il eut nou- 
velle de la prise d'Ulm, et que le dessein de l'électeur 
étoit de faire marcher un corps d'armée vers la source 
du Danube pour se faire joindre par une partie de 
l'armée de France, il n'imagina rien de plus impor- 
tant que d'ôter à l'électeur tout moyen de recevoir un 
pareil secours. Il prit donc la résolution de passer le 
Rhin avec la meilleure partie de son armée pour venir 
se placer vers Huningue, dans les retranchements que 
l'on avoit faits par son ordre pour barrer ce fleuve, 
et pour ôter aux troupes de France toute possibilité 
de faire passer même un parti de 1 00 honunes. 

1. Cette arrestation parut suspecte à Gatinat et au roi (Le roi 
à Gatinat, 23 sept. 1702). « Je veux penser qu'il n'y a rien de 
faux dans la conduite de M. l'électeur, écrit Villars à Ghamillart 
le 19 sept., mais j'ai toujours trouvé trop de confiance à la 
manière dont ses courriers arri voient dans notre armée..., et ce 
M. de Locatelli pouvoit, ce me semble, avant de tout déclarer, 
souffrir les premières douleurs d'une question qu'un simple gou- 
verneur n'oseroit, selon toutes les apparences, faire donner à un 
colonel envoyé par un électeur. » 



24 MÉMOIRES DE YILLARS. [170S 

Le roi, qui avoit attendu avec impatience la décla- 
ration de l'électeur de Bavière, la vit éclater avec 
beaucoup de peine dans des temps où ce prince 
pouvoit se perdre, sans être d'aucune utilité à la 
France. Par cette démarche, il livroit tous ses états à 
l'empereur, dont les généraux concevoient avec grand 
plaisir l'espérance d'y prendre de bons quartiers 
d'hiver. 

Les armées de Flandres étoient poussées, comme 
nous l'avons dit, par le général Marlborough, qui, 
tous les jours, annonçoit par ses trompettes au maré- 
chal de Boufflers les places qu'il vouloit attaquer. 

En Italie, le succès de la bataille de Luzzara donnée 
le 1 5 août avoit été douteux, quoique l'armée com- 
mandée par le roi d'Espagne fût très supérieure en 
nombre à celle du prince Eugène. 

Les armées navales de France et d'Espagne, com- 
mandées par le comte de Ghâteaurenaud, vice-amiral 
de France, avoient été brûlées à Vigo^. 

Dans le même temps, l'armée d'Allemagne, retran- 
chée dans les contrescarpes de Strasbourg, mettoit de 
toutes parts les affaires des deux couronnes dans une 
assez triste situation. 

Ce fut précisément dans cette fatale conjoncture que 
le roi, qui avoit toujours estimé le marquis de ViUars, 
se rappela toutes les actions particulières de ce géné- 
ral, et prit seul, sans consulter aucun de ses ministres, 
la résolution de lui donner le commandement en chef 

i. Villars anticipe sur les événements pour charger les cou- 
leurs du sombre tableau qu*il fait des événements ; le désastre de 
Vigo n'eut lieu que le 22 octobre. 



1702] MÉMOIRES DE YILLARS. 25 

de rarmée d'Allemagne ^ . Il falloit pour cela prendre 
un parti assez extraordinaire ; c'étoit d'enfermer dans 
la ville de Strasbourg le maréchal de Gatinat et cinq 
lieutenants généraux plus anciens que le marquis de 
Yillars. 

Nous allons entrer dans l'histoire des actions les 
plus importantes de ce général ; nous y suivrons avec 
exactitude tous ses mouvements et sa conduite, et 
l'on trouvera dans ses entreprises toute l'ardeur, toute 
la fermeté, toute la sagesse nécessaires pour le succès 
des plus difficiles. 

On pourroit voir dans toutes ses lettres au roi que, 
depuis la prise de l'adjudant Locatelli, la retraite du 
comte d'Arco et la marché du prince de Bade vers 
HuningUe, il espéroit peu de trouver des passages sur 
le Rhin. Mais il falloit au moins, pour la gloire du roi, 
marquer à l'électeur de Bavière que l'on ne laissoit 
rien d'intenté pour lui procurer des secours qui pré- 
vinssent sa perte. 

Le marquis de Villars, ayant reçu les ordres et les 



i. Le commandement que Villars reçut, non pas après la prise 
de Landau, mais le 30 août, n'était pas le commandement en 
chef de Tarmée d'Allemagne, mais celui d'un détachement chargé 
d'aller joindre l'électeur de Bavière. Ce détachement, primitive- 
ment composé de 30 bataillons, 40 escadrons et 30 pièces de 
canon, pris à l'armée de Gatinat, fut encore augmenté en octobre ; 
ce n'est qu'après la victoire de Friedlingen que Villars reçut le 
commandement en chef de l'armée d'Allemagne, et que Gatinat 
fut rappelé. — Voyez à l'appendice les extraits de la correspon- 
dance relative à cette période. — Voy. aussi dans la collection 
des a Monuments inédits de l'histoire de France » les Mémoires 
mUilaires relatifs à la sitccession d'Espagne publiés par le général 
Polet, et où se trouvent reproduites toutes les principales pièces 
du dépôt de la guerre. 



26 MÉMOIRES DE YILLÀR8. [1702 

pouvoirs pour oommaDder rarmée, partit le 27 sep- 
tembre du camp sous Strasboui^, ayant pour lieute- 
nants généraux sous lui le comte Dubourg^, MM. Des-* 
bordes* et de Laubanie ^, et pour maréchaux de camp 
les marquis de Biron*, deChamaranteS SaintrMaurice® 
et Magnac^. 

Pour rendre un compte exact de toutes les actions 
et de tous les mouvements que fit ce général pour 
passer le Rhin, il importe d'observer qu'il avoit devant 
lui une armée supérieure en ncmilire à la sienne ; qu'elle 

1. Léonor-Marie du Maine, comte du Bourg, fut un des auxi- 
liaires les plus appréciés de Viltars; lieutenant général du 
29 janvier 1702, il fut créé maréchal de France en 1724, cheva* 
lier des ordres, et mourut en 1739, à quatre-vingt-quatre ans. 

2. Philippe d'Espocy Deshordes, officier d'infanterie de grand 
mérite, fit toutes les campagnes à partir de 1665; lieutenant 
général du 29 janvier 1702, ftit tué à Friedlingen. 

3. Yrier de Magontier de Laubanie, lieutenant général de la 
même promotion, a les plus beaux états de service ; il défendit 
Laudau en 1704 pendant 69 jours de tranchée ouverte, fut créé 
grand-croix de Saint-Louis et mourut en 1706 des suites de ses 
blessures, âgé de soixante-cinq ans. 

4. Ârmand-Gharles de Gontaut, marquis de Biron, officier d'une 
grande bravoure, fut lieutenant général en 1704; créé duc et 
maréchal de France, il mourut en 1756. 

5. Louis d'Ornaison, comte de Ghamarande, longtemps colonel- 
lieutenant du régiment de la reine, maréchal de camp en 1702, 
fut lieutenant général en 1704, se retira en 1710 et mourut en 
1725. Son fils était aussi à l'armée de Villars et commandait le 
régiment de la reine. 

6. Gh. Gé&ar, marquis de Saint-Mauris , maréchal de camp 
de 1696, fut nommé lieutenant général à cause de sa belle con- 
duite à Friedlingen, et mourut en 1704. 

7. Jules Arnolphiny, comte de Magnac, officier de cavalerie 
de grand mérite, fit une carrière très lente ; maréchal de camp 
à cinquante-six ans en 1696, il fut fait lieutenant général en 1702 
à la suite de sa brillante conduite à Friedlingen, seconda Villars 
pendant les années suivantes et mourut en 1712. 



1702] MÉMOIRES DE YILLÀRS. 27 

étoit commandée par le prince de Bade et par les 
généraux de l'empereur les plus distingués; qu'elle 
étoit retranchée sur les bords du Rhin et qu'elle étoit 
campée sur une hauteur inaccessible par elle-même 
et par un marais au pied de cette hauteur dont le 
canon passoit plus de mille pas au delà de la ville 
d'Huningue. Le fort de l'Étoile est placé smr la crête 
de cette hauteur, le château de Friedlingue au pied, et 
il y avoit des retranchements sur le bord même du 
Rhin. 

Une situation si avantageuse aux ennemis ne per- 
mettoit pas au marquis de Yillars de se flatter de 
repasser le Rhin sans le secours de l'électeur. Il prit 
sa marche vers Huningue, et l'armée du prince de 
Bade, qui marchoit vers Saverne, fut obligée de reve- 
nir entre Haguenau et Bicheviller pour voir quel pour- 
. roit être l'objet du marquis de Yillars, et peu de jours 
après le prince de Bade passa le Rhin. 

Le marquis de Yillars se rendit en poste à Huningue 
le 28 septembre, ayant ordonné la marche de son 
armée pour suivre le même chemin. Il trouva que la 
tête de celle du prince de Bade étoit déjà placée dans 
son camp de Friedlingue. L'ouvrage à corne d'Hu- 
ningue placé dans l'ile du Marquisat^ avoit été rasé à 
la paix de Risivick, et les ouvrages au delà du Rhin 
qui couvroient le pont avoient été entièrement détruits. 
On avoit commencé depuis quelques semaines seule- 
ment à relever dans l'île la face gauche d'une partie 
de cet ouvrage à cornes et quelque chose de la courtine. 



i. Erreur de Villars : l'île du Marquisat est à rextrémitc nord 
de TAlsace, près de Fort-Louis. Voy. ci-dessous, année 1706. 



88 MÉMOIRES DE YILLARS. [1702 

Ce fut de ce moroeau de terre, élevé dans cette 
petite tle, que le marquis de Villars conçut la première 
espérance de pouvoir forcer un passage. Le bras du 
Rhin qu'il falloit traverser étoit alors de dix toises de 
largeur, et les ennenus avoient une ligne sur le bord 
opposé. On fit un pont de bateaux sur le grand bras 
du Rhin, et, dès qu'il fut achevé, le marquis de Villars 
fit placer douze pièces de vingt-quatre dans la face de 
ce demi-bastion et garnir d'artillerie tous les cavaliers 
des bastions de la ville et toutes les petites hauteurs 
d'où l'on pouvoit battre la plaine occupée par les 
ennemis. 

Cette première disposition faite, il fit descendre, la 
nuit du 1 *' au 2 octobre, le nombre de bateaux néces- 
saire pour faire un pont sur le petit bras. On le com- 
mença, mais le feu des ennemis fut si violent que le 
pont ne put être achevé. On y eut environ trente sol- 
dats tués ou blessés. 

Cependant, comme notre artillerie donnoit sur ce 
bord du Rhin retranché et occupé par les ennemis, il 
leur fut impossible d'y tenir, et le pont s'acheva. 

On commença un petit ouvrage pour en couvrir la 
tète, et l'on fit avancer 50 grenadiers à la tète des 
travailleurs. Les ennemis y marchèrent avec plusieurs 
bataillons. Alors on fit entrer les grenadiers dans le 
petit ouvrage qui, soutenu de notre artillerie, fut si 
bien conservé que les ennemis n'osèrent plus l'atr 
taquer. 

Cependant, le marquis de Villars fut joint par les 
sieurs de Luttens et Santini, adjudants généraux de 
l'électeur. Mais on fut bien étonné lorsqu'on vit que 
ces messieurs ne venoient que pour savoir des nou- 



1702] MÉMOIRES DE VILLARS. S9 

velles de rarmée du roi, et qu'ils n'en donnoient 
aucune de rapproche de celle de leur maître ^ 

Outre le château de FriedUngue, les ennemis avoient 
un ouvrage dans le milieu de la plaine, et, n'ayant pu 
tenir le bord du Rhin, ils s'avancèrent par tranchées 
pour nous empêcher de nous étendre. De son côté, 
le marquis de Yillars avançoit aussi toutes les nuits 
des ouvrages pour gagner du terrain. Les ennemis 
firent diverses tentatives pour rompre ie pont de 
bateaux, et pour y réussir, sans ménager les Suisses, 
ils firent descendre sous le pont de Basle des bateaux 
chargés de pierres et de goudron pour rompre ou 
brûler les nôtres. Mais les bateaux de garde que nous 
avions à la tète de l'ile détournèrent ceux des ennemis. 

Le marquis de Yillars reçut enfin des nouvelles de 
l'électeur de Bavière, mais bien différentes de celles 
qu'il en espéroit. C'est qu'au lieu de songer à une 
jonction, qui devoit être son premier objet, et le plus 
important, il s'étoit saisi de Memingue^, ville impériale, 
et ne pensoit plus à s'approcher du Rhin. 

Le prince de Bade, qui ne vouloit pas abandonner 

i. Ces deux otiiciers étaient arrivés le 20 septembre à Stras- 
bourg, annonçant que le détachement commandé par Arco 
B*avançait à Stûhlingen ; Gatinat leur avait remis un mémoire 
pour la jonction (Pelet, Mém. mil,, II, 827). Repartis immédiate- 
ment, ils n'avaient pu ou voulu sortir de Suisse et étaient reve- 
nus retrouver Yillars à Huningue. Arco était resté auprès de 
rélecteur qui, à ce moment, négociait secrètement avec l'empe- 
reur, c Gomme il faut toujours avoir quelque pensée de politique 
dans les affaires des princes, ne faites-vous pas quelque atten- 
tion qu'il y a quelque chose de bizarre que ces deux messieurs 
aient été si bien d'accord pour ne point se hasarder à passer 
plus avant que Schaffouse? » (Catinat à Villars, 3 octobre 1702.) 

2.' Memmingen, sur l'Uler. 



30 MÉMOIRES DE VILLARS. [M0% 

son projet de prendre des quartiers d'hiver en Alsace, 
tenoit toujours à Bicheviller un corps d'armée consi- 
dérable commandé par le marquis de Bareit. Le roi 
prit le parti d'envoyer au marquis de Yillars une aug- 
mentation de troupes commandées par le comte de 
Guiscard. Avec un renfort qui lui donnoit quarante 
bons bataillons, le marquis de Yillars, sans compter 
davantage sur l'électeur de Bavière, espéra pouvoir 
engager une action avec l'armée du prince de Bade. 

Premièrement, par ses ouvrages dans la plaine, il 
étoit à la portée du pistolet des ennemis ; ils étoient 
protégés du canon des hauteurs de leur camp, le mar- 
quis de Yillars l'étoit de celui qui étoit dans l'ile et 
sur les cavaliers des bastions d'Huningue. Cet avan- 
tage égal, il comptoit sur une grosse action d'infan- 
terie, si les ennemis continuoient dans le dessein de 
venir à lui par tranchée, li ne falloit plus que l'ou- 
vrage d'une nuit pour se joindre. Le marquis de Yil- 
lars comptoit fort sur la valeur de son infanterie, et 
que, si les ennemis se contenoient dans leurs postes, 
il pourroit la nuit placer assez de troupes dans la partie 
de la plaine dont il étoit le maître pour se jeter tout 
d'un coup sur la droite dans un terrain qui n'étoit pas 
retranché. Les Suisses, auxquels il appartenoit, 
n'avoient jamais voulu permettre aux ennemis de le 
retrancher. La petite rivière de Yise venoit se jeter 
dans le Rhin, auprès d'un village des Suisses nommé 
le petit Huningue. Mais cette rivière n'a voit aucun 
bord relevé et ne faisoit point d'obstacle à passer. Au 
delà, le marquis de Yillars trouvoit un terrain assez 
égal et où il pouvoit, sans grand désavantage, atta- 
quer les ennemis. La moindre des difficultés étoi4 de 



1708] MÉMOIRES DE VILLARS. 31 

traverser les terres des Suisses, et le roi ne lui ayant 
rien défendu sur cela ^ , il prenoit toutes ses mesures 
pour marcher aux ennemis la nuit du 1 3 au 1 4 octobre. 

Pendant ce temps-là, il ordonna une entreprise sur 
la petite ville de Neubourg, située de Tautre côté du 
Rhin. Il en chargea M. de Laubanie et lui envoya 
1 ,000 hommes d'infanterie choisis, conmiandés par le 
marquis de Biron et par le sieur Jorreau, brigadier 
d'infanterie. 

Le sieur de Laubanie se trouvant incommodé, le 
marquis de Yillars envoya le comte du Bourg pour 
tenter cette entreprise la nuit du 1 SI au 13. Il dictoit 
l'ordre de la marche et du combat pour attaquer, la 
nuit du 1 3 au 1 4, les retranchements des ennemis les 
plus près des siens et marcher à la rivière de Vise, 
lorsqu'il apprit que l'entreprise sur Neuboui^ avoit 
réussi. M. de Laubanie, qui l'avoit jugée impossible, 
s'étoit retiré; mais le sieur Jorreau s'y étoit opiniâtre. 
Un capitaine de grenadiers, nommé La Petitière, 
marcha au pied de la muraille, et un cadet du régiment 
de Lorraine, ayant grimpé sur les épaules de quelques 
grenadiers, entra le premier dans la place. Il y fut 

\ . Les autorités de Bàle envoyèrent des députés à Villars pro- 
tester d'avance contre une violation de territoire. Yillars leur fit 
observer que les Impériaux avaient violé les premiers « la neu- 
tralité suisse en faisant descendre des bateaux pour rompre son 
pont; » les députés furent obligés de reconnaître l'exactitude du 
fait et avouèrent que les bateaux avaient été préparés sur leur 
territoire. Le roi, consulté, répondit : « Il ne convient pas de se 
brouiller avec un canton sans en tirer une grande utilité ; vous 
leur ferez toutes sortes d'excuses et d'honnêtetés si vous êtes 
obligé de passer sur eux. » — {Villars au roi, 9 oct. — Chamillart 
à Villars, 14 oct. et 46 oct.) 



32 MÉMOIRES DE YILLARS. [1702 

bientôt suivi par les grenadiers, et les 400 Suisses qui 
la défendoient furent pris ou tués ^ • 

Cette nouvelle étoit bien importante pour le mar^ 
quis de Villars ; car il étoit bien différent de pouvoir 
passer le Rhin en sûreté et de pouvoir ensuite donner 
bataille dans un terrain égal à celui du prince de 
Bade, ou d'aller chercher à le combattre malgré tous 
les obstacles qu'on avoit à surmonter. Aussi, dès 
qu'il apprit que les troupes du roi tenoient Neubourg, 
il fit descendre des bateaux pour y construire un pont, 
dans lesquels il mit quatorze compagnies de grenadiers, 
et, sur le soir, il fit marcher deux régiments de dra- 
gons pour joindre le camp du comte de Guiscard, 
auquel il envoya ordre de se rendre incessanunent à 
Neubourg. 

Le prince de Bade, voyant marcher ces troupes, des- 
cendre des bateaux, et en même temps recevant avis 
de la prise de Neubourg, fit marcher, deux heures 
avant la nuit, toute sa droite de cavalerie vers Neu- 
bourg. Le marquis de Villars, qui vit tout ce mouve- 
ment, fit descendre toute l'armée sur Huningue, rem- 
plit d'infanterie toute l'ile du Marquisat^, et tout le bas 
du Rhin au delà de l'ouvrage à cornes, étant à sec depuis 
quatre jours, fut rempli de cavalerie. Ainsi, le prince 
de Bade, voyant que son poste seroit occupé dans le 
moment même qu'il le quitteroit, et que l'on se prépa- 

i. Villars rendit compte au roi de cette opération les 43 et 
14 oct. (Pelet, Mém, mil.. H, 404). M. de la Petitière fut tué; il 
était capitaine du régiment de Grussol ; Jorreau était lieutenant- 
colonel de Béarn. MM. de Biron et Dubourg se distinguèrent. 

2. Nous avons déjà fait observer ci-dessus, p. 27, que cette 
appellation est erronée. 



170S] MÉMOmBS DE VIUARS. 33 

roit à combattre l'instant d'après» fit rentrer sa droite 
dans son camp. 

A l'entrée de la nuit, toute l'ambassade des Suisses 
vint trouver le marquis de Yillars pour l'engager à 
donner parole qu'il ne passeroit pas sur leurs terres. 
Ils parloient même hautement et faisoient entendre 
qu'ils se déclareroient contre le premier qui entre- 
prendroit de les traverser. G'étoit le prince de Bade 
qui les avoit obligés à s'expliquer ainsi. La conversa- 
tion avec eux dura jusqu'à minuit, et le marquis de 
Yillars les renvoya sans s'être engagé à rien. Il passa 
une partie de la nuit à rendre compte au roi de cet 
entretien et de tous les mouvements de la journée 
précédente ^ 

A peine avoit-il donné ses premières heures au 
sommeil que le sieur de Tressemanes , major général 
de l'infanterie, MM. Desbordes, lieutenant général, et 
de Ghamarande entrèrent dans sa chambre pour lui 
apprendre que l'armée ennemie avoit marché. 

En s'habillant très diligemment, il dit à ces mes- 
sieurs que, déterminé à cherdier une occasion à 
quelque prix que ce fût, il ne falloit pas en perdre les 
premières occasions, et, qu'en un mot, il falloit joindre 
les ennemis avec toute l'activité possible. 

Alors, il monta à cheval et traversa le pont du Rhin 
à toutes jambes. Ses troupes, qui étoient préparées 
dès la veille, remplirent en un moment cette petite 
plaine que l'on se disputoit dès les premiers jours 
d'octobre. 

4. Rendant compte de cette nouvelle ambassade le 16, Yillars 
affirme avoir gagné la bataille de Friedlingen sans « avoir mis 
le pied sur les terres de B&le. » 

n 3 



3i MÉMOIRES DE TILLAR8. [1708 

Le prince de Bade étoit sur la hauteur au fort de 
Friedlingue et voyoit le marquis de Villars déterminé 
à le suivre. Il crut le combattre avec plus d'avantage 
dans le terrain même qu'il abandonnoit que dans sa 
marche, et, dans cette opinion, il dit aux officiers géné- 
raux qui étoient auprès de lui : c J'espère que cette 
journée sera heureuse pour l'empereur. » Il fondoit 
son. espérance sur sa situation et sur sa supériorité en 
nombre de troupes. 

Pour le marquis de Villars, il n'avoit pas le corps 
que lui amenoit le comte de Guiscard, et, outre cela, 
il avoit envoyé des détachements considérables à Neu- 
bourg. Le prince de Bade compta que son infanterie, 
qui n'étoit pas éloignée, pourroit, avant celle du roi, 
gagner une montagne qui étoit à sa gauche, et que, 
plaçant ensuite sa cavalme, supérieure de plus de 
vingt escadrons à celle de notre armée, sa droite au 
fort de Friedlingue et sa gauche au pied de la mon- 
tagne, un poste si avantageux lui promettoit une 
infaillible victoire. 

Le marquis de Villars voyoit bien qu'il falloit gagner 
la hauteur avec une extrême diligence, et c'est ce que 
fit son infanterie avec la plus vive ardeur, bien que 
la montagne fût très escarpée et remplie de vignobles. 
Ensuite, il mit sa cavalerie en bataille dans la plaine, 
ordonnant qu'on attendit pour marcher à celle des 
ennemis qu'elle eût passé le fort de Friedlingue pour 
ne pas mettre la sienne sous le canon et le feu du 
mousquet de ce fort. II mit dans un rideau les seize 
compagnies de grenadiers qui lui restoient pour forti- 
fier la gauche de sa cavalerie. Cet ordre donné, il 
monta la montagne en toute diligence et se mit à la 



1702] MâiOiEBS DE VIIXAHB. 3â 

tète de riofafiterie, bien persuidé qu'elle décideroit 
principalement du sort de la bataille. 

On marcha pour gagner la crête de la hauteur au 
travers du bois si épais, que Ton ne put juger de l'ap- 
prodie de Tinfantarie impériale que par le bruit des 
tambours. Enfin, on se joignit sur la crête; Tinfanterie 
des ennemis tira, la n6b*e essuya le feu, et, la bayon- 
nette au bout du fusil, elle défit entièrement celle des 
ennenas. 

Le comte de Furstembei^^, honame d'une grande 
valeur, qui commandoit l'armée sous le prince de 
Bade, Ait tué à la première décharge, aussi bien que 
le général Stauffemberg, et ce que les ennemis avment 
de mdlleurs officiers. Le même malheur arriva à l'ar- 
mée du roi. Le lieutenant général Desbordes fiit tué, 
dnn que Ghavanes, brigadier d'iofanterie, GhamiUy ^ 
et Ghamarande blessés et hors de combat. Cependant 
on chassa les ennemis du bois, et, peu de momente 
après, le marquis de Villars, jetant les yeuic sur Is 
plaine, vit cpie la cavalerie du roi avoit renversé, avec 
le même succès, toute oelle des ennemis. 

Après cet avantage, notre in&nterie n'avoit qu'à 
s'établir dans le bord du bois ; mais quelques soldats, 
ayant poussé dans la plaine, y virent quelques batail- 
lons des ennemis, rentrèrent en désordre dans le bois 
et communiquèrent ce désordre à notre infanti^ie, 



4. Karl Egon, comte de Fûrsienberg Mœsskirch, aé en 1665, 
8*était distingué dans les campagnes de Hongrie, commandait 
depuis 1693 les villes forestières et le corps qui avait la garde du 
Rhin. 

2. Le chevalier de Ghamilly, sans doute fils du marquis de 
Ghamilly, créé maréchal de France en 1703. 



36 MÉMOIRES DE VILLARS. [1702 

qui rentra comme eux dans le bois. Le marquis de 
Villars, étonné d'un désordre auquel, la bataille gagnée, 
il ne devoit pas s'attendre, leur cria : c A qui en avez- 
vouSy soldats? la bataille est gagnée : Vive le roi! > 
On cria : c Vive le roi ! > Mais une terreur, qu'on ne 
devoit pas craindre d'une infanterie qui venoit de 
défaire celle des ennemis, continuant toujours, le 
marquis de Yillars prit un drapeau et ramena ses 
troupes à la tète du bois. Cependant, conmie les prin- 
cipaux officiers avoient été tués, et qu'il n'avoit aucune 
compagnie de grenadiers, qui est l'àme de l'infanterie, 
parce que la moitié avoit été envoyée à Neubourg dès 
la veille, et que l'autre avoit été placée à notre gauche 
de cavalerie, il craignit l'augmentation d'un désordre 
que les ennemis ne pouvoient pas voir, et dont heu- 
reusement ils ne pouvoient profiter. Dans ce temps-là, 
il jeta les yeux sur la plaine et vit que la cavalerie, 
après avoir battu celle des ennemis, revenoit sur ses 
pas. A la vue de ce mouvement, il eut tout lieu de 
craindre que, si la cavalerie des ennemis rompue se 
reformoit, et que l'ébranlement de son infanterie con- 
tinuât, il ne lui arrivât qu'une bataille entièrement 
gagnée n'eût une fin malheureuse. 

Il prit donc le parti de revenir diligemment à sa 
cavalerie, et, conmie il descendoit avec précipitation 
à travers des vignes, sa bonne fortune lui envoya un 
soldat qui lui dit : c Où allez-vous? vous vous jetez 
dans trois bataillons ennemis qui sont à vingt pas de 
vous. > A ces mots, il reprit sur sa gauche, et son 
secrétaire, nommé d'Auteval, qui lui servoit souvent 
d'aide de camp , tomba parmi les ennemis , et fut le 
seul prisonnier que fit l'armée impériale. 



1708] MÉMOIRES DE VILLARS. 37 

Le marquis de Villars joignit sa cavalerie, qui le 
proclama, par des cris de joie, maréchal de France. Il 
la fit remarcher sur-le-champ pour suivre les ennemis. 
Quelques-uns de leurs escadrons conunençant à se 
rallier, il les fit pousser par mille chevaux et tout dis- 
parut. Mais à peine avoii-il chassé le peu d'ennemis 
qui paroissoient encore que son infanterie, sans être 
poussée, et même sans avoir vu aucune troupe des 
ennemis, descendit de la montagne dans la plaine avec 
la même terreur qu'elle avoit prise dans le bois. Elle 
fut bientôt ralliée et n'eut pas un seul homme pris. 
Mais ce contretemps fit perdre les moments qu'on 
auroit pu employer à faire un grand nombre de pri- 
sonniers. 

On voit, dans cet événement, que les désordres 
peuvent arriver dans les plus braves troupes quand 
elles ont perdu presque tous leurs ofiiciers. 

Les ennemis eurent plus de 4,000 honomes tués 
sur le champ de bataille, et perdirent soixante dra- 
peaux ou étendards, trois paires de timballes et onze 
pièces de canon ^ 

On s'est étendu dans le récit de cette action et de 
tout ce qui l'a précédée, pour faire voir qu'une entre- 
prise, que tout le monde devoit trouver impossible, 
avoit enfin réussi par la persévérance, par l'art et par 
la fermeté. Il falloit s'ouvrir un passage sur le Rhin en 



i. La relation officielle de la bataille de Friedlingen est impri- 
mée (Pelet, II, 409). Il existe en outre, au dépôt de la guerre, un 
billet autographe écrit par Villars au roi du champ de bataille, et 
à la Bibliothèque nationale (Nouv, acq, fr,, 496, fol. 54) un billet 
autographe écrit de même à rélecteur de Bavière. (Voy. à l'ap- 
pendice du présent volume.) 



38 MÉMOmSS DE yiLLAR8. [170S 

présence d*une année supérieure occupant un poste 
inaccessible, et commandée par le prince de Bade, le 
plus grand général de TEmpire, et cet événement, 
considéré dûs toutes ces circonstances, paroltra des 
plus extraordinaires^. 

Le marquis deYillars envoya le comtedeChoiseuP, son 
beau-frère, en porter la nouvelle au roi. Le jour d'après, 
le fort de Friediingue , que les ennemis appeloient le 
fort de FÉtoile, se rendit, la garnison à discrétion. 

Le premier objet du marquis de Villars, après une 
bataille si importante, étoit de joindre l'électeur de 

i. On connaît le récit malveillant de Saint-Simon (in, 319) 
attribuant toute la victoire à Magnac, commandant de la cava^ 
lerie, dont Villars aurait usurpé la gloire aprôs avoir cru la 
bataille perdue et montré un ridicule abattement. Sainte-Beuve 
{Causeries du lundi, Xni, 60) a ftiit justice de ce roman : le récit 
de Villars, malgré les exagérations de la fin, a tous les carac- 
tères de la sincérité ; la panique qui s'est produite dans Tinfan- 
terie victorieuse est un accident fréquent dans notre histoire 
militaire ; il s'explique par le tempérament spécial du soldat fran- 
çais; il est pria sur le fait par Villars, qui n'en dissimule rien; 
les belles charges de Magnac ont certainement contribué à la 
victoire et rendu possible le mouvement très hardi de Tinfan- 
terie vers les hauteurs; mais le succès est dû à Tintelligence et 
à la vigueur avec lesquelles l'ensemble de l'opération a été conçu, 
préparé et conduit depuis le 30 septembre jusqu'à l'action finale. 
Villars ne chercha d'ailleurs pas à diminuer le mérite de Magnac ; 
il l'embrassa devant toute l'armée, et, le i7, il écrivait de sa 
main à Ghamillart : i Je dois vous dire que M. de Magnac, ayant 
commandé la cavalerie dans la plus belle action qu'elle fera 
jamais, mérite quelque élévation. » (D. G. 1582. Voy. Pelet, Mém. 
miL, Jîy 845.) Magnac fut nommé lieutenant général. La gloire de 
Villars ne fut nullement contestée sur le moment : l'armée 
l'acclama et la cour aussi. La correspondance non suspecte de 
Monastérol, que nous publierons, est formelle. 

2. Ëléonore de Ghoiseul-Traves avait épousé, en 1699, Marie- 
Louise de Villars. 



1708] MÉMQIHES DE YHXARS. 39 

Bavière. Mais le peu de concert de la part de ce 
prince, qui s'éloignoit du Rhin dans le temps qu'il 
devoit s'en approcher, causa une véritable douleur à 
un général, rempli de zèle et d'ardeur pour la gloire 
de son maître et pour la sienne particulière. 

Il fit avancer divers corps de cavalerie et d'infan- 
terie dans les montagnes, et il envoya des partis jus- 
qu'à dix lieues, sans pouvoir apprendre la moindre 
nouvelle de l'électeur, ni d'aucune de ses troupes ^ Il 
rassembla tous les officiers généraux de son armée, et 
il n'y en eut pas un seul qui ne déclarât que c'étoit 
vouloir perdre l'armée du roi que de penser à tra- 
verser des montagnes, à attaquer des forts et des 
retranchements, sans pouvoir mener ni chariots, ni 
canon, et sans être assuré des vivres quand on auroit 
consommé ce que le soldat en pourroit porter pour 
quatre ou cinq jours, et enfin sans aucune espérance 
de pouvoir joindre l'électeur. 

Le comte de Ghoiseul revint de la cour et apporta 
au marquis de Villars une lettre de la main du roi, 
par laquelle Sa Majesté l'honoroit de la dignité de 
maréchal de France, avec des termes très flatteurs, et 
lui laissoit la hberté entière de faire ce qu'il estimeroit 
le plus convenable pour le bien de son service. Nous 
joignons à cette lettre celles qu'il reçut en même 
temps de monseigneur, de M. le duc d'Orléans et de 
M"® la princesse de Conti*. 

1. Biron s'avança à Schopfheim et Masbach poussa jusqu'en 
vue de Rothenhausen, lieu indiqué par l'électeur pour la jonc- 
tion. Legall courut dans une autre direction avec 2,000 chevaux. 
{ViUars à CharniHart, 18 octobre. — Pelet, H, 843.) 

2. Le manuscrit porte, ajouté de la main de X : a Fille du 



40 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1702 

Lettre du rai. 

A Fontainebleau, le 20 octobre 4702. 

La bataille que vous avez gagnée mérite un bâton de maré- 
chal de France. Je vous le donne avec plaisir. Je m^assure que 
vous emploierez Tautorité pour le bien de TÉtat, et j'espère que 
vous serez aussi heureux dans les suites que vous l'avez été 
dans cette occasion. J'ai beaucoup de confiance en vous et en 
votre conduite. Soyez persuadé que mon estime est telle que 
vous la pouvez désirer. Signé : Louis. 

Lettre de M, le Dauphin. 

Mon cousin, vous avez si bien mérité la charge de maréchal 
de France, à laquelle mon seigneur et père vient de vous élever, 
et je m'assure que vous la remplirez si dignement, qu'on ne 
devra point être jaloux de vous la voir posséder. Je suis bien 
aise de m'en réjouir avec vous, et le serai toujours, non seule- 
ment de tout ce qui vous sera avantageux, mais de vous don- 
ner des marques de mon affection. Cependant, je prie Dieu qu'il 
vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. Écrit à Fon- 
tainebleau, ce 22 octobre 4702. Votre cousin. Signé : Louis. 

Lettre de M. le duc d^Orléans. 

Monsieur mon cousin, de tous les compliments que vous 
recevrez dans une occasion aussi brillante, et une dignité aussi 
bien méritée que celle-ci, je puis vous assurer qu'il n'y en a 
nul plus sincère, ni de meilleur cœur que le mien. J'y trouve 
mon amour propre flatté par l'opinion que vous savez très bien 
que j^ai toujours eue de vous, et qu'il y a plus de douze ans que 
j'avois prise dans une occasion où, vous voyant de loin, j^étois 
moins en état de juger. Pour dans celle-ci , je n'ai qu'à me 
joindre au discours unanime de toute la France. Mais je l'avois, 
pour ainsi dire^ prédit, et M. de Ghoiseul pourra vous dire de 
quelle façon, en m'applaudissant, j'en fis souvenir le roi. Jo 

roi, laquelle étoit accoutumée de parler souvent de vers et de 
comédies avec le marquis de Villars. » 



1708] MÉHOIRBS DE VILLÂRS. 41 

VOUS souhaite la suite glorieuse qu'un si beau oommencement 
vous donne lieu d'attendre, et puis vous répondre que personne 
n*y prend plus de part que moi, ni n^a pour vous plus d'estime 
ni une considération plus particuUère. 

Je suis, Monsieur mon cousin, votre affectionné cousin. 
Signé : Philippe D^OnL^iifs. 

Leftre de M'^ la princesse de Canti, première douairière. 

Ce 23 octobre 1702. De Fontainebleau. 

Il n'y a plus moyen pour cette fois-ci, Monsieur,, de ne vous 
pas ftdre moi-même mes compliments, si, dans la grande 
récompense que le roi vient de vous faire, vous pouvez sentir 
d'autre plaisir que de l'avoir méritée. Réjouissez-vous que tout 
le monde Fait souhaitée et s'en réjouisse. Pour moi, qui suis 
une de vos plus anciennes connoissances^ il n'est pas étonnant 
qiie j'en sois très aise. 

Vous n'avez point déçu 

Le généreux espoir que nous avions conçu. 

Vos pareils, à deux fois, ne se font pas connoitre. 

Et, pour leurs coups d'essai, veulent des coups de maître. 

On ne me donne pas le temps. Monsieur, d'en dire davantage ; 
votre courrier va partir, et vous ne sauriez douter qu'on ne 
dise vrai quand on vous assure que Ton vous estime. 

Signé : Marie-Aptne de Bouebon, fille de France. 

Après la bataille, et en attendant des nouvelles de 
l'électeur de Bavière, le maréchal de Villars fit raser 
le fort de l'Étoile construit par les ennemis, et rétablir 
ensuite tous les ouvrages qui étoient dans l'Ue du 
Marquisat^ et à la tète du pont d'Huningue. Il n'y a voit 
pour cela qu'à travailler sur l'ancienne maçonnerie 
qui sortoit de terre. Ce qu'il y avoit de plus impor- 
tant étoit de mettre la ville de Neubourg hors, de toute 

\. Voy. ci-dessus, p. 27, note. 



42 MÉMOmBS DE 7ILLARS. [1702 

insulte. Le prince de Bade s'en approcha après avoir 
rassemblé toutes ses forces, ou pour attaquer cette 
place, ce qui étoit difficile par les précautions quV 
voit prises le maréchal de^Yillars, ou pour empêcher 
sa jonction avec l'électeur de Bavière, à laquelle il 
n'ignoroit pourtant .pas que ce prince ne songeoit 
guère ^, puisqu'il s'étoit éloigné du Rhin au lieu de s'en 
approcher. £t, dans la vérité, si le maréchal de Yil- 
lars eût pris le parti de se jeter dans les montagnes 
avec la plus grande partie de ses forces, elles y 
auroient inévitablement péri, d'un côté, par les 
obstacles nombreux qu'il auroit rencontrés, de l'autre, 
par les efforts d'une armée dont il eût été poursuivi 
dans un pays ennemi, sans aucune espérance d'être 
secouru contre elle par l'électeur de Bavière. 

Le prince de Bade, voulant reconnoltre par lui- 
même s'il ne seroit possible d'emporter Neubourg par 
un effort de son armée entière, la fit approcher en 
bataille à la portée du canon, et vint de sa personne à 
la portée du mousquet. Le maréchal de Villars fit 
border de troupes les remparts de la ville et planter 
plus de trente drapeaux pour faire voir aux ennemis 
que l'on étoit dans la disposition convenable pour les 
bien recevoir. Après avoir passé une partie de la jour- 
née dans cette situation, leur armée se retira et remar* 
dia diligenmient vers le bas du Rhin. Le maréchal de 



i. Yillare ne se trompait pas; l'électeur négociait alors avec 
l'Empire, et, pour se donner le temps de recevoir la réponse défi- 
nitive de Tempereur, il avait indirectement fait prier le prince 
de Bade de s'abstenir de tout acte hostile envers lui, et de s'atta- 
cher à empêcher Villars de faire la jonction. (Voy. ci-dessous, 
p. 46.) 



170t] MlbfÛIRBS DE VniiAAS. 48 

ViUars, qui ne voyoit aucun motif à cette marche 
précîpîtée , se contenta d'envoyer le comte Dubourg 
avec un corps de troupes vers le fort Louis, avec ordre 
de s'opposer à toutes les tentatives que pourroient 
faire les ennemis pour jeter un pont sur le Rhin. Il 
fut confirmé dans l'opinion qu'il avoit, que leur éloi- 
gnement avoit pour objet de lui laisser la liberté de se 
jeter dans les montagnes pour joindre l'électeur de 
Bavière ; [l'ennemi] sachant bien par toutes les lettres 
qu'il avoit interceptées que le maréchal avoit cette 
première vue. Mais aussi, le prince de Bade savoit 
bien qu'elle ne pouvoit réussir, parce qu'il étoit 
informé que l'électeur de Bavière avoit remarché vers 
Donavert; ce qui étoit bien éloigné de faire aucun 
mouvement pour s'approcher du Rhin^. 

Ainsi, le maréchal de Yillars eut lieu de croire que 
le prince de Bade n'avoit marché vers Friboui^ que 
pour lui tendre un piège, puisque aucune autre raison 
ne le portoit à s'éloigner. 

Le maréchal de Yillars fît passer le Rhin à une partie 
de son armée et s'approcha de Fribourg avec deux 
mille chevaux, et ayant donné tout le' temps possible 
à l'électeur de Bavière pour lui donner de ses nou- 
velles, n'en ayant aucune, il crut ne pouvoir rien faire 
de mieux que de chasser toutes les troupes que les 
ennemis avoient laissées dans la Basse-Alsace, et de 
leur ôter tous les postes qu'ils avoient vers la Saare, 
et il passa à Strasbourg. 

Quelques semaines auparavant, il avoit vu l'armée 
du roi retranchée dans les jardins de cette belle ville, 

4. Voir la dépêche de Villars au roi, écrite d'Ottmarsheim, 
3 novembre. (Pelet, Mim, mil., Il, 429.) 



4i MÉHOmBS DE VILLARS. [1708 

oe qui avoit fort déplu à ses riches habitants. Mais 
enfin délivrés de la crainte des ennemis et d'amis qui 
leur étoient également à diai^e, puisque les maisons 
de plaisance qui toudioient la ville avoient été en partie 
détruites par un camp et des retranchements, ils 
reçurent le maréchal de Yillars avec de grandes 
démonstrations de joie. Il n'y demeura qu'un jour, 
après lequel il se rendit au fort Louis ^, et fit détruire 
tous les ouvrages que le prince de Bade avoit faits 
pour s'établir à Haguenau , sur la Muter, et dans la 
Basse-Alsace. 

Cependant, conune iV ne trouvoit rien de si impor- 
tant pour le service du roi que d'occuper Nancy, il en 
représenta la nécessité à Sa Majesté^ et lui manda 
qu'il croyoit convenable que le comte de Tallard, qui 
venoit de prendre Trarbach [% novembre 1708], fût 
chargé de cette expédition, le maréchal de Yillars 
ajoutant qu'elle seroit assurée par la situation de son 
arméç, à laquelle il fit fournir des fourrages par les 
villes de la Basse-Âlsace. 

Le comte de Tallard opposa plusieurs difficultés à 
l'exécution de ce projet, fondées sur le mauvais état 
de ses troupes, qui n'avoient plus de tentes, et sur les 

i . Petite place construite par Vauban dans une ile du Rhin, à 
la hauteur d'Haguenau. 

2. Il ne résulte pas de la correspondance que Tinitiative soit 
venue de Yillars. Le roi, par dépêche du 15 novembre, lui com- 
munique son intention d'occuper Nancy et le consulte. Villars 
approuve résolument; Tallard, au contraire, fait des objections 
basées sur l'état des troupes et des chemins : « Quand il gèle, les 
chariots vont, » répondit Villars le 26; « quand il pleut, les 
bateaux. » Le roi fit sommer le duc de Lorraine par M. de Gail- 
lières, le l"' décembre; il se soumit à la première injonction. 



1708] MÉHOmBS DE VOiLARS. 45 

rigueurs de la saison, car on étoit alors dans le mois 
de décembre, et par conséquent exposé à la gelée et 
aux pluies. Il manda au maréchal de Villars que, par 
les gelées, on ne pouvoit remuer la terre ni se servir 
des rivières, et que, par les pluies, il étoit impossible 
de faire mardier les chariots. 

Le maréchal de Villars lui manda que l'expédition 
de Nancy ne pouvoit être de longue durée, et que, 
selon toute apparence, M. le duc de Lorraine, ne pou- 
vant espérer aucun secours, se soumettroit aux pre- 
miers ordres du roi. A l'égard des autres difficultés, il 
lui manda* que la nouvelle ville de Nancy et trois ou 
quatre gros villages à la portée du canon mettoient 
toutes ses troupes à couvert, et que, du reste, si la 
gelée empéchoit le cours des rivières, et que les pluies 
fissent un obstacle aux diarrois, on ne devoit pas 
craindre ces deux inconvénients tout ensemble, parce 
que les pluies rendroient libre le commerce des 
rivières, et que, par la gelée, les chemins de terre 
seroient praticables. Qu'en un mot, il convenoit de 
marcher à Nancy. Il ne fallut, en eflfet, que s'y mon- 
trer, et. les portes de cette ville furent ouvertes. Par 
là furent différés, pour quelques années, les projets du 
prince de Bade et de Hariborough, qui étoient d'at- 
taquw la France par la Moselle et par la Lorraine. 
Nous verrons ces desseins repris par les ennemis 
en 1705, et rompus par le maréchal de Villars. 

U alla s'établir à Saverne pour être à portée d'y 
donner, au comte de Tallard, tous les secours qui 
pourroîent lui être nécessaires pour son expédition de 
Nancy. 

Ce fut alors qu'il reçut des lettres de l'électeur de 



46 irtMomss de YnxARS. [170K 

Bavière, par lesquelles il apprit que ce prince, au lieu 
de s'approcher du Haut-Rhin, avoit descendu le Danube 
jusqu'à Donavert, et qu'il avoit mis des troupes dans 
Lauvin^e^ . Il se répandoit même un bruit qu'il trai* 
toit avec l'empereur. 

Il est certain qu'après la surprise d'Ulm et la nou* 
velle de la reddition de Landau, ce prince se trouva 
dans un péril extrènne. Sa propre maison étoit remplie 
de partisans de l'empereur, qui n'oublioient rien pour 
lui persuader qu'il n'avoit d'autre parti à pr^Mh^ que 
de s'accoDunoder, que les plus courtes folies éfanent 
les meilleures ; qu'il étoit au milieu de l'Empire, tandis 
que les armées de France en Flandres étoient malme- 
nées, et contraintes en Allemagne de se retrancher 
sous Strasbourg. 

On a su depuis qu'il écouta ces remontrances, et il 
étoit difficile d'en douter, puisqu'après la bataille de 
Friedliogue, au lieu de faire un pas pour joitidre le 
maréchal de Villars, il manda qu'il ne pouvoit s'éloî* 
gner d'Ulm. Le roi connut bien aussi qu'il j avoit lieu 
de craindre ; cependant, on n'oublia rien pour le rete- 
nir dans les intérêts de la France. Simeoni, qui l'avoît 
joint, s'opposa fort aux émissaires de l'empereur 
s^yprès de ce prince, et on lui promit un secours tel 
qu'il le voudroit, dès que les neiges fondues rendroient 
libre le passage des montagnes. L'empereur fiit diffi- 
cile sur le traité qui se négocioit avec l'électeur, et, 
l'espérance revenue à l'électeur, il fut difficile aussi ^. 

1. Lauingen, petite ville but le Danube, au-dessus de Donau- 
werth. 

2. Villars ne sut qu'une partie de la vérité; nous Tavons 
retrouvée tout entière aux archives I. R. de Vienne ; il y existe 



4708] MÉMOmES de villars. 47 

Il y a toute apparenoe que les généraux de Tempe- 
reur, comptant sur les négociations, négligèrent d'em- 
ployer la force, et, ce qui le prouve, c'est que le 
prince de Bade, n'ayant rien à faire sur le Rhin, pou- 
voit marcher en Bavière avec assez de troupes pour 
forcer l'électeur à ce qu'on auroit voulu. Quoi qu'il 
en soit, tout- demeura indécis, et le marédial de 
Villars établit tous les quartiers d'hiver de l'Alsace, 
de la Lorraine, des évéchés, de la Sarre et de la 
Franche-Comté, en sorte que, par la disposition des 
troupes, il demeuroit en état de pouvoir agir de 
bonne heure. 

Il se rendit le premier de l'année 1 703 à Paris, où 
il trouva la maréchale de Villars accouchée d'un fils^ . 
Ainsi, Tannée \ 703 lui fut heureuse de tout point. 

4703. Le marédial de Villars fut reçu du roi avec 
les plus grandes marques de bonté, et Sa Majesté, 
dans les conversations particulières, lui témoigna toute 
Testime et toute l'amitié qu'un si grand et si bon maître 

un dossier de correspondances, la plupart autographes, échan- 
gées entre Max-Bmmanuel et Fempereur Léopold, du 30 sep- 
tembre au 9 novembre, par l'intermédiaire du cardinal Lamberg, 
commissaire impérial à la Diète, et de Reichardt, secrétaire par- 
ticulier de l'électeur. Max-Emmanuel offrait de se tourner contre 
la France, à des conditions déterminées, et, comme preuve de sa 
sincérité, promettait de ne pas faire sa jonction avec Villars, 
jonction qu'il reconnaissait ne dépendre que de lui. L'empereur 
trouva les conditions exorbitantes et rompit la négociation le 
9 novembre. Ces pièces seront publiées. (Voyez les extraits que 
j'en ai donnés dans le Correspondant, 25 septembre 1885.) 

1. Honoré-Armand de Villars, né le 4 octobre 1702, mort en 
Provence au commencement de mai 1770. (Voy. Gazette de France, 
n- du 7 msà 1770, p. 295.) 



48 MÉMOIRSS DE VIUAIiS. [1703 

pouYoit faire voir à un sajet bien zélé pour sa gloire 
et pour son service. Ce fut par elle-même qu'il apprit 
que, sans consulter personne, elle avoit pris la réso- 
lution de lui confier le commandement de son armée, 
et d'enfermer dans Strasbourg, pendant le reste de la 
campagne, le maréchal de Gatinat et cinq lieutenants 
généraux [plus anciens que lui] • Le roi lui conta toutes 
ses peines sur les mouvements des armées de Flandres 
et d'Allemagne ; que le chagrin de les voir chassées 
par celles des ennemis, et sans combat, lui avoit donné, 
pendant deux mois, des mouvements de fièvre ; qu'il 
étoit autant françois qu'il étoit roi, et que ce qui ternis- 
soit la gloire de la nation lui étoit plus sensible que 
tout autre intérêt, c C'est d'ordinaire sur les six heures 
du soir, > continua le roi, c que Ghamillart vient tra- 
vailler avec moi, et, pendant plus de trois mois, il ne 
m'apprenoit que des choses désagréables ; l'heure à 
laquelle il arrivoit étoit marquée par des mouvements 
dans mon sang. Vous m'avez tiré de cet état; comptez 
sur ma reconnoissance. » 

Après les premières conférences que le maréchal de 
Yillars eut avec le roi sur le passé, il fut question des 
projets pour la campagne prochaine. Celui qui occu- 
poit le plus Sa Majesté étoit la jonction avec l'électeur 
de Bavière. Le maréchal de Villars représenta au roi 
que cette vue étoit la plus importante, mais qu'à la 
guerre comme en toute autre matière considérable, il 
étoit dangereux de n'avoir qu'un objet, parce que, s'il 
ne réussissoit pas, on demeuroit sans ressource ; qu'il 
croyoit donc qu'il falloit toujours avoir plusieurs vues, 
et que, bien qu'il fUt persuadé que la plus convenable 
aux intérêts du roi étoit la jonction, il falloit cepen- 



1703] MÉMOIRES DE VILLÂRS. 49 

dant, s'il étoit possible, commencer par le siège de 
Kell ; qu'à la vérité, l'entreprise étoit remplie de beau- 
coup d'obstacles, mais que, si l'on pouvoit investir 
cette place, il osoit espérer, quoiqu'elle fût excellente, 
et que la saison fût très rude, que le siège n'en seroit 
pas néanmoins bien long. Il ajouta que le prince de 
Bade ne pouvoit empêcher l'investissement de Kell 
qu'en plaçant son armée derrière la Kintche ; mais que, 
s'il prenoit ce parti, il y rassembleroit toutes ses 
forces, et que, par conséquent, l'électeur, mieux con- 
certé que par le passé, et marchant avec ses troupes 
vers le haut Danube, lui, maréchal de Yillars, mar- 
chant vers Walkirk et la vallée de SaintrPîerre , ne 
trouveroit aucun obstacle pour percer les montagnes ; 
qu'enfin, si les troupes du roi pouvoient investir et 
prendre Kell, la jonction et le commerce avec l'élec- 
teur seroient très faciles, puisqu'au lieu d'une seule 
route, on en auroit plusieurs pour percer les montagnes 
noires. 

Le roi, touché de ces raisons, laissa une entière 
liberté au maréchal de Yillars sur toutes les entre- 
prises qu'il croiroit convenables au bien de son ser- 
vice, et l'on croit devoir placer ici le projet que ce 
général envoya de Strasbourg le 216 janvier, et sur 
lequel le roi lui confirma encore la liberté qu'il lui 
avoit donnée d'agir selon ses vues. 

MËHOmE DE M. LE MARÉCHAL DE YILLARS. 

26 JANVIER 4703. 

Comme rien n'est si important que d'éloigner, autant qu'il 
est possible, l'attention des ennemis des desseins que Ton peut 

Il 4 



50 MÉMOIRES DE VILLÀRS. [V703 

former contre eux, j'ai pensé, depuis que j'ai eu Tbonneur de 
prendre congé de Sa filajesté, à toul ce qui pouvoit nous don^ 
ner les moyens de rapprocher nos troupes des lieux où elles 
doivent agir, sans marquer notre objet. 

Ce que j'ai appris, en passant à Metz, de la disposition des 
ennemis dans le duché de Deux-Ponts, de leur dessein de rac- 
commoder Hombourg, m'a fait examiner le projet suivant. 

Je crois donc que, soit par Tinquiétude que Ton peut avoir 
pour Trarbach, que M. le marquis de Varennes m'assure être de 
plus en plus fondée, soit pour chasser les ennemis des postes qu'ils 
établissent à Hombourg et dans le duché de Deux-Ponts, et 
pousser encore nos contributions plus loin, il est bon d'assem- 
i>ler, vers le 40 février, insensiblement les troupes qui sont 
dans les évèchés, la Lorraine, Longwy et Luxembourg, der^ 
rière la Sarre, depuis SarrebruclL jusqu'à Sarre-Louis. De là, 
on peut, ou marcher pour secourir Trarbach, si Sa Majes^ le 
désire, supposé qu'il soit attaqué, ou chasser les ennemis de 
Hombourg. Pour moi, je ne songeois pas à Trarbach quand ces 
premières idées me sont venues; mais il ne faut pas que ce 
dessein des ennemis nous dérange; on peut marcher pour le 
secourir, si Sa Majesté le trouve à propos, et commencer par 
là, si les ennemis ne songent pas à l'attaquer, ou que nos mou- 
vements les fassent retirer. Je compte que, nous ébranlant de 
Saint-Jean, on marcheroit en corps d'armée, vers le 42 ou 
4 5 février, à Hombourg avec les susdites troupes, sans qu'au- 
cune de celles d'Alsace se remuât ; qu'après avoir emidoyé jus- 
qu'au 20 février, au delà de la Sarre, à chasser les ennemis de 
Hombourg et de quelques autres petits postes, les mêmes 
troupes marchent ensuite par la vallée de Bitche vers Bouxwil- 
1er, de là à Haguenau, laissant penser aux ennemis que l'on 
veut attaquer la Lutter. Si elle étoit dégarnie, voir ce qui se 
peut tenter; mais pour peu qu'il y eût apparence d'obstacles, 
paroi tre s'en tenir à l'unique dessein de fortiûer Haguenau, où 
je mettrois d'abord douze à quinze bataillons de l'infanterie que 
je mènerois des Évôchés et de la Sarre. 

Je compte que je n'arriverai à Haguenau que vers le 25 ; que 
je serai là quatre à cinq jours à discuter avec les ingénieurs sur 
les fortifications que l'on y voudroit faire, dont un seul, qui 



4703] MEMOIRES DE VOiLARS. 51 

seroit dans le secret, feroit des difficultés mal à propos sur ce 
que les autres pourroieat penser de plus sensé sur les fortiflca- 
lions de Haguenau pour demeurer exprès dans Tinaction. Pen* 
dant œ temp&-là, on oommanderoit des pionniers de l'Alsace, 
que Ton feroit marcher vers Haguenau, et, tout d'un coup, 
ayant précédemment foit les dispositions des troupes néces- 
saires vers la haute Alsace, je partirois de Haguenau en poste 
et jHrois prendre toutes les troupes qui sont entre Huningue, 
Belfort et Brisach, et passerois sur le pont de Neubourg et 
parottrois vouloir investir Brisach. Nous savons déjà que Fri« 
bourg et Brisach sont Tort remplis de troupes, surtout de l'in- 
fanterie de Pempereur. Dans le même temps que je passerois à 
Neubourg, toute l'infanterie de Haguenau quitteroit cette ville, 
viendroit diligemment à Strasbourg; on feroit remonter les 
ponts de bateaux qui y sont vers Rheinau, et, des troupes que 
j'aurois de l'autre côté du Rhin, j'enverrois un corps pour assu- 
rer une tète de pont; je pourrois, en deux jours, rassembler 
toutes nos troupes entre Vieux-Brisach et Strasbourg, et, lais- 
sant derrière moi toutes celles des ennemis qui sont dans Bri- 
sach, Fribourg, les vallées de Waldkirk et de Saint-Pierre, et, 
derrière les montagnes Noires, je marcherois à la Rintche, assez 
supérieur aux ennemis pour espérer d'investir Rell sans obs- 
tacle, car toute mon inquiétude est de trouver les ennemis assez 
forts derrière la Kintche pour m'en disputer le passage, et 
j'avoue que j'espère, par la conduite ci-deyant appliquée, pou- 
voir séparer leurs forces, de manière que je me mette au milieu. 
Si ce bonheur-là m'arrive, et que le corps d'année que les enne- 
mis auroient sans doute derrière la Rintche, composé de toutes 
les troupes qu'ils retireroient diligemment de derrière la Lutter, 
et qui sont naturellement entre la Rintche, le Rhin, les mon- 
tagnes et le bas Necker, ne soit pas considérable, je pourrai 
leur donner un combat avec avantage, en cas qu'ils s'obstinent 
à tenir devant moi pour défendre la Rintche. S'ils s'éloignent, 
ils me laissent toute la liberté que je désire de me placer autour 
de Rell; la prise en peut être plus ou moins retardée de 
quelques jours, mais inftdllible quand il sera investi ; et je fois 
ce siège avec toutes les facilités du monde, sans charroi ni pour 
l'artilleria ni pour les vivres, une ville comme Strasbourg pour 



52 MÉMOIRES DE VILLÀRS. [1703 

ainsi dire dans la circon vallation , de manière que le soldat 
malade ou blessé se porte de la tranchée dans les meilleurs 
hôpitaux, le canon va de Tarsenal dans la batterie, enfin, avec 
toutes les commodités sans lesquelles les sièges d'hiver sont 
dangereux. 

Sa Hayesté trouvera peut-être que dans les mouvements pré- 
cédents il y aura de la Aitigue pour ses troupes, qui sont un 
peu déshabituées des guerres d'hiver, depuis oelies de Sa Majesté 
et de MM. de Turenne et de Gréquy ; mais il &ut qu'elles s'y 
raccoutument quand elles sont absolument nécessaires, et j^ex- 
pliquerai par quels moyens nous tâcherons de les rendre sup« 
portables. 

Un grand avantage que Ton peut espérer, mais qui n'est pour- 
tant pas assuré, c'est qu'il a neigé trois mois de suite, que la 
gelée et le beau temps recommencent depuis quelques jours, et 
que Ton peut se flatter quils dureront. 

En second lieu, je compte que les troupes auront toujours le 
couvert. 

Quand je passerai la Sarre, j'imposerai des contributions de 
vaches qu'on leur donnera gratis *, je ferai la même chose au 
delà du Rhin ; et tant que durera le siège j'aurai une extrême 
attention à soulager le soldat. J'espère trouver des fourrages 
entre la montagne et le Rhin, depuis Gengenbach jusqu'à Keli, 
et nous étendre même assez loin les premiers jours, à la droite 
et à la gauche de cette petite rivière. 

Enfin l'on tait toute la diligence possible pour magasiner, les 
premiers jours de l'investissement, comme Sa Majesté le sait-, 
et suivant les fourrages que je trouverai dans mon camp et le 
*temps que je pourrai les faire durer, je garderai plus ou moins 
de cavalerie ; ce qui ne demeurera pas dans le camp, je le ren- 
verrai sur la Sarre, depuis Sarguemines, sans descendre plus 
bas en remontant cette rivière, et l'étendant ensuite dans la 
Lorraine jusque vers Saint-Dié. 

Ce parti de se mettre en Lorraine, on ne le prendra que par 
une nécessité indispensable, car il ne faut point s'exposer à éloi- 
gner la cavalerie et à n'en pouvoir espérer aucun secours si 
l'ennemi rassembloit toutes ses forces. Sa Msgesté pensera bien 
que, si je puis garder ma cavalerie à quatre ou cinq lieues du 



-c 



1703] MÉMonuss DE vnxARS. 53 

camp au delà du Rhin, la répandant un peu par quartiers et lui 
donnant du couvert, je ne Téloignerai pas de moi; mais, si je 
suis contraint par le fourrage ou par n'oser la séparer par 
quartiers, je la renverrai comme j'ai dit, car il faut la conser- 
ver. Selon toutes les apparences, ce projet doit réussir, vu les 
dispositions actuelles des ennemis; mais s'ils prenoient le parti 
de négliger tout pour couvrir Kell et rassembler toutes leurs 
forces derrière la Kintche, de manière qu'il me fût impossible 
de les chasser sans trop hasarder, il faut voir quels avantages 
on peut retirer de nos mouvements. 

G^en est toujours un que la diversion que Sa Majesté a ordonnée 
par rapport à l'électeur de Bavière ; et il est bien certain que, 
Sans ces temps-là, M. de Bade ne fera point des détachements 
considérables. Il me semble que M. l'électeur de Bavière tourne 
ses principales forces vers les frontières de ses états les moins 
exposées, car je tiens le côté de Franconie et de Souabe plus 
dangereux pour lui que les recrues d'Autriche et les Saxons dont 
les gazettes le menacent. 

Si ce prince, d'ailleurs, a espéré que ses états, environnés 
d'ennemis de toutes parts, ne souffrent en aucun endroit, c'est 
vouloir se tromper. S'il veut se conduire, je ne dis pas en homme 
de guerre, mais seulement par le sens commun, il dira : a Je 
ne puis me soutenir que par un effort qui me procure un 
secours des troupes du roi ; cet effort^ ou &isons-le par le Tyxol, 
entrant par Inspruck pour aller au-devant des troupes que 
H. de Vendôme peut m'envoyer, le prince Eugène étant si foible 
que toutes les nouvelles de l'Empire ne lui donnent pas douze 
mille hommes effectifs, ou si cette route est trop difficile, tour- 
nons nos espérances vers la Souabe. » Et je prendrai la liberté 
d'alléguer (par parenthèse) deux raisons incontestables pour 
prouver clairement que celle du Tyrol est la plus aisée. La 
première , que les chemins en sont beaux , larges et aisés ; je 
parle pour les avoir vus : M. le maréchal de Yilleroy les a 
connus de même. La seconde, c'est que je ne vois pas quel 
corps d'ennemis oseroit se mettre entre l'armée de M. de 
Vendôme et celle de M. l'électeur de Bavière. De notre côté, 
il n'y a que deux chemins : ou la vallée de la Kintche, ou la 
vallée de Saint-Pierre : il faut passer sous Fribourg ; on tâche- 



54 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1703 

roit d^éviter cet inconvénient en passant par Waldkirk; mais 
il faut que M. de fiarière vienne à Yillingen par le chemin de 
Rotenbausen et Hauenstein. Il Haut de même que M. Télecteur 
de Bavière vienne de l'autre côté des montagnes emporter un 
de ces forts et foire trouver du pain pour le corps que le roi y 
enverra. 

Nous avons une armée plus considérable que celle de M. le 
prince Eugène, qui tâcbera de traverser ses desseins^ et nous 
savons par notre expérience que les ennemis ont une route au 
travers des montagnes, qui coupe vers Yillingen et vers Rbinfeld. 

Quand je dis par notre expérience, c'est que j'ai foit, avec 
M. le marécbal de Gréquy, une marche très diligente à Offem- 
bourg où nous voulions nous poster. M. le duc de Lorraine par* 
toit de derrière Rbinfeld et arriva avec la tète de son armée, 
par la vallée de la Kintcbe, sur Offembourg aussitôt que nous. 
J'allègue cela pour foire voir le peu de solidité qu'il y a dans les 
propositions de ceux qui croient que les troupes du roi, sans un 
effort considérable de la part de M. Pélecteur de Bavière, puissent 
jamais le joindre. Mais, s'il veut agir vivement dans le temps 
que M. le prince de Bade emploiera presque toutes ses troupes 
pour me défendre la Kintcbe , rien ne peut empêcher M. de 
Bavière de venir avec toutes les siennes, par le derrière, atta- 
quer Yillingen ou Rotenbausen. 

Yéritablement, je ne réponds pas que pendant ce temps-là 
les troupes d'Autriche ne puissent entrer en Bavière par le côté 
de Passau, mais^ je le dis encore, ce prince n^est pas sage s'il a 
cru se déclarer contre l'empereur et l'Empire sans qu'U y ait en 
Bavière une poule hasardée. 

Je supplie qu'on ne lui déclare rien de positif sur les desseins 
de Sa Majesté, et il sufBt de lui mander en général que l'on 
tâcbera de faire une diversion violente. Je ne doute pas que l'on 
ne puisse passer, mais si toutes les troupes de TEmpire sont 
placées derrière la Kintcbe et que M. de Bavière ne fasse rien 
pour une jonction, n'y a-t-il donc plus irien à faire ? En ce cas, 
la Lutter n'est-elle point dégarnie et Brisach découvert ? J'en 
conviens et je serois bien mortifié que l'on eût à me reprocher 
de ne pas imaginer les choses possibles. 

Je pourrois, je crois, chasser les ennemis de Yîssembourg, 



4703] MÉMOIRBS DE VILLAAS. 55 

et quoique les moindres avantages puissent être comptés quand 
on les remporte sur un ennemi dont les forces sont à peu près 
^les, celui-là me satisferoit médiocrement, et, si de là je pou- 
Yois aller à Landau, je serois dépité de ne point attaquer Rell, 
mais j'en ai démontré les obstacles dans mon premier mémoire. 

Brisach se pourroit assiéger : je crois cette place mal en 
artillerie et ea poudre; la garnison est nombreusOi mais pour 
ce siège il fout un si grand nombre de chariots pour voiturer 
tout de Strasbourg que je doute que F Alsace puisse les fournir; 
d'ailleurs, je laisse toute la basse Alsace découverte. Sa Majesté 
peut cependant décider, sHl arrivoit que Kell ne pût être investi, 
par trouver Tarmée des ennemis presque entière derrière la 
Kintche, si elle veut qu'on s'attache à Brisach. 

Enfin, je finis par dire que j'ai une très grande espérance de 
faire le siège de Rell, par la conduite ci-devant expliquée, et 
que certainement ou je prendrai Kell, ou M. de Bavière ne sera 
point attaqué par un assez grand nombre de troupes pour Fin- 
timider. 

J'ajouterai encore un avantage que je me procurerai assuré- 
ment et dont je retirerai une grande utilité pour la campagne, 
c'est que je ne repasserai point le Rhin sans avoir assuré une 
tête de pont vers Rheinau, qui me donne les moyens de rentrer 
en Allemagne dès que les herbes le permettront, et de pouvoir 
donner toujours à l'ennemi la même inquiétude pour Kell 
et Brisach, de passer même une partie de la campagne au delà 
du Rhin^ au lieu de revenir vers Haguenau, où l'on ne peut 
subsister longtemps. 

Si je me trompe dans mes vues, ou s'il m'en échappe quel- 
qu'une, je suppÛe qu'on veuille bien me redresser. Sur quoi 
j'ose dire que je ne saurois Fêtre : c'est sur une attention très 
vive, suivie, assez décidée dans ce qui aura été une fois résolu, 
beaucoup de diligence dans l'exécution et plus d^ardeur que per« 
sonne au monde de mériter les grâces dont il a plu à Sa Majesté 
de m^honorer; mais surtout l'honneur de sa confiance que je 
préfère à toutes les dignités du monde. 

Quelques mouvements que les ennemis puissent faire présen- 
tement, je croirai toujoui*s que les nôtres ddvent commencer 
par passer la Sarre avec les troupes des Ëvêchés et de la Lor- 



56 MÉMOIRES DE VDiLARS. [1703 

raine pour ne point marquer trop tôt le dessein de Kell, puisque 
les ennemis, pouvant le prévoir, mettroient assurément toutes 
leurs forces derrière la Kintche. 

Le maréchal de Yillars employa le reste du mois de 
janvier, et les premiers jours de février, à faire toutes les 
dispositions. Les troupes n'avoient quitté la campagne 
que le 20 décembre ; il falloit les remettre en mouvement 
dans les premiers jours de février, et plusieurs n^avoient 
pas demeuré quinze jours dans leurs quartiers, la plu- 
part même des officiers étoient absents. Cependant, 
il étoit question d'agir, et le maréchal de Yillars avoit 
pour principe que, dans la guerre, il y a beaucoup 
d'entreprises estimées impossibles, quoiqu'au fond elles 
ne soient que difficiles, et que c'est aux chefs à se mettre 
en tète de rendre possible ce qui n'est que difficile. 

Dans le commencement de l'année, le prince de 
Hesse-Gassel attaqua Trarbach. La ville fut abandon- 
née, et le château, avantageusement situé sur le haut 
d'une montagne, se défendit assez pour donner le 
temps au maréchal de Tallard, tout récemment élevé 
à cette dignité, de rassembler assez de troupes pour 
obliger le prince de Hesse à se retirer. 

Le maréchal de Yillars prit ses mesures pour passer 
le Rhin le 12 février. Les gelées étoient fortes, et, si 
elles a voient continué, les glaces auroient empêché 
son projet en rompant les ponts de bateaux sur le 
Rhin. Heureusement, celui de Neubourg demeura 
entier. Mais il falloit, après avoir passé le Rhin, qu'il 
menât son armée entre Rrisach et Fribourg, et une 
partie de l'armée ennemie avoit ses quartiers d'hiver 
entre Brisach, Fribourg et OfTembourg, dans plusieurs 
petites villes fermées. 



1703] MÉMOIRES DE YILLARS. 57 

Il lui étoit important de les surprendre, et de faire 
en sorte que ces troupes n'eussent pas le temps de ^ 
s*aller placer derrière la rivière de Kintche. Enfin, 
l'extrême diligence lui étoit nécessaire ; quoiqu'il n'eût 
qu'un seul colonel pour commander la cavalerie, qui 
étoit le chevalier de la Feronaye ^ , le chevalier de la 
Vrillière^, colonel de dragons, et deux officiers 
généraux, il ne balança pas à marcher aux quartiers 
des ennemis, et sa bonne fortune l'aida en tout. 

Premièrement, depuis quelques jours, il ressentoit 
dans la tête des douleurs violentes auxquelles il n'avoit 
jamais été sujet; ces douleurs lui donnèrent même 
quelques mouvements de fièvre, et elles a voient été 
précédées d'un grand rhume ; mais la nuit qu'il passa 
à Otmarsheim, sur le bord du Rhin, il moucha un 
abcès très violent, et, le matin, il se trouva parfaite- 
ment guéri. 

Second événement heureux. Il lui falloit passer 
entre la ville de Brisach et la montagne sous le canon 
de la basse ville, et le brouillard fut si épais qu'il ne 
fut point aperçu. La gelée de ce même matin fut assez 
forte pour que son canon et sa cavalerie pussent sans 
peine passer de petites rivières et des marais assez 
fâcheux qui coupoient son chemin. A peine eut-il passé 
les hauteurs de Brisach que le brouillard tomba ; le 
canon de la ville fit plusieurs salves, autant pour aver- 
thr le pays que pour incommoder les troupes. 

1. Pierre Ferron, chevalier, puis comte de la Ferronays, mou- 
rut brigadier de cavalerie; son fils (1699-1753) ne dépassa pas le 
même grade. 

2. Fils de Louis Phélypeaux, marquis de la Vrillière, secrétaire 
d'État. 



58 MÉMOnUIS DE VIUiARS. [1703 

Le marquis de Villars connut alors qu'il n'avoit 
plus de temps à perdre ; il se mit à la tète d'un corps 
de cavalerie et de dragons, poussant SOO houssards 
devant lui, en sorte que les ennemis, qui étoient dans 
leurs quartiers, n'eurent que le loisir d'en sortir. 
Mais pour les empêcher de marcher droit à la Kintohe, 
où elles avoient leur rendez-vous, il y marcha lui- 
même, au lieu de songer à pousser tous ces différents 
corps, qui gagnèrent la montagne dès qu'ils virent 
une tète d'armée dans la plaine. On lui amena beau- 
coup de prisonniers, les houssards poussant vivement 
et tuant ce qui demeuroit derrière. 

11 envoya, sur-le-champ, ordre d'achever le pont 
qu'il avoit commandé à Altenein^ pour faire passer la 
tète des troupes qui avoient marché pour donner 
l'alarme vers la Lutter ; et, quoiqu'il n'eût pas4,000 die- 
vaux ou dragons, il arriva à la Kintche, qui étoit assez 
haute, et, outre cela, bordée de redoutes gardées et 
de retranchements. Il fit sonder un gué et, dès qu'il 
fut trouvé praticable, il se jeta le premier dans l'eau. 
Il vit quelques escadrons des ennemis qui arrivoient 
sur le bord ; il les chargea et les renversa. G'étoit le 
prince de Bade qui arrivoit lui-même et qui comptoit, 
comme le maréchal de Villars, que la plus grande 
diligence lui étoit nécessaire pour défendre la Kintche. 
Il étoit à la tète de ses premières troupes, et, s'il 
avoit eu quelques moments de plus, il défendoit le 
passage, et, par conséquent, il rompoit le projet du 
maréchal de Villars. Mais ce général savoit bien qu'il 
lui étoit plus important de prévenir les ennemis que 

1. Altenheim, & la hauteur d'Offenburg. 



1703] MÉMOIRES DE VILLAR8. 69 

de marcher avec plus de forces. Il passa la Kintche et 
fit pousser les escadrons ennemis. 

Dès que le prince de Bade se vit hors d'espérance de 
défendre la rivière, il envoya ordre à l'infanterie, qui 
marchoit le long du Rhin, de se jeter dans Kell pour 
en fortifier la garnison, et il se retira vers Stolhoffen. 

Le maréchal de Yillars pouvoit, avant que d'arriver 
à la Kintche, défaire les troupes qui fliyoient devant 
lui ; mais le temps lui étoit si précieux qu'il se con- 
tenta de les faire pousser par les houssards et par des 
détachements de cavalerie et de dragons. Pour lui, il 
suivit constamment son premier projet, qui étoit aussi 
le plus important. 

Le général Pibrak^ commandoit les troupes impé- 
riales qui étoient entre Brisach, Fribourg et Offem- 
bourg. Elles consistoient en quatorze bataillons et 
quelques escadrons de dragons. Mais il ne put les 
contenir ensemble ; il abandonna son canon, que l'on 
amena au maréchal de Yillars, et emporta les dra- 
peaux, criant aux soldats de se jeter dans les mon- 
tagnes. Le prince de Bade, également surpris, n'eut 
pas le temps de retirer les troupes de plus de quarante 
redoutes et forts qu'il avoit sur la Kintche et le long 
du Rhin. Il y avoit, dans quelques-uns, du canon et 
beaucoup de munitions de guerre, et tout ce qui les 
gardoit fut fait prisonnier. 

Les villes impériales d'Oflfemboui^ et de Gengem- 
bach furent abandonnées. On trouva dans la première 
S8 pièces de canon, quantité de munitions de guerre 
et de vivres, tous les chariots et équipages d'artillerie 

4. Bibra. 



60 MÉMOIRES DE VIIXARS, [1703 

qui, la campagne précédente, avoient servi dans Tar- 
mée de l'empereur. 

Le maréchal de Yillars envoya le chevalier de la 
Vrillière porter au roi la nouvelle de cet heureux 
conmiencement de campagne. Ensuite, après avoir 
donné tous les ordres pour travailler aux lignes de 
circonvallation, faire construire des ponts sur le Rhin 
et préparer tous les matériaux pour Touverture de la 
tranchée, il marcha avec 5,000 chevaux ou dragons 
et des détachements de grenadiers dans les vallées de 
la Kintche. Il s'avança jusqu'à Haslach et s'empara de 
toutes les petites villes d'Ortenberg, Gengembach et 
Hosen^ dans lesquelles il trouva quantité de grains et 
de fourrages suffisants pour donner à sa cavalerie une 
subsistance qu'elle ne trouvoit pas en Alsace. Par ce 
moyen, il épargna au roi des dépenses considérables, 
tant par les contributions qu'en consommant les maga- 
sins des ennemis. Cette marche eut encore cet avan- 
tage qu'elle répandit l'épouvante dans la Souabe, et 
fit revenir diverses troupes impériales qui marchoient 
vers la Bavière. 

Le maréchal de Yillars revint le 26 février dans son 
camp devant Kell, où il trouva bien exécutés tous les 
ordres qu'il avoit donnés pour l'ouverture de la tran- 
chée. Elle fut ouverte la nuit du 27 au 28 et poussée 
jusqu'à la première digue, à la faveur des maisons du 
village de Kell. Les ennemis, s'étant aperçus tard de 
l'ouverture de la tranchée, ne firent pas grand feu, 
bien qu'elle ne fût qu'à la demi-portée du mousquet. 



1. Hausen, dans le grand -duché de Bade, à dix lieues de 
Strasbourg. 



1703] MÉMOIRES DE VIIXARS. 61 

les masures des maisons ayant favorisé les approches. 

Ce fut contre Topinion du plus grand nombre des 
ingénieurs que le marédial de Villars mena son siège. 
Celle de Terrade, qui étoit plutôt à la tète des entre- 
preneurs d'ouvrages qu'ingénieur, lui parut la plus 
sensée, et au lieu d'attaquer par le front, suivant, la 
pensée de M. de Vauban, qui avoit fait bâtir la place, 
il alla à la branche de l'ouvrage à corne du haut Rhin, 
et, par ce moyen, il évita une quantité prodigieuse 
d'ouvrages qui auroient fait durer le siège bien plus 
longtemps. 

La garnison, augmentée par les troupes que le 
prince de Bade y avoit jetées la veille de l'investisse- 
ment, étoit de près de 4,000 hommes. Il y avoit une 
redoute dans une des lies du Rhin, qui pou voit arrê- 
ter plusieurs jours le maréchal de Villars. U fit tirer 
quelques volées de canon à barbette, et, dès que les 
ennemis parurent s'ébranler, un détachement de gre- 
nadiers, qui passa en bateau, les chassa de l'île et 
s'en rendit le maître. On s'y établit, et l'on travailla à 
y placer des batteries contre la branche droite de l'ou- 
vrage à corne. 

E31es furent achevées dès le ^7. Une de huit pièces 
de vingt-quatre battoit une demi-lune qui étoit devant 
l'ouvrage, et une de douze la face de l'ouvrage. On 
perdit très peu de monde dans tous ces mouvements, 
et l'on eut lieu d'espérer que le siège ne seroit pas fort 
meurtrier. Mais une pluie très violente survint le 
1*' mars, et le maréchal de Villars, revenant de la 
tranchée à minuit, et craignant une inondation, alla 
voir ^e bord de la Kintche. Gomme il trouva qu'elle 
commençoit à déborder, il fit marcher les soldats des 



6SI MÉMCHRBS DE VILLARS. [1703 

bataillons les plas voisins, et à la clarté de quelques 
baraques, où l'on mit le feu, on fit trois saignées à la 
rivière pour en détourner Teau dans les dehors de la 
ciroonvallation. À peine la terre ftit-elle ouverte que 
l'eau se précipita avec violence, et qu'elle ouvrit en 
un moment les passages commencés, ce qui empêcha 
le camp d'être submei^é. Dans l'instant, le maréchal 
de Viilars courut aux deux rivières de Schutter, qui le 
traversoient, où l'on prit les mêmes précautions qu'on 
avoit employées contre la Kintdie ; cependant, malgré 
ces mesures, il y eut quelques bataillons et escadrons 
dans le camp desquels il y avoit un pied d'eau. 

La nuit du 4 au 5, on se logea sur l'avanlrchemin 
couvert. Les compagnies de grenadiers, en y entrant, 
ne purent penser que les ennemis eussent fui si promp- 
tement. On se tira plusieurs coups, et il y eut plusieurs 
de nos soldats tués ou blessés. Parmi les officiers 
blessés, il n'y eut que Mauroy, capitaine de gr^ia- 
diers de la reine. 

Les batteries avancèrent fort la brèche de la face de 
l'ouvrage à corne, et l'on espéra de pouvoir y don- 
ner l'assaut le 6, ce qui fut exécuté ; et le marédial 
de Viilars dictant l'ordre de l'attaque dans la trandiée, 
trouva qu'un capitaine de grenadiers, qui avoit la tête 
de l'attaque, s'appeloit La Retaumade. Il lui dit, en 
plaisantant sur son nom : c Vous ne retournerez 
pas. > Le capitaine lui répondit : c Monseigneur, ce 
ne sera qu'après y être entré, à moins que je ne sois 
tué en montant. > 

L'ouvrage fut emporté sans beaucoup de peine, l'iiH 
trépidité des troupes inspirant une grande terreur 
aux ennemis. 



4703] mAioirbs de tillàrs. 63 

Le comte Dubourg, Ueuteoant général, et MarivauxS 
maréchal de camp, étoient de jour et servirent très 



Le 9, on se logea sur le chemin couvert de la place, 
et Ton travailla à y placer des batteries. On fit dire 
au gouverneur, qui étoit le général d'Âmsberg , que, 
s'il attendoit qu'il y eût brèche au corps de la place, 
il n'y auroit d'autre capitulation qu'à discrétion. Il 
répondit qu'il avoit ordre du prince de Bade de se 
défendre jusqu'à l'extrémité, et qu'il suivroit son ordre. 

Le sieur de Lapara^, lieutenant général et principal 
ingénieur, étoit arrivé, quelques jours auparavant, 
avec des instructions du marédial de Yauban, qui 
avoit çfifert de venir lui-même pour la conduite du 
siège. Ces instructions conduisoient les attaques par 
la tête des ouvrages, et donnoient 39 jours de siège. 
La plupart des ingénieurs avoient été d'avis de suivre 
ce projet; ils avoient même ébranlé Terrade, qui, dans 
le commencement, avoit donné des vues différentes 
au maréchal de Yillars, auxquelles nous avons vu que 
ce général s'étoit attaché. 

Lapara fut retenu par la goutte à Strasbourg; le 
nuuréchal de Yillars Talla voir et lui dit que quelque 
considération qu'il eût pour les lumières de M. de 
Yauban, il se garderait bien de suivre son mémoire^. 

i. N. de risle, marquis de Marivault, maréchal de camp le 
2 février 1702, mourut lieutenant général en 1709. 

2. Louis de Lappara de Fieux, né en 1651, se distingua à la 
plupart des sièges importants de 1684 à 1705, gouverneur de 
Mont-Dauphin en 1706, tué la môme année au siège de Bar- 
celone. 

3. Dans sa correspondance, Villars n'est pas aussi explicite : 
c J'ai oui dire, écrit-il le 12 mars au roi, que M. le maréchal de 
Vauban avoit envoyé à M. de Lapara un plan de la manière dont 



6& MÉMOIRES DE YILLAftS. [1708 

Le jour même que la place se rendit, le maréchal 
de Villars reçut une lettre du roi par laquelle il parois- 
soit que la confiance de Sa Majesté pour M. le maré- 
chal de Vauban la portoit à penser que ses instructions 
sur le siège d'une place qu'il avoit bâtie lui-même 
méritoient quelque attention. De sorte que le maré- 
chal pouvoit juger que, malgré la liberté que Sa 
Majesté lui laissoit, elle voyoit avec peine la route dif- 
férente qu'il avoit prise. La réponse du maréchal à 
cette lettre fut que, s'il l'avoit reçue trois jours plus 
tôt, il auroit eu bien de la peine à ne pas soumettre 
ses sentiments à ceux auxquels Sa Majesté inclinoit, 
mais que. Dieu merci, la place étoit prise. 

La veille de la capitulation, les ennemis tentèrent 
une sortie. Le maréchal de Villars s'étant trouvé à la 
tète de la tranchée, mit Tépée à la main, marcha à eux, 
et ils rentrèrent dans le moment^ 

Dans le compte qu'il rendit au roi des officiers 
généraux et des autres qui s'étoient le plus distingués 
durant le siège, il se loua fort des sieurs Dubourg, de 
Ghamarande, de Tressemanes^ et de Verceilles^, qui 

il croyoit que nos attaques dévoient être menées. A Dieu ne 
plaise que je prétende désapprouver des conseils respectables 
comme les siens, mais, assurément, je ne les aurois pas suivis. » 
La lettre que Villars dit avoir ensuite reçue du roi et celle qu'il 
lui aurait répondue ne se trouvent ni au dépôt de la guerre, ni 
dans les papiers que je possède; il n'existe que la lettre du 5, de 
Ghamillart, à laquelle Villars répondit le 14 par la dépêche tout 
entière reproduite ci-dessous, p. 67. 

1. Villars fut d'un courage téméraire pendant tout le siège. 
Yoy. à l'appendice les lettres qui le constatent. 

2. André, chevalier de Tressemanes, fut major général de l'in- 
fanterie sous Villars de 1703 à 1707, maréchal de camp en 1709, 
lieutenant général en 1718, et mourut en 1720. 

3. Jaques Badier, marquis de Verseilies, fut en même temps 



1703] MÉMOmSS DE V1LLAR8. 65 

faisoit la charge de maréchal général des logis de Tar- 
mée, et, parmi les ingénieurs, des sieurs de Blanzy, 
Portail et Terrade. 

Quoique le maréchal de Villars eût été élevé dans 
la cavalerie, nous avons vu dans le conunencement de 
ces mémoires qu'il n'avoit manqué aucune des occa* 
sions d'infanterie où il avoit pu se trouver, et, par 
cette expérience, il étoit plus en état de juger saine- 
ment des vues des ingénieurs qu'il employoit. Il donna 
le commandement de Kell au sieur de Marcé, très 
brave maréchal de camp. 

Le maréchal de Villars demanda au roi un brevet 
de duc, et représenta à M"'* de Maintenoo et à M. de 
Ghamillart^, ministre de la guerre, que l'empereur 
avoit donné en souveraineté au prince de Bade le 
comté d'Ortenau, qui valoit 100,000 livres de rente, 
pour défendre le Rhin ; que, pour lui, depuis quatre 
mois, il avoit donné au roi trois passages sur le Rhin, 
qu'il avoit gagné une bataille et pris deux places, et 
qu'il osoit se flatter que de si heureux succès pou- 
voient lui faire espérer le brevet de duc. Cette grâce 
fut différée, et le maréchal ne songea qu'à la mériter 
par de nouveaux services. 

Il reçut des lettres de l'électeur de Bavière, datées 

vigoureux officier de hussards et bon maréchal général des logis, 
c'est-à-dire chef d'état-major général. U exerça ces fonctions de 
1703 à 1728. Lieutenant général en 1734, il mourut en 1737. 

1. La lettre est au dépôt de la guerre (vol. 1675), datée du 
10 mars. Villars prie Ghamillart de ne transmettre sa demande 
au roi que si Sa Majesté ne songe pas d'elle-même à lui accorder 
le brevet. Ghamillart déclina la mission et Villars lui répondit la 
curieuse lettre du 22, dont il nous donne lui-même des extraits. 
Voy. ci-dessous, p. 73. 

n 5 



66 MÉMOIRBS DE VILLAAS. [1708 

du S5 février, par lesquelles ce prince» qui songeoit à 
des moyens solides pour une jonction, convenoit que 
celui qu'il avoit d'abord proposé par Rotenhausen^ 
étoit impraticable. 

La prise de Kell étoit une des plus importantes 
conquêtes que le roi pou voit fiedre, tant pour la défen^ 
sive, pource qu'elle rendoit impossible le siège de 
Strasbourg, que pour l'offensive, puisqu'elle assuroit 
deux routes pour pénétrer dans l'Empire, sans expo- 
ser l'armée du roi à une perte certaine. EUe mit aussi 
le maréchal de Yillars en état de commencer à prendre 
de justes mesures pour assurer une jonction avec 
l'électeur de Bavière dans les premiers jours de mai. 

Pendant que les troupes conunençoient à repasser 
le Rhin, il marcha avec S,000 chevaux et 500 grena- 
diers vers Kensingen, petite ville fermée de bonnes 
murailles, dans laquelle il y avoit deux bataillons 
impériaux du régiment de Salm avec du canon. Il 
envoya ordre à ces troupes d'ouvrir les portes ou 
qu'il alloit attaquer. Les habitants firent sortir, pour 
faire des propositions, deux capucins qui parloient un 
assez mauvais latin. Le maréchal de Yillars leur répon- 
dit dans un latin pareil que, si dans le moment on 
ne lui ouvroit les portes, il feroit tuer généralement 
tout ce qui étoit dans la ville et brûler toutes les mai- 
sons. A ce discours, les capucins tombèrent de 
frayeur à ses pieds, et les officiers et bourgeois 
qui les avoient suivis, rentrés dans la ville, en 
ouvrirent les portes. Ainsi cette promenade, avec 
500 grenadiers pour toute infanterie, donna au roi 

1 . Petit fort aujourd'hui disparu, près de Sackingen sur le Rhin, 
à 35 kilomètres au-dessus de Bàle. 



4703] MiHOIRSS DE VILLARS. 67 

daix bataillons, cinq pièces de canoD et une petite 
ville remplie de fourrages ^ . 

Le maréchal de Yillars fut informé alors que, durant 
le siège de Kell, les courtisans avoient soutenu Fopi- 
nioD du maréchal de Vaubao sur la conduite du siège, 
et blâmé la sienne. Il fut bien aise d'exposer au roi 
toutes les raisons qu'il avoit eues, et il est bon de 
placer ici la lettre qu'il écrivit à ce sujet à M. de Gha- 
millart, le 1 4 mars 1 703 : 

Je reçois, Monsieur, la lettre que vous me faites l'honneur 
de m^écrire du 5, dans laquelle je trouve deux mots de votre 
main, qui contiennent un ordre de Sa Majesté de suivre en tout 
le projet de M. de Yauban. 11 est très heurenx pour le bien du 
service du roi que cet ordre ne soit pas venu plus tôt Car, comme 
j*avois l'honneur de mander à Sa Majesté que, sur le récit qui 
m^a été fiiit de ce projet, quelque respectables que soient les 
sentiments de M. le maréchal de Yauban, je ne les aurois pas 
suivis ; il est bien différent de les voir appuyés d'un ordre exprès 
de Sa Majesté de m'y conformer. 

Il m'est revenu, Monsieur, que, sur les premières nouvelles 
de ma conduite dans ce siège, MM. les maréchaux que je ne 
nomme pas, soutenus de MM. les courtisans que je ne nomme 
pas non plus, ont publié que je m'en faisois accroire et que, 
par une opiniâtre présomption, donnant tout à la fortune, je 
ferois des fautes capitales dans une sorte de guerre qu'un homme 
élevé dans la cavalerie ne doit pas entendre parfaitement. 

Je pourrois leur dire que, quoique élevé dans la cavalerie, j^ai 
peut-être plus vu d'affaires d'infanterie que la plupart de nos 
bntassins. Sa Majesté elle-même voudra peut-être bien se sou- 

1. « N*e6t*ce pas là, Monsieur, une assez heureuse promenade ! 
Je dois ce succès au terrible latin que je pariai aux religieux, 
lesquels, après avoir porté mes dernières fureurs à la garnison, 
ne voulurent pas rentrer dans cette malheureuse ville dont je 
déploroie la ruine, très incertain de la procurer. > ( ViUars à Cha* 
mUlart, 19 mars 4703.) 



68 MÉMOIRES DE VILLARS. [1703 

venir qu'au siège de Maeslricht, sa lx)nté l'ayant portée à 
défendre expressément à tous les volontaires d^aller aux attaques 
sans sa permission , je crus que cette permission qu'on lui 
demandoit en foule, et refusée à plusieurs, non sans quelques 
brocards du courtisan, n'étoit pas une grâce à demander. Je 
menai donc à l'attaque de la demi-lune huit ou dix jeunes gen- 
darmes de la compagnie dans laquelle j'étois enseigne, et ils 
servirent utilement. Sa Majesté me gronda, mais avec une bonté 
qui m'excusoit dans le fond, et je pris la liberté de lui dire que 
les ofQciers de cavalerie dévoient aussi apprendre l'infanterie. 

J'ai pratiqué cette maxime autant que je Tai pu et, mestre de 
camp de cavalerie, je n'ai guère manqué d'attaques de contres- 
carpes, ni d'assauts. Je me suis même trouvé à celui du fort de 
ReU que nous venons de prendre. 

Je vous demande pardon. Monsieur, de cette digression que 
j'ai crue nécessaire, a&n que vous ne me croyiez pas un parfiiit 
ignorant sur les sièges, et j'aurai l'honneur de vous dire que, 
quoique dans celui-ci je ne me sois pas trouvé de l'opinion de 
la plupart des ingénieurs, je les ai pourtant forcés tous d^avouer 
dans la suite que la mienne étoit fondée sur la raison dont Je 
suis toujours les principes, autant qu'il est possible, ne donnant 
à la fortune que par une nécessité indispensable. 

Je vais donc reprendre le commencement du siège, dans la 
conduite duquel les connoissances parjfàites du sieur Tenrade, 
qui a bâti la place, m'ont été d'un grand secours. 

C'est par lui que j^ai su que la branche droite du grand 
ouvrage à corne, déjà sapée par le Rhin, étoit accessible par le 
côté du Rhin même qui dans les basses eaux s'éloigne de la 
pointe de plusieurs toises. 

C'est lui qui m'a appris aussi que, par la négligence des enne- 
mis, récluse, qui est à la pointe du demi-bastion, étoit ensablée 
de plus de trois pieds et que le fossé à la face de ce demi-bastion 
étoit entièrement sec 

Ce sont ces connoissances qui m'ont déterminé à attaquer et 
cette branche et cette face. On n'a rien oublié pour me faire 
commencer par une redoute maçonnée, qui est entre le demi- 
bastion de la gauche et une grande demi-lune. Et effectivement 
je sais que, quand une garnison est foible et que l'infanterie des 



1703] MlteOIRBS DE VILliARS. 69 

assiégeants est nombreuse, Ton ne peut trop embrasser de ter- 
rain ni faire trop d'attaques. Maïs je sais aussi que, quand il y 
a 4,000 hommes de pied dans une place excellente et que pour 
attaquer je n'en ai pas 44,000 effectifs, que mes attaques partar 
gées par divers bras du Rhin, de la Schutter et de la Sintche, 
je suis nécessité à monter près de 5,000 hommes de garde de 
tranchée, et, dans une saison comme celle-ci, c^est mettre mon 
infitnterie sur les dents en dix jours. Voilà ma première raison 
pour n'avoir pas embrassé tout l'ouvrage à corne. Elle a été 
fortifiée par la mollesse que j'ai remarquée dans les ennemis, 
et par la nécessité d^abréger, quand on en a d'aussi dangereux 
à craindre que la saison, et toutes les forces que rassembloit 
M. le prince de Bade. 

Cette mollesse des ennemis, reconnue dans les deux premiers 
jours de tranchée, m'a donc fidt prendre le parti de faire con- 
duire un boyau entre les deux redoutes de terre de l'Ile. On vou- 
loit me &ire embrasser la première; et, pour moi, je pensois 
que la première redoute se voyant coupée ne tiendroit pas, et 
à la vérité, au premier coup de canon que l'on tira, ceux qui la 
gardoient l'abandonnèrent. Je fis avancer, autant qu'il flit pos- 
sible, sur l'autre redoute, ayant moi-même tracé une batterie 
dont quelques pièces pouvoient battre cette redoute, et les autres 
la braiiche de l'ouvrage à corne. Mais cette batterie, par la faute 
du commissaire qui en étoit chargé, ftit placée dans le boyau * 
pour plus grande sûreté des travailleurs, et ainsi enterrée de 
quatre pieds, sans aucune embrasure qui vit la redoute. Je 
reconnus cette faute dès le matin ; je réprimandai vivement le 
commissaire qui Tavoit faite, je fis raccommoder les embrasures 
de jour avec peu de péril, les ennemis fiiisant un médiocre feu, 
et^ dès le premier coup de canon tiré sur cette seconde redoute, 
nous les vîmes ébranlés et songer à s'en retirer. J^y envoyai les 
premiers soldats du régiment Dauphin, que je trouvai dans le 
boyau qui en étoit le plus voisin, et nous l'occupâmes. 

Si la batterie que je vous ai bit remarquer être trop enfoncée 
avoit été exécutée et placée selon mes ordres, dès ce moment on 
battoit en brèche la branche. M. le comte Dubourg avoit montré, 
dès la veille, un endroit pour placer quatre pièces qui firent un 
grand effet, et l'on en mit sept autres qui ne tirèrent que le jour 



70 HâMOmES DE VILLAR8. [1703 

d*aprèB. Pendant ce temps-là, je fttisois continuer l'attaque de 
la droite et, me trouvant assez près de la contrescarpe, je la fis 
attaquer encore, malgré Topinion des ingénieurs. EUe fiit 
emportée avec peu de perte. L'attaque de la gauche étoit princi- 
palement pour battre la branche, et pour celle de la droite nous 
marchions à cette branche, de manière que, la contrescarpe 
prise, nous nous trouvions au pied du bastion et que Pou pou- 
volt aller à la brèche de la brandie par manche de bataillon ^ 
n'ayant aucun feu* à craindre, parce qu'un petit ouvrage qui 
voyoit cette branche avoit été ruiné par une batterie, placée à 
la droite de ce qu'on appeloit autrefois le fort de Lapille, qui 
voyoit à revers ce petit ouvrage et les deux tiers de l'ouvrage à 
corne. • 

On dira : mais la raison veut-elle que l'on attaque par un 
point ? Je n'attaquois pas par un point, puisqu'en deux jours il 
y avoit quarante toises de brèche à la branche et une de dix toises 
à la fiice, dont on ne se servit que quand les premiers grenadiers 
(tarent montés et que l'on reconnut la demi-lune abandonnée. 

M. le comte Dubourg, après avoir fait reoonnoltre la brèche 
par un jeune Irlandois, nommé Maxfll, qui a servi d'ingénieur, 
et de bon ingénieur, m'envoya dire qu^elle étoit praticable. J'al- 
lai sur-le-champ la reconnottre moi-même et je as les disposi- 
tions nécessaires pour l'assaut. Gomme elles achevoient d'être 
* écrites, les ingénieurs vinrent me proposer encore de diflférer. 
Mais trouvant plus de foiblesse que de solidité dans leurs rai- 
sonnemrats, j^allai moi-même parler aux grenadiers et fis 
marcher. 

Les ennemis ne se présentèrent pas même pour déHmdre la 
brèche. L'ouvrage à corne Ait emporté, sans essuyer un seul 
coup, et il n'y eut de feu qu'en occupant la gorge de l'ouvrage, 
qui se trouva naturellement retranché en notre faveur par la 
muraille qui le fermoit au côté du fort et que l'ennemi avoit 
commencé à rompre dès le matin. Le sieur de Blanzy, ingénieur, 
fit très bien dans cette occasion. 

J'aurai l'honneur de vous dire que, dans le temps qu'on atta- 
quoit Touvrage à corne, on fit une fausse attaque par Tile. Les 

1. Subdivision de 40 à 50 hommes. {Dict. milU, de la G. d. B.) 



1703] MÉMOmBS DE YILLARS. 71 

ennemis avoient ibit une petite digue, pour communiquer du 
fort à ces ouvrages de l'ile ; les grenadiers de Proyenoe allèrent 
droit à la contrescarpe et le s' Moreau les mena jusqu'à la petite 
demi-lune qui couvre la porte du fort. 

Cet ouvrage à cornes emporté, c'étoit avoir exécuté les trois 
quarts de Fentreprise. Il folloit achever, et je suivois toujours 
mon premier principe, qui est de ne pas donner à un ennemi 
étonné le temps de reprendre vigueur. Nous pouvions occupa 
toute la digue, depuis Peztrémité de la même branche droite, 
commençant à une écluse qui va de cette branche à la digue, 
jusqu'à la porte du fort qui regarde le Rhin. Je Tavois ordonné, 
mais on se contenta de la moitié. Pendant que l'on travailloit à 
ce logement, on logea aussi quatre pièces dans la gorge de l'ou- 
vrage à cornes. Pavois donné ordre que Ton en plaçât deux sur 
le rempart de Touvrage qui dominoit et voyoit toute la contres- 
carpe à revers, cependant cela ne Ait exécuté que la seconde 
nuit. Après la prise de l'ouvrage, il falloit placer une batterie 
sur la digue. MM. le comte Dubonrg et Terrade s'opinifttrèrent 
à un chemin, malgré Tavis encore des ingénieurs qui vouloient 
nous en faire prendre un autre que je reconnus impraticable, ou 
si difBcile qu'il nous retardoit de trois jours au moins. 

J'ordonnai une batterie de trois pièces pour battre le flanc 
qui voyoit la face du bastion que nous attaquions. Les ingé- 
nieurs me soutenoient que cette batterie étoit impossible et je 
les forçai d'avouer, sur le terrain même, qu'elle étoit très pra- 
ticable. 

Enfin, Monsieur, il fUloit absolument mener ce siège comme 
nous avons fait et toute autre conduite pouvoit le faire manquer. 
Pour moi, sans vouloir me faire un mérite d'une vivacité que 
j'ai crue indispensable, J'ai été obligé à ne pas perdre de vue la 
tranchée et les batteries qui ont toujours été bien servies, dès que 
le canon y a été placé ; mais le s' Douville étoit médiocrement 
aidé. 

J'ai cru, Monsieur, devoir vous expliquer ces détails, afin que 
Sa Majesté soit convaincue que, loin de m'abandooner à cette 
ardeur immodérée qui porte à donner tout à la fortune et au 
courage des troupes, je les ai ménagées, au contraire, de manière 
qu'il n'a pas coûté 90 soldats et qu'il n'y a ea d'officier tué 



7S MiMOIRES DE VILLARS. [1703 

qu'un seul capitaine du régiment de Glare. Mais j'ai cru devoir 
éviter des longueurs et des précautions lentes qui pouvoient 
rendre le courage aux assiégés et donner au prince de Bade le 
temps d*arriver sur nous. Mon poste étoit bon à la vérité, mais 
il est toujours embarrassant d'avoir tout ensemble une grosse 
armée sur les bras et un siège à faire. D'ailleurs, deux jours de 
pluie noyoient nos tranchées dans un terrain aussi bas que 
celui-d, ils ftdsoient croître le Rhin et, par conséquent, aussi 
les fossés de la place et nous donnoient de vives inquiétudes 
qu'il étoit bon de prévenir. 

Je reviens d'un voyage près de Gengembach, pour visiter des 
pays où il n'est pas possible que M. le prince de Bade et moi 
nous n'ayons quelque querelle avant qu'il soit deux mois. J'ai 
fliit sauter le château d'Ortembourg et raser, autant qu'il a été 
possible, les ouvrages des ennemis. Je ne sais si c'est cette course 
et mes veiUes depuis un mois qui m'ont un peu abattu. On n'en 
reconnoit les effets que quand le feu de l'afllsûre ne nous sou- 
tient plus, mais en vérité je suis accablé. 

M. le comte Dubourg va à Capelle^ avec toutes les troupes qui 
doivent aUer en haute Alsace. Dès hier, j'y ai fiut remonter le 
pont de bateaux et, si je me porte un peu mieux, j'irai demain. 
Je demeure ici avec les troupes qui vont vers Saveme, Phals- 
bourg et la basse Alsace; j'aurai l'honneur de vous envoyer 
incessamment un état de nos dispositions et j'ai l'honneur 
d'être^ etc. 

' Le SI2 mars, le marédial de Villars, un peu piqué 
de n'avoir pas reçu le brevet de duc, écrivit au ministre 
de la guerre une lettre des plus vives sur les faux pro- 
jets qui lui étoient envoyés pour une jonction. On voit 
dans toutes ses dépèches beaucoup d'ardeur et de 
zèle, accompagnées de raisonnements solides, des 
projets trop digérés pour faire penser qu'il donnoit 
tout au hasard, et de l'application à former un arran- 

i. Kappel, petit village en face de Rheinau. 



1703] MÉMOmBS DE VIUiÀRS. 73 

gement qui pût soutenir ce qu'il pouvoit raisonnable- 
ment attendre de la valeur de la nation. Sur ce que 
M. de Gharoillart lui mandoit qu'il n'a voit pas osé 
insister sur le brevet de duc, il lui écrivit ces paroles : 
c Si, le 30 septembre dernier, lorsque l'armée du roi 
en Flandres étoit poussée depuis Nimègue jusque sous 
Gharleroy, lorsque Marlborough prenoit toutes nos 
places, et faisoit les garnisons prisonnières de guerre 
avec plus de 60 pièces de vingt-quatre destinées à 
attaquer celles des ennemis, lorsque après la prise de 
Landau, l'armée du roi en Allemagne étoit poussée et 
retranchée sous Strasbourg ; lorsque le roi vous disoit 
à vous-même que tant de peine et de honte pour la 
nation depuis deux mois lui donnoient tous les jours 
des mouvements de fièvre; si, dans ce temps-là, 
quelque bon partisan, avec les cautionsles plus solides 
pour les gens d'affaires, vous eût dit à Toreille : 
c Faites maréchal de France et duc celui que je vous 
nommerai, et je vous promets qu'avant quatre mois 
vous chasserez les ennemis de l'Alsace ; vous gagnerez 
une bataille ; vous prendrez deux places, l'une la plus 
importante et la meilleure de l'Europe ; vous dissipe- 
rez une armée qui couvre ces places; vous aurez 
quatre ponts sur le Rhin et toutes les facilités pour 
joindre l'électeur de Bavière, auriez-vous tremblé de 
demander ces grâces au roi? » Le maréchal finissoit 
sa lettre au ministre en lui disant : c Qu'il voyoit bien 
qu'il falloit s'en tenir à la maxime de courtisan, qu'il 
vaut mieux plaire que servir. Mais, reprenoit-il, peut- 
on plaire sans servir? On n'en voit que trop d'exemples. 
Peut-on servir sans plaire? Hélas oui! » Nous rappor- 
tons les propres termes dont se servit le maréchal de 



7& MÉMOIRES DE YILLARS. [1708 

Yillars pour faire mieux comprendre quel étoit son 
caractère^. 

Quelques-uns des courtisans et des confirères de ce 
général, aigris par l'envie si naturelle dans les cours, 
avoient fort blâmé le parti qu'il avoit pris de repasser 
le Rhin après la prise de Rell, et même lui attirèrent 
une lettre du roi qui désapprouvoit ce mouvement. 
La réponse qu'il fit à Sa Majesté fut aussi vive que le 
respect le pouvoit permettre'. Il disoit, en peu de 
mots, que Sa Majesté avoit pu remarquer dans le 
compte qu'il avoit eu l'honnair de lui rendre de la fin 
du siège que, dans le temps même qu'il signoit la 
capitulation, la terre étoit couverte de deux pieds de 
neige ; qu'il étoit bien connu que, durant l'hiver et les 
neiges, il n'y avoit point d'autre route pour traverser 

1. La lettre originale est au dépôt de la guerre, et nous en pos- 
sédons la minute; la forme est un peu différente des extraits 
donnés ici, mais les différences n'ont pas grande importance. 

2. Cette correspondance a été en partie publiée (Pelet, Mém. 
milit,, m, 530 et suiy.). Le roi, craignant une nouvelle défection 
de rélecteur de Bavière, fatigué par les plaintes de Monastérol, 
voulait que Yillars marchât malgré Tétat de l'armée et des che- 
mins. Yillars n'eut pas de peine à démontrer qu'une marche sans 
moyens de transport suffisants, et avant que l'armée ne fût au 
complet, était aussi dangereuse qu'inutile. Le roi revint de très 
bonne grâce et finit par laisser au maréchal toute sa liberté. 
Saint-Bimon, avec sa malveillance habituelle, a expliqué le retour 
du maréchal à Strasbourg par le désir de revoir sa femme. Yil- 
lars avait répondu d'avance à cette absurde insinuation : « Ceux 
qui publient que j'ai repassé le Rhin pour voir M«« de Yillars, 
qui ne m'a pourtant pas beaucoup occupé pendant le siège de 
Kell, ne songent sans doute pas... qu'il y a un esprit de pré- 
voyance dans la guerre de campagne..., et que de ces ménage- 
ments dépend le succès. > {Villars à Chamillart, 27 mars. Pelet, 
m, 545.) Nous donnons à l'appendice des correspondances qui 
complètent les informations relatives à cet incident. 



1703] MÉMOIRES DE VILLARS. 75 

les montagnes Noires avec les charrois que celle d*Et- 
lingue et Phorzheim gardée par Tarmée du prince de 
Bade ; que les autres routes qu'il pouvoit suivre étoient 
impraticables par les neiges, même pour les simples 
voyageurs ; que l'électeur de Bavière étoit à cent lieues 
du Rhin, vers Braunau-sur^l'Inn, où il étoit menacé 
par des troupes impériales ; que toutes celles du roi, 
qui avoient fait le siège, étoient en campagne depuis 
dix mois; que l'infanterie étoit tellement dépourvue 
d'armes qu'il n'avoit fait le siège de Kell qu'avec des 
fosils de rempart tirés de l'arsenal de Strasbourg, et 
que la garde de tranchée qui descendoit laissoit à la 
tranchée pour celle qui relevoit ; que toute la cavalerie 
étoit sans bottes et sans habits. Et, sur cette exposi- 
tion, le maréchal demanda s'il y avoit une apparence 
raisonnable de tenir une armée en pareil état au delà 
du Rhin, sans aucune utilité; et si, au contraire, il ne 
oonvenoit pas mieux de lui donner vingt jours de 
repos. Il disoit hautement au ministre qu'il étoit sur- 
prenant que l'on voulût écouter Monastérol^ qui s'étoit 
déclaré ennemi du maréchal sans aucune raison, et 
qui se joignoit à tous ceux qu'il pouvoit avoir parmi 
les courtisans. 



1. Ferd.-Aug. de Solars, comte de Monastérol, officier piémon- 
tais au service de Bavière, fut envoyé de Max-Emmanuel à la 
cour de France, d'abord en 1698, puis en 1701 et pendant toute 
la guerre. Nous avons retrouvé à Munich une grande partie de 
sa correspondance, et en publierons des extraits. Dans la cir- 
constance présente, il contribua beaucoup à monter l'opinion de 
la cour de Versailles contre Villars : « Grâce au ciel, écrit-il 
le 24 à Malknecht, M. de Villars en aura le démenti, et je crois 
que je n'ai pas peu contribué à foire déterminer cette résolution 
vigoureuse. » {Archives du eamte Tdrring. Munich.) 



76 MÉMOIRES DE VILLARS. [4703 

On verra, dans la suite de ces mémoires, que ce 
très pernicieux ministre causa enfin la ruine de Téiec- 
teur son maître. 

Le maréchal de Yillars, ayant une liberté entière 
d'agir comme il le trouveroit convenable pour le ser- 
vice du roi, se fixa à deux partis : ou à attaquer le 
prince de Bade posté derrière BiheP, ou à percer les 
montagnes Noires par les vallées de la Rintche et de 
Walkirk. Pour cela, il donna rendez- vous au maréchal 
de Tallard au village de Kokersberg, afin de pouvoir 
prendre des mesures ensemble pour Texécution de 
l'un de ces desseins. 

Le prince de Bade, avec une grande partie de ses 
forces derrière la Lutter, occupoit Wissemboui^ et 
Lutterbourg. Il étoit important de lui causer une vive 
inquiétude de ce côté-là, afin de le trouver plus foible 
derrière la rivière de Stolhofen, et il falloit, dans cette 
vue, faire marcher généralement toutes les troupes qui 
étoient dans les Ëvèchés, FAlsace, la Comté et le long 
de la Saare. Ce fiit ce que le maréchal de Yillars con- 
certa, le 7 avril, dans la conférence qu'il eut avec le 
maréchal de Tallard. On y prit toutes les mesures 
pour ébranler les troupes, de manière que, le même 
jour, l'ennemi pût craindre pour tous ses postes 
ensemble. 

Pour cela, le maréchal de Yillars fit passer le mar- 
quis de Rosel ' à Huningue avec les troupes qui arri- 

i. Bûhl, petite ville du duché de Bade, au pied des montagnes, 
à six lieues de Kehl ; de Bûhl à StoUhofen sur le Rhin, les impé- 
riaux avaient élevé une ligne de retranchements qui interceptait 
toute la vallée, et joua un grand rôle pendant toute la guerre. 

2. César Armand, marquis de Roael, lieutenant de cavalerie 



4703] mAhoires de yillarb. 77 

voient de Comté, et avec celles qui avoient leurs quar^ 
tiers dans la Haute-Âlsace. 

Le maréchal de Tallard marcha vers Paffove^ pour 
menacer la Lutter. Le marquis de Lannion', dans le 
même dessein, prit sa route avec une tète vers le Fort- 
louis, et, le 1 6, le maréchal de Villars s'avança sur la 
petite rivière de Renken. Le marquis de Lannion 
repassa le même jour par Strasbourg, et fit Tarrière- 
garde de l'armée. 

Le 18, le maréchal de Villars alla neconnoltre les 
retranchements de l'ennemi à Bihel, et, dans sa 
marche, il y a eu plusieurs partis ennemis battus, et 
dans l'un desquels fut tué le lieutenant-colonel d'un 
régiment de l'empereur nommé Esterhazy. 

On apprit, par les prisonniers, que le prince de 
Bade étoit arrivé le 1 7 à Bihel, et le 19 on découvrit 
l'armée ennemie placée dans la plaine. On fit marcher 
derrière les montagnes quatre brigades d'infanterie 
commandées par le marquis ^de Blainville'; mais, 
comme il parut quelques bataillons des ennemis, il ne 
crut pas pouvoir attaquer avec succès. Cependant, on 

en 1664, maréchal de camp en 1696, lieutenant générai en 1702, 
prit part à toutes les campagnes jusqu'en 17i2 et mourut en 1726. 

1. 8ans doute Pfaffenhofen sur la Moder. 

2. Pierre de Lannion, né en 1642, se distingua à Sénef et à 
Fleurus; lieutenant général en 1702, servit sous Villars jus- 
qu'en 1707, où il fut envoyé en Bretagne et devint gouverneur 
de Saint-Malo; il mourut en 1717. 

3. Jul.-Arm. Golbert, marquis de BlainviUe, né en 1664, était 
le quatrième fils du grand Golbert ; brillant ofiQcier, nommé colo- 
nel de Champagne après son frère le comte de Sceaux tué à 
Fleurus, fut nommé lieutenant général en 1702 pour sa belle 
défense de Kaiserswerth, et fut tué à la seconde bataille d'Hoch- 
Btedt (1704). 



78 BIÉHOmES DE YILLARS. [1703 

sut depuis qu'avec un peu plus de diligence et d*ordre, 
ils auroient pu être forcés. 

On plaça des batteries dans tous les lieux d'où Ton 
pouvoit inconunoder rennemi, et, le Si, on attaqua 
le village de Finkinbach^ occupé par les troupes de 
l'empereur. Elles en furent chassées, et, le jour 
d'après, on se disposa à attaquer l'armée ennemie. 
«L'ordre du combat fut donné et même distribué à tous 
les officiers généraux. 

Le maréchal de Yillars avoit tenu un conseil de 
guerre la veille, où même il avoit fait assister M. de 
Monasterol, envoyé de Bavière. Ce ministre avoit dit 
à la cour que le maréchal de Yillars ne vouloit point 
joindre son maître, et le marédial étoit bien aise qu'il 
vit lui-même ce qui pouvoit causer les difficultés de 
cette entreprise^. 

Dans ce conseil, presque tous les officiers généraux 
s'opposèrent à l'attaque. Cependant, elle étoit résolue 
pour la pointe du jour du S6, lorsque les marquis de 
Glérembault', de Ghamarante et le brigadier du Tot^ 
mandèrent au maréchal de Yillars, deux heures après 
minuit, qu'ils ne pou voient attaquer la montagne. Sur 
cette difficulté, tous les officiers généraux en firent de 

1. Finkbach, petit village près de Schwarzach. 

2. Monasterol, rendant compte à Télecteur de ce conseil, 
déclare que les généraux se sont opposés à Tattaque, et ajoute : 
« U y auroit eu témérité à Tent reprendre. » Yillars regretta toute 
sa vie de ne pas avoir passé outre. Il adressa à Ghamillart une 
lettre dépitée que l'on trouvera à l'appendice. 

3. Philippe de Glérembault de Palluau, lieutenant d'infanterie 
en 1672, lieutenant général en 1702, fut tué à Hochstedt en 1704. 

4. Il y eut un du Tôt, lieutenant général en 1652; son fils fut 
nommé maréchal de camp en 1649 ; il s'agit sans doute ici de son 
petit-fils, dont les états de services ne se sont pas retrouvés. 



1703] MÉMOIRES DE YILLÀRS. 79 

pareilles de leur côté, et enfin on prit le parti de for- 
cer les montagnes par le côté de la Kintche. 

Le maréchal de Villars manda très natm^ellement 
au ministre que, sans les mauvoises impressions qu'on 
avoit voulu donner de sa conduite après la prise de 
Kell^ il n'auroit pas tenu de conseil de guerre; qu'il 
avouoit que les dernières dépêches du roi et celle du 
ministre auroient dû lui redonner de la confiance; 
qu'elle reviendroit dans la suite, mais qu'il ne pouvoit 
cadier que la peine qu'il avoit si justement ressentie 
n'étoit pas encore dissipée. 

Il est certain que la crainte de passer dans l'Empire, 
crainte très forte dans l'âme de la plupart des officiers 
généraux, avoit passé dans le cœur des soldats, et à 
tel point que le maréchal de Villars étoit presque le 
seul de toute son armée qui voulut déterminément 
s'éloigner du royaume et entrer dans l'Empire. 

Il eut lieu de croire, par une lettre du roi du 915 avril, 
que Sa Majesté ne croyoit plus l'électeur de Bavière à 
portée de faciliter une jonction, et les incertitudes 4® 
ce prince portèrent le roi à former quelque autre pro- 
jet, si les troupes de l'électeur ne s'approchoient pas 
de Yillingen. De sorte qu'il ordonna au marédial de 
Villars de prendre des mesures avec le maréchal de 

1. « Si, après Kell, le roi m'avoit honoré de quelque élévation, 
Ton se seroit dit à soi-même : suivons notre génie et les véri- 
tables raisons de guerre ; ne soyons pas retenus par des craintes 
basses : au pis aller que me feront ces misérables ! Je me trouve 
toujours une dignité qui établit ma famille ; sur cela on n^arche. 
Mais, avec une malheureuse petite fortune, à peine commencée, 
chancelante, ébranlée dans les occasions qui devroient l'affermir, 
on dit : ne faisons rien qu'à la pluralité des voix, et on ne fait 
rien qui vaille. » ( Villars à Chamillart, 2 mai 1703.) 



80 MÉMOnUfiS DE VILLAR8. [1703 

Tallard pour (aire le siège de Brisach, r^rdant néan- 
moios toujours la jonction avec Télecteur de Bavière 
comme le principal objet ^. 

Pour satisfaire aux ordres du roi, le marédial de 
Villars prit tous les arrangements possibles pour for- 
cer les montagnes, défendues par le comte de Stahrem- 
bei^ à la tète de plusieurs bataillons de Tempire, de 
toutes les milices dft Wirtemberg, et ayant sous lui le 
général Mercy. 

Le marquis de Blainville fut détaché avec dix4iuit 
des meilleurs bataillons pour attaquer le fort d'Hau- 
sach, et le maréchal eut tout lieu de croire que cet offi- 
cier, qui étoit bonune de valeur, n*oublieroit rien pour 
réussir avec la tète qu'il menoit; d'autant plus qu'il 
étoit justement piqué de s'être plus opposé que per- 
sonne à l'attaque du prince de Bade par les derrières 
des montagnes, attaque de laquelle on pouvoit espé- 
rer un heureux succès. Ce qu'il y a de constant, c'est 
que le prince de Bade se croyoit si peu assuré de son 
poste, qu'il n'y a voit pas mené son canon, et que l'on 
sut depuis que, si l'infanterie du marquis de Blainville 
s'étoit approchée, les ennemis étoient résolus à se 
retirer, 

La petite ville d'HasIach * fut emportée avec deux 

1. Villars n'analyse pas exactement la pensée du roi : la 
dépêche du 25, qui est au dépôt de la guerre, prescrit à Villars 
de donner quelques troupes à Tallard pour aider au siège de 
Brisach, mais de s'appliquer sans relâche à la jonction, et d' c en 
faire son principal objet... La prise des places n'est rien en compa- 
raison; vous êtes chargé de tout ce qu'il y a de plus important. » 

2. Jusqu'à Hausach, la vallée de la Kintzig est assez large et 
n'offrait pas de grandes difficultés : Hausach avait une enceinte 
bastionnée et un château sur la montagne ; la place ne fut pas 



4703] MÉMOIRES DE VILLÀR8. 81 

cents soldats de Furstemberg à discrétion, et le fort 
d'Hausach fut abandonné. 

Le 1 *' mai, le maréchal de Yillars marcha à Horn- 
berg et força dans la même journée les retranchements 
de Hornberg et un autre sur la crête des montagnes. 

Celui d'Homberg étoit défendu par 4,000 hommes ; 
la ville, étoit bien fermée de murailles, et le château 
situé sur une hauteur d'assez difficile accès. Le maré- 
chal de Yillars fit marcher six bataillons pour escala- 
der le château, et en même temps il donna ordre au 
marquis de Blainville d'attaquer la crête de la mon- 
tagne fort escarpée. Cet ordre ne fut point suivi, et le 
maréchal, voyant, de la hauteur du château qu'il fai- 
soit attaquer, de la mollesse dans cette attaque, y cou- 
rut diligemment, se mit à pied à la tête des grenadiers, 
et marchant le premier aux retranchements, disant 
aux généraux qui les commandoient : < Il faut donc 
que moi, maréchal de France et votre général, je 
monte ici le premier; si je veux qu'on attaque. > Il est 
évident que le succès n'étoit désiré ni par les officiers 
généraux, ni par les troupes, mais enfin le 1^^ mai 
tout Ait emporté sans qu'il en coûtât 50 soldats. Le 
colonel du régiment de la reine y fut légèrement blessé 
et peu d'officiers le furent avec lui, mais on fit un grand 

défendue ; après Hausach on s'engagea dans la vallée de la Gutach, 
qui se resserre de plus en plus; le passage d'Hornberg était trôs 
difficile; après cette place, la route serpente dans une gorge 
étroite et escarpée, puis gravit les pentes rapides du Sommerau 
jusqu'au plateau de Saint-Georges a pendant deux lieues, écrit 
Villars à l'électeur de Bavière le 7 mai, le chemin est dans le 
fond d'un précipice, où 50 arbres abattus arrêtent sans difficulté, 
ou bien dans le penchant d'une montagne, où il n'y a qu'à cou- 
per les terres; il faudroit faire un chemin sur des échafauds. » 

n 6 



88 MÉMOIRES DE VOiLARS. [1703 

nombre de prisonniers» parmi lesquels il y eut un 
lieutenant-colonel y un major et six capitaines, et le 
maréchal de Yillars envoya cette nouvelle au roi. 

n &ut avouer ici que la confiance des généraux 
ennemis, chargés de défendre les montagnes, fit 
leur perte. Ils se rassurèrent en les croyant inacces- 
sibles. 

Il y avoit six lieues de défilés entre deux montagnes 
du haut desquelles on pouvoit avec des pierres acca* 
bler tout ce qui vouloit les forcer, en abattant des 
arbres, ou coupant des sentiers par lesquels on pou- 
voit grimper, on retardoit la marche de six jours. Il 
n'en falloit pas davantage pour donner aux ennemis le 
temps de se fortifier, et les seules difficultés de la 
nature du pays, si peu qu'ils y eussent ajouté, ren- 
doient impossible le passage des montagnes, et par 
conséquent la jonction avec l'électeur de Bavière. 

Ce prince étoit encore fort éloigné avec ses troupes, 
et l'on ne reçut pas le moindre secours de sa part 
pour surmonter tous ces obstacles. 

Le maréchal de Yillars fit tirer quelques volées de 
canon à boulets rouges dans la ville de Yillingen, et 
son premier dessein avoit été de s'en rendre le maître^ . 

1. Villingen était entourée d'une enceinte à hautes tours, du 
moyen âge, qui subsiste encore : le baron de Wilsdorf, qui y 
commandait pour Tempereur, résista à toutes les sommations de 
Yillars ; celui-ci, pressé par l'électeur, et n'ayant pas assez de 
yiyres pour s'arrêter, essaya de l'intimidation, jeta cinquante 
boulets rouges dans la ville, et, n'obtenant aucun résultat, conti- 
nua sa marche vers le Danube. H existe aux archives de cette 
petite ville deux relations de ce siège, l'une en allemand, par le 
baron de Wilsdorf, l'autre en latin, par le gardien du couvent 
des Franciscains A. Funk ; elles ont été publiées par le profes- 
seur Gh. Roder dans les annales d'une société scientifique locale, 



1703] • MÉMOIRES DE VILLARS. 83 

n envoya le marquis de Ghamarante avec un corps de 
troupes pour prendre le château de Bregents, mais cet 
officier ne crut pas pouvoir y réussir et revint joindre 
Tarmée sans avoir attaqué. Le maréchal de Yillars 
avoit mandé à Ghamarante : c Je ne puis vous ordon- 
ner d'attaquer ce que je ne connois pas, mais pour 
vous mettre l'esprit en repos sur l'incertitude de l'évé- 
nement, si vous attaquez, je déclarerai que c'est par 
mon ordre précis. > On ne reçut aucun secours de 
troupes, ni de vivres de la part de l'électeur, et il 
fallut imposer des farines dans toutes les petites villes. 

La première attention du maréchal fut d'établir dans 
les troupes une sévère discipline, toujours nécessaire, 
mais plus indispensablement dans un pays ennemi 
éloigné de toutes les places de France. 

Pour cela, il ordonna aux colonels de faire arrêter 
eux-mêmes les soldats qui auroient été en maraude ; 
car la seule crainte du prévôt ne fait pas grande 
impression sur les troupes ; outre que les vieux soldats 
envoient les nouveaux piller malgré eux et les battent 
quand ils ne rapportent rien pour la chambrée. U n'y 
a que la recherche exacte des colonels et des capi- 
taines qui puisse les contenir, parce qu'ils vont à la 
source du mal. 

Quelques colonels montrèrent d'abord de la répu- 
gnance à faire arrêter ainsi et livrer eux-mêmes leurs 
soldats; mais le maréchal de Yillars leur fit si bien 
voir la nécessité qu'il y avoit de les rendre sages, et 
la sévérité dont il useroit à l'égard des colonels qui 
manqueroient à suivre ses ordres, que, dès les pre- 

Verein fur Geschiehie, etc., in Donaueschingen, rV« cahier, p. 125 
et 8uiv. Tûbingen, 1882. 



84 MÉMOIRES DE VILLARS. [1703 

miers jours, ils b'vrèrent six soldats ou dragons. Ils 
furent pendus sur-le-champ, et la sagesse des troupes 
fut telle ensuite que l'on ne fut plus obligé à aucun 
exemple et que les peuples, au lieu d'abandonner leurs 
maisons et leurs villages, apportoient tous les jours 
au camp des vivres que l'on payoit très exactement. 
Tout y étoit même à si bon prix que la paire de pou- 
lets ne coûtoit que trois sols. 

Le maréchal de Villars reçut alors des lettres du roi, 
qui lui roarquoit une grande satisfaction de ses heu- 
reux succès. Sa Majesté lui donna le pouvoir de décla- 
rer brigadiers dans l'infanterie, dans la cavalerie et 
les dragons ceux qu'il trouveroit les plus dignes d'être 
élevés. Elle lui envoya les brevets en blanc et la liberté 
de nommer à toutes les charges de subalternes dans 
tous les régiments. Enfin le roi donnoit au maréchal 
un plein pouvoir, mais il lui reconunandoit en même 
temps une grande complaisance pour l'électeur. Sa 
Majesté, prévenue par quelques avis particuliers, ne 
s'en rapporta pas à la connoissance parfaite qu'avoit 
le maréchal de la conduite nécessaire pour gouverner 
ce prince, dont le caractère n'étoit point de se prendre 
par la complaisance; pour cela, il faut connoitre les 
honunes. Les impériaux ne l'avoient jamais tenu que 
par la hauteur. Une conduite opposée donnoit toujours 
le dessus à tous les fripons accoutumés à vendre, à 
tromper et à voler ce prince naturellement très bon 
et très doux. 

Il pressa le maréchal de Yillars de s'approcher de 
lui le plus promptement qu'il seroit possible, et nous 
avons dit que le dessein de ce général étoit de prendre 
Yillingen. Il ne lui falloit pas dix jours pour se rendre 



1703] HÉMOIRES DE YILLÂIiS. 85 

maître de cette petite ville et de quelques autres, pen- 
dant que ses troupes se racoommoderoient par un repos 
qui leur étoit indispensablement nécessaire. 

Ces places que Ton auroit pu très aisément fortifier, 
et déjà fermées de remparts et de bonnes murailles, 
auroient assuré une conununication solide avec la 
France. Mais le maréchal de Yillars, pressé vivement, 
sacrifia le parti le plus sage à Tintention de ne pas con- 
trarier rélecteur, surtout après Topinion que le comte 
de Monasterol avoit voulu donner au roi et à son 
maître que le maréchal de Yillars auroit peu de défé- 
rence pour lui. 

L'électeur /envoya courrier sur courrier au maré- 
chal pour le presser de se rendre auprès de lui. Il lui 
donna rendez-vous à Riedlingen, et ce prince avoit si 
grande envie de le voir qu'il s'avança deux lieues au 
delà de cette petite ville. Dès qu'il l'aperçut, il courut 
aurdevant de lui avec tant de précipitation que le 
maréchal de Yillars, qui vouloit descendre de cheval, 
ne le put, et ce prince l'embrassa si vivement que peu 
s'en fallut qu'ils ne tombassent tous deux de dessus 
leurs chevaux. 

Les premiers discours ne ftu^nt que des remercie- 
ments de la part de l'électeur. Il reconnut qu'il devoit 
au maréchal de Yillars son salut, celui de ses états, de 
sa fenmie, de tous les princes ses enfants, et qu'enfin 
toute la maison de Bavière étoit perdue sans lui. 

Us dînèrent ensemble. L'électeur se mit dans un 
fauteuil, mais toutes les autres chaises étoienl égales 
pour le maréchal et pour les gentilshommes de l'élec- 
teur. Le maréchal de Yillars avoit déjà fait connoitre 
au roi qu'il se compteroit pour rien, mais que c'étoit 



86 MtMOmES DE YILLAR8. [4708 

à Sa Majesté à décider sur le traitement que Ton devoit 
à un maréchal de France, général de ses armées, qui 
étoit au milieu de TEmpire ; qu'il se croyoit obligé de 
dire à Sa Majesté qu'étant autrefois avec le comte de 
Saint-Géran, simple colonel, mais envoyé du roi auprès 
de rélecteur de Brandebourg, quand ce comte man- 
geoit avec ce prince, deux chambellans de l'électeur 
partoient du bu£Pét, portant chacun un bassin et une 
aiguière de vermeil doré pour présenter à laver en 
même temps à l'électeur et à l'envoyé du roi ; que le 
caractère de maréchal de France à la tète des armées 
exigeoit quelques honneurs, mais que c'étoit à Sa 
Majesté à les prescrire. Le roi trouva très justes les 
raisons du maréchal de Villars, et lui écrivit qu'il 
devoit demander un autre traitement. Mais, comme 
le maréchal avoit des matières plus importantes à trai- 
ter avec l'électeur, il prit sur lui de sacrifier le céré- 
monial; conduite bien différente de celle qu'il auroit 
pu prendre ^ Nous dirons à cette occasion que l'élec- 
teur, racontant au maréchal de Villars les mauvais 
traitements qu'il avoit reçus des généraux de l'empe- 
reur, lui dit qu'ils avoient porté si loin la hauteur avec 
lui qu'ils disoient qu'il n'étoit pas trop bon pour pan- 
ser les chevaux de l'empereur, ni l'électrice trop 
bonne pour frotter les chambres de l'impératrice. 
Paroles qui, conmie elles le dévoient, causèrent la 
plus grande surprise au maréchal. 

1. Le roi, par dépêche du 24 mai, l'engage c à se mettre au» 
dessus des petites choses » et à ne pas réclamer le traitement 
auquel il a droit ; il prescrit à Ricous d* « insinuer à rélecteur 
que la dignité de maréchal de France met en droit d'exiger plus 
qu'il n'a fait, » mais lui recommande de ne pas se compromettre 
et de ne pas insister si Max-Emmanuel i^efuse. 



1703] MÉIKXRBS ]>E VILLARS. 87 

L'électeur pressa encore le maréchal de Villars de 
marcher en avant, sous prétexte d'attaquer le comte 
de Styrum. Mais le maréchal lui fit voir clairement que 
cette vue étoit fausse et qu'il ne convenoit pas de la 
préférer à la nécessité d'occuper des places qui assu- 
roient une communication avec la France, pendant 
que la cavalerie prendroit trois semaines de repos 
indispensablement nécessaire, et que ce dernier avan- 
tage étoit bien plus utile que de pousser Styrum, qui 
avoit le temps de se retirer. Cependant le maréchal 
demanda à l'électeur quelques heures pour réfléchir 
sur les divers partis que l'on pourroit prendre. Il se 
retira dans sa chambre pour y travailler, et trouva 
Ricous^ qui l'aUendoit. Il conunença par lui mar- 
quer sa peine de voir l'électeur déterminé à des par- 
tis qui, certainement, n'étoient pas convenables. 
Ricous dit que c'étoit Monasterol qui les conseilloit^. 
c Et conunent le savez-vous? » lui dit le maréchal. Ri- 
cous lui conta naturdlement que, d'ordinaire, l'électeur, 
par un air de confiance, lui lisoit toujours les lettres 
qu'il recevoit, mais que, s'étant souvent aperçu que 

i. N. de Ricous ou de Ricousse, capitaine au régiment d'En- 
ghien le 27 août 1682, envoyé du roi auprès de Télecteur de 
Bavière le 14 avril 1701, ne le quitta qu'après le désastre 
d'Hochstedt (1704), où il fut blessé. Il fut nommé par rélecteur 
maréchal de camp dans Tannée bavaroise ; la prétention qu'il eut 
de rouler avec les ofiBciers généraux français fut la source de 
difficultés qui le mirent en conflit avec Yillars et firent de lui 
un ennemi acharné du maréchal. 

2. Toute cette conversation est rapportée avec plus de détails 
dans une dépèche de Villars au roi du 16 mai ; elle a été impri- 
mée dans Pelet, Mém. milit,, m, 582. La concordance est d'ail- 
leurs complète entre les informations écrites sur l'heure et les 
mémoires écrits après coup. 



88 MÉMOIRES DE YILLÂRS. [1703 

ce prince lui lisoit ce qui n'étoit pas, il commençoit, 
au lieu de l'écouter, par lire le revers des lettres, et 
que, dans la dernière que Honasterol lui écrivoit, il 
avoit lu qu'il falloit joindre incessamment Tarmée du 
roi, par la raison que le maréchal de Villars avoit com- 
mencé par faire des impositions pour le roi à tout le 
pays de Wirtemberg, et que, quand l'armée de France 
seroit jointe, ce seroit à l'électeur à faire lui-même les 
impositions. Ses ministres avoient grand intérêt d'en 
être les maîtres, d'autant plus qu'ils imposoient peu 
pour leur prince et se ménageoient pour eux-mêmes 
des pots-de-vin considérables. 

Sur cela, le maréchal de YiUars manda au roi ce 
qu'il avoit eu l'honneur de lui mander plus d'une fois, 
c'est que l'intérêt des gens de l'électeur ruineroit tou- 
jours ceux de Sa Majesté et de leur maître. 

Ricous dit encore au maréchal ce que celui-ci avoit 
bien jugé sur les démarches de l'électeur, c'est que, 
depuis la prise d'Ulm et la nouvelle de celle de Landau 
par le roi des Romains, il avoit toujours hésité s'il se 
raccommoderoit avec l'empereur ou s'il continueroit 
la guerre, même dans le temps que l'on avoit forcé 
les montagnes Noires. 

Le comte d'Àrco fit le même aveu au maréchal de 
Villars et lui dit que, lorsqu'il avoit attaqué Styrum 
malgré l'électeur, ce prince lui avoit dit : c Vous vou- 
lez attaquer Styrum ; si vous ne le battez pas, que 
deviendront la Bavière, ma fenune et mes enfants ? » 
Qu'il lui avoit répondu : < C'est à quoi il falloit songer 
avant que de commencer la guerre, mais si vous ne 
battez pas Styrum il va se rendre maître de Ratis- 
bonne et vous êtes perdu. > Qu'enfin sur cela, l'élec- 



1703] MÉMOIRES DE VILLAR8. 89 

teur lui avoit dit : c Faites ce que vous voudrez. » 
Le maréchal de Villars manda au roi que Télecteur 
devoit à Monasterol 900,000 francs d'ai^ent gagné au 
jeu, 1 ,200,000 au comte d'Ârco, autant à Bombarde^ 
et des sommes très considérables à d'autres fripons 
qui servoient ce prince ; que tous ces gens-là n'étoient 
occupés qu'à se faire payer sur les contributions, et 
qu'ils porteroient le plus grand désordre dans les impo- 
sitions. Aussi l'électeur commença par vouloir mettre 
sous sa protection une infinité de pays, qui payoient 
des contributions secrètes à ses ministres et à son 
général, et surtout à Monasterol. Dès lors, le maréchal 
de Villars prévit des divisions inévitables avec ce 
prince, si le roi ne l'autorisoit au point de pouvoir 
éloigner de l'électeur ceux qui n'avoient d'autre objet 
que de le voler et de le vendre aux Autrichiens. C'est 
ce que nous verrons dans le cours de cette campagne, 
qui pouvoit décider du sort de l'Empire, si les projets 
du maréchal avoient été suivis. 

Il ne fut pas difficile de faire voir à l'électeur que 
c'étoit une fausse démarche que celle d'aller chercher 
Styrum. Ce prince convint qu'il n'étoit pas à portée 
que l'on pût espérer le joindre, puisqu'il n'avoit jamais 
marché à Balinghen ^. On examina donc ce qu'il y avoit 
de plus important à faire, et tout roula sur deux prin- 
cipaux objets qui, dans les commencements, exigeoient 
les mêmes dispositions. 

Le premier regardoit l'Autriche et le second le Tyrol, 
pour établir une communication facile avec les armées 

1. Bombarda était le banquier de Max-Emmanuel. 

2. Bahlingen, petite ville du Wurtemberg, à 56 kilomètres 
8.-0.-8. de 8tuttgard. 



90 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1703 

des oouroDBes en Italie, et pour cela il fiiiloit égale* 
ment attaquer Passau. 

Le maréchal de ViUars résolut donc, pour cacher ce 
dessein le plus longtemps qu'il seroit possible, d'étendre 
ses troupes par quartiers jusqu'à Ulm, comme si sa 
première attention eût été uniquement de rétablir la 
cavalerie qui avoit grand besoin de repos. Il fut arrêté 
ensuite que l'électeur iroit passer ce temps-là à Munich, 
que toutes les troupes bavaroises s'étendroient depuis 
Ulm, le long du Danube, jusqu'à Ratisbonne, et que, 
vers le 1®'' juin, toute l'infanterie de l'électeur et un 
détachement considérable de celle du maréchal de Vil- 
lars s'embarqueroient sur tous les bateaux que l'on 
avoit, dans toutes les villes, le long du Danube jus- 
qu'à Ratisbonne, et qu'elles descendroient sur Passau, 
aussi bien que les troupes que l'électeur avoit dans la 
Bavière sur la rivière de l'Inn, avec tout l'équipage 
d'artillerie nécessaire qui étoit dans Braunau, place 
fortifiée sur l'Inn. Par l'exécution de ce projet, il étoit 
infaillible que l'on prendroit Passau en trois jours et 
ensuite la ville de Lints, qui n'étoit pas plus forte, d'où 
l'on descendoit à Vienne en vingt-quatre heures. 

Le maréchal de Yillars, qui venoit de passer trois 
ans dans cette capitale de l'empereur et de l'Empire, 
connoissoit mieux que personne toutes les facilités de 
faire cette conquête, et nous verrons, dans la suite de 
ces mémoires, que l'empereur Léopold en croyoit la 
perte si infaillible qu'il fut sur le point d'en sortir et 
qu'il en proposa le dessein au prince Eugène ; c'est ce 
dernier qui le déclara à Rastat au maréchal de Yillars, 
en présence des sieurs de Saini-Frémont, de Bro- 
glie, Gontade et de plusieurs autres officiers gêné- 



nos] MÉMOnUES DE VILLARB. 91 

raux et principaux, qui étoient auprès du marédial. 

La conquête de Vienne paroissoit donc infaillible 
alors. Le maréchal de Villars, qui ne s'est jamais con- 
solé du malheur de n'avoir pu rendre à son maître un 
service si éclatant, et tout à la fois si glorieux pour 
kd-méme, n'a pu pardonner à Monasterol d'avoir rompu 
un si grand projet^ . 

Si l'on eût trouvé des difficultés dans ce dessein, 
obstacles cependant auxquels il n'y avoit aucune appa- 
rence, l'électeur attaquoit Gouvestain* dans le Tyrol, 
pendant que M. de Vendôme occupoit la ville de 
Trente et par conséquent le peu de troupes que l'em- 
pereur avoit en Italie étoit forcé de l'abandonner, 
pour venir à la défense de l'Autriche. 

On av(»t, outre cela, diverses intelligences en 
Bohtaie, où la plupart des peuples et des seigneurs 
étoient prêts à se soulever. Et enfin la révolte de Hon- 
grie par le prince Ragotsky et Bergeny^ étoit dans sa 
force. 

Pendant ces mouvements sur le Danube, le maré- 
dial de ViHars devoit avec son armée se tenir entre 
Diiingen et Donavert et observer les mouvements de 

1. Il est difficile de savoir si Monasterol seul est responsable 
de l'abandon de ce projet ; la mobilité d'esprit de l'électeur et son 
désir d'arrondir ses états héréditaires paraissent avoir plus de 
pari à cet abandon que les intrigues subalternes. Vendôme, d'une 
part, et Tallard, de l'autre, ne surent d'ailleurs pas soutenir cette 
marche sur Vienne, conception de génie qui, reprise plus tard 
par Napoléon en 1809, produisit les grands résultats que ViUars 
avait entrevus. 

2. Kufstein sur l'Inn, à l'entrée du Tyrol. 

3. Comte Nicolas Bercsenyi, principal consdller de Rakoczy 
et commandant supérieur des forces insurgées. (Voy. Arneth, 
Prinz Bugen, I, 227.) 



94 MâfOmKS DE VILUAS. [1708 

gemmt de ses projets causé par la même infidélité. 
L'électeur lui oiaoda, par une lettre du 26 mai, qu'il 
ne pouYoit plus marcher vers Passau, parce qu'il étoit 
obligé d'aller secourir le château de Rotemberg^ que 
Styrum vouloit attaquer. 

Le dessein de marcher à Vienne ou d'attaquer le 
Tyrol, manqué par la prétendue néces^té de secourir 
un château non attaqué, mit au désespoir le maréchal. 
Il envoya tout aus^tôt le comte Dubourg à Munidi 
pour i^mener l'électeur aux vues solides et continua 
sa marche, espérant que cet (^cier général, qui 
jusque-là n'avoit eu aucune connoissance du grand 
projet, oUigeroit l'électeur à continuer d'y donner les 
mains. 

Il écrivit au général d'Arco et au S' de Ricous 
pour les presser d'agir conjointement avec le comte 
Duboui^, pour attaquer l'Autriche. Mais à ce dessein, 
qui étoit le plus solide et le meilleur à tous égards, 
l'électeur préféra celui d'attaquer le Tyrol, et connut 
combien celui de marcher à Nur^nberg étoit faux, 
puisque l'on apprit dans le mcnnent que les ennemis y 
avoient fait entrer 6,000 hommes. Mais le maréchal 
avoit déjà représenté à l'électeur que l'entreprise de 
Nuremberg étoit également dangereuse, soit qu'elle 
réussit, soit qu'elle ne réussit pas. Si elle ne réussi»- 
soit pas, il étoit toujours malheureux d'entreprendre 
et de manquer son dessein. Si elle réussissoit, il falloit 
laisser 12,000 hommes de troupes pour conserver la 
plus grande ville de l'Empire sans citadelle, et par là 



1. Rothenberg, petite place forte de Franconie, à 25 kilomètres 
N.-E. de Nurenberg. 



1703] MÈMOUm DE VJLLAR8. 95 

s'affaiblir au point d'être inférieurs en campagne. Enfin 
l'électeur se détermina au TyroU le moins bon des deux 
projets, puisque celui d'attaquer Passau, Lintz et l'Au- 
triche ébranloit l'Empire et chassoit l'empereur de sa 
capitale. 

Mais l'électeur étoit environné de gens gagnés par 
l'empereur, il ne perdoit pas même l'espérance de 
faire avec lui un acconmiodement avantageux, et peutr 
être qu'il l'auroit fait, si les généraux et les ministres 
de l'empereur n'en avoient pas laissé perdre les 
moments favorables, en lui imposant une loi trop dure, 
lorsqu'ils comptoient la jonction impossible , et avant 
que le passage des montagnes Noires eût été forcé. 

Le maréchal de Yillars écrivit une longue lettre au 
roi, le 17 juin ^, et lui envoya son premier secrétaire 
pour l'informer encore plus exactement de sa situa- 
tion. Par cette dépèche, il expliquoit à Sa Majesté 
combien il avoit cru possible le siège de Vienne, et 
combien il étoit persuadé que l'empereur n'auroit pu 
l'empêcher. Aussi, nous avons déjà remarqué, et on 
le verra encore dans la suite de ces mémoires, que le 
prince Eugène avoit avoué au maréchal de Villars que 
lui-même il comptoit Vienne perdue, si ce général y 
avoit marché alors. 

Le 1 9 juin , le maréchal de Villars apprit que le 
prince de Bade, ayant abandonné le Rhin, avoit joint 
le comte de Styrum avec la plus grande partie de ses 
forces, et qu'ainsi fortifié de toutes les troupes qu'a- 
v(Mt le comte de Schlick et de 6,000 Saxons, son armée 
étoit de plus de 40,000 hommes. Le Rhin abandonné, 

i. Publiée dans Pelet, Mémoires mil., m, 622. 



96 MÉMOIRES DE YILIAR8. [170S 

M. le duc de Boui^ogne étoit le maitre d'entreprendre 
tcMit ce qu'il voudroit contre la frontière d'Allemagne. 
Le maréchal de Yillars pressoit pour Fribourg, afin 
d'avoir une communication assurée avec la France. 
Mais le maréchal de Tallard conclut pour le siège de 
Brisach, et M. de Vendôme , de son côté, avec 
70,000 honmies, tant des troupes du roi que de celles 
du Milanez et de M. le duc de Savoye, se contentoit, 
ainsi qu'il paroissoit par ses lettres, d'embarrasser les 
restes de l'armée de l'empereur que le prince Eugène 
avoit abandonnée en Italie, et qui n'étoit pas de 
18,000 hommes, pendant que le maréchal de Yillars 
soutenoit toutes les forces de l'empereur avec une 
armée de S5,000 hommes seulement. Il avoit bien 
prévu, avant que de forcer les montagnes, que, dès 
qu'il seroit dans l'Empire, les généraux du roi en 
Italie et sur le Rhin seroient plus occupés de leurs 
vues particulières que de la générale, qui alloit à pous- 
ser la guerre dans TEmpire, et à assurer les commu- 
nications. Il pouvoit sans doute demeurer à la tète des 
principales forces du roi sur le Rhin, et envoyer à 
l'électeur un détachement de son armée; mais son 
intérêt particulier ne l'ayant jamais occupé, il lui pré- 
féra celui de l'État. Ainsi les généraux françois, son- 
geant à de petits avantages qui rouloient sur eux, 
manquèrent les plus grandes occasions, et Télecteur 
de Bavière, de son côté, s'opposant à toutes les vues 
solides, le maréchal ne fîit jamais le maître de con- 
duire, suivant les siennes, une guerre qui pouvoit 
asservir TEmpire et forcer l'empereur aux plus dures 
conditions de paix. 
Le maréchal de Yillars apprit, le SO juin, par un 



1703] MÉMOIRES DE YILLARS. 97 

oowrier de Télecteiir, qu'il s'étoit rendu maître de 
Gouvestein par une aventure bien heureuse. Le gou- 
verneur ayant voulu faire brûler quelques maisons 
qui avoisinoient la ville, le feu de ces maisons se com- 
muniqua à la ville, et de la ville au château. Un ingé- 
nieur français, nommé Desventes, homme d'écrit et 
très hardi, s'aperçut du désordre que causoit cet 
embrasement, et qu'une tour voisine des flammes 
n'étoit pas gardée. 11 demanda 50 grenadiers, qui, 
grimpant les uns sur les autres, gagnèrent la tour, et, 
de là, entrèrent dans le diàteau. L'électeur manda 
qu'il attribuoît ce bonheur à la fortune du maréchal. 
Cet avantage étoit considérable, parce que la conquête 
de cette place, très bonne en elle-même, ouvroit le 
Tyrol, laissoit à l'électeur la liberté de marcher à Ins* 
prudL, sa capitale, et assuroit la conquête de tout le 
pays. 

Ge même jour, le maréchal apprit que le prince de 
Bade, avec le général Styrum et toutes leurs forces, 
dévoient marcher à lui. Il pressoit sans cesse la cour^ 
de donner des ordres précis au maréchal de Tallard 
pour établir une communication. Le roi l'ordonna et 
lui manda que le maréchal de Tallard devoit attaquer 
les lignes de Bihel et marcher au Necre ; mais nous 
avons déjà dit qu'il préféra le siège de Brisach, entre- 
prise inutile dans la conjoncture présente, et qui lais- 
soit aux ennemis le temps et les moyens de sauver 
l'empereur sur le point de sa perte. lie maréchal de 
Yillars représenta, par une infinité de raisons, que 



i. Les lettres écrites dans ce sens au roi et à Ghamillart sont 
nombreuses et pressantes. Voy. à l'appendice celles du 21 juin. 

n 7 



98 MÉMOIRES DE YIUAR8. [4708 

tout œ qu'il pouvoit faire sans coaununioatioD seroit 
comme le soleil de mars, qui émeut et ne résout pas ; 
que ce grand corps de l'Empire, ayant le temps de se 
reconnoltre, feroit les derniers efforts, et que ses 
périls présents, ranimant tous les États qui le com- 
posent, rendroient, si l'on ne pro6toit des momei^ 
précieux, tout à fait impossibles des projets dont 
l'exécution étoit infaillible dans le moment présent, 
liais M. de Vendôme, qui n'avoit jamais assez de 
troupes pour ne rien faire, et le maréchal de Tallard, 
qui vouloit faire prendre une place à M. le duc de 
Bom^ogne, furent crus malgré les raisons solides du 
maréchal de Villars. 

L'électeur de Bavière prit le château de Rotenberg ^ 
et s'assura de tous les passages du Tyrol. 

Le 88 juin, le maréchal de Villars apprit que le 
prince de Bade étoit campé avec toutes ses forces dans 
la plaine de Languenau^. Il prit toutes les précautions 
possibles pour empêcher l'ennemi de lui pouvoir déro- 
ber un passage sur le Danube. Pour cela, il envoya 
un corps à hauteur d'Ulm, et des partis continuels le 
long de ce fleuve. Il avertit en même temps l'électeur 
de l'inquiétude où il étoit pour Augsbourg et pour 
Ratisbonne. De ces deux grandes villes, la dernière 
étoit gardée par les troupes de ce prince, mais eu 
petite quantité. Et, pour la sûreté de l'autre, l'élec- 
teur n'avoit que deux conseillers pour otages de la 
fidélité des habitants. Le maréchal fit tous ses efforts 
pour engager ce prince à y mettre au moins 500 hommes 

1. Rattenberg sur rinn. 

2. Langenau, au bord de la vallée du Danube, à quinze kilom. 
au-dessous d*Ulm. 



4708] MiMomss de yillars. 99 

de pied, qui fussent maîtres d'une porte de la ville, 
laquelle pouvoit se garder contre le dedans et le 
dehors ; il lui fit sentir que cette précaution suiBsoit, 
puisque, tant que cette ridie bourgeoisie auroit à 
craindre que les François ne pussent entrer par une 
porte, si elle en livroit une aux impériaux, elle ne 
voudroit pas s'exposer à voir une bataille dans la rue 
des Orfèvres, où elle avoit de grandes richesses. Mais 
ces remontrances furent inutiles, et les ministres de 
l'électeur, vendus à ceux de l'empereur, l'empêchèrent 
toujours de suivre le conseil du maréchal de Yillars. 

Le dernier juin, le prince de Bade vint camper avec 
toutes ses forces sur la petite rivière de Brents. Le 
maréchal de Yillars étoit très avantageusement campé, 
sa gauche à Lauingen, petite ville sur le Danube, fer- 
mée de très bonnes murailles de cinq pieds d*épais- 
seur avec un double fossé, sa droite à Dilingen, autre 
ville plus considérable sur le Danube, et dont les 
murailles étoient meilleures encore que celles de 
Lauingen. Un petit ruisseau oouvroit le front de son 
camp presque entier. 

Les ennemis publioient qu'ils venoient attaquer le 
marédial de Yillars, qui, de son côté, le désiroit fort, 
étant bien assuré de la bonté de son poste. Aussi, 
pour leur en donner l'envie, le jour d'après qu'ils 
furent campés en présence, il occupa et fit retrancher 
la nuit un petit village au delà du ruisseau qui cou- 
vroit son camp. Ce petit village, quoique séparé par 
le ruisseau, étoit flanqué par la droite et par la gauche 
des retranchements de son camp, en sorte que, pour 
l'attaquer, il falloit que les ennemis marchassent en 
bataille sous le feu du mousquet de tous ses retran- 



100 MÉMOIRES DE VILLARS. [1703 

chements. Mais, comme ils pablioient qu'ils vooloieat 
attaquer, il fut bien aise de les y provoquer en occu- 
pant un poste en avants 

Pendant ce temps-là, un colonel, nommé La Tour^ 
que le maréchal de Villars avoit envoyé à Donavert 
pour étendre les contributions, averti que 1 00 hous- 
sards des ennemis enlevoient les bestiaux de Donavert, 
sortit de la ville avec 1 50 chevaux pour les reprendre. 
 peine fut-il éloigné de mille pas qu'il fut investi par 
près de 2,000 hommes des ennemis. Il n'eut que le 
temps de s'enfermer dans un cimetière avec 50 hommes 
du régiment de Champagne et sa cavalerie. Les enne- 
mis l'attaquèrent ; il leur tua plus de 1 00 honmies et 
les obligea à se retirer. Toutes les troupes du roi 
avoient des succès heureux. 

L'électeur marcha à Inspruck. Il envoya des déta- 
chements pour occuper Trente ^, et un autre pour atta- 
quer Bregents et pour établir des conununications 
assurées avec la France. 

Cependant, le maréchal de Villars renouveloit ses 
vives instances auprès du roi pour déterminer MM. de 
Vendôme et de Tallard à soutenir la guerre de l'Em- 
pire, tant il étoit persuadé que, si elle étoit suivie avec 
tous les moyens qui dépendoient des généraux du roi, 
on forceroit l'empereur à la paix. Cette vérité est 
démontrée si clairement dans toutes les dépêches du 

1 . « Le 8' de la Tour, lieutenant-colonel de Fourquevaux, homme 
intelligent, que j'ai envoyé pour presser les contributions par 
Donavert, m'écrit qu'il a touché 80,000 francs. » (Villars au Bot, 
25 juin 1703.) 

2. Ce détachement ne dépassa pas le col du Brenner qu'il 
occupa sous les ordres de M. du Bordet. 



1703] MÉMOIRES DE VILLAR8. 101 

marèDhal de Yillars^, et par révénement, que l'on ne 
peut s'étonner assez qu'elle n'ait pas fait une vive 
impression. Au lieu de s'y rendre, les fautes aux- 
quelles la fmblesse du ministre donna quelque lieu 
causèrent enfin la plupart des malheurs d'une guerre, 
qui n'a fini qu'en 1714, et qui pouvoit être t^minée 
dans cette année 1703. 

Le prince de Bade marcha, le 3 juillet, avec toute 
son armée à la portée du canon de celle du maréchal 
de Yillars, et, après avoir demeuré en bataille près de 
trois heures, il rentra dans son camp. Les prisonniers 
et déserteurs disoient qu'afin de pouvoir attaquer 
avec succès, on attendoit le corps commandé par le 
marquis de Bareit. 

L'électeur de Bavière prit encore trois châteaux très 
forts dans le Tyrol, et, par ces conquêtes, la Bavière 
se trouva hors de toute inquiétude pour les contribu- 
tions que les impériaux pouvoient imposer générale- 
ment partout. 

Le 13 juillet, le marquis de Bareit approcha de 
Donavert avec un ccnrps de 10,000 honunes, et mena 
avec lui des pièces de batterie tirées de Nuremberg. 

Plusieurs généraux de l'armée du roi pressèrent le 
maréchal de Yillars de repasser le Danube; mais il 
connoissoit trop bien l'importance et la bonté de son 
poste pour se déterminer à un parti si foible. Outre 
que, par sa situation, il occupoit quatre villes qui lui 
donnoient de grandes subsistances, et qu'il auroit fallu 
les abandonner aux ennemis, dont les forces augmen- 



i. Presque toutes les dépêches de Yillars pendant les mois de 
juin et de juillet reviennent sur ce sujet. 



ion MÉHOIRBS DB VILLAR8. [1703 

toient tous les jours, le maréchal eut lieu de croire, 
dès le 16 de juillet, qu'ils ne songeoient plus à l'atta- 
quer, puisqu'ils cominençoient des retranchements, 
ce qui marquoit un dessein de se séparer. 

Sur cela, il fit de nouvelles instances à l'électeur 
pour l'engager à s'assurer d' Augsbourg autrement que 
par les deux otages, et pour faire venir à Ratisbonne 
les troupes qu'il avoit très inutilement dans le Haut- 
Palatinat. L'électeur le crut sur le second point, mais 
il fut impossible de gagner le premier. Le maréchal de 
Villars fit remonter le corps que commandoit M. de 
Légal ^ au-dessus d'Ulm pour défendre le passage de 
riller. Il lui envoya le sieur du Héron, brigadier de 
dragons, homme d'un très grand courage, de beau- 
coup d'ardeur, soutenue d'ambition, et qui, élevé con- 
seiller au Parlement de Rouen, avoit plus d'esprit de 
guerre que l'on n'en pouvoit attendre de son peu 
d'expérience. 

Le maréchal de Villars reçut une lettre du 24 juil- 
let, par laquelle l'électeur lui manda que les paysans 
du Tyrol, soutenus de quelques troupes réglées, 
a voient voulu attaquer ses postes, et le couper entre 
Inspruck et la montagne de Brenner qu'il falloit 
occuper pour assurer la jonction avec M. de Ven- 
dôme, mais qu'il avoit battu ces troupes ramassées 
et conservé la communication, attendant toujours des 

1. René-Franç. Le Gall, excellent officier de cavalerie, né en 
1656, était maréchal de camp depuis 1702, fut fait lieutenant 
général à la suite de l'affaire de Munderkingen et se retira après 
Malplaquet comme gouverneur d'Agde ; il mourut en 1724. « L'of- 
ficier général sur qui je me repose le plus, » écrivait Villars au 
roi, le 6 août 1703, « est Légal. » 



1703] IfÉIfOIRBS DE V1UAR8. 103 

nouvelles de H. de Vendôme, qui, selon les appa* 
rences, avançoit de son côté ^ . 

Par sa réponse, le maréchal exhorta Télecteur à 
traiter ces paysans avec la dernière sévérité, à faire 
brûler la ville de Hal, qui s'étoit révoltée la première, 
qui avoit égorgé le oomte de Yerita qui y comman- 
doit avec tout ce qu'il avoit de troupes, et jusqu'aux 
malades mêmes. La raison de guerre et toute sorte de 
justice exigeoient en effet que l'on fît de rigoureux 
exemples sur des peuples qui, soumis et bien traités, 
violent leurs serments et commettent les plus odieuses 
cruautés. 

Cependant, le maréchal de Villars voyoit avec une 
peine extrême que, depuis le 1 ®' mai qu'il avoit forcé 
les passages des montagnes Noires jusqu'à la fin de 
juillet, le maréchal de Tallard, qui avoit 60 bataillons 
et près de 100 escadrons, n'avoit rien fait. Les 
moments étoient précieux, et le prince de Bade, ayant 
abandonné le Rhin, n'étoit occupé qu'à cherdier les 
moyens d'accabler l'armée du maréchal de Villars, 
qui, plein de confiance sur la bonté de son poste et 
sur la fermeté de ses troupes, donnoit à l'électeur tout 
le temps qu'il pouvoit désirer pour assurer la com- 
munication avec l'Italie, puisque le maréchal de Tal- 
lard ne vouloit pas songer à celle du Rhin avec le 
maréchal de Villars, dont l'armée, toujours en pré- 

i. L'analyse que Villars donne de la lettre de Télecteur du 
24 juillet n'est pas claire. L'insurrection des Tyroliens obligea 
Max -Emmanuel à évacuer complètement le pays. Le combat 
décrit le 24 juillet eut pour effet, non de lui conserver une com- 
munication avec l'Italie, mais de lui rendre une communication 
avec la Bavière et de lui permettre de rentrer dans ses états. 



104 MÉMOIRES DE VILLARS. [1703 

senoe du prince de Bade, donnoit lieu à des escar- 
mouches continuelles. 

Le maréchal de Villars les permettoit volontiers : 
premièrement, parce qu'elles étoient toutes heu- 
reuses; il y en avoit même eu de si considérables, 
qu'un escadron de cuirassiers de l'empereur, s'étant 
avancé pour les soutenir, fut battu par ceux de France, 
qui prirent un étendard. D'ailleurs, étant bien retran- 
ché, il étoit bien convaincu qu'il n'embarqueroit d'af- 
faire qu'autant qu'il le voudroit. Enfin, son poste 
dominant la plaine où se passoient les escarmouches, 
il étoit assuré de faire perdre bien du monde aux 
ennemis s'ils s'en approchoient trop. 

Le comte de la Tour (dont on a déjà parlé ^) étant 
campé à Munderking avec un corps de 5,000 à 
6,000 hommes des meilleures troupes de l'empereur, 
le maréchal de Villars fut informé qu'on pouvoit l'at- 
taquer avec avantage, si l'on trouvoit moyen d'avan- 
cer sur son camp avec assez de secret et de diligence 
pour le surprendre. Il ordonna donc à M. de Légal, 
campé à Offenhausen sur l'Iller, de prendre des 

1. Cette parenthèse, ajoutée sans doute par un secrétaire ou 
copiste, est fausse. Le La Tour dont on a parlé, p. 100, était un 
ofiicier français, lieutenant- colonel de Fourque^aux : celui-ci 
était un officier bavarois, qui avait passé au service de l'empe- 
reur et commandait un corps détaché. En annonçant sa défaite 
à Max-Emmanuel, Villars écrit : « V. A. E. apprendra avec joie 
que son défunt et indigne général le comte de la Tour a été battu 
à plate couture... J'ai été d'autant plus sensible à sa disgrâce que 
l'on ne peut rien ajouter à l'insolence et à la dureté dont il a usé 
pour nos prisonniers, les menaçant de les faire brûler. Il a été 
prisonnier pendant un quart d'heure et s'est échappé : en vérité, 
j'aurois acheté bien cher de le pouvoir envoyer à Munich. » Le 
combat de Munderkingen est du 30 juillet. 



1703] MÉIfOIlUfiS DE miLLARS. 105 

mesures, afin que M. du Héron ^, qui avoit un petit 
corps à deux lieues de là, et qu'un détachement qu'on 
pouYoit tirer d'Ulm, commandé par le sieur de Fon- 
bausard', brigadier, marchant la nuit par des routes 
différentes, pussent arriver, à une heure marquée, à 
portée de ce camp des ennemis. Ces trois officiers 
généraux se conduisirent si bien qu'ils arrivèrent à 
une lieue de l'ennemi, sans qu'il en tùt averti. Mais, le 
jour les ayant surpris à une demi-lieue du camp, les 
ennemis eurent le loisir de se mettre en bataille. On 
trouva même un petit ruisseau, dont ils commen- 
cèrent à rompre le pont, ce qui retarda la marche. 
Un lieutenant-colonel de cavalerie, ntnuné Bosot, très 
vaillant homme, et qui avoit la tète de tout, fit réta- 
blir ce pont sous le feu de l'infanterie, et battit ceux 
qui le défendoient. 

Cependant, du Héron se mit en bataille sur la gauche 
du pont, et L'iUe du Yigier, brigadier de cavalerie, 
forma la droite dans le temps même que M. de Légal 
passoit avec son infanterie commandée par le mar- 
quis de Montgallard^ brigadier d'infanterie. Les enne- 
mis vinrent à la charge avec beaucoup de valeur, et le 
combat fut très rude et très long. Mais, enfin, la fer- 
meté des troupes du roi l'emporta après plusieurs 

1. Gh. de GaradaB, marquis du Héron, né en 1667, colonel de 
dragons en 1688, envoyé extraordinaire à Wolfenbûttel (1697) et 
en Pologne (1700), rentra dans le service actif à la déclaration 
de guerre comme colonel des dragons d'Albert ; brigadier en 1702, 
il mourut des blessures reçues le 30 juillet 1703. 

2. Phil.-André Forest, s' de Fontbeausard, fit toute sa carrière 
dans les dragons, commanda quatorze ans le régiment de son 
nom; brigadier en 1702, maréchal de camp en 1704, il mourut 
en 1715. 



106 MÉMOmBS DE VILLAR8. [1708 

diarges, et les enoemis furent entièrement renversés 
dans le Danube, que Rodemack, lieutenant-colonel du 
régiment de Ghoiseuil, passa après eux. Le brigadier 
du Héron, d'un mérite très distingué, à la valeur et à 
la sage conduite duquel on dut principalement cet 
heureux succès, quoique blessé d'un coup au travers 
du corps, et dont il mourut quinze jours après, rallia 
les troupes plusieurs fois et renversa enfin la droite 
des ennemis. M. de Légal, commandant en chef, fit 
très bien son devoir, mais la joie du maréchal de Vil-» 
lars fut véritablement tempérée par la perte de M. du 
Héron, qui lui étoit très attaché, et dont la valeur et les 
talents lui étoienft d'une grande utilité. 

Le prince Maximilien d'Hanover, frère de l'électeur, 
fut tué dans ce combat, et même on ne retrouva pas 
son corps. On prit onze étendards aux ennemis avec 
deux paires de. timbales, et ce corps fut entièrement 
défait. Par là, les desseins qu'avoit faits le prince de 
Bade de passer l'Iller furent retardés de quelques 
jours, et, comme les ennemis répandoient dans l'Em- 
pire que l'armée du maréchal de Villars étoit assiégée 
dans son camp, il dit : c Je fais au moins de belles 
sorties, puisque, dès qu'un corps d'armée de l'empe- 
reur ose passer le Danube, à quinze lieues de moi, il est 
renversé dans ce fleuve. » 

Ce succès, heureux déjà pour tant de raisons, 
l'étoit encore parce qu'il donnoit quelques jours à 
l'électeur pour attendre des nouvelles de H. de Yen- 
dôme pour la communication avec l'Italie. Le maré- 
chal de Villars, quoique pressé par une armée de la 
moitié plus forte que la sienne, et conunandée par le 
prince de Bade, ne vouloit pas que M. de Vendôme 



4703] MÉMÛIIUfiS DE VILLAfiS. 107 

OU Félecteor pussent dire : c II ne nous a pas donné 
le temps d'adiever une jonction si heureusement oom* 
mencée. > 

Il pressa encore l'électeur de s'assurer d'une porte 
de la ville d'Augsbourg, et ce fiit pour la quatrième 
fois que, par sa lettre du 3 août S il lui répéta que, si 
un corps de 3,000 ou 4,000 chevaux, prenant ses 
derrières, ce qui étoit très facile, entroit dans Augs- 
bourg, et que les paysans du Tyrol, qui paroissoient 
si animés contre l'électeur, y envoyoient quelques 
hommes, il faudroit, préférablement à tout autre des- 
sein, reprendre cette place, et que, par conséquent, 
on seroit forcé d'abandonner le Danube. 

Le maréchal de Yillars envoya, le 6 d'août, un de 
ses aides de camp, nommé Roideau, homme très sensé, 
porter au roi la nouvelle de la défaite du comte de la 
Tour, et pour presser encore la marche du maréchal 
de Tallard. Il représentoit à Sa Majesté qu'il étoit 
nécessaire que les ordres qu'elle donneroit au mare- 
dial de Tallard fussent si précis, qu'il ne diflPéràt pas 
d'un moment l'attaque de Yillingen ; et il fit voir, par 
les raisons les plus évidentes, que, si l'on n'établissoit 
pas une communication, ce qui dépendoit du maréchal 
de Tallard depuis plus de trois mois, on perdrait 
Tavantage des succès précédents. 

Il est aisé de juger, en effet, que l'inaction du maré- 
chal de Tallard depuis le 1 *' mai jusqu'au 1 5 août, et 
celle de M. de Vendôme, dont la marche vers le Tyrol 
étoit si lente qu'on pou voit l'appeler inaction, met- 



1. La lettre existe en minute dans mes archives ; elle est adres- 
sée à Ricous. 



108 MÉMOIRES IMS VILLAR8. [1703 

toient le marédial au désespoir, en lui faisant perdre 
Foocasion des plus magnifiques conquêtes. D'autant 
plus que la révolte de Hongrie se fortifioit à tel point, 
que Ton pouvoît compter qu'une marche vers TÂu-^ 
triche y auroit attiré 30,000 Hongrois. 

Il arriva alors que les conmiandants que l'électeur 
avoit mis dans les châteaux de Rotemberg, et de 
la ville d'Ëbrenberg, se rendirent aux paysans du 
Tyrol, qui n'avoient pas une seule pièce d'artillerie. 
Ces châteaux étoient néanmoins excellents. Dans celui 
d'Ehrenberg, il y avoit 40 pièces de canon de fonte 
et 40,000 sacs de blé ou de farine que le conmiandant 
rendit aux impériaux. On apprit, dans le même temps, 
que l'électeur se retirait d'Inspruck, et qu'il abandon- 
noit le Tyrol sans aucune contribution, quoiqu'il pût 
aisément en tirer plus de 500,000 écus. Cette démarche 
étoit l'effet des présents faits à ses ministres et à ses 
généraux. Enfin, ce prince abandonna le Tyrol, et, 
dès là, toute espérance de jonction avec M. de Ven- 
dôme, dont l'inaction jusqu'au SO juillet causa tout le 
renversement de ce premier projet. Effectivement, 
s'il s'étoit ébranlé dans le temps que l'on se rendit 
maître du Tyrol avec plus de bonheur qu'on ne pou- 
voit en espéror, la jonction étoit aussi facile que d'en- 
voyer un courrier de Paris à Orléans^. 

L'électeur, ayant eu avis qu'un corps de ses troupes, 
commandé par le comte de Tattembach, avoit été 



1. Non seulement Vendôme ne commença son mouvement que 
le 20 juillet, mais il mit cinquante jours à parvenir jusqu'à Trente, 
« se panadant à chaque bicoque ^ (Saint-Bimon, UI, 436), per- 
dant un temps précieux, laissant la résistance s'organiser ; il dut 
revenir en arrière, ayant complètement échoué. 



\ 



1703] MÉMOIRES DE VILLARS. 109 

battu par les impériaux près de Scharding, envoya une 
partie de celles qui étoient auprès de lui pour couvrir 
la Bavière vers le Danube, et se rendit à Munich. Il 
manda au maréchal de Villars qu'il étoit forcé de 
s'éloigner du Tyrol, et de pourvoir à la sûreté de ses 
états, craignant pour Ratisbonne. Le marédial prit 
toutes les mesures possibles pour mettre cette ville et 
toute retendue du Danube jusqu'au-dessus d'Ulm hors 
d'atteinte à l'ennemi. Mais les nouveaux ouvrages que 
fit Sedre le prince de Bade pour fortifia son camp 
devant celui du maréchal de YiUars marquoient un 
dessein formé de se séparer. Le maréchal fut informé 
d'ailleurs que le prince de Bade rassembloit tous les 
chariots du pays, et avoit ses ponts de bateaux sur 
des baquets prêts à marcher. Sur cet avis, il fit savoir 
à l'électeur, qui étoit à Munich, qu'il falloit s'attendre 
à un mouvement très prochain du prince de Bade; 
que Ratisbonne étoit en sûreté, mais qu'il craignoit 
toujours pour Âugsbourg. 

Le prince de Bade s'ébranla enfin le 23 août, et sui- 
vit un détachement que commandât le comte de la 
Tour, qui marchoit vers le haut de l'Uler. Gomme ce 
mouvement ne pouvoit regarder qu' Augsbourg , le 
maréchal de YiUars poi|Ssa encore une fois l'électeur 
à s'assurer d'une porte de cette ville ; mais cette ins- 
tance ne fut pas plus heureuse que les précédentes. 

Dès que le prince de Bade fut séparé de l'armée 
qui étoit devant le camp du maréchal de Villars, 
celui-ci, voyant la sienne plus nombreuse, fit ce qui 
dépetidoit de lui pour engager cette armée au combat, 
n sortit de son camp et poussa les gardes de cavalerie 
jusque dans les redoutes. L'ennemi se mit en bataille 



140 MÉMOIRBS DE VILLARg. [1708 

derrière ses retranchements, dont il ne vonioit pas 
sortir. 11 ne fut donc plus question que de tftdier à 
combattre le prince de Bade, -qui s'éloignoit avec son 
armée, et marchoit vers le haut de TUler après avoir 
rassemblé toutes les forces qu'il attendoit de tout 
TEmpire et de la Hollande. 

Sur cette mardie, le maréchal de Villars, qui ne 
pouvoit que par une bataille sortir de la ftcheuse situa- 
tion où le mettoit l'augmentation des. ennemis, cher^ 
choit les occasions de la donner. N'ayant pu l'engager 
avec l'armée campée et retranchée devant lui, com- 
mandée par le maréchal de Styrum, il prit les mesures 
qui dépendoient de lui pour combattre le prince de 
Bade lorsqu'il passeroit le Danube ou l'iUer. Pour cela, 
il fit avancer au-dessus d'Ulm le corps de M. de 
Légal et le fit soutenir par le comte Dubourg avec 
30 escadrons, trois brigades d'infanterie et une bri- 
gade d'artillerie. Il pressa encore une fois l'électeur de 
s'assurer d' Augsbour^ ^ ; c'étoit, comme on l'a vu, 
une instance renouvelée dans toutes ses lettres. Il le 
conjura aussi de sortir de Munidi, où il pouvoit faci- 
lement être ébranlé par les larmes de sa fenmie, de 
ses enfants et de tous ses peuples ; car les impériaux 
étoient entrés dans la Bavière du côté de Passau. 
Enfin, il pria ce prince de venir se mettre à la tête de 
l'armée du roi, dont l'envoyé auprès de lui, nonouné 
Ricous, s'étoit tellement brouillé avec la cour de 
Bavière, que l'électeur écrivit au maréchal de Yillars 
qu'il ne lui parleroit plus d'affaires^. 

i. Par dépèches du 24, du 25 et du 27 août. 
2. La lettre est du 24 août et tout entière de la main de l'élec* 
teur; il demande formellement le changement de Hicous. 



4703] MiiiamBS m: yillars. 111 

Le maréchal de YiUars manda aus« à M. le dac de 
Bom*gogne que, par les difficultés que MM. de Ven- 
dôme et de Tallard, dbacun de leur côté, apportoient 
à s^approdier de lui, ils a voient perdu quatre mois 
que les ennemis avoient employés à tirer des secours 
de rélecteur de Brandebourg, de cdui d'Hanover, de 
Saxe et même de Hollande, et de régiments dont la 
levée n'avoit été commencée que depuis qu'il étoit 
entré dans TEmpire. 

Le maréchal de Villars, déterminé à combattre le 
prince de Bade, pressa l'électeur par divers courriers 
de le joindre incessamment ; les instants étoient pré* 
cieux. Mais il falloit que ce prince amenât des troupes 
pour ne pas abandonner le camp de DiUingen, et pour 
fortifier celles que le maréchal menoit avec lui. de 
(Nrince, par de mauvais prétextes, fut quatre jours à 
venir de Munich au camp du maréchal de Villars. 
Celui-ci le pria d*en partir brièvement, après qu'il y fut 
arrivé, pour aller joindre le comte Dubourg, qui avoit 
déjà avancé sur la route que tenoit le prince de Bade. 
L'électeur y consentit ; mais il ne voulut partir que le 
lendemain, et il alla camper à trois lieues de Dillingen. 
Le marédial de Villars s'approcha du comte Duboui^ 
avec SO escadrons, et envoya toute la nuit Verseilles, 
maréchal des logis de l'armée, pour hâter l'électeur 
de suivre, lui faisant dire que, pour lui, il répondoit 
d'arrêter la marche du prince de Bade en s'appro- 
chant avec 50 escadrons, puisque ce prince marchoit 
avec un grand attirail de bagages, d'artillerie et de 
pontons. Malgré ces vives instances, l'électeur refusa 
de s'avancer, et si opiniâtrement que la plupart des 
officiers généraux françois le crurent accommodé, ou 



418 MÉMOBSS DE VlUARS. [1703 

du moins traitant avec Tempereur, dont les émissaires 
redoubloieot continuellement leurs sollicitations pour 
ramener ce prince, déjà fort ébranlé par les larmes 
de sa fenune, qui étoit très attadiée à rempereUr. 

Cependant le prince de Bade, qui pouvoit être atta- 
qué dans sa mardie, passa Tlller tranquillement, et, 
lorsque la tète de l'armée du roi approchoit de la ville 
d'Âugsbourg, l'électeur eut la cruelle douleur de voir 
la tète des troupes du prince de Bade entrer dans 
cette ville ^ 

Les obstacles que l'électeur apportoit sans cesse à 
l'exécution des plus grands et des plus sages projets, 
l'opiniâtreté avec laquelle il avoit empêché d'attaquer 
le prince de Bade, son opposition à s'assurer d'Augs- 
bourg quand il avoit dépendu de lui de le faire, son 
inconstance sur le projet de marcher à Passau, qui 

i. Villars rejette entièrement sur l'électeur la responsabilité des 
fausses démarches qui permirent au prince de Bade de faire, sans 
être inquiété, son mouvement tournant par Memmingen jusqu'à 
Augsbourg. La faute graye, incontestable, que fit Max*£mmanuel, 
fut de ne pas occuper cette dernière ville, malgré les instances 
réitérées de Villars : il s'y refusa péremptoirement par lettre du 
29 août dont nous avons l'original, conservé par Villars c pour 
sa justification. » Quant aux mouvements du i*' au 4 septembre 
et à la lenteur avec laquelle ils furent exécutés, la responsabilité 
n'est pas aussi facile à déterminer. Max-Emmanuel, dans les 
mémoires qu'il adressa au roi, reprocha à Villars d'avoir refusé 
de marcher ; Villars porte ici la même accusation contre Max- 
Emmanuel : ce qui parait certain, c'est qu'ils furent l'un et l'autre 
mal renseignés sur la marche du prince de Bade et trompés par 
l'extrême célérité que mit ce général à atteindre Augsbourg. 
Cette lenteur aurait d'ailleurs été sans conséquence si Augsbourg 
avait été occupé par l'électeur, comme Villars le supplia encore 
de le faire par lettre du 2 sept, dont l'original est conservé à la 
Bibliothèque nationale (Nouv. Acq. fr,, 496). Voyez ce que j*ai 
écrit à ce sujet dans le Correspondani, n<» du 25 sept. 1885. 



1703] JféMOmES DE VILUIRS. 113 

étoit la perte de Tempereur, malgré le consentement 
qa'il y avoit donné d'abord, tout cela réuni dégoûta 
si fort le maréchal de Yillars, et à tel point, qu'il 
demanda son congé avec la plus grande instance, ne 
voulant point sacrifier sa gloire à toutes les fausses 
démarches qu'il étoit forcé de faire, et à l'impossibi* 
lité de détacher ce prince des traîtres qui n'étoient 
chaque jour occupés qu'à le vendre à l'empereur*. 

Âugsbourg occupé par l'armée du prince de Bade, 
le seul parti qui pouvoit sauver l'armée du roi étoit 
de marcher vers Ulm pour assurer la jonction du maré- 
chal de Tallard. L'électeur approuva ce dessein, puis 
en différa l'exécution et pressa le maréchal de mettre 
son armée entière dans la Bavière. Ce dessein, pemi'- 
deux en lui-même, ne pouvoit avoir d'autre motif que 
de traiter avec l'empereur aux dépens de l'armée du 
roi. Le maréchal le rejeta hautement, et voyant l'élec- 
teur troublé lui dit : c Voulez-vous suivre vos enga- 
gements avec le roi? t II répondit : c Jusqu'à la 
mort. » — € Eh bien, lui répliqua le maréchal de Vil- 
lars, il faut nous tirer par un grand coup de la situa- 
tion où nous sonunes. Mais gardez-moi le secret, mieux 
que vous n'avez fait jusqu'ici. Vous avez trente-trois 
bataillons, le roi en a cinquante ; vous avez quarante- 
cinq escadrons et le roi soixante : faisons deux armées. 
On peut se poster de manière à couvrir la Bavière 



1. C'est le 8 sept, que Villars demande au roi son congé; il 
renouTelle sa demande le 10 et la recommande à Ghamillart par 
lettre du môme jour. Ces longues dépêches énumèrent les fautes 
de rélecteur, ses incertitudes, ses résistances aux conseils de 
Villars, ses négociations secrètes avec Tennemi : le texte des 
Mémoires est le résumé de ces lettres. 

n 8 



4U MÉMOIRES DE VILLAR8. [1703 

avec Tune : que l'autre marche vers l'Autriche ; vous 
y verrez arriver trente mille révoltés de Hongrie. Alors, 
il faudra qu'une armée des ennemis coure à la défense 
de l'Autriche, et, pendant ce temps-là, M. le duc de 
Bout^ogne, qui a pris Brisach et qui n'a aucun ennemi 
devant lui, entrera dans l'Empire. > A ce discours, 
l'électeur embrassa le maréchal de Yillars et lui dit : 
c C'est le Saint-Esprit qui vous inspire. » Mais le len- 
demain, s'étant ouvert à ses traîtres, il déclara qu'il 
ne ferait rien de ce qu'il avoit pourtant approuvé la 
veille. Dès lors, tous les officiers françois, voyant que 
ce prince ne vouloit prendre aucun parti, crurent qu'il 
s'étoit accommodé avec l'empereur. Ce qui confirmoit 
cette opinion, c'est que l'électeur ne fit point sortir 
l'électrioe de Munich, conune il l'avoit dit, et que le 
prince de Bade fit mettre en prison un colonel dont le 
détachement avoit fait quelques désordres dans la 
Bavière. Cette attention pour un électeur, qui avoit 
attiré les François au milieu de l'Empire, étoit au 
moins très suspecte. Dans ces affreuses situations, 
l'électeur donna une musique au maréchal de Yillars, 
divertissement auquel celui-ci ne pouvoit guères être 
sensible. En sortant de cette musique, le marédial 
reçut un courrier du s' de PéryS qui lui mandoit que 
l'armée commandée par le maréchal de Styrum avoit 
quitté son camp devant celui de l'armée du roi à Dilin- 
gen, et qu'elle marchoit vers Donavert. Le maréchal de 
Yillars, depuis plusieurs jours déterminé à combattre, 

1. J.-Bapt., marquis de Péry, fils d'un colonel d'infanterie 
corse, était brigadier en 1702; lieutenant générai en 1706, il se 
distingua, comme on le verra ci-dessous, en 1705 et 1707, servit 
activement jusqu'à la fin de la guerre et mourut en 1721. 



1703] MÉMOIRES DE VnXARS. 415 

à quelque prix que oe fût^ la première des deux armées 
qui lui en donneroit Toccasion, espéra pouvoir joindre 
celle de Styrum avant qu'elle arrivât à Donavert. Dans 
le moment qu'il reçut la nouvelle du s' de Péry, il 
donna ordre à toute l'aile gauche de sa cavalerie de 
monter à cheval et alla retrouver l'électeur à la musique 
pour lui faire part de ce qu'il venoit d'apprendre et 
de la résolution qu'il avoit prise de marcher sur-le- 
diamp pour se rendre à Donavert, ajoutant à ce prince 
qu'il devoit regarder l'occasion de combattre comme 
l'unique espérance de salut. 

L'électeur voulut entrer alors dans de grands rai- 
sonnements, c Monseigneur, lui répondit le maréchal, 
vous savez ce que je pense depuis la malheureuse situa- 
tion où nous sommes. Si j'ai manqué le prince de Bade 
dans sa marche, ce n'est pas ma faute ; je ne manque- 
rai pas le maréchal de Styrum. Je supplie V. Â. E. 
de faire mettre l'armée en marche dès qu'elle aura pris 
du pain, et de vouloir bien me suivre à Donavert. Si 
elle veut faire diligence, j'espère que nous pourrons 
combattre demain avant midi. > 

Après ces mots, il sortit de la chambre de l'électeur 
et trouva sa cavalerie prête à marcher. Gonome elle 
s'ébranloit, l'électeur, ayant monté à cheval, courut à 
hii pour l'arrêter, et le maréchal lui dit une dernière 
fois : c Je ne puis sauver l'armée du roi que par une 
bataille : je promets bien que je n'en manquerai pas 
l'occasion. » En même temps, il donna ordre au mar- 
quis de Lanion , lieutenant général , de marcher dès 
que le pain seroit délivré, et il se rendit avec ce corps 
de cavalerie le plus diligemment qu'il put à Donavert. 

En partant, il envoya ordre au colonel La Tour, qui 



/ 



116 MâHOIRES DE YILIAR8. [1703 

y oommandoit, d'envoyer un parti de cavalerie au- 
devant de l'armée ennemie, en sorte qu'arrivant à 
Donavert il pût être informé précisément de l'endroit 
où elle auroit campé. 

On trouva le parti revenu avec des prisonniers qu'il 
avoit faits, et qui avoient laissé l'armée ennemie 
campée à Schweningen près Plintheim^, le petit ruis- 
seau devant elle. G'étoit précisément la situation où 
le maréchal de Villars la désiroit, puisque, si l'élec- 
teur avoit fait la diligence possible pour arriver à 
Donavert, on pouvoit espérer d'attaquer cette armée. 
Le 19 septembre, le maréchal se leva avant le jour, 
comptant de trouver le campement de l'armée arrivant 
sur Donavert, mais, dès qu'il fut sorti de cette ville pour 
aller au-devant des troupes, il fut très surpris de n'en 
découvrir aucune. Il envoya Yerseilles, maréchal des 
logis général, pour en presser la marche. Mais, à sept 
heures du matin ne voyant encore personne, il fit 
partir le chevalier de Tressemanes, major général de 
l'infanterie^, pour presser l'électeur. Deux heures 
après, son impatience augmentant, il envoya M. de 
Légal, maréchal de camp, et enfin le comte Duboui^, 
lieutenant général. 

Sur les deux heures après midi, il apprit par une 
lettre de l'électeur qu'ayant eu bien de la peine à 

i. Petit village de Blindheim devenu tristement célèbre par la 
capitulation de vingt-sept bataillons de Tarmée de Tallard, le 
i3 août 1704. 

2. André, chevalier de Tressemanes, fut major général de Tin? 
fanterie pendant plus de dix ans, puis major général de Tannée 
sous "Villars (1705-1707), sous Berwick (1708), sous Harcourt (1709- 
1713) : il contribua beaucoup aux succès de ces généraux. Lieu- 
tenant général seulement en 1718, il mourut la même année. 



1703] MÉMOIRES DE YILLARS. 117 

faire délivrer le pain, il ne s'étoit mis en marche qu'à 
huit heures du matin, et qu'au lieu de venir droit à 
Donavert, il marchoit à Rain, petite ville sur le Lech 
et le Danube. Son intention étoit toujours de s'enfer- 
mer avec l'armée du roi dans la Bavière. Le maréchal 
de Villars alla à toutes jambes vers Rain, où il trouva 
que l'électeur faisoit déjà marquer le camp ;11 fit con- 
tinuer sa marche vers Donavert lui disant déterminé- 
ment qu'il vouloit combattre^. 

Cet inconvénient produisit l'effet que désiroit le 
maréchal de Villars, car le maréchal de Styrum, 
informé que ce général n'étoit arrivé sur Donavert 
qu'avec 3,000 chevaux, et que l'armée entière avoit 
pris la route de Rain, n'eut aucune inquiétude et 
même séjourna à Plinthein, en sorte que les partis 
qu'il avoit sur Donavert ne purent l'instruire de la 
marche de l'armée qui n'arriva qu'à minuit. 

Cependant le maréchal de Villars commença dès 
neuf heures du soir à faire passer le Danube et la 
Vernits à 3,000 chevaux, et, à mesure que les troupes 
de l'électeur arrivoient, elles suivirent la tète. 



1. La correspondance ne permet pas de contrôler entièrement 
ce récit, qui paraît forcé ; elle ne renferme que quelques courtes 
lettres écrites le 18 et le 19 : il en résulte que c'est dans la mati- 
née du 18 que Villars reçut de Péry la nouvelle de la marche de 
Btyrum; le soir môme, il était de sa personne à Donauwerth ; le 
19, à trois heures du matin, il écrivait à l'électeur de venir cam- 
per à Mehrin^gen, afin d'être à portée, soit de le rejoindre, soit de 
passer le Lech, à Rain, si le prince de Bade entrait en Bavière. 
Sept heures après, définitivement renseigné sur les mouvements 
de Styrum, il écrivait à Max Emmanuel qu'il était décidé à com- 
battre et l'invitait à venir le rejoindre ; le soir méme^ les troupes 
bavaroises passaient le Danube. 



118 MÉMOnUfiS DB VILLAR8. [1703 

Il écrivit dès le soir au lîeuteoaDt général Dusson^, 
commandant le corps d'armée qui étoit demeuré 
campé à Dilingen, de marcher à la pointe du jour et de 
s'avancer jusque sur le ruisseau d'Hochstet, laissant 
devant lui ce ruisseau et la ville d'Hochstet occupée 
par une garnison des troupes du roi, et lui marqua 
qu'il espéroit être à portée d'attaquer l'armée de Sty- 
rum le 20 9 à dix heures du matin ; que, dès qu'il seroit 
en vue de cette armée, il feroit tirer neuf coups 
de canon , qu'alors Dusson eût à passer le ruisseau 
d'Hochstet et à attaquer l'ennemi par derrière, pezH 
dant que lui-même il attaquerait leur front. 

Sur les dix heures du soir, le maréchal trouva que 
le passage du Danube et de la Yernits le tenoit un peu 
plus longtemps qu'il n'avoit pensé. Il écrivit donc une 
seconde lettre à Dusson pour lui dire qu'il croyoit ne 
pouvoir être en présence des ennemis que sur le midi, 
et qu'il prit ses mesures pour cela, que le signal de 
neuf coups de canon devoit toujours être la règle pour 
passer le ruisseau d'Hochstet. Ces lettres furent 
reçues 2. 

L'armée du roi arriva à vue des ennemis sur les 
onze heures du matin. Leur camp étoit tendu, ils se 
mirent en bataille, et l'on tira les neuf^ coups de canon 
qui étoient le signal pour faire agir M. Dusson. Mais 

i. Jean Dusson de Bonnac, marquis d'Usson, né en 1652, lieu- 
tenant général en 1696, ministre du roi à Wolfenbûttel en 1701, 
rentra en 1702 dans le service actif, mourut en 1705. 

2. D'Usson ne paraît pas avoir reçu ce contre-ordre. 

3. Le signal était de trois coups et non de neuf. Styrum ayant 
fait tirer trois coups de canon pour faire prendre les armes à ses 
troupes, d'Usson crut entendre le signal de Villars et marcha 
trop tôt. 



1703] MJfMOmSS DE VILLAA8. 119 

ce général n'avoit pas attendu ce signal pour passer 
le ruisseau d'Hochstet ; il s'avança derrière Tarmée des 
ennemis avant que le maréchal parût, de sorte que 
leur seconde ligne marcha à lui, et fit repasser le ruis* 
seau d'Hochstet aux troupes de M. Dusson avec 
quelque désordre. Ce général troublé retourna dans 
le camp de Dilingen malgré les représentations de 
presque tous les officiers et du commandant d'Hochs- 
tet, lequel assuroit qu'il voyoit de la tour arriver l'ar- 
mée du roi à l'heure que le maréchal de Yillars avoit 
marquée à M. Dusson. Ainsi ce corps d'armée, qui 
pouvoit enfermer celle des ennemis, fut entièrement 
inutile au maréchal de Yillars, qui, ayant formé l'aile 
droite de cavalerie, l'appuya au bois sur la montagne, 
et fut très surpris, découvrant la plaine d'Hochstet, 
de n'y voir pas une seule des troupes de M. Dusson. 

Les ennemis avoient mis 200 hommes dans le châ- 
teau de Schweningen. On les fit sommer; ils répon- 
dirent fièrement. On laissa un escadron de dragons 
devant ce château, et la gauche de la cavalerie se mit 
en bataille appuyée au Danube. 

L'infanterie du roi avoit fait une marche de dix 
lieues et arrivoit à peine. Les trois bataillons irlandois, 
commandés par Milord Glare, avoient la tête de tout, 
et l'intention du maréchal de Yillars étoit d'attendre 
son infanterie pour passer le ruisseau de Plintheim; 
mais, ayant remarqué un assez grand désordre dans 
l'armée des ennemis, qu'elle s'éloignoit du ruisseau, 
et que leur gauche de cavalerie se retiroit, il passa le 
ruisseau avec toute sa droite et attaqua la gauche des 
ennemis. Elle fut entièrement rompue à la première 
charge. On la poussa dans les bois, et, dans le même 



120 MÉMOIRES DE \ILLARS. [1703 

temps, on vit sortir d'un village^ un drapeau blanc. 
Quelques officiers y coururent, et on fut très étonné 
de trouver dans ce village la brigade d'infanterie de 
Bourbonnois que M. Dusson avoit abandonnée en se 
retirant. Le maréchal de Yillars appuya sa droite à 
cette brigade et courut à son aile gauche de cavalerie, 
qui se mettoit en bataille devant la droite des enne- 
mis, où l'on apercevoit le même désordre que dans 
leur gauche. 

Pendant ce temps-là, l'infanterie des ennemis avoit 
commencé à se retirer. Mais l'on vit six bataillons bleus 
qui partoient du centre pour former l'arrière-garde. 

Le maréchal de Yillars se mit à la tète de l'aile 
gauche, dont la première ligne étoit d'escadrons bava- 
rois, pressant le comte d'Ârco et Monasterol, qui 
étoient à la tète, de serrer les ennemis, qui, à la pre- 
mière charge, tirèrent et plièrent. La cavalerie bava- 
roise tira et plia de même. Le maréchal de Yillars se 
trouva maître du champ de bataille avec HM. de Tres- 
semanes, de Barieu, de Yerseilles et avec tous ses 
aides de camp. 

L'électeur arriva dans le moment, et le maréchal de 
Yillars, un peu piqué du mauvais mouvement des 
troupes de ce prince, lui en fit quelques plaintes. Ce 
désordre fut réparé par la seconde ligne de cavalerie, 
qui étoit de françois , et à la tète de laquelle étoit le 
comte Dubourg. Mais on perdit quelques moments 
pour suivre diligemment la fuite des ennemis et détruire 
leur cavalerie, qui se rallia plusieurs fois sous le feu de 
son infanterie. 

i. Unterglauheim, situé au milieu de la plaine. 



1703] MÉMOIRES DE VILLÂRS. ISll 

Le maréchal de Villars crut que, les ailes de cavalerie 
entièrement rompues, on pouvoit ébranler leur infan- 
terie. Ainsi, il ordonna à quelques escadrons d'atta- 
quer les derniers bataillons. Kerkado, très vaillant 
homme et mestre de camp de Dauphin Cavalerie, entra 
dans le bataillon de la droite et prit un drapeau ; mais 
les autres se resserrèrent, et Ton vit bien que l'on ne 
les romproit pas sans grande perte. Ce fut ce qui déter- 
mina le maréchal de Yillars à faire marcher ses deux 
ailes de cavalerie sur deux colonnes à la droite et à la 
gauche de cette infanterie des ennemis, étant bien 
assuré qu'il en auroit bon marché avec son infanterie, 
qui arrivoit, et son canon. Cependant, cette infanterie 
traversa une lieue et demie de plaine dans un très 
bon ordre. Comme elle entroit dans un bois, le maré^ 
chai de Yillars ordonna aux escadrons de gagner le 
devant. Six de leurs bataillons s'arrêtèrent à l'entrée 
du bois, les escadrons de la Ferronaye attaquèrent, 
mais le feu très vif de ces bataillons les rompit. On 
vit deux cornettes demeurer fermes avec leurs éten- 
dards dans le bord du bois, et ces escadrons, s'étant 
ralliés à trente pas, revinrent à leurs étendards et 
entrèrent dans ces bataillons. L'infanterie du roi les 
joignit dans le même temps, et ce ne fut plus que 
fuite, désordre et grand meurtre des ennemis. La 
cavalerie, qui avoit gagné la tête, entra de toutes 
parts dans ces bataillons à demi rompus. Un mérite 
bien rare pour les troupes de France, c'est d'avoir tra- 
versé tous les bagages des ennemis, sans que ni sol- 
dats ni cavaliers se soient arrêtés. 

L'électeur, qui, depuis quelques jours, étoit en froi- 
deur avec le maréchal de Villars par la diversité de 



122 MÉMOmBS DE YIUARS* [1703 

leurs sentiments, vint l'embrasser avec les mêmes 
protestations d'amitié qu'il avoit faites à leur première 
entrevue, et lui dit que c'étoit pour la seconde fois 
qu'il lui devoit l'honneur, la vie, le salut de sa famille 
et de ses états. 

On ramena dans les cours et le jardin du château 
d'IIochstet plus de 7,500 prisonniers, parmi lesquels 
étoit le lieutenant général Nasmar et grand nombre 
de généraux, de colonels et de capitaines. On prit 
33 pièces de canon, dont 1 8 de vingt-quatre, un pont 
de bateaux sur des chariots et une quantité prodi- 
gieuse de bagages, en sorte que les troupes du roi, 
qui étoient nues, se trouvèrent très bien habillées, et 
cette victoire ne coûta pas 500 honounes. M. de Lée^, 
maréchal de camp, fut blessé de plusieurs coups. Le 
lieutenant général Dusson arriva sur les six heures du 
soir ; mais le maréchal de Yillars, content de la jour- 
née, ne lui marqua pas toute la mauvaise satisfaction 
qu'il avoit de sa très honteuse conduite; il l'excusa 
même dans le compte qu'il rendit au roi ^. La vérité 
est qu'il ne prévoyoit pas pour lors la perfidie de ce 
général, qui trouva moyen de faire passer un cour- 
rier, lequel devança le chevalier de Tressemanes qui 
alloit porter la nouvelle au roi. Dusson manda qu'il 
avoit gagné la bataille, et, véritablement, il en courut 



1. André de Lée, maréchal de camp depuis le 23 décembre 1702, 
fut lieutenant général en i704 et servit sans interruption jus- 
qu'en 1712. Grand-croix de Saint-Louis, il mourut en 1734, à 
quatre-vingt-quatre ans. 

2. La relation officielle de la bataille d'Hochstedt est imprimée 
dans Pelet (Mém, mil., DI, 667), ainsi que la lettre écrite par 
Ricous à Ghamillart (id., 961). 



1703] mbionufis de voxars. 1S3 

des relations imprimées à Paris^ . Cet homme s'imagina 
qu'il recevroit quelque récompense avant que Ton eût 
découvert la vérité. 

Un des premiers officiers des armées du roi pro- 
posa au maréchal de Yillars de faire périr les 7,500 pri- 
sonniers des ennemis, à cause de la difficulté de les 
garder et de les nourrir. Indigné de cette proposition, 
le maréchal répondit à cet officier qu'une aussi odieuse 
pensée lui faisoit horreur; que, dans l'action, il avoit 
ordonné qu'on ne se chargeât pas de prisonniers, 
mais que ce qui avoit échappé à la fureur du soldat ne 
périroit pas par les ordres du général. 

La bataille gagnée, le maréchal de Yillars proposa 
à l'électeur de profiter des premiers mouvements pour 
^blir une communication certaine avec la France; 
que, Brisac pris, le maréchal de Tallard pouvoit mar- 
cher dans l'Empire, et que toutes ces forces jointes 
ensemble, il falloit bien que le prince de Bade se sau- 
vât d'Âugsbourg avec sa petite armée, puisqu'on 
pourroit l'enfermer avec toutes ses troupes et le faire 
périr dans le poste où il étoit. Mais l'électeur s'opposa 
à ce dessein, en sorte que le maréchal de Yillars, après 
une grande victoire, fut au désespoir de n'en pouvoir 
tirer tous les avantages certains qu'elle pouvoit lui 
procurer. 

1. La lettre du général dTJBson est imprimée (Pelet, III, 955). 
Ghamillart, au lieu de réprimander ce grave manquement à la 
hiérarchie et aux convenances, écrivit à d'Usson une lettre 
amhiguô le 3 octobre, où, tout en lui disant qu'il n'aurait pas dû 
envoyer de courrier 4 sans la permission de Yillars, » et l'enga- 
geant à s'accommoder avec son chef, il le remercie de son message 
et lui dit que le roi en a ressenti • une joie infinie. » D'Usson 
colporta la lettre du ministre et s'en fit une arme contre Vil* 



1H MÉMOIRES DE VILLAAS. [1703 

L*électeur, qui voulut absolument remarcher vers 
Augsbourg, obstination qui rejetoit l'armée du roi dans 
les mêmes embarras où elle étoit avant la bataille, pro- 
posa encore de mettre Tarmée du roi dans la Bavière. 

Le maréchal de Yillars envoya un ofBcier^ au roi 
pour représenter que , comptant bien qu'il ne falloit 
rien omettre pour conserver l'électeur, il auroit pour 
lui toutes les complaisances, hors celle qui causeroit 
certainement la perte de l'armée du roi ; qu'il la trou- 
voit infaillible en s'enfermant dans la Bavière, surtout 
n'ayant plus aucune espérance des secours d'Italie, et 
qu'il ne prendroit un parti si dangereux que sur un 
ordre précis de Sa Majesté. 

De son côté, l'électeur envoya au roi Monasterol. 
G'étoit l'ennemi déclaré du maréchal ; mais celui-ci ne 
voulut pas prendre la peine de s'opposer à ce voyage, 
bien déterminé à remettre le commandement de l'ar- 
mée, si les dernières dépèches étoient aussi inutiles 
que les précédentes. 

Par celle du roi, du ^^ octobre, il apprit que le 
maréchal de Tallard avoit ordre de venir attaquer Vil- 
lingen. Pour cela, le maréchal de Yillars fit avancer 
Légal avec un corps d'infanterie et de cavalerie à Meis- 
kirk pour établir une communication avec le maréchal 
de Tallard auquel il envoya le chevalier de la Blandinière 
pour concerter toutes choses avec ce général, et, dès 
ce moment, il conçut de grandes espérances de mettre 
dans l'Empire les affiiires *du roi dans l'état le plus 

lars (voyez à rAppendice la dépêche de Yillars, du 21 octobre). 
1. M. de Fretteville, aide-major général de Tarmée; il était 
porteur d'un mémoire justificatif, imprimé dans I^elet (lU, 966), 
ainsi que la lettre d'envoi de Yillars (id., m, 677). 



4703] MÉMOIRES DE VILLARS. 125 

• 

florissant. Il apprit que le peu de troupes que les enne- 
mis avoient laissées sur les bords du Rhin avoient 
ordre de venir joindre les débris de Tannée de Styrum, 
que le maréchal de Yillars avoit proposé de détruire, 
d'abord après Ja bataille» pour marcher ensuite vers 
le Wirtembei^. 

Peu de jours après la bataille, le maréchal de Yil- 
lars reçut une lettre du roi, informé des traités de 
Félecteur avec Fempereur. Par cette dépêche, Sa 
Majesté ordonnoit au maréchal de prendre les mesures 
les plus solides pour retirer son armée de l'Empire, et 
de déclarer à l'électeur que le rbi ne s'opposoit pas à 
son accommodement^. 

Le maréchal de Yillars cacha cette lettre, persuadé 

qu'une victoire aussi complète et aussi heureuse que 

l'étoit la dernière pouvoit changer les dispositions de 

l'électeur, et voici la lettre qu'il écrivit au roi dans 

cette conjoncture : 

3 octobre 4703. 

Sire, 

J'ai reçu la lettre, dont il a plu à Yotre Majesté de m'honorer, 
du 25 sq[>teinbre, laquelle est arrivée avec une extrême dili- 

1. Viilars dénature le sens de la dépèche du roi. Cette dépêche, 
écrite sous Timpression du sombre tableau fait par Viilars les 
8 et 10 septembre, était destinée à lui permettre de sortir des 
difficultés qu'il décrivait ; le roi, pour sauver son armée, renon- 
çait à l'alliance de l'électeur, l'autorisait à traiter avec l'empe- 
reur, à la condition que l'armée française pourrait se retirer sans 
obstacle, ordonnait à Tallard de marcher à la rencontre de Vii- 
lars pour le recueillir. Â la nouvelle de la victoire d'Hochstedt, 
le roi s'empressa de retirer ses ordres et d'écrire à Viilars de 
brûler sa lettre. Le maréchal avait pris sur lui de ne pas la com- 
muniquer à l'électeur. La minute, datée du 25, est au dépôt de 
la guerre, et la copie est dans les Papiers de ViUars; elle a été 
imprimée par Pelet (m, 965). 



186 MÉMOIRES DE VILLARS. fHOS 

genoe. Votre Itajesté sera bien persuadée qu'une bataille gagnée 
peut apporter un changeaient considérable dans les affaires. 
Gependwt, sire, j'avois dépéché M. de FretteviUe pour avoir 
l'honneur d'informer Votre Majesté de la situation actuelle, et 
que, malgré tous les discours de M. Félecteur, je voyois tou- 
jours beaucoup d'apparence à renouer avec l^pereur des trai- 
tés qui n'ont été interrompus que par les avantages des armes 
de Votre Majesté. Elle peut compter que, quoique M. l'électeur 
paroisse toujours dans la résolution de /aire venir Télectrice, sa 
famille et ses trésors en Suisse, il est entièrement déterminé à 
ne pas abandonner son pays. Il ne peut, pas même pour les 
raisons les plus fortes, se résoudre à s'en éloigner. C'est son 
opiniâtreté sur cela qui m'a empêché de tirer d'une victoire 
complète tous les avantages que je pouvois espérer. Si M. l'élec- 
teur, en mettant ses troupes dans ses places, avoit bien voulu 
me laisser marcher dans le Wirtemberg, j'étois sûr de faire 
abandonner tout ce qui est derrière les lignes de Bihel; de don- 
ner lieu à M. le maréchal de Tallard de déboucher le Fortlouis, 
et de venir ensuite par EUingen et Phortseim border le Necre. 
Mais, sire, sur la moindre proposition qui tende à un tel dessein, 
le plus grand et le plus avantageux pour Votre Majesté et pour 
ce prince même, qui auroit infailliblement tiré le prince de 
Bade de ses états, il se plaint d^un abandon entier et veut abso- 
lument avoir toutes les troupes de Votre Majesté à sa disposi- 
tion. Gomme leur perte seroit certaine sans une communication, 
j'ai bien résolu de ne rien faire sur cela sans les ordres positifs 
de Votre Majesté, ménageant toujours M. l'électeur autant qu'il 
m'est possible. 

Je ne crois point, sire, devoir lui donner la moindre con- 
noissance de ce que Votre Majesté me fait l'honneur de me 
mander en dernier lieu, ni même de lui rendre la lettre de 
Votre Majesté. Les ordres dont Elle m'honore sont remplis de la 
même sagesse qui règne dans tout ce qui part d'Elle. Mais, sire, 
d'autres temps, d'autres soins, et pourvu qu'il nous vienne un 
renfort considérable qui prenne Villingen, non seulement j'es- 
père que l'on pourra conserver M. l'électeur, mais même s'en 
passer, tenant Ûhn, quand même il nous abandonneroit. J^avoue, 
sire, que, pourvu qu'il ne donne point ses troupes contre Votre 



4703] MÉlfOmES DE yiLLARS. 187 

Majesté, je croirois son accommodement plus utile que nuisible. 
Car, outre qu'H ne parle que de nouveaux subsides, de dédom* 
magements de ses pertes, toutes arrivées par sa ftiute et la per* 
fldie de ses ministres, c^est qu'il est certain qu'il ne foit aucun 
bon usage des sommes excessives qu^il tire de Votre Majesté et 
du roi d'Espagne. U est convenu qu'il avoit tiré par Venise et 
par la Suisse, dans des balles de soie, depuis deux mois, plus 
de 400,000 livres. Il ne donne pas une pistole à ses troupes. Je 
ne puis gagner sur lui que Ton travaille à Munich , ni qu^on 
rétablisse le petit fort des Suédois à Donnavert, pendant quHl 
me parle des ouvrages de Schleisheim, qui sont repris, et n'ont 
été discontinués que cinq ou six jours. Son premier ministre, 
M. de Leydel, très bon Autrichien, aussi bien que tous les autres^ 
empêche que Ton ne mette ordre à rien de tout ce qui regarde 
la guerre, et, comme il est chargé des bâtiments de l'électeur, 
il consomme en dépenses inutiles, dans la conjoncture présente, 
le peu de fonds qui devroient être mdispensablement employés 
pour ce qui regarde la guerre. J^avoue, sire, que je suis au 
désespoir dix fois par jour, et que Ton ne peut soutTrir davan* 
tage par le 2ële que j^ai pour le service de Votre Majesté et pour 
l'intérêt de l'électeur. Je reviens donc à dire que je croirois 
soutenir la guerre plus avantageusement pour Votre Msijesté en 
Allemagne, indépendamment de ce prince et de ses troupes, 
qu'avjBC son secours. Car, comme par la prise d'Augsbourg il 
est presque enfermé, quand il auroit la moitié plus de troupes, 
elles ne sufQroient pas à garder ses états. S'il étoit capable de 
résolutions fermes, telles que celles de son grand-père Maximi- 
lien, que je lui ai citées, et de Télecteur de Saxe dans le même 
temps, dont l'un, pour s'être attaché aux intérêts de l'empereur, 
Alt obligé d^abandonner toute la Bavière, et l'autre, pour s'être 
attaché à ceux du roi de Suède, sortit de toute la Saxe, M. l'élee- 
teur, sans être réduit à rien qui approchât de ces extrémités, 
auroit pu nous laisser pousser des conquêtes dans le Wirtem- 
berg et la Suabe, laissant Munich et les places de Bavière bien 
garnies, et ces conquêtes auroient certainement tiré le prince 
de Bade d'Augsbourg. liais il est entièrement déterminé à ne 
pas perdre son pays de vue, et, plutôt que de s'en éloigner, il 
subiroit les conditions les plus dures et les plus honteuses de 



1S8 MÉMOIRES DE VILLARS. [1703 

la part de l'empereur. Votre Majesté peut compter sur cela 
positivement Si Elle me permet de lui dire ce que je pense pour 
conserver le plus longtemps qu^il sera possible M. rélecteur, et 
même pour se soutenir peut>-étre dans TEmpire malgré lui, je 
croirois, sire, qu*il conviendroit de mander à M. le maréchal 
de Tallard de venir prendre Yillingen. J^aurois soin de pour- 
voir à des blés vers Donauesching ; car^ sire, comme j'ai eu 
Phonneur de le mander à Votre Msijesté plus d'une fois, quand 
on est maître de la campagne, on trouve des facilités qui 
manquent et doivent manquer au milieu d'un pays ennemi, 
lorsque ses forces sont supérieures. II faut donc , sire , que 
M. le maréchal de Tallard prenne Yillingen, et qu'il s'avance 
ensuite vers le haut de TDler. J^ai déjà fait occuper les postes 
du Danube jusque près de là; ensuite, on pourra donner à 
M. l'électeur ce que Votre Majesté jugera à propos de troupes 
qu'il fera subsister dans la Bavière. Si j'osois achever d'exposer 
toutes mes vues, je croirois quUl conviendroit au bien du ser- 
vice de Votre Majesté de donner ce commandement à M. le 
comte de Marsin; je le tiens un des meilleurs hommes de 
guerre qu'ait Votre Majesté. D'ailleurs, il m'a paru d'une sou- 
plesse d'esprit très propre à ménager une cour difficile, qua- 
litéy sire, qui ne domine pas en moi. Grâce à Dieu, je n^ai pour- 
tant fait aucune &ute de ce côté-là; mais j'avoue, sire, que je 
souffre trop des incertitudes et des foiblesses de l'électeur, sur- 
tout des perfidies de ses gens, perfidies qu'il tolère, et même, 
selon toute apparence, qu'il partage avec eux ; j'en suis malade, 
aussi bien que de voir commettre des fautes capitales malgré 
moi, et qui peuvent m'étre imputées. M. le comte de Marsin et 
moi, sur ma parole, penserons de même; je gouvernerai le 
mieux que je pourrai Tannée de Votre Majesté entre Ulm et 
les montagnes , et M. le comte de Marsin celle qui sera en 
Bavière; car pour M. le comte d'Arco, en vérité, sire, je ne 
sais qu'en croire. M. de Tressemanes a dû dire à Votre Majesté 
que je n'en ai point du tout été content pendant la bataille, ni 
des troupes de l'électeur. Je ne pus m'empécher de dire à ce 
prince, dans la chaleur du combat, que j^avois eu bien de la 
peine à les faire charger moi-même, et qu'elles en avoient eu 
bien peu à se retirer sur-le-champ. Outre que M. de Marsin 



1703] HÉMOIRES DE VOXARS. 1S9 

gouvernera mieux que personnel et Tarmée de Votre Msyesté en 
Bavière, et la cour de Téiecteur, c'est que, comme je puis tom- 
ber malade, ma santé ayant été si altérée que j'ai été obligé de 
fiiire les deux dernières marches en chaise, Votre Majesté 
pourroit avoir sur la conduite générale de ses armées une tran- 
quillité qui ne seroit pas fondée si d'autres les gouvemoient ; 
c'est ce que ma fidélité m'a déjà obligé de représenter à Votre 
Miyesté. Il conviendroit peut-être à mon intérêt particulier que 
ceux qui me succèdent eussent moins de réputation que M. le 
comte de Marsin; mais Votre Majesté ne trouvera jamais que 
ses avantages n'aillent avant tout dans mon cœur. 

Je mande donc, Sire, à M. le maréchal de Tallard, lui envoyant 
un aide de camp très sage et très entendu pour lui servir de 
guide quand il aura passé les montagnes — car je m'imagine quMl 
viendra par le Holgraben tomber sur Villingen — qu'il est bon 
qu'il mène avec lui quatre pièces de vingt*quatre de la nou- 
velle invention avec lesquelles Villingen n^est pas un siège de 
trois jours. J'envoie M. de Légal avec 4 ,500 chevaux à portée 
de ce débouché des montagnes pour préparer des forines d'im- 
position, comme j'en ai trouvé après les avoir traversées. Moyen- 
nant cela, Sire, je me flatte de pouvoir retenir M. Télecteur. Je 
n'en répondrois pourtant pas positivement, premièrement, parce 
que ses discours avant la bataille m'obligeoient de regarder son 
traité à deux heures près d'être conclu. Je sais que, la veille, il 
a dit deux fois à l'intendant que l'armée pouvoit être tranquille; 
qu^il vouloit qu'elle sortit de l'Empire contente de lui. Moi- 
même, il m'a sommé deux fois devant M. de Ricous de tenir les 
traités et de lui donner de l'argent, quoiqu'il sût bien que je 
n'avois pas une pistole, et, en un mot, toute sa conduite d'ail- 
leurs préparoit à une déclaration prochaine. Présentement, il 
me parle de sa conscience ; il me dit qu'elle Toblige à préférer 
le salut de ses peuples à tout ; que Dieu ne lui a pas donné des 
sujets pour les perdre ; que la possession des biens conquis par 
ses pères est bien diCFérente des nouvelles possessions. Voilà 
ses derniers discours. 

Avant la bataille, il m'avoit dit encore que cette Flandre, que 
Votre Magesté et le roi son petit-fils lui avoient promise en cas 
quMl perdit ses états, étoit un beau pays, à la vérité , mais 

u 9 



130 MÉMOIRES DE VniLARS. [1703 

rempli de places de guerre^ que ses revenus ne sufBroient pas 
pour les garder, s'il vouloît être le maître des garnisons; que, 
sMl en recevoH d'autres princes, il n'étoit plus souverain. 

Que Votre Majesté ait la bonté de juger, sur cela et sur sa 
conduite entière, du fond que Ton peut faire sur ce prince. 
Mais, sMl nous voit maîtres de nous soutenir en Allemagne par 
nos propres forces/ peut-être tiendra-t-il bon, et quand même 
11 manqueroit, ayant Yillingen et mes derrières assurés, je 
promets à Votre Majesté , pourvu que Dieu me donne vie et 
santé, et que je trouve des grains, ainsi que je l'espère, étant 
les plus forts, nous serons maitres pendant Thiver des pays qui 
sont entre le Danube et Tlller, et que je tâcherai de tirer contri- 
bution des pays voisins; pour cela, Sire, Votre Majesté verra 
bien que Ton ne peut avoir trop de troupes. 

Je crois, Sire, d'une nécessité indispensable, que M. le comte 
de Marsin, ou tout autre que Votre Majesté honorera du com- 
mandement de ses troupes auprès de M. Télecteur, ait la direc- 
tion des subsides et des contributions, sans quoi. Votre Msyesté 
peut compter que ces fbnds-là ne seront point employés princi- 
palement pour ce qui regarde la guerre, comme ils ne Font pas 
été jusqu'à présent , ne connaissant pas à l'électeur en tout 
40,000 hommes; il ne les a pas présentement, à beaucoup près, 
mais il ne nous a pas accusé juste, ni sur la force, ni sur le 
nombre des bataillons, ayant tiré des compagnies de divers 
régiments sans les remplacer, lesquelles véritablement font de 
nouveaux bataillons, mais rendent les autres plus foibles. 

Votre Majesté a vu le commencement de ma lettre-, je viens 
d'avoir une nouvelle conversation avec M. Pélecteur, et je dois 
avoir l'honneur de rendre compte à Votre Majesté de ce qu^il 
vient de me proposer. Il m'a dit qu'il falloit songer à prendre 
Augsbourg, sans quoi, il étoit perdu. J'ai répondu : < Comment 
prendre une ville sous les murailles de laquelle il y a une armée 
retranchée de plus de 20,000 hommes, et commencer ce siège 
dans le milieu de novembre? C'est vouloir faire périr tout 
ce que l'on vous enverroit de troupes. Une ville dans laquelle 
il y a plus d^artillerie et de poudre que nous n^en pouvons 
rassembler, une circonvallation dans des lieux épuisés de 
fourrages, à tel point que nous serons obligés de nous en 



1703] MÉMOIRES DE YILLÀRS. 434 

éloigner dans cinq ou six jours, permettent-elles de concevoir 
un tel dessein ?» Je Fai coi^uré de ne point faire de pareils 
projets^ qu'il n'y en avoit pas d'autres, quand nous aurions 
assez de troupes pour lui en donner et nous séparer, que de 
faire la tète de ses quartiers d^hiver de Munich, couverts de cette 
grosse ville et de la rivière dlUer, et pousser ses troupes par 
Braunau vers rAutriche, s'emparer de Passau, s'il est possible, 
et obliger les impériaux à partager leurs forces pendant que 
l'armée de Votre Majesté, se tenant entre le Danube et Piller, 
donnera de la jalousie à tout le Wirtemberg et obligera les 
troupes de Suabe à aller garder leurs propres états. Tout cela, 
Sire, ne &it aucune impression sur ce prince. J'ose donc sup- 
plier Votre Majesté de vouloir bien m'honorer de ses ordres sur 
tous ces cas, car je meurs de peur que, malgré les avantages 
qu'a remportés l'armée de Votre Majesté, l'électeur, par sa mau- 
voise conduite, quand il ne reprencbroit pas ses traités, ne nous 
contraigne d'une manière à nous faire périr. J'ai communiqué 
à M. de Ricous ce que Votre Majesté me fait l'honneur de me 
mander. Je croyois qu'il auroit un chiffre pour cette lettre ' que 
Votre Majesté m'a fait Tbonneur de m'envoyer pour Son Altesse 
électorale, laquelle nous avons trouvé à propos de ne pas rendre 
jusqu'à ce que Votre Majesté, informée de la victoire que ses 
armes ont remportée, puisse, après l'arrivée de M. le chevalier 
de Tressemanes, m'honorer de ses ordres. D'ailleurs, M. de 
Ricous m'a dit que l'électeur l'avoit chargé de me dire que, si 
je m'éloîgnois de ses états , il traiteroit sur-le-champ ayec le 
prmce de Bade et tâcheroit de demeurer dans une exacte neu- 
tralité. Quel rapport d'un tel discours avec celui de faire sortir 
M''* rélectrice, et de renoncer à tout plutôt que de se séparer des 
intérêts de Votre Majesté ? 11 y a donc une grande apparence, 
joignant ces derniers discours aux précédents, que ce prince 
négocie sourdement^ et voudroit gagner du temps pour faire son 

1. G^est la lettre par laquelle le roi, croyant la campagne com- 
promise après la perte d'Augsbourg, autorisait Max Emmanuel 
à faire sa paix avec Tempereur, en stipulant le libre retour de 
l'armée française en France. Elle ne fut pas remise à cause de 
la victoire d'Hocbstœdt. 



\3% MÉMOIRES DE \ILLAR8. [1703 

traité meilleur, voir les forces de Votre Majesté en plus grand 
nombre pour avoir de plus favorables conditions, et Ton doit 
craindre que l'état déplorable des affaires de l'empereur en Hon- 
grie ne Toblige à les accorder telles que Pélecteur les voudra. 
Il ne difière que pour les rendre meilleures. M. de Ricous croit 
que M. de Zint, son ministre à la Diète, est dans les intérêts 
de Votre Majesté. Je sais qu'il n'écrit pas une lettre à Télecteur 
qui ne soit pour l'engager à s'accommoder avec l'empereur. 

Cependant le maréchal de Ta! lard, qui a voit toujours 
évité la comnoiunication, peut-être parce qu'il croyoit 
les conquêtes assurées qu'il entreprenoit plus conve- 
nables au service du roi, peut-être aussi par la crainte 
de joindre ses forces à celles de son ancien, maréchal 
de France, et par conséquent de se trouver sous ses 
ordres, persuada la cour que la victoire remportée par 
le maréchal de Villars le tiroit de toute inquiétude et 
qu'il falloit profiter de ce temps-là pour faire le siège 
de Landau. Il s'en fit donner l'ordre, ôta toute espé- 
rance de jonction et marcha à Landau. 

L'électeur proposa pour la quatrième fois au maré- 
chal de Villars de s'enfermer dans la Bavière, mais ce 
général demeura ferme dans sa résistance. Jugeant 
enfin qu'il étoit d'une indispensable nécessité de se 
mettre en état ou de marcher vers Villingen, si, comme 
il le pouvoit encore espérer, le maréchal de Tallard 
suivoit les ordres qu'il avoit eus d'y marcher, ou d'em- 
pêcher que les débris de l'armée de Styrum ne joi- 
gnissent le prince de Bade, il résolut de s'approcher 
de Memmingen, afin de pouvoir attaquer les troupes 
qui revenoient vers l'IUer. Il représenta plusieurs fois 
à l'électeur la nécessité de prendre ce parti, et l'élec- 
teur refusa toujours d'y consentir. 

Mais enfin le maréchal, déterminé à faire ce qu'exi-^ 



1703] MÉM0IRB8 DE V1LLAR8. 133 

geoit la raison 9 alla chez rélecteur à l'heure de Tordre 
et commença par lui dire : c Est-il possible que tout 
ce que j'ai eu l'honneur de représenter à Votre Altesse 
électorale ne lui fasse aucune impression et que je sois 
assez malheureux pour ne pouvoir lui persuader les 
seuls bons partis qui puissent nous rendre maîtres de 
la guerre ? > L'électeur lui répondit qu'il croyoit son 
dessein plus raisonnable, c Je dois donc, répliqua le 
maréchal, déclarer le viien à Votre Altesse électorale. 
C'est que l'armée du roi marchera demain matin vers 
Hemmingen. » A cette parole, l'électeur jeta son cha- 
peau et sa perruque et dit qu'il avoit commandé l'ar- 
mée de l'empereur avec le duc de Lorraine; assez grand 
général, et qu'il n'avoit jamais été traité ainsi. 

Le maréchal répondit que feu M. de Lorraine étoit 
un grand prince et un gr^nd général, mais que, pour 
lui, il répondoit au roi de son armée et qu'il ne s'ex- 
poseroit pas à périr par les mauvois conseils que l'on 
s'obstinoità suivre, et, là-dessus, il sortit de la chambre. 
Deux heures après, l'électeur l'envoya prier de venir 
chez lui par le comte Sanfré, un de ses lieutenants géné- 
raux, brave homme et fidèle à son maître, quoique 
marié richement dans les états de l'empereur. Le 
maréchal, entrant dans la chambre, dit à l'électeur : 
c Votre Altesse électorale a-t-elle quelques ordres à 
me donner? » L'électeur répondit : c C'est vous qui 
me les donnez et c'est à moi de les suivre. > Le maré- 
chal répondit avec tout le respect possible, et l'élec- 
teur ajouta : c Je marcherai avec vous, puisque vous 
le voulez, et j'irai où il vous plaira. » — c Votre Altesse 
électorale, répliqua le maréchal de Villars, verra dans 
cette occasion, comme en plusieurs autres, que je 



134 



MÉMOIRES DE YILLAR8. 



[1703 



prends le seul bon parti. > Et, en effet, Tarmée du 
roi n'eut pas fait deux mardies vers Menuningen que 
le prince de Bade abandonna Âugsbourg, pour gagner 
le haut du Lech et assurer, s*il pouvoit , la jonction 
des troupes qu'il attendoit ^ . 

Le maréchal de Villars fit attaquer plusieurs postes 
que les ennemis avoient commencé à évacuer sur ni-* 
1er, et prit deux bataillons des troupes de Styrum 
dans la ville de Kempten, très riche abbaye. 

L'électeur, ravi de ces heureux succès, en parloit 
au comte Dubourg et au marquis de Druy^, lieute- 
nants généraux, sans apercevoir le maréchal de Vil- 
lars qui étoit derrière lui : c II faut bien remercier 

i. Tous ces incidents sont rapportés par Hicous dans un sens 
très défavorable à Villars (Arch. des affà,ires étr., Bavière, 48). 
La correspondance de Ricous, jusqu'au 10 septembre, est très 
sévère pour l'électeur, qui, de son côté, se plaignait amèrement 
de Hicous et demandait même son rappel ; à cette date, le ton 
change brusquement, à la suite de froissements entre l'envoyé et 
le maréchal après l'expédition manquée d'Augsbourg. C'est aussi 
à cet échec que commencent les discussions aiguës entre Villars 
et l'électeur, l'un voulant constanmient rentrer en Bavière pour la 
protéger, l'autre se rapprocher de la France pour rétablir les com- 
munications. Ricous soutint l'électeur; à défaut d'arguments 
stratégiques, qu'il eût été embarrassé de fournir, Ricous invoqua 
des considérations d'un autre ordre et de nature à frapper le 
roi ; il accusa la hauteur, et surtout l'avidité de Villars ; il mul- 
tiplia les insinuations, cita des chiffres ; Villars prêtait le flanc ; 
il exagérait le droit de sauvegardes que l'usage accordait au géné- 
ral en chef; mais Ricous attribuait à tort à ces questions d'intérêt 
une divergence qui avait des causes plus profondes; la corres- 
pondance de Ricous est le point de départ des accusations dont 
Saint-Simon s'est fait l'éditeur passionné et partial. 

2. Fr.-Eust. Marion, comte de Druy, était lieutenant général 
depuis 1702 et lieutenant dans les gardes du corps. Il servit de 
nouveau sous Villars en 1705 et 1706, fut nommé commandant 
de Luxembourg et y mourut en 1712, à soixante-six ans. 



1703] HâMOmBS DE VILLAAS. 135 

Dieu, leur disoit-il, du bon parti que nous avons pris, 
et sans lequel nous étions perdus. > 

Le maréchal de Yillars, Tentendant toujours remer- 
cier Dieu, s'approcha de lui et lui dit : € Monseigneur, 
il faut toujours rendre grâce à Dieu, la première cause 
de nos bonheurs, mais né ferez*vous jamais aucune 
réflexion favorable sur les causes secondes? Vous me 
faites périr de tristesse : jamais je ne puis prendre un 
bon parti que par force, témoin la bataille d'Hochstet, 
et celui-ci. Gomme les plus sages dans la guerre ont 
encore besoin de fortune, le général d'armée qui a un 
supérieur s'expose trop, quand il faut toujours com- 
battre ses sentiments et l'ennemi. Votre Altesse éleo* 
torale devroit un peu mieux me connoltre et se sou- 
venir de ce qu'elle a eu la bonté de me dire après 
mon entrée dans l'Empire et sur le champ de bataille 
d'Hochstet. > 

Cependant le maréchal de Villars, ayant très ins- 
tamment supplié le roi de lui accorder son 'congé, il 
manda à Sa Majesté qu'il croyoit le comte de Marsin 
plus propre que tout autre à commander son armée 
auprès de l'électeur. Elle lui fît l'honneur de lui 
répondre : c Je vous envoie le successeur que vous 
vous êtes choisi. Cependant je vous laisse le maître de 
demeurer et de renvoyer le comte de Marsin, qui a 
ordre de se rendre à Schaffouse le jour que vous lui 
marquerez ou de revenir; désirant cependant que 
votre santé vous permette de demeurer à la tète de 
mon armée ^. > 

1. Villars force le sens de la lettre écrite par le roi le 8 octobre 
(Pelet, Mém, mil,, UI, 692), qui, tout en lui laissant le choix de 
partir ou de rester, ne fait aucun effort pour le retenir, et ne lui 



436 MÉMOIRES DE YILLARS. [1703 

Le marédial manda au roi que Télecteur lui mar- 
quoit une grande amitié, sur laquelle cependant il ne 
oomptoit pas, et une grande crainte de le voir partir ; 
mais que son expérience ne lui permettoit pas d'espé- 
rer de changer l'esprit de ce prince, à qui d'ailleurs 
Monasterol écrivoit qu'il n'avoit qu'à ordonner, que le 
roi le laissoit le maître de l'armée et du général ^ . Le 
maréchal de Yillars étoit piqué de voir les impostures 
de ce pernicieux ministre, dont la fin dévoila dans la 
suite toute la vie. Efifectivement, après avoir volé de 
plusieurs millions l'électeur son maître, après l'avoir 
trompé dans toutes les occasions, se voyant prêt à 
périr dans les prisons, il s'empoisonna à Munich. 

Le maréchal de Yillars, ayant donc son congé dans 
sa poche, voulut faire une dernière épreuve de son 
pouvoir sur l'esprit de l'électeur, et cela dans une 
occasion qui auroit été pour le roi et pour ce prince 
aussi importante que toutes les précédentes. 

fait aucun compliment sur la bataille d'Hochstaedt, ce qui mor- 
tifia beaucoup Yillars. Six jours après (14 oct. Pelet, id., 696), 
le roi, revenant sur sa décision, donne à Yillars le congé qu'il 
demandait, et lui annonce le départ de Marcin pour le remplacer. 
Renonçant à réconcilier l'électeur et le maréchal, il se décidait 
à les séparer en leur donnant de bonnes paroles à l'un et à 
l'autre. « J'ai jugé plus convenable à mes intérêts, disoit-il à 

Yillars, de vous employer ailleurs , et je me réserve, lorsque 

vous serez auprès de moi, de vous faire connoître toute ma satis- 
faction pour les services importants que vous m'avez rendus. » 

1. Monasterol écrivait le 14 octobre de Fontainebleau à l'élec- 
teur : « Sa Majesté s'est trouvéo, à ce qu'il m'a paru, très offen- 
sée de la conduite de Yillars, si bien qu'elle m'assura qu'elle ne 
perdroit pas un moment pour songer à donner à Yotre Altesse 
électorale la satisfaction qu'elle pouvoit désirer... Sa Majesté a 
d'abord résolu de retirer Yillars et d'envoyer à sa place le comte 
de Marcin » (Archives du comte TOrring à Munich). 



1703] MÉMOIRES DE YILLARS. 137 

Le maréchal de Villars, campé à Memmingen après 
avoir pris Kemptea et plusieurs postes sur l'Iller, 
teuoit le prince de Bade dans une situation très embar^ 
passante. 

Le débris de l'armée de Styrum, fortifié par divers 
secours envoyés du Rhin, se tenoit sur le haut du 
Danube, sans oser s'approcher. 

Le prince de Bade étoit avec ses troupes auprès de 
Reichelbrod^, couvert d'un ruisseau et comptant tou- 
jours que l'électeur se rapprocheroit du Lech. 

Dans cette situation, le maréchal de Yillars, mar- 
chant à lui avec grande diligence, pouvoit le défaire 
entièrement ou le forcer de se retirer vers le Tirol ou 
la Suisse. 11 alla donc le soir trouver l'électeur pour 
lui exposer sa pensée, et lui dit : c Le prince de Bade, 
informé de tout ce qui se passe chez vous, a marché 
pour rejoindre toutes ses forces ; il sait le malheur que j'ai 
de vous déplaire, que je veux m'en retourner, et j'ose 
sans vanité assurer Votre Altesse électorale qu'il en a 
grande envie. Voulez-vous bien me donner une marque 
de confiance, qui vous sera pour le moins aussi utile 
que tout ce que j'ai fait jusqu'à présent pour votre 
service ? Marchons cette nuit au prince de Bade. Nous 
le détruirons à coup sûr, ou nous le forcerons à se 
retirer dans le Tirol ou chez les Suisses. Nos forces 
sont unies ; l'armée du roi désire une action et voici la 
plus éclatante qui ait jamais été entreprise. Au nom 
de Dieu, faites-moi la grâce de me croire. > 

L'électeur refusa de donner les. mains à cette pro- 

1. Ne se trouve sur aucune carte; il s'agit sans doute de 
Reicheisberg près de Kempten. 



138 MÉMOIRES DE VILLARB. [1703 

position, et le maréchal de Yillars finit la conversation 
par lui dire : c Hé bien ! je prends congé de Votre 
Altesse, car j'ai mon congé dans ma poche. > L'élec- 
teur très étonné assura le maréchal qu'il ne consenti- 
roit jamais qu'il se retirât^, c Je viendrai demain, dit 
le maréchal, saluer Votre Altesse électorale à la pointe 
du jour et lui dire adieu. > Toute la nuit se passa en 
voyages du comte de Sanfré, très honnête honrnie et 
assez dans la confiance de l'électeur, pour tâcher de 
retenir le maréchal de Villars. Il employa tous ses 
efibrts pour y réussir et jusqu'aux larmes, aussi bien 
que plusieurs officiers généraux des troupes du roi. 
L'électeur lui fit dire qu'il ne donneroit pas d'escorte, 
qu'elle devoit être au moins de 2,000 chevaux et qu'elle 
seroit fort en péril, parce qu'il falloit approcher des 
troupes de Styrum. Le maréchal lui manda que, l'ar- 
mée étant à ses ordres, il feroit monter à cheval et 
marcher l'escorte qu'il croiroit nécessaire. Il commanda 
en effet 2,000 chevaux et alla, dès la pointe du jour, 
chez l'électeur qui n'oublia rien pour faire changer sa 
résolution. Mais il demeura ferme dans celle qu'il avoit 
prise, et, en partant, il dit à l'électeur : < Je souhaite 
que Votre Altesse électorale se trouve après mon départ 
dans des situations aussi heureuses que sont celles où 
je la laisse. Oubliez ma personne et le malheur que 
j'ai eu de vous déplaire. Souvenez-vous de mes con- 

1. Si l'électeur tint ce langage et montra du chagrin du départ 
du maréchal, il savait bien dissimuler ses véritables sentiments, 
car, depuis un mois, il ne cessait de faire demander au roi, par 
Monaslérol, le rappel de Villars. « Faites en sorte, écrivoit-il le 
12 octobre, que Ton m'ôte le inaréchal de Villars incessamment; 
je persiste à cet égard sur ce que je vous ai dit... avec plus de 
raison et de vivacité que jamais » (Archives Tdrring). , 



1703] MÉMOIRES DE V1LLAR8. 139 

seils. Vous êtes environné de gens qui vous vendent à 
l'empereur. Tous vos sujets sont au désespoir de la 
guerre, et dans le fond ils ont raison ; car les peuples 
paient bien cher la gloire de leur souverain. La vôtre 
aussi bien que vos intérêts ont pu être poussés loin, 
quoique, si vous me permettez de le dire, vous ayez 
commencé cette guerre dans une conjoncture très dan- 
gereuse, puisque, lorsque vous avez surpris Ulm, Lan- 
dau étoit pris et que l'armée du roi, sur laquelle vous 
vous remettiez de votre salut, étoit retranchée dans 
les contrescarpes de Strasbourg. C'est là que je l'ai 
prise, et, après une bataille aussi surprenante qu'heu- 
reuse, après les Montagnes Noires forcées sans votre 
secours, vous avez pu marcher à Vienne et donner la 
loi à l'empereur. Vous êtes présentement maître du 
Danube, étende^vous, prenez Passau. Employez votre 
argent plus utilement qu'à faire bâtir Schleissheim et 
Ninfembourg. Ayez la bonté de vous souvenir que 
vous m'avez parlé de la nécessité d'achever ces belles 
maisons, lorsque je vous ai proposé de fortifier Ster- 
neberg^, ce fort sur Donavert que le grand Gustave 
nous avoit appris être un poste si important. 

c Voilà les conseils que je dois au zèle que j'ai pour 
le service du roi et au caractère de vérité d'homme 
de bien que Dieu me fera la grâce de conserver toute 
ma vie. » L'électeur embrassa le maréchal de Villars 
après ce discours et pleura de dépit ou de douleur. Le 
maréchal de Villars, en traversant son camp, trouva 
tous les soldats et les cavaliers en pleurs hors de leurs 

i. Sans doute Schellenberg, mamelon fortifié qui domine 
Donauwerth et dont la prise par Marlborough, le 2 juillet 1704, 
prépara la victoire d'Hochstsedt. 



140 MÉMOIRES DE YILLARS. [1703 

tentes, entre autres les comtes de Glare et de Nettan- 
court, dont les marques de douleur étoient violentes, 
aussi bien que leurs murmures contre Télecteur ^ . 

Le 1 9 novembre, le maréchal de Yillars se rendit à 
Schaffouse, où il avoit mandé au comte de Marcin de 
venir attendre de ses nouvelles. Il lui remit l'escorte 
' et lui laissa une partie de ses équipages avec son pre- 
mier secrétaire, nommé d'Auteval, pour le mettre au 
fait de bien des choses, dont il convenoit pour le ser- 
vice du roi que le comte fût exactement informé. 

Il faut observer ici qu'en même temps que le maré- 
chal de Yillars prit la résolution de quitter l'armée 
d'Allemagne, fatigué des obstacles continuels que l'élec- 
teur de Bavière opposoit à ses projets, le prince Eugène, 
que l'on laissoit manquer de tout en Italie, prit aussi 
le parti de revenir à Vienne*. Il s'y trouva assez heu- 
reusement pour empêcher l'empereur Léopold de quit- 
ter la capitale de l'empire, précisément lorsque le 
maréchal de Yillars étoit déterminé à en faire le siège. 
Il est certain qu'il n'y avoit alors dans cette ville pour 
la défendre que quelques recrues qui y passoient pour 
aller rejoindre leurs régiments. 

c II est bien vrai, dit le prince Eugène à l'empereur, 
que le péril est grand, mais, si Votre Majesté quitte 
Vienne, elle détermine par sa retraite un dessein que 

1. Pendant ce temps, Monastérol écrivait : < A la réserve de 
M. de Yillars, Son Altesse électorale est adorée de Tarmée du 
roi ; ce sera une joie sensible pour les généraux et colonels que 
le rappel du maréchal qu'on abhorre. » 

2. C'est à la fin de 1702 que le prince Eugène quitta l'armée 
d'Italie; il resta à Vienne, inspirant la résistance jusqu'en 
novembre 1703, époque à laquelle il fut envoyé en Hongrie pour 
combattre Rakoczy (Ameth, Prinz Eugen, I, ch. ix, x). 



1703] hémoires de villars. 141 

Tennemi n'a peutrétre pas formé. » Ce raisonnement 
étoit si solide que, si l'empereur avoit suivi sa pre- 
mière résolution, le maréchal auroit infailliblement 
déterminé les incertitudes de Télecteur et par là rédui- 
soit FËmpire aux plus grandes extrémités. 

Le maréchal trouva à Schaffouse un courrier du 
cabinet avec des lettres du roi qui lui destinoit le com- 
mandement d'une des armées d'Italie. Le duc de 
Savoye avoit alors donné quelques soupçons de sa 
fidélité. Monseigneur de Vendôme s'étoit brouillé avec 
ce prince dès les conunencements de la guerre, et nous 
avons vu que le maréchal de Yilleroy avoit eu de très 
médiocres égards pour lui. Cependant, il est certain, 
et Phelypeaux, ambassadeur du roi auprès de lui, le 
déclara hautement auprès de son parent monseigneur 
de Pontchartrain, chancelier de France, et devant le 
maréchal de Villars, que, lorsqu'on arrêta ses troupes, 
il n'avoit manqué en rien à la fidélité envers le roi. Â 
cette occasion, il faut dire un mot de la conduite que 
l'on avoit tenue avec ce prince. 

Le roi, voulant se l'assurer, ordonna à son ambas- 
sadeur de lui offrir le Milanez au lieu de la Savoye qui 
devoit demeurer au roi. L'ofifre étoit magnifique ; aussi 
le duc en parut très satisfait à la première proposition 
et dit : c Vous me donnerez bien Final, car encore 
fautril que je puisse voir la mer. > Phelypeaux répon- 
dit que, dans ses instructions, il n'étoit pas parlé de 
cette place. On ne sait pas bien par quelle fatalité le 
roi changea de sentiment. Mais, le jour d'après la pre- 
mière conversation de l'ambassadeur, il reçut un cour- 
rier qu'on se flattoit apparemment pouvoir atteindre 
le premier, et qui révoquoit les ordres précédents « 



Mti MÉMOIRES DE YDLLAR8. [1703 

Le duc de Savoye, informé que Tambassadeur avoit 
reçu un seoond courrier, ne fut pas surpris qu'il eût 
manqué de venir le jour d'après pour continuer la 
conversation conunencée sur le Milanez. Mais, deux 
jours s'étant passés sans que l'ambassadeur eftt paru 
à la cour, le duc en eut avec raison quelque inquié- 
tude et envoya savoir de ses nouvelles. Enfin l'am- 
bas^deur parut le troisième jour, et au premier abord 
le duc lui dit : € Reprenons la conversation. Vous avez 
bien vu que j'ai été content de la première proposi- 
tion. > Phelypeaux répondit avec un air très gourmé 
et qui lui étoit assez naturel : c Votre Altesse royale 
ne l'a pas approuvé, puisqu'elle a demandé le marqui- 
sat de Final. » — c 11 est vrai, je vous l'ai demandé, 
répondit ce prince, mais je n'ai pas dit que je n'écou- 
terai rien sans cet article. Reprenons la matière. > — 
c Qui demande plus, répliqua Phelypeaux, n'accepte 
pas le moins. » — c Monsieur, répartit le duc de 
Savoye, vous avez reçu un courrier avant-hier, vous 
n'êtes pas venu ici depuis trois jours, y a-t-il du chan- 
gement? > Phelypeaux parut embarrassé; le duc lui 
dit : c Les bonnes volontés ne sont pas longues 
chez vous. > Et il se tut. Depuis ce temps, les 
défiances augmentèrent et elles allèrent au point que 
l'on arrêta les troupes du duc de Savoye qui servoient 
dans l'armée du roi en Italie et les autres qu'il avoit en 
France. Le duc de Vendôme le traita même en ennemi et 
niarcha avec l'armée du roi vers le Piedmont. 

Ce fut dans ces circonstances que le roi destina au 
maréchal de Villars le commandement de l'autre armée 
qui étoit opposée à celle de l'empereur, commandée 
par le feld-maréchal comte Guido Staremberg. 



1703] MÉMOIRES DE VILliARS. 443 

Le maréchal de Villars, par la oonnoîssance qu*il 
avoit de la situation de l'armée qu'il devoit aller com- 
mander, trouvoit les dispositions mauvoises. D'ail- 
leurs, commander dans des pays où M. de Vendôme 
avoit la première direction ne lui parut pas un emploi 
convenable. Il supplia le roi de le dispenser et il s'en 
retourna à la cour où il arriva à la fin de novembre. 

Le courtisan étoit persuadé que le maréchal, ayant 
quitté le commandement .de l'armée assez contre les 
intentions de Sa Majesté^, Elle seroit plus occupée de 
cette apparence de faute et de toutes ceUes qu'on lui 
imputoit sur ses divisions avec l'électeur qu'Elle ne le 
seroit des grands services qu'il avoit rendus et de ceux 
qu'il avoit pu rendre, et dont l'inexécution ne pouvoit 
lui être attribuée. Le courtisan, dis-je, s'attendoit que 
le maréchal de Villars seroit mal reçu à la cour, mais 
l'esprit de justice du roi trompa leur espérance. Le 
roi lui marqua beaucoup de bonté. Il alla à Marly où 
il lui fit donner un logement, quoiqu'il n'y en eût pas 
de destiné pour lui, puisqu'il n'étoit pas attendu; et, 
conune depuis le long temps que le maréchal n'avoit 
été à Marly il y avoit de grandes augmentations de 
beautés, le roi se fit un plaisir de les lui montrer et de 
faire aller toutes les eaux et toutes les fontaines faites 
depuis cinq ou six ans. 

Cependant le maréchal de Tallard, qui avoit formé 
le siège de Landau, eut tout le succès qu'il pouvoit 
espérer. Le prince de Hesse qui amena une armée de 
Flandres fut battu ^ et sa défaite fit rendre Landau déjà 
pressé. 

i . Nous avons dit plus haut ce qu'il faut penser de cette assertion. 
2. Bataille de Spire, 15nov. Landau capitula le lendemain. 



144 MÉMOIRES DE VILLÀRS. [1704 

Cette campagne 9 quoique glorieuse pour la France, 
auroit eu des suites bien différentes, si, au lieu de s'ar- 
rêter au siège de Landau, le maréchal de Tallard avoit 
voulu marcher dans TEmpire. Ce qui faisoit dire au 
maréchal d'Harcourt, lorsqu'on délibéra si Ton mar- 
cheroit à Villingen, ou si Ton entreprendroit le siège 
de Landau, qu'il valoit mieux manquer Villingen que 
d'assiéger Landau : voulant marquer par là l'extrême 
importance dont il étoit de s'étendre dans l'Empire et 
de marcher à Vienne, pendant que toute la Hongrie 
étoit soulevée. 

Le maréchal de Villars ne voulut pas relever les 
fautes que l'on avoit faites, en ne donnant pas des 
ordres assez précis à M. de Vendôme et au maréchal 
de Tallard. On n'étoit occupé que des succès. G' étoit 
M. de Ghamillart qui avoit fait les fautes et les ministres 
ne les avouent jamais. 

1 704. Cependant il n'étoit question d'aucun emploi 
pour le maréchal de Villars. Le maréchal de Villeroy, 
en Flandres, M. de Vendôme, en Italie, et le maréchal 
de Tallard, sur le Rhin, laissoient le maréchal de Vil- 
lars dans l'inaction. Un jour, le maréchal de Villeroy 
lui dit, dans la chambre du roi : < Quand vous vous 
reposez après deux si belles campagnes, c'est demeu- 
rer sur la bonne bouche. » — c Je ne sais, lui répon- 
dit le maréchal de Villars, si le roi me laissera sans 
commandement. Si cela arrive, j'aurai quelque ennemi 
à la cour qui s'en réjouira. Mais les ennemis du roi 
s'en réjouiront encore davantage. > 

N'ayant donc rien à faire, il alla passer quelques 
jours dans une terre de la maréchale de Villars en 



170&] MÉMOIRES DE VILLAR8. liS 

Normandie ^ Il y avoit alors une révolte en Langue- 
doc où les huguenots, sous le nom de camisards, 
avoient pris les armes dès l'année précédente. On y 
avoit envoyé le maréchal de Hontrevel. Mais les 
désordres augmentoient, les troupes du roi avoient été 
défaites en plusieurs occasions, et singulièrement dans 
une où près de 500 hommes des vaisseaux avoient été 
taillés en pièces. Les rigueurs dont on usoit contre 
ces révoltés avoient aigri leurs esprits. Ce n'étoit plus, 
d'une part, que meurtres, incendies, églises renver- 
sées, prêtres massacrés et, de l'autre, liberté entière 
accordée aux troupes de tuer tout ce qu'elles trouve- 
roient avoir l'air de camisards. Dans ces excès de 
désordre, le roi ne crut pas le maréchal de Montre vel 
propre à le faire cesser, et le maréchal de Villars, à 
son retour de Normandie, trouva que le commande- 
ment de ces provinces lui étoit destiné. Il en reçut 
l'ordre du roi même, qui lui dit avec bonté : c Des 
guerres plus considérables à conduire vous convien- 
droient mieux, mais vous me rendrez un service bien 
important, si vous pouvez arrêter une révolte qui 
peut devenir très dangereuse, surtout dans une con- 
joncture où, faisant la guerre à toute l'Europe, il est 
assez embarrassant d'en voir commencer une dans le 
centre du royaume. » 

On donna peu de jours au maréchal de Villars pour 
se préparer à partir et, pendant ce court intervalle, 

i. Terre formée des seigneuries de Varangeville, Galleville, 
Doudeville, etc., que Pierre Roque, père de la maréchale, avait 
achetées en 1660 à Tabbaye de Valmont, près d'Yvetot (Voy. 
Inventaire des archives du doyenné de Doudeville, par le doyen, 
p. 74. Rouen, 1857). 

n 10 



U6 IfâMOmES DE YILLARS. [1704 

il s'informa autant qu'O lui fut possible de l'état des 
aflPaires de Languedoc. Il apprit qu'on exerçoit les 
plus grandes cruautés contre ces fanatiques et que, 
par la rigueur des supplices, on leur inspiroit un 
désespoir qui les portoit à ne plus craindre la mort. 
Ces inhumanités, auxquelles le maréchal de Yillars a 
toujours été très opposé, lui firent imaginer des routes 
toutes contraires, et, en prenant congé du roi, il lui 
dit : € Si Votre Majesté me le permet, j'agirai par des 
moyens tout différents de ceux que l'on emploie, et je 
tâcherai de terminer par la douceur des malheurs où 
la sévérité en tout me parolt non seulement inutile, 
mais totalement contraire, i — c Je m'en rapporte à 
vous, lui répondit le roi, et vous croyez bien que je 
préfère la conservation de mes peuples à leur perte 
que je vois certaine si cette malheureuse révolte conr 
tinue^ > 

Le maréchal de Villars partit dans la fin d'avril 1 704 
et ne s'arrêta que peu de jours dans ses terres de 
Lyonnois et de Dauphiné. Il fut reçu avec de grands 
honneurs à Lyon et dans les principales villes du^ 
royaume, encore remplies du bruit de ses récentes 
victoires. Le vice-légat d'Avignon vint le recevoir à 
son château hors la ville, avec la cavalerie consistant 
dans une compagnie. Celui qui la coaunande avec le 
titre de général (c'étoit pour lors le frère du cardinal 



4. Voir la lettre de Villars à Ghamillart, du il avril, publiée 
par M. Roschach dans sa continuation de VHistoire du Languedoc 
de D. Yaissette, XIV, 1895. Toute la partie essentielle de la cor- 
respondance de Yillars pendant sa campagne des Gévennes est 
publiée dans ce même recueil. M. Roscbach a en outre donné un 
excellent résumé des faits dans le t. XIII, p. 820 et suiy. 



1704] MÉMOIRES DE VILLÀR8. 147 

Maldaquin ^ ) a pour privilège de ne jamais monter à 
cheval. Le hasard fit que le marédial alla descendre à 
Beaucaire où M. de Bas ville ' et les principaux du Lan- 
guedoc vinrent le recevoir. A son arrivée, on lui mon- 
tra une prophétie de Nostradamus, très claire, qui 
marquoit que le général qui entreroit dans le Langue- 
doc par Beaucaire dissiperoit les révoltés et rétabliroit 
entièrement le calme dans la province. 

Il crut, en arrivant, devoir parler lui-même à tous 
ces fanatiques, et, pour cela, il commença un voyage 
dans les pays les plus révoltés, faisant assembler 'les 
peuples de cinq ou six villages dans un. Il leur fit les 
discours les plus capables de les guérir de la fureur 
qui les portoit à leur perte certaine. Dans le temps 
qu'il tàchœt de ramener ainsi par la douceur ceux qui 
venoient l'entendre, il cherchoit avec une grande acti- 
vité ceux qui avoient les armes à la main, et on en 
tua un assez grand nombre. Un gentilhonmie d'Uzés, 
nonmié d'Âygalliers', homme d'esprit, proposa au 



i. Maldachini ou Maidalchini. 

2. Nicolas de Lamoignon, seigneur de Baeville, né en 1648, 
mort en 1724, maître des requêtes, fut intendant du Languedoc 
pendant trente-trois ans. 

3. Rossel, baron d'Âygalliers, gentilhonmie protestant, avait 
quitté la France après la révocation de Tédit de Nantes et pris 
du service à Tétranger. Revenu en Languedoc et converti, il se 
proposa pour but la paciûcation de la province. Il se rendit à 
Versailles avec un passeport de M. de Paratte, commandant à 
Usés pour le roi, fut présenté à Ghamillart par le duc de Ghe- 
vreuse, et recommanda les mesures de clémence. Lorsque Vil- 
lars fut nommé, il alla le trouver, lui proposa ses services qui 
furent agréés; il devint Tagent le plus actif de la pacification, 
secondant la modération et l'habileté du maréchal, servant d'in- 
termédiaire entre lui et les camisards, amenant les chefs révoltés 



U8 MâHOIHES DE VILLARS. [1704 

maréchal de Yillars de donner les armes à un nombre 
de nouveaux convertis, que lui-même avouoit s'être 
très peu convertis, mais qui, du reste, étoient gens , 
de bien et d'honneur, bons serviteurs du roi, et cepen- 
dant tous les jours exposés à leur ruine par la fureur 
des fanatiques. M. de Basville trouvoit dangereux d'ar- 
mer des gens qui, eux-mêmes, s'avouoient huguenots. 
Mais leur franchise, la connoissance que le maréchal 
avoit d'ailleurs de leurs personnes, de leurs qualités 
et de leurs biens lui fit juger qu'il pouvoit prendre 
confiance en eux. Enfin, il ne voulut négliger aucun 
moyen de faire promptement cesser la révolte en par- 
lant lui-même à tous les peuples, et en faisant mar- 
cher toutes les troupes jour et nuit pour joindre ceux 
qui ne se soumettroient pas. Il ordonna ces mouve- 
ments contre l'opinion de toutes les troupes qui vou- 
loient supposer impossible de joindre des gens qui 
avoient une infinité de retraites. La vérité est que la 
province étoit remplie de petits conunandants qui 
craignoient tous la fin de la guerre, et qui n'étoient 
occupés qu'à établir dans leur district et leur autorité, 
et quelques petits monopoles. La sévérité du maréchal 
de Yillars ranima ces gens -là. Il en fit destituer 
quelques-uns, et, par là, fit craindre aux autres la 
même destinée, s'ils ne servoient pas plus vivement. 
Le 4 mai, le maréchal de Yillars, ayant séparé ses 
troupes en plusieurs petits corps de 500 hommes, se 
mit lui-même à la tête d'un de 300 pour faire voir 
aux lieutenants généraux et aux maréchaux de camp 

à la soumission. Suivant Court de Gebeliû, auteur d'une Histoire 
des troubles des Cévennes, il aurait laissé des Mémoires. 



1704] MÉMOIRES DE YILLARS. 149 

que, lorsqu'un maréchal de France se mettoit à la tète 
de 300 hommes seulement, ils pouvoient bien se con- 
tenter de détachements plus forts que celui-là. Il le fit 
à dessein, parce que quelques-uns de ces messieurs 
disoient qu'ils ne vouloient pas hasarder leur réputa- 
tion avec si peu de troupes. 

Il en fit cinq de celles qui étoient à Uzès. Il ordonna 
la même chose aux garnisons de Sonmiières, de Nimes 
et de Lunel. Les commandants de Genouillac, de 
Montvert et de Saint-Germain sortirent dans le même 
temps. Il mena avec lui M. de Basville, qui, quoique 
intendant et homme de robe, étoit très hardi. La course 
fut extrêmement rude, et par des pays horribles. On 
joignit trois troupes de rebelles et on tua presque tout. 
La troupe de Cavalier passant par un village, nommé 
Moussac, demanda du pain, disant qu'ils n'a voient 
pas mangé depuis deux jours. Pressée par le besoin, 
elle voulut se révolter contre Gaviedier, qui leur dit : 
€ Ceux qui veulent abandonner Dieu, je les abandonne. 
Laissez-moi seul avec mes armes, je défendrai sa cause 
jusqu'à la mort. » Dès lors, sa troupe diminua consi- 
dérablement, et la poursuite vive que l'on fit, jointe 
aux exhortations, fit revenir un grand nombre de ces 
rebelles. 

Les nouveaux convertis, armés sous la conduite du 
sieur d'Âygalliers, sortirent d'Uzès, et l'on mit tout en 
usage pour presser les fanatiques de toutes parts et 
de toute manière^. 

Le succès répondit aux espérances que l'on pouvoit 

1. Les lettres adressées par Yillars à la cour pendant cette 
première expédition se trouvent dans Roschacb, ouv, cité, XIV, 
1923-1942. 



150 MÉMOmBS DE YILLARS. [1704 

avoir de tous les moyens qu'on employoit, et, le 
16 mai, Cavalier, avec tous ses principaux officiers, 
vint dans le jardin des capucins de Nimes se soumettre 
au maréchal de Villars^. Il ne parloit que d'avoir 
recours à la clémence du roi, et protestoit que lui et 
ses gens se trouveroient heureux de pouvoir sacrifier 
leur vie pour son service dans ses armées. Le maré- 
chal de Villars fut surpris de trouver tant de fermeté 
et même de sens dans un jeune paysan de vingt-deux 
ans^; car le maréchal savoit avec quelle hauteur ce 
chef de rebelles menoit ceux qui le suivoient. Il les 
faisoit tuer avec un empire souverain, et la mort 
auprès de lui étoit le prompt et infaillible châtiment 
de la désobéissance à ses ordres. < Je crois, disoit-il 
au maréchal, ne leur conmiander rien que de juste, et 
devoir punir sur-le-champ ceux qui me désobéissent. > 
Pendant que cette négociation avançoit, il arriva 
une aventure très propre à relever le courage des 
fanatiques. M. de Tournon, brigadier d'infanterie, qui 
commandoit dans les hautes Gévennes, en partit pour 
venir trouver le maréchal de Villars, sans en avoir 
reçu aucun ordre de lui, et sans nécessité. Son escorte, 
de 200 hommes de pied et de quelques compagnies 
de miquelets, fut attaquée par une troupe commandée 
par Rolland et fut entièrement défaite. Son lieutenant- 
colonel, nommé Gourbeville, et quatre capitaines 
furent tués sur-le-champ. 

i. Cette entrevue entre un chef de rebelles et un maréchal de 
France, qui scandalisa beaucoup de contemporains, avait été 
ménagée par d'Aygalliers. 

2. Voir le portrait de Cavalier par Villars dans sa lettre à Cha- 
millart, du 5 juin. Roschach, ouv, cité, XIV, 1982. 



1704] MÉMOIRES DB YOiLARS. 451 

Tout oela n'empédia pas que Cavalier ne promit de 
ramener tous ces gens. On lui donna pour rendez- 
vous général le boufg de Galvisson, et Ton eut soin 
d'y faire trouver tous les vivres nécessaires. 

Cavalier tint parole et se rendit à Calvisson avec 
près de 1,000 personnes, dont plus de 800 étoient 
années. Rolland fit difficulté de suivre Texemple de 
Cavalier ; mais, tous les jours, il revenoit des cami- 
sards, et on leur permettoit l'exercice de la religion 
en attendant leur départ, qui fut fixé au 1"'' juin. Pen- 
dant ce temps-là, le sieur d'Aygalliers travailloit tou- 
jours et très utilement à gagner les restes des révoltés. 
Il en revint près de 1 ,800 à Calvisson, où il faisoit 
faire leurs prières, à la fin desquelles il y en avoit de 
très dévotes pour le roi, pour la famille royale et pour 
le maréchal de Villars, tous priant Dieu avec zèle qu'il 
leur fît la grâce d'apaiser la juste colère du roi ^ 

Quelques-uns de ces fanatiques voulant faire des 
miracles, une grande fille, qui, apparemment, avoit 
sous les pieds de ces drogues qui endurcissent contre 
les flammes, se promenoit sur des fagots allumés en 
priant Dieu, si ce feu la respectoit, que ce prodige 
convertit les ennemis de l'Éternel. On leur permit les 
prières, mais on leur défendit les miracles, parce que 
les peuples ne discernent pas aisément les faux, et que 
les catholiques de ce pays étoient disposés à y ajouter 
quelque foi. Enfin, tout se disposoit à faire partir, au 
1*^ juin, les rebelles rendus. 

i. Voir le récit de ces curieuses scènes dans Roschach, ouv, 
cité, Xm, 838, les lettres de Cavalier, ibid., XIV, 1940 et suiv., 
les lettres de Cavalier et celle de Rolland que je donne ci-des- 
sous à Tappendice. 



15SI MÉMOIRES DE YILLAR8. [1704 

Cependant, les ennemis de l'État, voyant cette 
révolte presque éteinte et les fanatiques prêts à sortir 
du royaume, mettoient tout en usage pour la ranimer. 
Ils firent passer un argent considérable et gagnèrent 
Ravanel, lieutenant de Cavalier. Cet honune, lorsque 
tous ces gens étoient en prière, le 28, commença à 
trembler, dit qu'il étoit inspiré ; que Cavalier les tra- 
hissoit; que Dieu lui avoit révélé que l'on devoit les 
égorger tous. Cavalier courut à lui et alloit le tuer ; on 
les sépara, mais tout s'enfuit. 

Cavalier courut après et promit de périr ou de les 
ramener. Le sieur d'Âygalliers et ses gens agirent 
aussi, et le maréchal de Villars, d'un côté, avec ce 
qu'il put ramasser de troupes, marcha pour les rame- 
ner ou pour les défaire. Il envoya ordre au marquis 
de Lalande^ d'en user de même. On fut informé cer- 
tainement qu'il étoit arrivé à ces rebelles deux hommes 
de Genève avec de l'argent, et avec parole qu'il entre- 
roit un corps d'armée en Dauphiné pour les soutenir. 
Cette promesse étoit sans fondement ; mais les fana- 
tiques ne raisonnent pas. Ils pou voient savoir aussi 
qu'une armée navale très considérable venoit d'entrer 
dans la Méditerranée. 

Cependant, comme Cavalier étoit véritablement bien 
déterminé à se soumettre, la vivacité du maréchal de 
Villars à suivre ceux qui s'étoient retirés de Calvisson 
en fit revenir la plus grande partie, et, dès le 2 juin. 
Cavalier ramena près de 50 hommes à cheval et plus 
de 500 à pied. Le maréchal, qui ne voulut plus s'ex- 

1. J.-Bapt. du Deffend, marquis de Lalande, né en 1651, lieu- 
tenant général de 1704 ; après la pacification du Languedoc, il 
fut nommé lieutenant général du gouvernement de TOrléanais 
et mourut en 1728. 



1704] MÉMOIRES DE Vn^LARS. 153 

poser à la folie de ces gens-là, les fit tous enfermer 
dans l'ile de Yallabrègues pour y attendre, pendant 
quelques jours, ceux qui reviendroient encore, et les 
faire tous marcher vers T Allemagne. 

On avoit proposé de les envoyer servir dans les 
armées du roi en Portugal. Mais cette marche d'héré- 
tiques, au travers des pays catholiques, effraya les 
fanatiques, et Ton ne trouva rien de plus convenable 
que de les faire passer du côté du Rhin. 

Le maréchal recommença ses poursuite» et fit mar- 
cher cinq détachements sous les ordres de H. de 
Laknde et des brigadiers. Pour lui, il partit avec 
700 hommes pour percer toutes les Gévennes et ne 
donner aucune relâche aux autres chefs des rebelles, 
qui étoient Rolland, Maillet, Mauplat, Ravanel, Gasta- 
net, Jouany et plusieurs autres. Enfin, toutes les espèces 
de moyens furent employées : argent, discours, pour- 
suites très vives, mouvements des nouveaux conver- 
tis ; rien ne fut oublié de ce qui pouvoit ramener ou 
détruire ces fanatiques. 

Cavalier, qui agissoit de très bonne foi, alla au 
milieu d'une troupe très nombreuse commandée par 
Rolland, dont la mère vint lui dire : c Tu ne me tue- 
ras pas, car je suis ta mère. Yeux-tu nous faire tous 
périr et ruiner ton pays? > Ces fanatiques assemblés, 
ébranlés et prêts à se soumettre, Ravanel se laisse 
tomber de cheval, reste un quart d'heure comiae pâmé 
à terre, et, tremblant, s'écrie : c Dieu nous ordonne 
de tuer ce traître de Cavalier. > En même temps, on 
l'environne, et, s'il n'avoit pas été très bien monté 
sur un des chevaux du maréchal de Villars, et en état 
de percer la foule, il étoit mort. 

Il revint sans avoir pu gagner cette troupe de 



154 HÉMOIRES DE YILLAR8. [1704 

rebelles. Le maréchal de Villars le fit sortir de la pro- 
vince avec tous ceux qu'il avoit rassemblés, et demanda 
pour lui une pension de 500 écus, persuadé que, 
pour terminer cette révolte, il falloit continuer ses 
premières maximes, c'est-à-dire récompenser ceux 
qui ramenoient les rebelles et pardonner à tous ceux 
qui se soumettoient, les faire sortir de la province et 
poursuivre avec la plus grande ardeur ceux quidemeu- 
roient opiniâtres . 

Rolland envoya le^nommé Maillet, le premier après 
lui, au maréchal de Villars. G'étoit un jeune homme 
très bien fait, et ayant Fair d'un homme de condition. 
Il dit au maréchal que les révoltés étoient composés 
de trois sortes de partis ; que les premiers, et en petit 
nombre, n'étoient entêtés et attadiés à leur révolte 
que par des motifs de religion, gens qui méprisoient 
tous les périls, la faim, la nûsère, la mort même ; que 
le second, qui faisoit le plus grand nombre, connois- 
soit la folie de son opiniâtreté ; qu'il sentoit bien qu'à 
la fin il faudroit périr, et qu'il ne demandoit qu'à 
finir; qu'enfin, le troisième étoit une autre espèce de 
gens accoutumés au meurtre et au brigandage, et 
n'ayant en vue que la continuation du désordre. 
Qu'ainsi, il falloit tâcher de tenter les premiers par 
les récompenses ; que les seconds se soumettroient et 
que les troisièmes ne méritoient aucune considération. 

Cependant, les ennemis envoyoient sur les côtes, 
par une flotte sur la Méditerranée, divers bâtiments, 
dont quelques-uns étoient chargés de religionnaires 
avec des armes. On disposa la milice et le peu de 
troupes que l'on avoit, de manière qu'aucun de ces 
bâtiments ne pût aborder ni mettre de gens à terre. 



1704] MÉMOIRES DE VILLAR8. 155 

Ces mouvements nécessaires pour assurer la tranquil- 
lité du côté de la mer suspendirent pour quelques 
jours ceux que Ton faisoit pour chercher et détruire 
les camisards qui ne se soumettroient pas. 

Pour ne pas perdre la suite des aflTaires, nous expo- 
serons ici, et en peu de mots, Tétat des guerres qui 
se faisoient alors. 

La ligue, voyant que rien n'étoit plus propre à la 
diviser que la guerre de l'Empire, eut pour objet 
principal d'y porter toutes ses forces. L'Empire 
menacé, qui pouvoit aisément être divisé et soumis, 
si l'on avoit soutenu le maréchal de Yillars, fut ranimé 
par ses périls à la première campagne. Tous les 
princes firent de nouveaux efforts, et l'on abandonna 
toute autre vue pour aller au secours de l'Empire. 
L'Italie n'étoit plus défendue par les impériaux. Le 
duo de Vendôme prenoit toutes les places du duc de 
Savoye l'une après l'autre, et, piqué personnellement 
contre ce prince, il détruisoit ses peuples et ses places 
à mesure qu'il s'en rendoit le maître. 

Le duc de Marlborough marcha dans l'Empire avec 
les principales forces de la ligue. Le prince Eugène 
sortit de Vienne et rassembla toutes les troupes de 
l'empereur, laissant au prince Ragotski liberté entière 
de pousser la révolte de Hongrie aussi loin qu'il le 
pouvoit désirer. 

Enfin, les armées navales d'Angleterre et de Hol- 
lande étoient d'abord dominantes dans la Méditerranée. 

Durant ces agitations, le roi eut, par la bonté de 
Dieu, un arrière-petit-fils que l'on nonuna duc de 
Bretagne, et ce bonheur fut suivi d'une victoire de 
l'armée navale de France sur l'armée ennemie, que 



y 



156 MÉMOIRES DE YILLÂRS. [1704 

l'on auroit pu entièrement détruire, si Ton avoit pro- 
fité des premiers moments de cette victoire ^ . 

Après de si heureux événements, il en survint qui 
causèrent une grande consternation, conmie nous le 
verrons dans la suite. Mais reprenons les suites de la 
petite guerre des fanatiques. Elle fut poussée si vive- 
ment que Ton poussoit tous les jours un nombre assez 
considérable de ces malheureux à se soumettre en 
rapportant leurs armes. 

Cavalier écrivit à Rolland et aux autres chefs, et leur 
manda les favorables traitements qu'il recevoit de la 
bonté du roi, afin de les engager à profiter de la même 
clémence. On crut encore devoir joindre à tous les 
autres expédients employés pour finir la révolte celui 
de faire arrêter les pères et mères qui avoient des 
enfants parmi les fanatiques, et cette sévérité en 
ramena plusieurs. Les partis qui marchoient inces- 
samment trouvèrent aussi plusieurs troupes de cami- 
sards, dont plus de quarante furent tués dans l'espace 
de huit jours. Les puissances ennemies de la France 
n'oublioient rien, conmie nous l'avons dit, pour entre- 
tenir cette révolte, et n'épargnoient aucune dépense 
pour la fomenter, ou même pour Taccroitre. Plusieurs 
de leurs frégates chargées de fanatiques, d'armes et 
d'argent, suivant les côtes de Languedoc, quelques- 
unes abordèrent sur celles de Catalogne, moins exac- 
tement gardées que ne l'étoient celles de Languedoc, 

1. Le 24 septembre, devant Malaga, le comte de Toulouse bat- 
tit l'amiral Rooke, mais fut empêché de le poursuivre par les 
avis du marquis d'O, son gouverneur (Voy. Saint-Simon, IV, 
147). M. Tamizey de Larroque [Revive critique, 1885, p. 433) a con- 
testé cette assertion d'après des documents publiés par M. Gom- 
munay (Angers, 1885). 



4704] MÉMOIRES DE VILLARS. 157 

et ces troupes essayèrent de percer les Pyrénées pour 
entrer dans cette province. On en arrêta une vingtaine, 
qui furent mis dans les cachots de Perpignan; les 
autres répandirent des libelles horribles contre le 
roi. Le président Riquet^ en envoya quelques exem- 
plaires au maréchal de Yillars. Un abbé de la Bourlie ^^ 
qui fit plus de bruit dans la suite sous le nom de mar- 
quis de Guiscard, et qui se tua enfin en Angleterre après 
avoir tué le comte d'Oxfort, avoit part à ces libelles. 
Outre ces tentatives pour soutenir la révolte de Lan- 
guedoc, les ennemis firent passer des émissaires en 
Dauphiné et en Rouei^ue pour faire prendre les armes 
dans ces provinces à ce qu'ils pouvoient rassembler 
de fanatiques et de religionnaires, qui comptoient tous 
que les armées navales d'Angleterre et de Hollande 
n'étoient entrées dans la Méditerranée que pour les 
soutenir. 

Le maréchal de Yillars fit une course le 9 août, et 
ordonna la même chose à tous les commandants. Mais 
les rebelles, séparés par petites troupes de 8 et de 10, 
étoient cachés dans les bois, et même dans les villages, 
où les paysans leur gardoient une très grande fidélité. 
Les sieurs de Lalande et de Plane firent tuer quatre 
ou cinq de ces misérables trouvés les armes à la 
main. La représaille fut faite sur-le-champ, et ils 
tuèrent quatre soldats du régiment de Menou auprès 

1. Jean-Mathieu Riquet, baron de Bonrepos, président à mor- 
tier du parlement de Toulouse, était gendre de Victor-Maurice 
de Broglie, mort en 1714. 

2. Il était frère du lieutenant général de Guiscard. Saint-Simon 
a raconté Thistoire de cet aventurier et le fait aussi mourir en 
Angleterre, mais après avoir blessé le duc d*Ormond de deux 
coups de canif (IV, 112 ; VH, 227). 



158 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1704 

de leur quartier. Cependant, la vivacité avec laquelle 
on les cherchoit produisit son eflfet, et le maréchal^ 
ayant été averti que Rolland, avec sept de ses princi- 
paux confidents, étoit venu dans le château de Gastel- 
nau voir la demoiselle de Gastelnau, qui étoit sa maî- 
tresse, donna sur-le-champ tous les ordres possibles 
pour Vy prendre. 

Il y avoit, à une lieue de ce château, quelques bri- 
gades d'officiers irlandois, des officiers du régiment de 
Haynault et un détachement de 30 dragons. Ceux qui, 
depuis six semaines, épioient Rolland, avertirent à 
point nommé, et toutes ces petites troupes de gens à 
cheval, composées de 15. ou 30, poussèrent à toutes 
jambes à la porte du château. Rolland et les siens 
n'eurent que le temps de monter sur leurs chevaux et 
furent joints à 500 pas du château. Rolland fut tué 
dans un chemin creux, cinq des autres furent pris et 
menés à Ntmes, où ils furent jugés par M. de Bas- 
ville et condanmés à être roués vifs. Un de ceux- 
là, nommé Maillet, avoit été envoyé par Rolland au 
maréchal de Yillars pour ménager son accommode- 
ment. Il avoit demeuré trois jours dans sa maison à 
Anduse, et étoit connu de tous ses domestiques. La 
fermeté avec laquelle ces hommes reçurent leur arrêt 
de mort et marchèrent au supplice étoit surprenante. 
Maillet, surtout, y alla avec un air riant ; il parla aux 
gens du maréchal, les chai^ea d'assurer leur maître 
de ses respects, leur dit qu'il connoissoit sa bonté ; 
qu'il étoit persuadé que sa mort et celle de ses cama- 
rades lui feroit de la peine, et qu'il alloit prier Dieu 
pour lui. Cet air riant ne l'abandonna pas un seul 
moment. Il pria le prêtre qui l'exhortoit de le laisser 



1704] HÉHOIRES DE inOXARS. 159 

en repos; il encouragea ses camarades, et plusieurs 
coups du bourreau ne l'empêchèrent pas de parler 
jusqu'au dernier soupir avec une constance inébran- 
lable, et continuant toujours de faire signe au prêtre 
de s'éloigner. Ce qu'il y a de vrai, c'est que presque 
tous ces gens*là montrèrent le même courage, et que 
l'on étoit obligé de faire battre les tambours, durant 
leur supplice, pour empêcher les peuples d'entendre 
leurs discours. Le maréchal de Villars voulut, par 
l'inutilité de l'extrême rigueur, que, dans la suite, 
ceux qui seroient condamnés à la mort, l'ayant juste- 
ment méritée, ne fussent plus exposés à de longs 
tourments. Il crut devoir ôter au peuple un spectacle 
plus propre à fortifier les huguenots entêtés qu'à les 
convertir. 

Trois jours après que les camarades de Rolland 
eurent été exécutés, le commandant du bataillon de 
Soissonnois, averti que Gatinat, un des chefs des 
rebelles, étoit à une lieue de Galvisson, sortit la nuit, 
tomba sur sa troupe de gens de cheval, la surprit pied 
à terre et en tua neuf; mais Gatinat se sauva blessé. 
Ces deux mauvoises aventures en ébranlèrent plu- 
sieurs, et le maréchal de Villars reçut le même jour 
des nouvelles, de sept différents endroits, que des 
troupes de dix et de quinze se soumettoient en rap- 
portant leurs armes. 

Le %0 août, le maréchal de Villars reçut des nou- 
veUes de la victoire de l'armée navale du roi comman- 
dée par l'amiral comte de Toulouse. Le comte de 
Villars, chef d'escadre S fut de sentiment de suivre la 

i. Armand de Villars, frère du maréchal, ne fut nommé chef 
d'cBcadre que le 6 octobre 1705. 



160 MÉMOIRES DE VILLARS. [1704 

flotte des ennemis, qui, n'ayant derrière elle que les 
côtes d'Espagne ennemies, pouvoit être entièrement 
défaite. 

Ce succès acheva d'intimider les fanatiques, et, tous 
les jours, il en revenoit un très grand nombre qu'on 
faisoit sortir du royaume, surtout les prédicants. 

Le maréchal de Yillars, voyant la plaine tranquille 
par la mort de Rolland et de ses lieutenants, par la 
défaite de Gatinat et par la soumission de Jean de 
Lussan avec toute sa troupe, n'eut plus rien à craindre 
du côté de la mer et partit pour les Gévennes, où il y 
avoit encore quelques troubles de rebelles. 

Peu de jours après son arrivée à Mais, il apprit le 
malheureux succès de la bataille d'Hochstet, dans le 
même terrain où, l'année précédente, il avoit défait 
l'armée de l'empereur. La connoissance parfaite qu'il 
avoit de tous les pays où l'on faisoit la guerre lui avoit 
donné de très vives inquiétudes depuis la perte de 
Donavert * . 

On voit, dans toutes ses dépèches des années 1703 
et 1 704, qu'il regardoit ce poste conune un des plus 
importants, et que le Danube, partagé par les enne- 
mis, mettoit l'électeur dans une fâcheuse situation. 

La disposition des armées de France, commandées 
par les maréchaux de Tallard et de Marcin, sous l'au- 
torité de l'électeur de Bavière, parut dangereuse au 
maréchal de Villars, et leur ordre de bataille étoit 
très défectueux. Au lieu de fermer la gauche aux mon- 
tagnes, la droite étant appuyée au Danube, et de s'en 
tenir à bien défendre le ruisseau de Plintheim, qui 

i. Occupé le 2 juillet par Marlborough après la prise des forti- 
fications du mont Schellenberg. 



1704] MÉMOIRES DE YILLARS.. 161 

séparoit les armées, ils mirent le gros de lem" infan- 
terie à la droite et à la gauche, et dégarnirent leur 
centre, par lequel les ennemis pénétrèrent, et sépa- 
rèrent les armées. Celle du maréchal de Marcin se 
retira en assez bon ordre, mais presque toute celle 
du maréchal de Tallard fut défaite. Vingt-sept batail- 
lons et quelques régiments de dragons se rendirent 
prisonniers de guerre sans tirer, ce qui fit répondre 
au maréchal^ à une lettre écrite sur l'embarras de 
Tofficier général qui commandoit cette infanterie, et 
qui pouvoit la sauver avec un peu de fermeté, ces 
deux vers de Corneille : 

qu'il mourût, 

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût. 

Ces mauvoises nouvelles étoient très propres à rele- 
ver le courage abattu du peu de rebelles qui étoient 
sur le point de se soumettre. 

Cependant, le maréchal de Yillars leur envoya le 
sieur d'Âygalliers, qui persuada aux nommés Mauplat, 
La Salle, Castanet, tous chefs des rebelles, de se reti- 
rer. Il en revint près de trente bien armés, qui deman- 
dèrent à sortir du royaume. On en tua près de trente 
dans diverses courses que faisoient tous leb détache- 
ments qui traversoient les Cévennes, et Ton n'em- 
ployoit à la négociation que le temps qu'il falloit abso- 
lument donner aux troupes pour se reposer. Cette 
vivacité eut son effet. Castanet, un des plus fameux 
prédicants, se rendit, et le maréchal de Yillars, ayant 

1. La lettre était de Tabbé de Saint -Pierre; nous avons la 
minute de la réponse de Yillars et la donnons à l'appendice du 
présent volume, ainsi que plusieurs lettres écrites ou reçues par 
Villars à Toccasion de la défaite d'Hochstœdt. 

u 11 



16SI MÉMOIRES DE VILLARS. [1704 

été informé que la troupe de Ravanel, composée de 
300 personnes , éloit dans les bois de Saint-Bcnezet, 
le sieur de Gourten, lieutenant-colonel suisse, y mar- 
cha la nuit, rinvestit, et les troupes ne faisant aucun 
quartier, tout ftit tué, excepté Ravanel, qui se sauva 
presque seul. Cette défaite fut suivie de la soumission 
de Gatinat, un des chefs des rebelles, et de presque 
tous les autres. 

Dans ce même temps, 60 camisards de la paroisse 
de Santeuil rapportèrent leurs armes, demandèrent 
leur ancien curé et la permission d'être reçus à faire 
leurs devoirs de bons catholiques. 

Gonrnie il ne restoit plus de chefs de rebelles que le 
nommé La Rose, plutôt voleur et assassin que fana- 
tique, et qui même demandoit pardon, le maréchal de 
Yillars, après avoir fait conduire vers Genève tous ces 
malheureux, manda au roi que Sa Majesté pouvoit 
faire servir ailleurs les troupes qui étoient en Langue- 
doc, et que, puisqu'Ëlle ne lui avoit pas fait Thonneur 
de l'employer cette campagne à détruine celles des 
ennemis ou à conserver les siennes, il avoit au moins 
le bonheur de lui en rendre qui avoient été bien tris- 
tement occupées, puisque c'étoit contre ses propres 
sujets, et dans le centre du royaume qu'elles venoient 
d'agir. 

La dissipation des fanatiques du Languedoc étoit 
d'autant plus nécessaire que cet abbé de la Boulie for- 
moi t une révolte très dangereuse en Rouergue. Un 
gentilhomme, ami de cet abbé, ayant rassemblé trente 
ou quarante de ces rebelles, tous bien montés et bien 
armés, qui commençoient à s'assembler et à faire du 
ravage, le maréchal de Yillars y envoya quelques 



1704] MâlOIRES DE VILLAAS. 163 

troupes, et Yen étoufia oe désordre dans sa naissance, 
même sans attendre les ordres du roi. Ensuite, le 
maréchal renvoya toutes les troupes de la marine 
en Provence, afin de pouvoir armer tous les vais- 
seaux et toutes les galères que Ton voudroit mettre 
en mer. 

Ce La Rose dont on a parlé cinlevant demanda à un 
gentilhomme, nommé M. de Fresquet, une conférence, 
disant qu'il vouloit se soumettre, lui et ses camarades. 
Ce pauvre gentilhomme se rendit au lieu marqué ; à 
peine fut-il entre les mains de La Rose qu'il fut 
assassiné. 

L'horreur de ce nouveau crime fit redoubler les 
ordres pour suivre cet assassin, et l'on en vint à bout 
en peu de jours. Le chevalier de Froulay en fit tuer 
ou brûler quinze dans une maison où ils s'étoient 
retranchés, et, deux jours après, Jouanny se rendit 
avec 46 hommes bien armés. 

Le maréchal de Yillars retourna à Usez pour faire 
désarmer les cadets ou camisards blancs. G'étoit une 
espèce de volontaires que le maréchal de Montrevel 
avoit mis sur pied pour faire la guerre aux fanatiques. 
Mais on ne tira aucun secours de cette milice, qui, loin 
d'être utile, se remplissoit de voleurs très dangereux. 
Ainsi on les renvoya tous dans leurs villages avec 
défense d'en sortir. 

Le 1 1 * octobre, La Rose, le dernier chef des rebelles 
qui fût encore suivi de quelques gens armés, en ramena 
près de soixante, et par sa soumission la révolte fut 
entièrement étouffée. 

Le maréchal de Yillars envoya presque toutes les 
troupes en Piémont ou par terre, en traversant le 



164 MÉMOIRES DE VILLARS. [1704 

Dauphiné, ou par les galères du roi qui les embar- 
quoient à Àntibes. 

Les camisards, tous soumis et désarmés, deman- 
doient avec justice qu'on les protégeât contre leurs 
compatriotes que la fureur ou le zèle auroit portés à 
les massacrer tous; car il est vrai que Tesprit des 
peuples du Languedoc est très dangereux, et, pour 
en donner un exemple, ces cadets, dont on a parlé, 
eurent l'insolence d'apporter dans la ville d'Uséz, où 
étoient le maréchal et l'intendant, trois tètes au bout 
des piques. Ces crimes furent punis sur-le-champ, 
mais, malgré la punition, il étoit nécessaire pour con- 
tenir de pareils esprits de retenir encore quelques 
troupes jusqu'à ce que tout fût généralement désarmé, 
fanatiques rebelles et fanatiques catholiques. 

Toute la province calmée, le maréchal de Yillars 
voulut entretenir quelques évèques ^ et grands vicaires 
sur la manière dont les curés gouvemeroient à l'ave- 
nir les consciences qui ne seroient pas bien soumises, 
quoique ces hérétiques n'eussent demandé aucune 
grâce sur la religion. Les évèques et les curés con- 
vinrent de bonne foi que, de cent nouveaux convertis, 
il n'y en avoit pas deux qui le fussent sincèrement. 

Néanmoins, il falloit les marier et les curés refusoient 
d'administrer le sacrement de mariage à ceux qui ne 
communioient pas. Ces gens-là, tout au contraire, vou- 
loient se marier et ne pas communier. M. de Basville 
étoit d'avis que Ton les mariât toujours, sans trop 
insister sur la nécessité de la communion. Le maré- 
chal de Yillars pensoit aussi qu'une hérésie établie 

1. Voyez à l'appendice la lettre de Villarsà l'évoque d'Alais, 
du 2 novembre. 



1704] MÉMOIRES DE VniLARS. 165 

depuis plusieurs siècles ne se détruit pas dans la 
seconde et troisième génération ; que la patience et la 
sagesse étoient préférables à un zèle indiscret qui 
révoltoit les esprits et n'en ramenoit aucun ; mais il 
n'y eut rien de décidé sur cela à la cour. 

Cependant tous les rebelles achevoient de se sou- 
mettre, et non seulement ils rapportoient leurs armes, 
ils indiquoient encore tous les endroits où il y en avoit 
de cachées. Ainsi le maréchal de Yillars, laissant un 
très petit nombre de troupes dans les Gévennes, fit 
marcher vers le Rhône toutes celles qui dévoient sortir 
de la Provence. 

Il arriva le 14 une aventure assez surprenante à 
Âlais. Le s' de Mandaiors^, seigneur de la terre du 
même nom, maire d' Alais et subdélégué de Fintendant, 
ayant réputation d'homme sage et d'avoir beaucoup 
d'esprit, qui avoit même fait imprimer des livres rem- 
plis d'érudition, et qui avoit fait une harangue au 
maréchal de Yillars estimée très belle, cet homme, 
dis^je, se trouva chez l'évêque d' Alais*, lorsqu'il inter- 
rogeoit une fille qui prophétisoit. Cette fille dit au pré- 
lat d'un air modeste mais ferme : t Ne vous lasserez- 
vous jamais de persécuter les véritables enfants de 
Dieu? » Et puis elle lui parla une langue que personne 
n'entendit'. On la fit enfermer sans la maltraiter, et le 

1. Louis des Ours de Mandajors. Voy. sur lui la Bibliothèque 
historique de la France, t. I, n« 171, 177, 178, et t. H, n» 16004. 

2. François Chevalier de Saulx. 

3. c Gomme nous avons vu autrefois le duc de la Ferté, quand 
il avoit un peu bu, parler anglois devant des Anglois, j'en ai vu 
dire : J'entends bien qu'il parle anglois, mais je ne comprends pas 
un mot de ce qu'il dit. Gela eût été difficile de le comprendre, car 
jamais il n'avoit su un mot d'anglois. Gette fille parle grec et 
hébreu de même » {Yillars à Chamillart, 14 novembre 1704). 



166 HÉMOmES DE VILLAR8. [1704 

s' de Mandaiors, maire de la ville, Falla visiter; en la 
voyant, sa pitié fut bientôt suivie d'inclination, et 
quelque temps après il remit toutes ses diarges entre 
les mains de son fils et alla trouver l'évèque d'Alais. 
Il lui dit que, par le conunandement de Dieu, il avoit 
connu cette prophétesse, qu'elle étoit enceinte et que 
l'enfant qui en devoit nattre seroit le véritable sauveur 
du monde. Le maréchal de Villars ne voulut pas faire 
arrêter publiquement un homme de considération, se 
donnant pour prophète au milieu d'un peuple qui 
vouloit croire prophète tout misérable imbécile qui 
osoit en prendre le titre. On conseilla seulement à la 
famille du s' de Mandaiors de le meûev dans son châ- 
teau à la campagne et d'empêcher qu'il ne sortit. 

Pour ne pas perdre de vue les affaires générales, il 
est bon de dire ici quelque chose des progrès du prince 
Eugène et de Mariborough. Lei Français hors de l'Em- 
pire, l'électeur de Bavière se rendit à Versailles. En 
voyant la maréchale de Villars chez le roi, il vint à elle 
et lui dit : c Tous mes malheurs viennent de n'avoir 
pas cru M. le maréchal de Villars. Je dois cet aveu à 
toutes les obligations que je lui ai, à tout ce qu'il a 
fait de grand et à tout ce qu'il auroit fait encore, si 
l'on ne nous avoit pas brouillés et s'il avoit bien voulu 
demeurer avec nous. » 

Ce prince demeura peu de jours à la cour et alla 
prendre possession des États de Flandres. Le maré- 
chal de Villeroy repassa le Rhin avec toutes les troupes. 
Il avoit le temps de se placer à la petite Hollande, 
pour empêcher les ennemis de passer le Rhin à Phi- 
lisbourg. Il pouvoit les forcer à descendre jusqu'à 
Mayence, et la saison étoit si avancée qu'en apportant 



4704] MâfomES de viuars. 167 

quelque obstade au passage du Rhin, il pou voit venir 
ensuite se placer derrière Landau, la Kiche devant 
lui, et par ce moyen empêcher très aisément que le 
si^e ne se fit. Mais, au lieu de prendre quelque parti, 
on laissa les ennemis entièrement maîtres de la cam- 
pagne, et ils placèrent leur armée commodément sur 
la Lutter. Le roi des Romains, qui vint prendre Lan- 
dau pour la seconde fois, mit son quartier dans la ville 
de Weissembourg où la reine des Romains vint le 
trouver. On y représenta des opéras pendant que les 
généraux de l'empereur pressoient le siège et que Marl- 
borough occupoit Trêves, la basse Saare et faisoit 
attaquer Trarbach. 

Landau capitula le 24 novembre et l'on apprit en 
même temps que l'électrice de Bavière avoit remis à 
l'empereur toutes les places de guerre et toutes les 
troupes de l'électeur son mari ; que l'empereur avoit 
promis de donner à cette princesse quatre cent mille 
florins par an pour sa subsistance ; qu'il imposoit des 
contributions dans tous les états que l'électeur avoit 
abandonnés et qu'on y mettoit vingt mille hommes en 
quartier d'hiver. 

Le 4* décembre, le maréchal de Villars fit l'ouver- 
ture des États du Languedoc par un discours qui fut 
extrêmement goûté. Les harangues de l'archevêque de 
Narbonne et de M. de Basville, intendant, marquoient 
les obligations que lui avoit la province de l'avoir déli- 
vrée, sans effusion de sang et sans levée de deniers 
extraordinaires, d'une guerre dangereuse, qui, en peu 
de temps, auroit causé sa ruine entière. 

Pour le dire en passant, la séance des États du Lan- 
guedoc est la plus belle du royaume. Celui qui les 



168 MÉMOIRES DE YILLARS. [1704 

tient, et qui occupe la place du roi, est sur un tr6ne 
élevé de quatre marches, ayant à ses pieds son capi- 
taine des gardes. Dans une très grande salle est élevé 
un tiiéàtre, qui occupe trois des côtés de cette salle. 
Les trois archevêques et les vingt évèques de la pro- 
vince sont à la droite du trône ; le lieutenant général, 
l'intendant et les commissaires du roi sont à la gauche, 
ensuite les 23 barons ou ceux qui les représentent. 
Dans le milieu de la salle, en bas, est le tiers état, et 
tout cela est fermé par une balustrade. Le reste de la 
salle est rempli de tout le peuple. Mais il y a derrière 
les barons et les évèques des échafauds où se placent 
les dames et les personnes distinguées^. 

Le maréchal de Yillars obtint des États tout ce que 
le roi pouvoit désirer. La demande s'en fait par un 
second discours, après lequel on s'assemble chez le 
commandant par commissaires pour les intérêts du 
roi et de la province. Le maréchal prit ensuite séance 
à la cour des Aides et à la chambre des Comptes, où 
le premier président lui donna sa place. Cette séance 
se passe encore en harangues. 

Le maréchal de Yillars reçut une lettre du 16, et de 
peu de lignes, de la main de M. de Chamillart, par 
laquelle il apprit que le roi lui destinoit le comman- 
dement de ses armées sur le Rhin et sur la Moselle, 

1. Yillars fit faire par Martin père un tableau représentant 
cotte séance des États de Languedoc. Ce tableau, après avoir été 
au château de Vaux, fut transporté, après la vente de Vaux, à 
l'hôtel de Yillars à Paris; il est aujourd'hui en ma possession. 
Saint-Simon (III, 325) Ta tourné en ridicule. Il existe une gra- 
vure de B. Picart, qui offre de grandes analogies avec le tableau 
de Martin, mais qui représente une séance présidée par l'arche- 
vêque de Narbonne. 



1705] MÉMOIRES DE YILLARS. 169 

OÙ il paroissoit que les ennemis dévoient porter leurs 
principales forces. En même temps, le ministre lui 
recommandoit de tenir secrète cette intention de Sa 
Majesté. Il est certain que le maréchal deVillerôy comp- 
toit sur ce commandement. 

1 705. Une autre lettre de M. de la Yrillière, datée du 
1 ®' janvier 1 705, apprenoit au maréchal de Villars que 
dans le chapitre de TOrdre, qui avoit été tenu ce jour- 
là, le roi Ta voit déclaré chevalier de ses ordres. 

Le SI* janvier. Salles, le dernier des rebelles qui eût 
encore les armes à la main, se rendit avec la plus 
grande partie de sa troupe. Sept qui n'avoient pas 
voulu suivre son exemple furent pris la nuit du ^ au 

janvier et tous sept condanmés à être pendus sur- 
le-champ. Dans le même temps, on apprit que Rava- 
nel étoit mort des blessures qu'il avoit reçues dans sa 
dernière défaite. 

Alors le maréchal de Yitlars écrivit au roi que Sa 
Majesté pouvoit compter la révolte terminée et que 
les dernières racines en étoient coupées ; en sorte qu'il 
n'étoit plus question que de remettre tous ces peuples 
à leurs travaux ordinaires, tant pour la culture de la 
terre que pour les manufactures, et de rétablir les 
curés dans leurs églises, en leur recommandant plus 
de sagesse avec des esprits encore révoltés contre la 
religion, bien que soumis à l'autorité du roi et ren- 
trés dans l'obéissance. 

Le 6 janvier, le maréchal de Villars reçut par un 
courrier des ordres du roi pour se rendre incessam- 

1. En blanc dans le manuscrit. 



170 MÉMOIRES DE YILLARS. [1705 

ment à la cour. Aussitôt il envoya commander dans 
les Gévennes le marquis de Lalande, auquel il avoit 
procuré quelques semaines auparavant le gouverne- 
ment de Neuf-Brisach. Pour le commandement de la 
province, il le laissa au comte de Peyre, qui en étoit 
lieutenant général. 

En arrivant, le marédial de Yillars alla descendre 
chez M. de GhamiUart, ministre de la guerre, qui le 
mena sur-le-champ chez M"'* de Maintenon où le roi 
étoit. Sa Majesté lui dit : c M. le maréchal, je suis très 
content de vous et, afin que vous n'en doutiez pas, 
je vous fais duc. Ce petit compliment vous persuadera 
de ma reconnoissance pour vos grandes actions et 
pour les services très utiles que vous m'avez rendus. > 
Après ces mots, le roi lui fit l'honneur de l'embras- 
ser et ajouta : c Je vous destine l'emploi le plus 
important du royaume, puisque je vous confie la 
défense d'une frontière contre laquelle mes ennemis 
tournent toutes leurs forces. Nous nous en entretien- 
drons. AUe^-vous-en à Meudon apprendre à Monsei- 
gneur la grâce que je viens de vous accordera » 

On peut juger qu'après ceci les compliments des 
courtisans fiu*ent, à l'ordinaire, aussi vifs que peu sin- 
cères ; car les grâces que les seuls services attirent ne 
sont pas de leur goût ; ils sont bien plus disposés à 
approuver celles qui viennent par les cabales. 

Le maréchal de Yillars crut devoir donner une par- 
tie du temps qui lui restoit avant la campagne à con- 
noitre une frontière sur laquelle il n'avoit pas encore 

1. L'armée destinée à Yillars était la plus considérable de la 
campagne dé 1705 ; elle comprenait 70 bataillons et 410 escadrons. 



1705] MÉMOmBS DE YQJLARS. 171 

fait la gucire, et il prit congé du roi sur la fin de jan- 
vier pour se rendre à Luxembourg, dont il visita tous 
les postes que des armées pouvoient occuper depuis 
cette place jusqu'à Sarlouis. 

Les ennemis ne pouvoient avoir que trois objets, 
le siège de Sarlouis, celui de Thionville ou d'engager 
une bataille. Le maréchal de Yillars devoit, en cher- 
chant les moyens d'empéc]ier l'un et l'autre siège, se 
placer de manière que, si l'ennemi vouloit une bataille, 
comme la raison de guerre le demandoit, il ne la pût 
donner sans grand désavantage. 

 peine avoit-il passé huit jours sur la frontière que 
deux partis assez considérables des ennemis furent 
défaits, l'un de SOO hommes par M. de Balivière^ 
qui commandoit à Thionville, l'autre de 300 par La 
Croix ^; et le général Butler, ayant attaqué le château 
de Bliscastel, fut obligé de se retirer après y avoir 
perdu près de 200 honmies; un nonmié du Yernon 
défendit ce château avec beaucoup de fermeté^. Ces 
commencements parurent d'heureux présages pour 
l'ouverture de la campagne. 

« 

Le maréchal de Yillars visita le pays entre Luxem* 
bourg et Sarlouis et reconnut les lieux où il pouvoit 
placer son armée, mais il cacha soigneusement à tout 
le monde les remarques qu'il avoit faites. Il manda seu- 
lement au roi et au ministre qu'il espéroit opposer des 

1. Fr. Cornu, marquis de Baliviôre, maréchal de camp en 1705, 
servit en Flandre jusqu'à la fin de la guerre. Lieutenant général 
en 4710, il devint lieutenant des gardes du corps et grand-croix 
de Saint-Louis, et mourut en 1730. 

2. Cette affaire est du 12 mars ; elle eut lieu pendant le court 
voyage que Yillars fit à la cour (Pelet, Mém. milit,, V, 388). 

3. Cette affaire est du 10 février. 



172 MÉMOIRES DE YILLAR8. [1705 

obstacles assez considérables aux grands projets que 
formoient les ennemis ; et, en attendant Touverture de 
la campagne, il fut bien aise de leur faire voir que Ton 
les cherchoit. 

Le maréchal de Villars, revenu à Metz, donna tous 
les ordres nécessaires pour presser le rétablissement 
des troupes et régler la marche de celles qui dévoient 
fortifier une frontière dont les ennemis s'approchoient 
tous les jours. 

Ce fut alors qu'en faisant un état de son bien au roi, 
il supplia Sa Majesté, avec les plus vives instances, 
de prendre généralement tous ses revenus pendant 
tout le temps que la guerre dureroit, et de lui per- 
mettre d'être le premier à donner cet exemple du 
secours que lui dévoient tous ses bons sujets pour sou- 
tenir une guerre si dangereuse. Il ne vouloit se réser- 
ver que les appointements ordinaires de général pour 
en soutenir la dépense, disant que ce n'étoit point 
par les tables ni par les équipages magnifiques que 
les généraux dévoient se faire considérer, et que per- 
sonne ne lui sauroit mauvois gré de voir une table 
très frugale, quand on sauroit qu'il auroit pressé le 
roi d'accepter tous ses revenus*. 

Le roi lui marqua une très vive reconnoissance de 
ses sentiments et le remercia d'avoir voulu donner 
un exemple qui ne seroit pas suivi. 

Sur la fin de février, le s^ Protin, ministre du duc 
de Lorraine, vint à Metz trouver le maréchal de Vil- 
lars, de la part de son maître, pour lui rendre compte 
de ce que le ministre de ce prince lui mandoit de la 

1. Nous donnons à Tappendice la lettre de Yillars au roi, qui 
est du 14 février. 



/' 



1705] MÉMOIRES DE VILLARS. 173 

Haye, sur la permission par lui demandée pour les 
Lorrains de débiter leurs denrées aux deux partis ; oe 
qui avoit été accepté par le s^ Heinsius. Il ajouta que 
les alliés ne permettroient pas qu'aucune de leurs 
troupes entrât en Lorraine, si la France vouloit reti- 
rer celles qu'elle avoit à Nancy. Le maréchal de Yil- 
lars dit au ministre lorrain que les ennemis occupoient 
Trêves ; qu'ils y rassembloient des magasins et un 
grand appareil de guerre, qu'ainsi ils faisoient une 
proposition peu raisonnable ; mais que, s'ils vouloient 
être écoutés, il falloit qu'en proposant au roi de reti- 
rer ses troupes de Nancy, ils offrissent de retirer les 
leurs de Trêves ; qu'à l'égard de l'ofire qu'ils faisoient 
de ne pas faire entrer leurs troupes en Lorraine, le 
général des armées de France y pourvoiroit. 

Le maréchal de Yillars reçut, le 5^ mars, un ordre 
du roi pour se rendre auprès de Sa Majesté. Il partit 
le 7 et ne fut que dix jours dans son voyage. Dès qu'il 
fut arrivé, il eut l'honneur d'entretenir le roi et de 
l'informer de ce qu'il pouvoit juger des projets des 
ennemis, aussi bien que des obstacles par lesquels il 
comptoit les traverser. Il est certain que, depuis Cologne 
jusqu'à Ck)blents et en remontant le Rhin et la Moselle, 
tout étoit couvert de leurs bateaux chargés de tout 
l'appareil nécessaire pour faire de grands sièges et 
pour la subsistance de leurs armées. D'ailleurs, ils 
étoient dans une intelligence parfaite avec le duc de 
Lorraine, mais elle étoit tenue fort secrète. 

Le 9 avril. Verrue se rendit au duc de Vendôme. Ce 
siège, qui dura près de cinq mois, coûta des sommes 
immenses et beaucoup d'hommes. Le duc de Vendôme 
s'obstina à l'attaque d'une place très bonne et qui 



174 MÉMOIRES DE VILLÂR8. [4705 

avoit une communication libre avec le camp de Grea^ 
centino , ce qui auroit fait durer le siège des années 
entières. Â la fin, il se rendit à la raison, qui étoit 
qu'il valoit mieux attaquer Verrue par le camp que le 
camp par Verrue. Dès que ce camp fut ^nporté, Ver^ 
rue capitula. 

Le maréchal de Villars piY>posa le s' de BohanS 
ancien colonel du régiment de Turenne et Fun des 
meilleurs officiers d'infanterie, pour commander dans 
Longwic, et le s"" de Marcé, très brave officier, pour 
commander dans Sarlouis. Ces deux marédiaux de 
camp eurent l'un et l'autre leurs ordres pour se rendre 
à leur destination. Le maréchal ne fut que six jours à 
la cour, pendant lesquels il régla avec le roi tout ce 
qui pouvoit regarder l'ouverture de la campagne, tant 
pour les troupes qui dévoient former son armée que 
pour les généraux qui dévoient servir sous lui. 

A peine les pluies, qui avoient fait déborder les 
rivières de la Saare et de la Blise, furent-elles cessées 
qu'il marcha avec huit ou dix mille hommes pour 
attaquer les quartiers que les ennemis avoient au delà 
de la Saare et prit les Deux-Ponts où l'on fit deux 
cents prisonniers. On y trouva beaucoup de bagages. 
La ville de Hombourg fut prise aussi ^, et l'on auroit 
poussé plus avant dans les quartiers ennemis les plus 
éloignés, si les pluies n'avoient recommencé violem- 

1. Jean- An t. -Fr. de Boham, maréchal de camp depuis 1704, 
fut nommé gouverneur de Longwy le 17 mars 1705, et y mourut 
en 1722. 

2. Mais la garnison se retira dans le château, et Villars renonça 
à en faire le siège, à cause du mauvais temps. La dépêche du 
20 avril, qui rend compte de ces opérations, est imprimée (Pelet, 
ouv. dté, V, 394). 



1705] MÉMOIRES DE VILLÀRS. 475 

meDty en sorte que Ton ne put repasser la Saare que 
sur le pont de Saint-Jean de Sarbrick et que les plus 
petits ruisseaux mêmes ne se pouvoient passer à gué. 

Le 83^ avril, il apprit l'arrivée de milord Marlbo^ 
rough à la Haye. Il alla visiter Sarlouis, où il trouva 
M. de Ghoisy, gouverneur, peiné de ce que le roi 
renouveloit les anciens ordres de soutenir des assauts 
au corps de la place. Le maréchal lui dit que les Turcs 
ne songeoient jamais à défendre aucun dehors, négli^ 
géant même cette manière de fortification ; qu'ils 
avoient fait lever le siège de Bude, attaqué^ par toutes 
les forces de TËmpire commandées par le duc de Lor- 
raine et par trois électeurs ; qu'il falloit des dehors 
pour lasser un ennemi et le rebuter enfin par des 
assauts infructueux. Cette conduite n'a été pratiquée 
ni par les gouverneurs français ni par ceux des enne- 
mis : la défense de presque toutes les places attaquées 
pendant cette guerre ayant mérité des punitions plu- 
tôt que des récompenses. 

Le maréchal de Villars fit connoitre, par ses lettres 
du %^ mai^ tout ce qu'il pensoit sur les divers projets 
que les ennemis pouvoient former, en cas que toutes 
les forces qu'amenoit le duc de Marlborough se joi- 
gnissent à celles du prince de Bade, et la nécessité 
qu'il y avoit que le maréchal de Mardn concertât ses 
mouvements de manière que le prince de Bade ne pût 
se mettre entre l'armée du maréchal de Villars et celle 
du maréchal de Marcin qui étoit en Alsace. Il régla 
au^i toutes les marches de manière qu'à tout événe- 
ment leur jonction (CA sûre. Enfin il crut devoir deman- 

i. Imprimée dans Pelet, ouv, cité, V, 404. 



176 MÉMOIRBS DE VILLÀRS. [1705 

der au roi ses ordres, ou pour chercher une bataille, 
ou pour ne la donner qu'en se procurant tous les avan- 
tages des postes. Voici la dépêche qu'il écrivit sur ce 
sujet, le 5* mai 1705, à M. de Ghamillart, ministre de 
la guerre : 

Je vois, Monsieur, par la lettre dont il vous a plu de m'hono- 
rer, le 30 du mois dernier, les avis que vous avez que le prince 
de Bade et milord Marlborough doivent agir de concert pour 
Fexécution de leurs projets sur la Saare. Vous me priez de vous 
dire ma pensée sur cela ; mes dépêches précédentes ont prévenu 
cette question et j'ai eu Thonneur de vous informer de tout ce 
qui se pouvoit, imaginer et des divers partis que Ton pouvoit 
prendre, si les ennemis unissoient leurs forces pour le siège de 
Sarlouis, et les projets que nous pouvons former, si au contraire 
les ennemis faisoient leurs principaux efforts en Flandres. Je 
ne puis maintenant rien ajouter à ma dépèche du 2. 

Vous me faites Thonneur de me dire, Monsieur, que, si M. de 
Bade et M. de Marlborough joignoient leurs forces pour le siège 
de Sarlouis, en ce cas ils abandonneroient Landau. Je dois 
prendre la liberté de vous demander si, en ce même cas, vous 
croyez que le roi ordonnât à M. le maréchal de Marcin d'en faire 
le siège : car de marcher simplement aux lignes de Wissem- 
bourg ce seroit prendre une peine inutile. Les ennemis ne son- 
geront pas à les défendre et se contenteront de jeter dans Lan- 
dau et dans Philisbourg le peu de troupes qu^ils auront laissées 
dans ce pays-là. 

Quant à la marche des* ennemis vers la Saare, elle ne sera 
pas difQcile. Celle de M. le prince de Bade à Sarbruck est très 
belle. Pendant que milord Marlborough marchera entre la Moselle 
et la Saare droit à moi, lui seul ne me fera pas quitter mon 
poste, mais si, pendant que milord me fera tête, M. de Bade 
marche à la Nied, après avoir passé la Saare à Sarbruck, alors 
je n'ai plus que les postes du côté de Sierk et je suis forcé de 
quitter une partie de la Nied, jusqu'à ce que, M. le maréchal de 
Marcin m'ayant joint par un tour assez grand, je sois assez en 
force pour marcher aux ennemis, les resserrer et enfin leur dis* 



1705] MÉHOnUBS DE VILLARB. 177 

puter le terrain par une sage conduite. Les ennemis prendront 
le parti que je viens de dire, s'ils cherchent un combat, et je 
dois éviter de le donner avec des forces inégales. Il peut arriver 
aussi que M. le prince de Bade fortifiera M. de Marlborough de la 
plus grande partie de ses troupes et se contentera de faire croire 
qu'U a des desseins, quand il s^en tiendra à celui de conserver 
ses lignes. 

Pour ce qui regarde les vivres des ennemis, la marche de 
M. le prince de Bade, s'il vient sur la Saare, est courte; il en 
portera suffisamment et sans peine pour le temps qu'il sera sans 
joindre milord Marlborough, après quoi, ils les tireront conjoin- 
tement de Trêves. 

Quant à la subsistance des chevaux, elle sera médiocre jus- 
qu'à ce qu'ils soient sur la Nied qui commencera à leur fournir 
des herbes. 

Si M. le maréchal de Marcin arrive sur Sarbruck avant le 
prince de Bade et lui défend le passage de la Saare, notre situa- 
tion sera fort diflérente, car alors je donne la main à H. le 
maréchal de Marcin et nous pouvons espérer de défendre la Saare. 

Pour cela. Monsieur, il ne faut pas être retenu par la crainte 
d'abandonner les lignes d'Haguenau. Il fout seulement que le Fort- 
Louis, Strasbourg et Phalsbourg aient des garnisons suffisantes. 

Ce que j'ai l'honneur de vous dire. Monsieur, est la première 
réflexion que j'ai faite quand le roi m'a honoré du commande* 
ment de cette armée. J'eus soin de la représenter à Sa Majesté, 
et à vous aussi, Monsieur, lorsque je revins de Languedoc. J'es- 
père, avec l'aide de Dieu, que, si les ennemis font quelque fausse 
démarche devant moi, je saurai bien en profiter. S'ils sont assez 
imprudents pour m'attaquer dans de bons postes, ou si je puis 
entreprendre sur eux, sans commettre légèrement les forces de 
l'État, je n'en perdrai pas l'occasion. 

Je vois. Monsieur, que les vaines frayeurs que l'on vouloit 
avoir de manquer d'hommes, de chevaux et d'argent n'ont plus 
aucun fondement par les sages précautions de Sa Majesté et par 
la force avec laquelle vous exécutez ses ordres. Nos armées 
sont bonnes, bien payées, et enfin nous avons le temps et l'ar- 
gent. Ge n'est plus le cas où je vous demandois moi-même s'il 
fidloit chercher à combattre. Vous comprendrez aisément, Mon- 
n 12 



178 1IÉII0IRB8 DE VILLÂRS. [4705 

sieur, que, bMI pouroit arrlyer que les années ne ftissent pas 
payées, elles pourroient se ruiner et se dissiper sans combat, 
auquel cas il vaut mieux hasarder une bataille. U y a des occa- 
sions où il est de la sagesse de la chercher, quand même on la 
donneroit avec désavantage. Il y en a d'autres où, paroissant 
tovgours chercher le combat, il liuit cependant plutôt manquer 
une occasion que de ne se la pas donner la plus ftvorable qu'il 
est possible. Je suis persuadé que milord Marlborough se pré- 
sentera. S'il le bit aussi imprudemment qu'il l'a fait la dernière 
fois en Allemagne, j'espérerois de la bonté de Dieu de bien pro- 
fiter de sa témérité. Voilà proprement ce que j^appelle fausse 
démarche. S'ils n'en font pas d'autre que de se mettre, comme 
l'on dit, en place marchande, c'est-à-dire qu'il n'y ait ni avan- 
tage ni désavantage à attaquer, c'est à vous. Monsieur, à voir 
ce que vous estimez convenable à la situation actuelle des 
affaires du roi, et à Sa Majesté à me donner ses ordres. 

Je ne les ai pas attendus pour combattre à Fridlingue, car il 
n'y avoit alors d'autre parti à prendre que de chercher le com- 
bat, comme les ennemis n'en avoient d'autre que de l'éviter. 
Mais j'ai vu souvent Sa Majesté ordonner à ses généraux de 
chercher fennemi et le combat. Tels furent les ordres que reçut 
M. de Luxembourg avant la bataille de Fleurus. J'ai vu la lettre 
de M. de Louvoie. Elle portoit deux fois ces mots : « Et Sa 
Majesté s'attend qu'avec l'armée qu'elle a mise sous votre oom- 
mandementy vous ne manquerez pas la première occasion de 
combattre, i Si Elle me l'ordonne ainsi, la première occasion 
pour moi sera dès que milord Marlborough passera la Saare. Il 
y avoit toiyours ordre de combattre en Allemagne toute la der- 
nière guerre. 

Je crois. Monsieur, avoir l'honneur de vous exposer bien 
nettement la matière et avoir raison de désirer vos instructions. 
Ce n'est point par inquiétude, mais pour connoitre mieux les 
véritables intérêts de Sa Majesté. Je n'attendrai pas ses ordres 
pour profiter d'une fkusse démarche, ni pour empêcher autant 
que je le pourrai l'investiture d'une place. Mais, si je ne le puis 
qu'en donnant une franche bataille, je crois. Monsieur, qu'il est 
de la sagesse de vous demander ce que veut Sa Majesté. Je vous 
répète encore que ce n'est point pour avoir des ordres qui 



1705] MéMOnUSS DE YILLARS. 179 

puissent me disculper en cas d'événement. La bonté du roi est 
trop connue et j'ose me flatter que mon ardeur pour son ser- 
vice l'est aussi. Je n'ai aucune timidité d'esprit et, avec l'aide 
de Dieu, je prendrai hardiment les bons partis-, mais, si je dois 
chercher une bataille à terrain et avantage égaux, et à forces à 
peu près égales, c'est sur quoi Sa Majesté doit voir ce qui lui 
convient et me rendre la justice d'être bien persuadée qu'elle 
n'a pas un siget plus zélé ni plus dévoué que je le suis, ni vous, 
Monsieur, personne qui soit avec plus d'attachement, etc. 

P. S. J'apprends par tous les avis que le prince de Bade est 
arrivé le 30 à Rastatt et que les ennemis sont déjà campés en 
divers endroits. On voit leurs tentes autour de Trêves. Par le 
temps horrible qull fait, on doit être bien aise de les voir déjà 
en campagne. Je suis persuadé que M. le maréchal de Marcin 
est bien assuré que rien ne presse, puisqu'il est encore à Paris. 
Pour moi, je vais après-demam m'établir à Thionviile pour être 
plus près des nouvelles. 

Le 5 mai, l'empereur Léopold mourut. Son règne 
fiit très glorieux et rempli de grands événements. 
G'étoit un prince très éclairé et, quoiqu'il n'eût jamais 
été à la guerre, il avoit cependant montré dans toutes 
les occasions une grande fermeté. Sa bonté fut quel- 
quefois estimée foiblesse, suivant par sagesse la plu- 
ralité, lors même qu'elle étoit contraire à son avis, qui 
étoit presque toujours le meilleur. 

Le maréchal de Villars reçut un courrier du maré- 
chal de Villeroy avec des lettres du 5 mai, qui lui 
apprenoient que toutes les troupes angloises commen- 
çoient à s'ébranler et à s'approcher de la Meuse. Le 
maréchal Toop ayant fait plusieurs voyages vers le 
prince de Bade, on ne pouvoit mettre en doute que ce 
ne fût pour concerter tous les mouvements des deux 
généraux et pour agir en même temps avec toutes les 
forces de la ligue. Gonune toutes les troupes des enne- 



180 MÉMOIRES DE VILLARS. [1705 

mis à Trêves grossissoient tous les jours, le maréchal 
de Yillars fit avancer à Sirk le s' du Rosel, lieutenant 
général, avec la tête de Farmée, et fit marcher une 
autre tête de troupes à Bousonville pour placer ses 
troupes entre Sarlouis et Thionville et pouvoir les 
mettre ensemble, dès que les ennemis approcheroient 
de Trêves avec le gros de leurs forces. 

Cependant, comme les pluies avoient recommencé 
très violemment, les mouvements des ennemis furent 
suspendus du côté du Rhin et du côté de la Flandre. 
Sur cette suspension, le maréchal de Yilleroi jugea que 
les forces de la ligue regardoient la Flandre, et le maré- 
chal de yillars reçut ordre du roi de prendre des 
mesures pour y envoyer du secours. Ce général écri- 
vit en même temps une lettre fort étendue sur les divers 
desseins que les ennemis pouvoient former vers la 
Flandre, persuadé cependant que les retardements de 
leur marche vers la Moselle n'avoient d'autre cause que 
l'impossibilité de marcher, lorsque tous les pays sont 
inondés. Effectivement, il n'étoit pas vraisemblable 
que les dépenses excessives de la ligue pour remplir 
Trêves de magasins, pour y faire des camps retran- 
chés, pour couvrir tout le Rhin de bateaux et de muni- 
tions inunenses de vivres et de guerre n'eussent pour 
objet la Moselle et la Saare, frontière du royaume cer- 
tainement la plus foible et qui, une f(MS pénétrée, don- 
noit à l'ennemi la Lorraine très favorablement dispo- 
sée pour la ligue. 

Le 1 7 mai, toutes les incertitudes cessèrent par les 
nouvelles arrivées de toutes parts que toutes les forces 
ennemies de Flandre et d'Allemagne marchoient pour 
se joindre vers la Moselle. 



1705] MÉMOIRES DE VILLAR8. 181 

Sur ces avis, le maréchal de Villars marcha en 
avant, paroissant vouloir faire la moitié du chemin 
pour chercher une action, et prit ses mesures pour 
avancer vers l'ennemi lorsqu'il s'approchoit, sachant 
bien par la connoissance du pays qu'il se placeroit 
de manière que, si l'on vouloit l'attaquer, le poste seroit 
avantageux pour lui. Mais il comprit en même temps 
qu'il devoit éviter un combat où l'avantage du poste 
seroit égal, les ennemis ayant 40 bataillons plus que 
lui, pendant que les maréchaux de Yilleroy et de Mar- 
cin conservoient autant qu'il leur étoit possible toutes 
leurs troupes, et cela, disoient-ils, pour donner de l'in- 
quiétude aux ennemis vers la Flandre et le Rhin; 
comme si la raison de guerre eût permis de penser 
que le prince Louis de Bade et Marlborough, ayant 
formé dès le conunencement de l'hiver les projets les 
plus grands et les plus dangereux pour la France, 
eussent pu par de médiocres inquiétudes être détournés 
de les exécuter. 

Le 23 mai, l'on apprit que les ennemis s'approchoient 
de l'armée du roi, et les ordres de la cour ayant déter- 
miné les maréchaux de Yilleroy et de Marcin à faire 
des détachements assez considérables de leurs armées, 
afin que celle du maréchal de Yillars approchât un peu 
des forces de celle qui marchoît à lui, il manda au roi 
qu'il faisoit ouvrir tous les passages, afin de pouvoir 
marcher aux ennemis, et les combattre s'ils vouloient 
faire un siège devant lui. 

Il apprit le 29 mai que toutes les troupes angloises 
étoient arrivées à Trêves, et que le duc de Marlbo- 
rough étoit allé de Goblentz conférer avec le prince de 
Bade à Greutznach. Il étoit bien naturel que ces deux 



182 MÉMOIRES DE VILLARS. [1705 

généraux voulussent encore concerter leurs mouve- 
ments deux jours avant que d'entrer en action. 

Le même jour, les partis du maréchal de Yilleroy 
prirent un courrier de Télecteur de Brandebourg avec 
des lettres du prince au duc de Marlborough ; par ces 
lettres l'électeur paroissoit informé des projets, et fai- 
soit son compliment d'avance sur les succès. Les 
lettres étoient en chiffres. 

Le 30 mai, le maréchal de Yillars apprit que les 
armées ennemies avoient passé la Saare et campoient 
au deçà de Sarbourg^. Tous les avis leur donnoient 
plus de 80,000 honunés effectifs. 

Le 4 juin , l'armée ennemie, après avoir passé la 
Saare par une marche forcée, vint camper en présence 
de celle du roi. L'envoyé du duc de Lorraine qui 
s'étoit rendu auprès du duc de Marlborough revint ce 
même jour, et fit beaucoup de compliments de la part 
de ce général au maréchal de Yillars, lui marquant 
qu'il espéroit voir une belle campagne puisqu'il avoit 
à faire à lui et qu'il marchoit à la tète de 110,000 
hommes*. 

Le maréchal de Yillars, voyant l'armée ennemie 
s'étendre devant lui, étendit un peu sa droite, mais 
sans vouloir faire le moindre retranchement, parce que 

1. Cette nouvelle se trouva fausse : Marlborough passa la Sarre 
le- 5 juin à Gonsarbruck, et c'est sur les hauteurs de Perl qu'il 
déploya le lendemain son armée devant celle de Yillars. 

2. Il y eut en outre échange de politesses entre les deux géné- 
raux : « M. de Marlborough m'a envoyé quantité de liqueurs 
d'Angleterre, de vin de Palme et de cidre : on ne peut recevoir 
plus d'honnêtetés; j'ai renchéri autant qu'il m'a été possible; 
nous verrons comme les affaires sérieuses se passeront, i (Yillars 
à Ghamillart, 10 juin 1705.) 



1705] MÉIIÛniBS DE VILLAR8. 183 

son poste étoit oaturellement bon et que les retran* 
chements diminuent quelquefois l'ardeur des troupes. 

Il apprit le 5 juin, par une lettre du maréchal de 
Marcin, que le prince Louis marchoit à la Moselle avec 
la plus grande partie de ses troupes. Les généraux 
ennemis employèrent les deux premiers jours à recon- 
noltre la situation de Tarmée du roi, et le maréchal 
de YiUars avança un corps d'infanterie et de dragons 
pour engager une action, bien assuré de pouvoir 
retirer ce corps, mais ayant un extrême désir d'obliger 
Farmée ennemie à s'approcher de la sienne. Le 9, il 
fit attaquer leurs gardes de cavalerie et, content de 
son poste, il n'oijd)lia rien pour porter l'ennemi à 
quelque mouvement. 

U reçut alors une lettre du roi fort étendue sur les 
entreprises que pouvoient faire ses armées de Flandre. 
M. l'électeur de Bavière, secondé par M. le maréchal de 
Yilleroy, proposa d'attaquer Huy, Li^e et Limboui^. 
Le maréchal de YiUars manda au roi^ que de tels pro- 
jets n'empécheroient pas le prince de Bade et le duc de 
Marlborough de suivre ceux qu'ils avoient formés avec 
toutes les forces de la Ligue, et qu'il supplioit Sa 
Majesté de lui pardonner la liberté qu'il prenoit de lui 
dire que la raison de guerre vouloit que, quand toutes 
les forces ennemies menaçoient la frontière du royaume 
la plus foible, toutes celles du royaume marchassent à 
la défense; que son armée de Flandre étoit encore 
composée de 86 bataillons, lorsque les ennemis n'en 
laissoient que 34 retranchés sous Mastricht, c'est-à- 



1. Ces correspondances des 10 et 13 juin entre le roi, Ghamil- 
iart et Villars sont imprimées dans Pelet, Y, 439-451. 



184 MÉMOIRBS DE YILLARS. [1705 

dire qu'ils abandoDOoient tout, excepté la défense de 
cette place ; que, si on lui avoit envoyé de bonne heure 
les secours proportionnés aux forces des ennemis, il 
auroit pris des mesures différentes ; que tout ce qu'il 
avoit pu faire avec des forces inférieures, c'étoit de se 
bien poster et d'arrêter les ennemis depuis quinze 
jours, quoiqu'apparemment ils eussent compté de 
l'emporter en arrivant, ou du moins de le faire reculer, 
ce qu'il auroit fait s'il eût suivi la pensée de plusieurs 
de ses officiers généraux ; qu'enBn les ennemis, n'ayant 
pu réussir dans ce premier dessein, rassembloient 
tout. Le maréchal ajoutoit qu'il avoit déjà éprouvé plus 
d'une fois que l'on ne déféroit à ses conseils que 
lorsque l'on étoit convaincu que ceux des autres, qui 
d'abord étoient plus favorablement reçus, ne se trou- 
voient pas si bien fondés. 

Cependant, quoiqu'il fût assez tard pour lui envoyer 
des secours, le roi les ordonna, et il marcha quinze 
bataillons et vingt escadrons de l'armée de Flandre, 
avec douze escadrons de celle du Rhin. Le maréchal 
en les attendant ne put que fortifier les garnisons 
de Luxembourg et de Sarlôuis. Les ennemis conti- 
nuèrent à rassembler leurs forces, et elles alloient à 
100,000 honunes au moins, pendant que le maréchal 
n'en avoit que 55,000 au plus. 

Le prince de Bade arriva à Trêves le 15 juin. Le 
1 6 et le 1 7, l'ennemi fit les dispositions d'une attaque. 
On distribua la poudre et les balles, et, sur le refus 
d'attaquer que fit le prince de Bade, comme le publia 
le duc de Marlborough, toute cette nombreuse armée, 
n'ayant pu ébranler celle du maréchal, décampa la nuit 
du 1 8. Il est constant que l'armée de la Ligue étoit du 



1705] KÉMOIRES DE YILLAHS. 185 

double plus forte que celle du maréchal de Yillars, 
mais aussi le poste de ce général étoit excellent. Le 
prince de Bade, dans la crainte assez fondée de ne pas 
réussir, refiisa absolument d'attaquer, et le duc de 
Harlborough, de même que les autres généraux, furent 
bien aises de rejeter sur lui le dérangement du grand 
projet dont ils s'étoient flattés dans toute l'Europe. 
En effet, par cette retraite, les vastes desseins des 
ennemis qui menaçoient Sarlouis et Thionville, et qui 
par de telles conquêtes, ayant la Lorraine pour eux, 
s'ouvroient l'entrée du royaume, furent entièrement 
détruits. 

Ce fiit un grand événement^, et auquel l'Europe 
entière ne s'attendoit pas. Le duc de Lorraine, qui con- 
cevoit de grandes espérances des conquêtes dont les 
ennemis se flattoient, avoit un envoyé auprès du 
maréchal de Yillars et un autre auprès du duc de 
Marlborough. 

Ce dernier envoyé, arrivant à la pointe du jour dans 
le quartier général de Marlborough, y trouva les hous- 
sards françois, et leur dit sans les connoltre qu'il avoit 
un passeport du général. Les houssards le trouvant 
signé Marlborough le dépouillèrent et le menèrent au 
maréchal de Yillars dans le temps que l'autre ministre 
de Lorraine étoit auprès de lui. Le maréchal dit à ces 
deux, envoyés : c Yous voyez , par la différence de 
vos situations et de votre équipage, celle que vous 
devez mettre entre vos amis; assurez votre maître 

1. Villars fit peindre un tableau représentant Tannée de 
Marlborough en présence de la sienne ; il était dans le billard du 
château de Vaux, avec les tableaux représentant les principales 
victoires du maréchal. 



186 MÉMOIRBS DE VOUAS. [1705 

qu'il n'en peut jamais avoir de meilleur que le roi. » 
Le maréchal reçut des lettres du roi, datées du 1 8, 
par lesquelles Sa Majesté ordonnoit au maréchal de 
Mardn de le joindre. Cet ordre ne fut donné que sur 
la connoissance que le roi eut que le prince de Bade 
joignoit le duc de Marlborough, et ces derniers ordres 
de la cour auroient été inutiles si, par la situation 
avantageuse que le maréchal de Villars avoit prise, les 
projets des ennemis n'avoient été déconcertés. 

Le 18, le duc de Marlborough, après avoir passé la 
8aare et la Moselle, manda au maréchal de Villars que 
le prince de Bade lui avoit manqué de parole et ne 
l'avoit pas joint le 1 comme il le deVoit ; qu'au sur- 
plus, il le prioit d'avoir assez bonne opinion de lui 
pour croire qu'il ne se seroit pas retiré sans action, 
si le général de l'Empire n'avoit pas rompu tous ses 
projets, et qu'il envoyoit un lieutenant général à l'em- 
pereur pour s'en plaindre. Tous les généraux ennemis, 
sans ménager les termes, se plaignoient hautement de 
cette trahison, et envoyèrent un trompette au maré- 
chal de Villars pour lui dire qu'il ne vouloit pas qu'il 
ignorât leurs sentiments, et qu'ils le prioient de les 
faire connoltre à son maître. De telles explications si 
publiques de la part du duc de Marlborough et de ses 
lieutenants étoient une espèce de manifeste contre le 
prince de Bade, dont la conduite n'étoit pourtant pas 
si blâmable, la bonté du poste que le maréchal de 
Villars avoit pris soin d'occuper pouvant rendre dan- 
gereux le succès d'un combat. 

Le maréchal disposa ses troupes, afin que les ordres 
du roi les trouvassent prêtes à suivre ceux qu'elles 
recevroient. Il proposa d'aller attaquer Trêves et tous 



1705] MÉMOIRES DE YniLARS. 187 

les postes que les ennemis occupoient sur la Saare, 
de prendre Hombourg, de fortifier Bitche et de faire 
ensuite le siège de Landau. Mais il lui arriva dans cette 
occasion ce que Ton a déjà vu, et ce que Ton trouvera 
dans toute la suite de la guerre, c'est qu'aussitôt qu'il 
avoit réparé un malheur et mis les affaires dans une 
disposition favorable à exécuter de grands projets, le 
crédit des autres généraux à la cour faisoit préférer 
leurs petits desseins à toute l'utilité de ceux qu'il pro- 
posoit. Ainsi la retraite des forces ennemies lui attira 
des ordres de renvoyer en Flandres la plus grande 
partie de ses troupes. Mais le roi lui marqua une 
grande satisfaction de sa conduite, et lui destina le 
commandement de l'armée du Rhin ^ . 

Dans le moment, le maréchal prit la résolution d'al- 
ler attaquer les lignes de Weissembourg et, s'il étoit 
possible, de pousser ensuite les ennemis jusqu'à Spir- 
bach, afin de pouvoir faire le siège de Landau si le roi 
le désiroit. Pour cela, il concerta avec le maréchal de 
Marcin les mouvements que dévoient faire leurs troupes, 
et prit des mesures pour se joindre le 1 ^'^ juillet. En 
mettant l'armée en marche pour ce dessein, il crut, 
par quelques mouvements de troupes sur Trêves, 
devoir essayer d'ébranler le corps que les ennemis y 
avoient laissé sous les ordres du général Opach. 
Celui-ci, à la première approche des comtes Dubourg 
et de Druy, abandonna Trêves avec précipitation, y 

1. La lettre du 20 juin 1705 est imprimée dans Pelet, Y, 460; 
on y lit : c La résolution que le duc de Marlborough a prise 
est due à votre fermeté.... mes affaires, par le parti que vous 
avez obligé le duc de M. à prendre, sont au meilleur état que je 
les pouvois désirer. » 



188 MÉMOIRES DE VILLARS. [1705 

laissa quelques pièces de canoo, jeta dans la Moselle 
toutes les munitions de guerre et de bouche et r^assa 
diligemment la rivière pour se retirer vers Goblentz. 

Le maréchal de Yillars, marchant à pied à la tète 
de l'infanterie, eut une attaque de goutte, et, n'ayant 
pu se donner le repos nécessaire pour la dissiper 
entièrement, il en fut incommodé pendant presque 
toute la campagne. 

Toutes les mesures prises pour joindre les troupes 
du maréchal de Marcin, celles que commandoit le 
maréchal de Villars arrivèrent le S juillet à Vert^. On 
séjourna un jour, et le troisième, ayant fait une marche 
forcée, on arriva le 4 à la pointe du jour sur les hau- 
teurs de Weissembourg, dont les retranchements étoient 
défendus par 5 ou 6,000 hommes. Le reste de Tarmée 
ennemie devoit y arriver le jour d'après, mais la 
marche avoit été retardée de trois jours par le mou- 
vement que le maréchal de Villars avoit fait vers 
Trêves; ce qui avoit persuadé aux ennenus que ce 
général avoit pour premier objet d'attaquer Trêves et 
Sarrebourg. Tous leurs généraux, comptant que Trêves 
étoit son premier dessein, comptèrent d'arriver à 
Wissembourg avant lui. Ce corps de 6,000 honunes 
qui défendoit les lignes fut défait et les houssards le 
poussèrent jusqu'à Landau. On ne fit que 600 prison- 
niers et 7 officiers seulement. Mais les ennemis 
avouèrent qu'ils avoient perdu plus de 1 ,500 honunes, 
beaucoup d'équipages et d'argent, les houssards ayant 
eu plus de 1 5,000 livres en or. 



i. Wœrth, sur la Sauerbach, devenu célèbre depuis par la 
bataille du 6 août 1870. 



1705] MÉMOIRES DE YILIARS. 189 

On prit les châteaux de Sels, de Rederen et de Hai- 
ten^, avec les garnisons à discrétion. 

Le maréchal ayant été à cheval pendant toute l'ac- 
tion de Weissembourg, malgré d'assez grandes dou- 
leurs de goutte, il lui fut impossible d'y monter le jour 
d'après, et par conséquent d'y continuer l'attaque du 
camp retranché de Lauterbourg, dont le maréchal de 
Marcin et les autres généraux lui déclarèrent l'accès 
entièrement impossible. 

Le maréchal de Yillars envoya ordre de raser tous 
les retranchements que les ennemis avoient faits à 
Trêves, lesquels étoient très solides. Conmie il vit des 
difficultés insurmontables au siège de Landau, il pro- 
posa celui de Friboui^^ et ordonna au même temps 
au marquis de Refuge', après avoir rasé Trêves, de 
prendre Hombourg. 

Il apprit alors par les lettres du maréchal de Yille- 
roy que les lignes de Flandres avoient été forcées le 
1 9* juillet par Marlborough, près l'abbaye d'Heileissem, 
que la gauche de l'armée du roi avoit été battue, que 
l'on y avoit perdu douze pièces de canon ; que le mar- 
quis d'Âlegre^ et le comte d'Horn^ avoient été pris, 

i. Série de petites bicoques situées sur un ruisseau qui va de 
Soultz au Rhin. 

2. Les correspondances échangées à ce sujet entre Yillars, le 
roi et GhamiUart sont imprimées dans Pelet, Y, 481-490. 

3. N. Pomponne, marquis de Reffuge, lieutenant général 
depuis 1696. 

4. Yves, marquis d'Alôgre, lieutenant général depuis 1702, 
maréchal de France en 1724, cordon bleu en 1728, mort à 
quatre-vingts ans. 

5. Phil.-Max., comte de Homes, maréchal de camp en 1702, 
lieutenant général en 1704, mourut en 1709, avant d'avoir été 
échangé. 



190 MÂMOIRES DE YILLARS. [1705 

et que Ton regardoit comme une espèce de miracle 
que l'armée entière n'eût pas été défaite. 

Cette DOUYelle affligea fort le maréchal, et plus peul^ 
être que ses confrères ne Tauroient été, s'il lui étoit 
arrivé quelque disgrâce de son côté. L'armée du roi, 
à la tète de laquelle étoit l'électeur de Bavière, se retira 
derrière Louvain. 

On remarquera en passant que le maréchal de Yil- 
lars avoit toujours été fort opposé à cette manière de 
tourner la guerre en défense de lignes; il l'estimoit 
très dangereuse, et, en effet, l'expérience a fait voir 
que les lignes ont toujours été forcées. 

Le S5 juillet, on battit un parti de 200 chevaux des 
ennemis tous tués ou pris. 

Le même jour, un parti des houssards françois, ayant 
fait prisonniers quelques impériaux, en pendirent un, 
sur ce qu'on leur dit que le général Thingen avoit 
fait pendre un de leurs camarades, et mandèrent au 
général des impériaux qu'ils traiteroient les prison- 
niers comme on traiteroit les leurs. Le maréchal de 
Villars, informé de cette cruauté, fit chercher le capi- 
taine houssard qui l'avoit ordonnée, afin de Tenvoyer 
au général Thingen pour en faire la justice qu'il trou- 
veroit à propos. Mais ce capitaine se sauva. 

Dans le même temps, le général ennemi, informé 
de l'action des houssards françois, mit entre le confes- 
seur et le bourreau un capitaine prisonnier, et manda 
au maréchal de Yillars que, si on ne lui faisoit pas jus- 
tice de l'action des houssards, le capitaine seroit pendu. 
Le maréchal ne pouvoit envoyer le capitaine houssard 
qui s'étoit sauvé, mais à sa place on trouva les deux 
houssards qui avoient pendu le prisonnier ennemi, il 



4705] MÉMOIRES DE VILLARS. 194 

les fit remettre au prévôt pour les envoyer le jour 
d'après. Us se sauvèrent la nuit, et le malheureux capi- 
taine françois, qui étoit toujours dans la mauvaise com- 
pagnie du confesseur et du bourreau, auroit été pendu 
si l'on n'avoit amené au marédial de Yillars un hous^ 
sard qui venoit de voler et tuer des paysans. On l'en- 
voya au général Thingen qui renvoya sur-le-champ le 
capitaine françois. 

Le S7 juillet, Hombourg fut pris. Par cette conquête, 
les évèchés de Metz et de Toul, avec tous les pays qui 
étoient au delà de la Saare, et qui payoient contribu- 
tion aux ennemis, furent délivrés de cette &cheuse 
situation. 

Le malheur arrivé en Flandres attira au maréchal 
de Yillars des ordres d'y envoyer des détachements 
considérables de troupes, et, dès lors, il ne fut plus 
question de nouvelles entreprises de son côté ; il prévit 
seulement que bientôt il seroit réduit à une défensive 
embarrassante, et de nouveaux ordres reçus le 7* août 
l'obligèrent encore d'envoyer des détachements en 
Italie. 

Dans les mêmes temps, l'armée des ennemis se for- 
tifioit, et le prince de Bade, qui la vit en état d'agir 
et d^approcher celle du roi, se rendit dans son camp^. 

Le 1 SI août, le maréchal de Yillars attaqua les postes 
que les ennemis avoient sur la petite rivière de Rench*, 
et tout fut emporté. Leur infanterie se jeta dans la 

1. Le camp de Stollhofen, sur la rive droite du Rhin. 

2. Petite rivière du duché de Bade qui se jette dans le Rhin 
près de Stollhofen. Villars avait passé le Rhin le il avec deux 
colonnes, l'une par Kehl, l'autre par Gambsheim. Lichtenau est 
sur la rive droite, en face de Drusenheim. 



198 MÉMOIRES DE YILLiOlS. [1705 

petite ville de Liechtenau qui fut emportée de même. 
On leur tua plus de SOO hommes et l'on revint avec 
un pareil nombre de prisonniers. Le s' des Eddes, 
brigadier de nos dragons, y fut tué. 

Cependant l'armée impériale fut augmentée de toutes 
les troupes palatines, et tous les détachements que les 
ennemis dévoient envoyer en Flandres la rejoignirent. 
Ainsi elle se trouva de plus de 70,000 hommes, et Ton 
vit par des états fidèles qu'elle étoit composée de 
1 04 bataillons et de 1 60 escadrons, ce qui la rendoit 
de beaucoup supérieure à celle du maréchal de Yillars. 
Une si grande supériorité du côté des ennemis n'em- 
pêcha pourtant pas que ce général ne reçût des ordres 
de la cour, du 19^ août, pour envoyer encore huit 
bataillons et dix escadrons en Flandres. 

Le SIS* août, le prince de Bade marcha à Soûls avec 
une armée très considérable. Il étoit à deux lieues 
d'Haguenau. Les lignes de la Hutter, en comprenant 
le terrain qu'il falloit garder pour conserver le Fort- 
louis, avoient douze lieues d'étendue. Ainsi, l'ennemi, 
campé dans le centre avec ses forces entières, mena- 
çoit tout, et le maréchal de Yillars ne voulut pas s'ex- 
poser au péril qu'avoit couru le maréchal de Yilleroy 
pour s'être étendu le long des lignes de Flandres. 

Il lui étoit arrivé que sa gauche fut battue, et ce fut 
par la faute des ennemis, qui se contentèrent de ce 
premier succès, que l'armée entière ne fut pas détruite. 

Le marquis de Silly*, voyant le prince de Bade arri- 

1. Jacq.-Jos. Vipart, marquis de Silly, blessé à Neerwinde et 
à Hochstsedt, maréchal de camp en 1704, acheva la guerre sous 
Villars. Lieutenant général en 1718, conseiller d'État en 1720, 
cordon bleu en 1724, il mourut en 1727. 



1705] MÉMOIRES DE VILLARS. 193 

ver sur la ligne, fit revenir les troupes de Paffoven ^ 
et d'Ingwiller et se retira sur Haguenau. 

Le 30, le maréchal de Yillars marcha en bataille 
aux ennemis, qui firent avancer quelques escadrons 
pour soutenir leurs gardes. Elles furent chargées et 
poussées jusque dans leur front de bandière. Us se 
mirent en bataille derrière un petit ruisseau qui leur 
donnoit un bon poste, et où le maréchal de Yillars ne 
crut pas devoir attaquer une armée plus forte que la 
sienne. On leur prit un très grand nombre de chevaux 
et plus de deux cents bœufs de Hongrie. 

Sur la nouvelle qu'il arrivoit un convoi aux enne- 
mis, le maréchal de Yillars détacha trois lieutenants 
généraux avec des corps de 5,000 à 6,000 hommes 
choisis pour Tattaquer, et tous revinrent sans oser 
Fentreprendre*. La goutte, qui alors ne permettoit 
pas au maréchal de Yillars de monter à cheval, sauva 
ce convoi. Mais il Ait bien mortifié de voir les officiers 
de son armée si peu entreprenants. 

Cependant, le 11* septembre, Tarmée du prince de 
Bade fut augmentée de toutes les troupes de Prusse et 
de 4,000 hommes de celles de Saxe; ainsi, avec le 
corps que les ennemis avoient devant les lignes de 
Bihel et celui qui étoit sous Lauterbourg, le prince de 
Bade pouvoit compter avoir 30,000 hommes^ plus que 
le maréchal de Yillars. 



1. Pfaffenhofen. 

2. Cette attaque manquée était commandée par M. de Lan- 
nion les 6 et 7 septembre. 

3. Dans ses dépèches, Yillars n'évalue cette supériorité qu'à 
15,000 hommes. La cour n'y croyait pas (Pelet, Y, 522) : elle fut 
pourtant démontrée dans la suite (id., 549^ 

n 13 



494 MÉMOIRES DE VILLARS. [1705 

Cette supériorité ne permettoit aucune situation 
avantageuse à Tarmée de France, et Tennemi pouvant 
dans une marche de nuit se mettre derrière le ruisseau 
de Brompt, le maréchal de Yillars se seroit trouvé 
enfermé. Il marcha donc le 1 3* pour mettre ce ruisseau 
devant lui, et par là les ennemis eurent la liberté de 
faire le siège de Haguenau. Le maréchal voulut en 
retirer les troupes, mais le s' de Pery qui commandoit 
dans cette place l'assura si fortement qu'il trouveroit 
les moyens de n'être pas prisonniers de guerre, qu'il 
l'abandonna à la conduite de cet officier général. L'ar- 
mée ennemie vint camper le 1 6 septembre sur la Zorn, 
sa droite à Brompt et sa gauche à Weiersheim. 

Le â octobre, le maréchal fit attaquer la nuit un 
petit camp que les ennemis avoient près du château 
d'Ocfelt^, et tout fut tué. Ainsi il ne négligeoit aucune 
des petites entreprises, les importantes ne lui étant 
pas permises par la trop grande supériorité de l'armée 
ennemie. 

On envoya le s"* de Streifi', maréchal de camp, avec 
3,000 chevaux et 500 hommes de pied pour pénétrer 
les montagnes noires et pour étendre les contributions 
le plus loin qu'il seroit possible. Cet officier général 
battit 1 ,300 hommes qui gardoient la gorge de Yal- 
kirk. La petite ville de Drusenheim, défendue par un 
nommé Gonche, se rendit, et la garnison fut prison- 
nière de guerre. [24 septembre.] 

Haguenau tint jusqu'au 8^ octobre, et le s' de Pery 

1. Hochfelden, à 10 kil. à l'ouest de Brompt ou Brumath. 

2. Gh.-Fréd. de Streiff, baron de Lœwenstein, Allemand au 
service de la France, maréchal de camp en 1704, officier de 
mérite qui fut tué le 21 juillet 1706; voy. ci-dessous, p. 213. 



1705] MÉMOIRES DE VILLARS. 195 

qui y oommandoit, voyant la place ouverte, demanda 
à capituler. On le voulut avoir prisonnier de guerre ; 
mais il prit si bien ses mesures que la nuit il força les 
gardes ennemies qui étoient sur le chemin de Saveme, 
où il ramena toute sa garnison après avoir fait perdre 
aux ennemis plus de 2,000 hommes pendant le siège^. 
Ainsi le maréchal de Yillars, que presque tous les 
officiers de son armée avoient pressé d'abandonner 
Haguenau dès le 1 1 * septembre, se sut bon gré d'avoir 
gagné près d'un mois dans une saison si avancée ; en 
sorte que la supériorité des ennemis, qui étoit de près 
de 30,000 hommes, comme nous l'avons dit, ne leur 
valut que les murailles très mauvaises de Haguenau. 

Le maréchal de Yillars, attentif à reconnoltre le 
mérite des officiers, supplia le roi de récompenser, par 
la dignité de lieutenant général, la fermeté et la bonne 
conduite du s' de Pery, et Sa Majesté lui accorda cette 
grâce. 

Le SI , les officiers de jour mandèrent au maréchal 
que l'armée impériale marchoit à lui. Il s'avança avec 
dix escadrons pour reconnoltre ses mouvements, et 
trouva que c'étoit seulement mille chevaux des enne- 
mis qui venoient reconnoltre son camp . Il les fit repous- 
ser, et tout se retira après une légère escarmouche. 

Le 27, l'armée impériale décampa et marcha vers 
Paffoven après avoir fait quelques détachements, mais 
médiocres, vers l'Italie. 

Le marédial de Yillars, de son côté, fortifia la gar- 
nison de Hombourg et mit cette place en état de ne pas 



1. La relation de cette mémorable sortie, adressée par M. de 
Péry & Yillars, est imprimée dans Pelet, V, SOI. 



496 MÉMOIRES DE VILLÂAS. [1705 

craindre un siège. En même temps, il fit ses disposi- 
tions pour être en état d'agir si les ennemis éloignoient 
trop leurs quartiers d'hiver, et pour suppléer à un 
grand nombre de chevaux morts dans la cavalerie ; il 
en fit mettre deux mille des vivres sur une ligne, et 
derrière ces chevaux tous les cavaliers qui avoient 
perdu les leurs, ayant devant eux leurs selles et leurs 
bottes. Outre cela, il prit tous les chevaux d'équipage 
à commencer par les siens, ne s'en réservant que deux 
de main. Il y joignit tous ceux des officiers généraux, 
et même dans l'infanterie, et par ce moyen il remonta 
près de 4,000 cavaliers qui devenoient en état de ser- 
vir dans l'occasion. Cette disposition ne laissa pas de 
persuader à un ennemi supérieur en forces qu'il ne 
pou voit pas se séparer sans s'attendre à une action. 
Cependant le maréchal reçut des ordres de la cour 
d'envoyer 30 compagnies de grenadiers à Nice. Il 
paroitra surprenant, et il l'est en effet, qu'au lieu de 
le fortifier de troupes, la cour lui en ôtât tous les jours. 

Le 7 novembre, l'armée ennemie continua à s'éloi- 
gner, et les troupes de Brandebourg, qui dévoient aller 
prendre leurs quartiers d'hiver en Bavière, puis ensuite 
marcher en Italie, passèrent le Rhin. 

L'armée impériale alla camper le 1 entre Hague- 
nau et Bicheviller, et le 1 4 l'armée du roi alla se pla- 
cer derrière la Bruche, depuis Strasbourg jusqu'à 
Molsheim. 

Les ennemis ayant renvoyé un corps près Homboui^, 
le maréchal de Yillars en fit marcher un à peu près 
pareil pour soutenir cette place. Les pluies et les neiges 
commençoient à rendre toutes sortes d'entreprises 
bien difficiles. Le S3, le maréchal commença à séparer 



1706] MÉMOmBS DE VILLAR8. 197 

Tarmée et à renvoyer les chevaux d'artillerie. Il con- 
gédia les officiers généraux et demanda permission au 
roi d'aller à la cour. Mais ce ne fut qu'après avoir 
visité tous les postes de la Saare, et la ville de Hom- 
bourg qu'il fit mettre en état de soutenir un siège. Il 
fit occuper aussi le château de Bitche, qui, par sa seule 
situation, étoit presque imprenable, et fit racconmio- 
der le poste de la Petite-Pierre qui étoit un assez bon 
château. 

Il partit de Metz après avoir donné tous leû ordres 
pour la distribution des troupes dans les quartiers 
d'hiver, et les postes des officiers généraux pour y 
commander. 

Ainsi finit la campagne de 4705. Sur la fin de cette 
année, le roi d'Espagne disposa toutes ses forces et 
celles de France pour faire le siège de Barcelone, dans 
les commencements de 1706, aidé des secours de 
l'armée navale de France. 

1706. Dans les premiers entretiens que le maréchal 
de ViUars eut avec le roi. Sa Majesté lui ordonna de 
faire divers projets tant pour l'offensive que pour la 
défensive en Allemagne, et elle se détermina enfin à 
faire attaquer, le l^'^ mai, les lignes de la Moutter, ou 
bien le camp retranché sous Haguenau, les ennemis 
ayant travaillé à s'y faire un poste plutôt qu'à défendre 
la ligne de la Moutter. 

Le maréchal concerta tous les mouvements dès 
Paris, et, pour cacher aux ennemis son véritable des- 
sein aussi longtemps qu'il seroit possible, le maréchal 
de Marcin disposa les troupes de l'armée de la Moselle, 
conmie si elles eussent dû attaquer Traerbach, et le 



498 MÉMOIRBS DE YILUaik [1706 

maréchal de Villars celles d'Alsace, comme pour mar- 
cher à Fnbourg. Le dernier avril, les troupes de la 
Moselle, après divers mouvements, dévoient se rendre 
à Saverne, celles d'Allemagne à Strasboui^ où le maré- 
chal de Villars se rendit le SI9 avril et, le l'' mai, il 
marcha aux ennemis comme on Tavoit résolu. En 
approchant de leurs retranchements, le maréchal de 
Villars trouva 1,S00 chevaux qui furent entièrement 
défaits et peu rentrèrent dans leurs retranchements 
qui furent emportés en arrivant et avec une très 
médiocre résistance des ennemis. Le maréchal de Har- 
dn n'en trouva aucune de son côté, et toutes les 
troupes ennemies se retirèrent derrière les inondations 
qui couvroient Drusenheim et la plaine du Fortlouis. 
La nuit du 1 *' au 2% le maréchal de Villars envoya 
la Billarderie, maréchal général des logis de l'armée^, 
prier le maréchal de Marcin d'attaque, de son côté, 
les postes des ennemis, pendant qu'il attaqueroit du 
sien. Le maréchal de Marcin manda qu'il ne le pouvoit 
pas. On envoya encore Regemorte, très habile ingé- 
nieur, et qui avoit une connoissance parfaite des eaux 
qui paroissoient très étendues, et le maréchal de Mar- 
cin fit encore les mêmes difficultés. Enfin le maréchal 
de Villars y alla lui-même, et, comme toutes les troupes 
du maréchal de Marcin étoient en bataille, le marédial 
de Villars les ayant vues en passant, dit, en joignant 



1. Gh.-Gésar Flahaut de la Billarderie, marquis de Saint-Rémi, 
avait déjà rempli les mêmes fonctions auprès de Villars Tannée 
précédente. Brigadier en i709, il fit toutes les campagnes de 
Flandre. Lieutenant des gardes du corps, grand-croix de saint 
Louis, lieutenant général en 1734, il mourut pendant la cam- 
pagne de 1743, à soixante*quatorze ans. 



1706] MÉMOIRES DE YILLARS. 199 

le maréchal de Marcin : c Monsieur, je viens de voir 
une belle armée et qui parolt bien disposée à com- 
battre. » Le maréchal de Marcin lui répondit tout 
haut : c Elle est trop belle pour que je la fasse noyer 
dans 56 inondations qui me séparent des ennemis. » 
Cette réponse entendue des troupes pouvoit les inti- 
mider, ce qui fit que le maréchal de Yillars dit au maré- 
chal de Marcin : c II faut que nous ayons une petite 
conversation ensemble, s'il vous plaît. » Et ils entrèrent 
dans une maison. 

Cet entretien peut faire connoltre le caractère des 
deux généraux. Le maréchal de Yillars dit au maré- 
chal de Marcin : c Vous voyez que les ennenûs montrent 
peu de vigueur, puisqu'ils n'ont pas défendu les lignes 
de Haguenau. Il faut profiter de leur terreur. J'ai cru 
que vous voudriez bien attaquer, car nous sonunes 
sûrs de réussir en faisant agir tout ce que nous avons. » 
Le marédial de Marcin proposa un conseil de guerre. 
Le maréchal de Yillars lui dit : c Les conseils de guerre 
sont bons quand on veut une excuse pour ne rien 
faire. > Il ajouta que les deux armées étoient égale- 
ment sous ses ordres, mais que la déférence qu'il avoit 
pour un confrère l'avoit porté à demeurer à son aile. 
Le maréchal de Marcin répondit comme persuadé que 
le maréchal de Yillars ne demeuroit à l'attaque de sa 
droite que parce que celle de sa gauche étoit la plus 
difficile, c Puisque vous le pensez ainsi, lui répliqua 
le maréchal de Yillars, trouvez bon que je fasse com- 
mander mille grenadiers, » et il en donna l'ordre. Dès 
qu'ils furent arrivés, il dit : c Marchons. » Les géné- 
raux de l'armée de Marcin murmuroient, et le maré- 
chal de Yillars, ayant fait marcher devant lui vingt gre- 



/ 



200 MÉMOIRES DE YILLAR8. [1706 

nadiers, qui véritablement avoieot de Teau au-dessus 
des reins, entra le premier dans Finondation. Un des 
généraux de Marcin dit tout haut : c Où nous mène- 
t-on ?» Le maréchal de Yillars lui imposa silence d'un 
ton à se faire obéir. Il est vrai qu'il y avoit demi- 
quart de lieue d'eau à passer et très haute, quelques 
chevaux perdant pied. Mais à peine en eutron traversé 
les deux tiers, que les escadrons des ennemis qui 
paroissoient à l'autre bord s'ébranlèrent, firent une 
mauvaise déchaîne et s'enfuirent. Le maréchal dit au 
maréchal de Marcin dès qu'il fut sur la terre : c Vous 
voyez. Monsieur, que ce que l'on veut croire impos- 
sible n'est pas même bien difficile. > 

Le maréchal de Marcin fut un peu honteux. En même 
temps, le maréchal appela le comte de Broglie^, très 
bon officier général, et que, dans la suite de ces 
mémoires, nous verrons servir avec une grande dis- 
tinction, et lui dit : c Marchez à Lauterbourg. > En 
effet, la terreur des ennemis les avoit portés à l'aban- 
donner, mais, revenus de cette consternation, ils y 
rentrèrent par une porte lorsque le comte de Broglie 
y entroit par l'autre. Ils plièrent d'abord, et l'on 
demeura maître de cette ville. 

Le maréchal de Villars fit en même temps attaquer 
un fort que les ennemis avoient à la tête de leur pont 
sur le Rhin, près de Statmaten, et qui étoit défendu 
par 500 hommes. Après quelques volées de canon, 
pour rompre les palissades, le marquis de Nangis, à 

1. François- Marie, comte, puis duc de Broglie, né en 1671, 
troisième fils du premier maréchal de Broglie, maréchal de 
France lui-môme en 1734 et père du troisième maréchal de ce 
nom, mort en 1761. 



4706] MÉMOIRES DE TOJiARS. SOI 

la tête des grenadiers, monta le premier à Tassaut et 
tout fut pris ou tué. Environ 100 soldats qui s'étoient 
jetés dans une grande barque la firent tourner par la 
quantité de gens qui y entroient en foule, et leur mul- 
titude fut cause qu'ils se noyèrent tous. 

Le château d'Hatten fut pris et la garnison à discré- 
tion. 

Le maréchal fit attaquer en même temps Drusenheim 
et Haguenau. 

Le même jour que les retranchements, dont nous 
avons parlé, furent emportés, le maréchal de Marcin 
s'éloigna du maréchal de Yillars avec son armée. 
Celui-ci lui envoya le comte de Vivant, maréchal de 
camp, pour lui représenter tout ce qu'un début de 
campagne si heureux promettoit de grands succès; 
qu'après la prise de Drusenheim et d'Haguenau, que 
l'on alloit attaquer en même temps et qui ne tiendroit 
pas plus de cinq à six jours, il dépendoit d'eux de 
faire le siège de Landau ou de Philisbourg; qu'il lui 
donnoit le choix de conomander ou l'armée du siège, 
ou celle d'observation ; qu'il croyoit de la plus grande 
conséquence pour le service du roi de pousser la guerre 
en Allemagne, où il n'y avoit rien que de grand à faire 
et peu de péril pour l'événement. 

Le maréchal de Marcin ne se rendit pas à ces rai- 
sons et voulut s'en retourner avec ses troupes vers la 
Flandre. Le maréchal de Yillars envoya donc à la 
cour Laurière, aide-major général, pour représenter 
toutes les raisons qu'il y avoit de tourner le fort de la 
guerre vers l'Allemagne et de demeurer sur la défen- 
sive en Flandres. Mais le malheur de la France voulut 
qu'il ne fût pas cru et que le maréchal de Yilleroy 



%0% MÉMOIRSS DE VILLAR6. [1706 

hasarda la malheureuse bataille de Ramillie, la plus 
honteuse de toutes les défaites et celle dont les suites 
furent les plus funestes pour la nation, par l'épouvante 
qui se répandit dans toutes les troupes et parmi tous 
les généraux qui conunandoient dans toutes les meil- 
leures places de la Flandre espagnole et françoise. 

Suivons les opérations de Tarmée d'Allemagne. 
Drusenheim fut pris le 6 mai avec la garnison prison- 
nière de guerre*. 

Haguenau se rendit le 1 avec sa garnison composée 
de 2,000 hommes prisonniers de guerre. On prit près 
de 50 pièces de canon, dont 30 de 84, avec une quan- 
tité prodigieuse de poudre et de toutes les munitions 
de guerre qui pouvoient servir aux ennemis pour l'at- 
taque de quelqu'une de nos places. 

Les prisonniers de guerre faits dans toutes les places, 
forts et postes alloient à près de 4,000 honunes, et, 
pour leur échange, on retira le reste de ceux que l'on 
avoit perdus dans les aventures malheureuses des 
maréchaux de Tallard et de Marcin. Les munitions de 
bouche et de guerre que les ennemis avoient dans tous 
leurs postes sur le Rhin, surtout à Drusenheim, étoient 
si abondantes que les rivières étoient blanches des 
farines que les ennemis y avoient jetées. On trouva 
dans Haguenau 30,000 sacs d'avoine. 

Il fallut se contenter de ces succès, le roi n'ayant 
pas voulu permettre le siège- de Landau ni celui de 
Philisbourg que le maréchal de Yillars avoit proposés. 
Il ne put donc former d'autres projets que d'étendre 

i. Le siège était commandé par M. de Vieux-Pont; quant au 
siège de Haguenau, il fut dirigé par le même M. de Péry qui 
avait si brillamment évacué la ville l'année précédente. 



4706] MÉIMMIIBS DE VILLAR8. S03 

les oontributioDS jusqu'à Mayeooe et dans tous les pays 
qiu sont entre le Rhin et la Moselle. 

Le maréchal de Yillars fit travailler à des retran^ 
chements le long de la Lutter, la droite à Lauterbourg 
et au Rhin, la gauche à Weissembourg et aux Mon- 
tagnes. 

Le 9^ mai, le maréchal mena Tannée sur le Spir- 
bach et envoya des partis jusqu'auprès de Goblentz. 

Le maréchal de Ibrcin eut Tordre de marcher en 
Flandres, et le prince de Bade rassembla, dans les 
environs de Mayence et le long du Rhin, toutes les 
troupes de l'Empire. 

Le marédial de ViUars, informé le 1 *' juin que les 
troupes de Hesse étoient campées en deçà du Rhin, 
près de Mayence, marcha avec 3,000 chevaux vers 
Mayence. A son approche toutes les troupes repas- 
sèrent le Rhin, et le maréchal, ne voyant plus d'enne- 
mis entre le Rhin et la Moselle, proposa une seconde 
fois le siège de Landau avec ses seules forces et sans 
aucun secours des troupes du maréchal de Marcin. 
Mais les mauvaises nouvelles que Ton apprit en même 
temps de la levée du siège de Barcelonne et de la 
malheureuse bataille de Ramillie ne permirent à la 
cour d'autres résolutions que de tirer des troupes de 
Tarmée du Rhin et de se mettre sur la défensive en 
Flandres et en Allemagne. 

Le maréchal (}e Yillars proposa encore de forcer un 
passage sur le Rhin, au-dessous des lignes de Stolofien, 
par lequel il prenoit ces lignes à revers et pouvoit se 
mettre en état de rentrer dans TEmpire dans la con- 
joncture la plus favorable, puisque Ton savoit que le 
duc de Wirtembei^ étoit mécontent,, que la Bavière 



804 MÉMOmBS DE VILIARS. [1706 

étoit prête à se révolter et que la Hongrie étoit sur le 
point de s'accommoder si Ton n'excitoit aucun trouble 
dans l'Empire^. Pour persuader à la cour de suivre 
ses projets et faire voir qu'il avoit plus de troupes 
qu'il n'en falloit pour les exécuter, le maréchal renvoya 
neuf escadrons en Flandres et qui étoient vers Hono- 
boui^. 

Il reçut de nouveaux ordres d'envoyer en Flandres 
ce qu'il avoit de meilleures troupes^. Il représenta que 
si celles de Hesse et de Westphalie, qui repassoient 
sur le Rhin au lieu d'aller en Italie, retomboient par 
le Haut-Rhin sur Huningue, on s'exposeroit à voir 
percer la frontière du royaume par l'endroit le plus 
dangereux, puisque, la bairière du Rhin une fois forcée, 
les ennemis trouvoient la Lorraine et la Comté, les 
deux provinces du royaume les plus dangereuses, sur- 
tout la Lorraine^. 

Le 27 juin, le maréchal de Yillars reçut du roi des 

1. La lettre du 5 juin, par laquelle Yillars propose cette expé- 
dition, est imprimée dans Pelet, VI, 434. La cour refusa, toute 
son attention étant portée sur la Flandre et Tltalie; Yillars 
n'exécuta cette opération que Tannée suivante. 

2. « Mon cousin, écrivait le roi à Yillars le 8 juin, j'avois tout 
lieu de croire, par le bon état où vous avez mis toutes choses du 
côté du Rhin, que vous pourriez y faire des conquêtes cette 
campagne, mais la situation des affaires de Flandres est devenue 
si violente qu'elle ne permet plus d'y songer; elle demande au 
contraire un prompt secours : c'est ce qui m'oblige à détacher 
vingt bataillons de l'armée que vous commandez, t 

3. La cour était mieux informée que Yillars; les troupes de 
Hesse étaient réellement destinées à renforcer le prince Eugène 
en Italie, de même que les Hanovriens allaient se joindre à 
Marlborough en Flandre : c'est sur ces deux points que les 
alliés comptaient faire un effort décisif. Le duc de Bade n'avait 
sur le Rhin qu'une vingtaine de mille hommes. 



1706] MÉMOIRES DE YILLÀRS. 805 

ordres qui lui firent une très ^nde peine. Sa Majesté 
lui donnoit le commandement des armées d'Italie, sous 
M. le duc d'Orléans, qui alloit prendre celui que M. de 
Vendôme quittoit pour aller en Flandres ^ . 

Le maréchal de Yillars avoit déjà refusé un pareil 
commandement, parce que, trouvant toutes les dispo- 
sitions de H. de Vendôme mal digérées, il se yoyoit 
réduit à les suivre, ou à prendre sur lui de changer 
tout ce qu'avoit fait un général aimé du roi, et pour 
lequel le ministre de la guerre avoit de très grands 
égards. 

Les mêmes raisons faisoient craindre une seconde 
fois cet emploi au maréchal de Villars, et elles étoient 
fortifiées de plusieurs autres. Il falloit gouverner la 
guerre sous un jeune prince qui avoit une cour diffi- 
cile à ménager. D'ailleurs, M. de Vaudemont, gouver- 
neur du Hilanez, grand courtisan, avoit un commerce 
très vif avec M. de Ghamillart, dont le gendre, H. de 
la Feuillade, faisoit le siège de Turin. Il l'avoit com- 
mencé par une conduite que le maréchal de Villars 
estimoit fausse, qui étoit d'attaquer plutôt la citadelle 
que la ville. Toutes ces raisons le portèrent à envoyer 
divers courriers pour engager le roi à le dispenser du 
commandement que Sa Majesté lui avoit destiné. On 
croit devoir mettre ici deux lettres entières du maré- 
chal de Villars, parce qu'elles sont très propres à faire 
connoltre son caractère de vérité. La première, du 
19 juin 1706, est adressée à M"^^ de Maintenon en ces 
termes*: 



1. Voyez la lettre du roi à Tappendice. 

2. Villars écrivait le môme jour à Ghamillart : t Ma pensée 



S06 MÉtfOIRES DE VILLARS. [1706 

Madame, 

n est bien certain que la très vive douleur dont Je suis péné- 
tré est causée par celle que je vous oonnois. Yous aimez le roi, 
vous aimez le royaume et vous soufBrez plus que personne de 
ses malheurs. Servez-vous, Madame, de votre courage. Que Dieu 
nous conserve la santé de notre grand Roy, qu'il nous conserve 
la vôtre et tout ira bien. Mais, Madame, ne faudroit-il pas, 
quelquefois du moins, croire les gens heureux, si on ne veut 
pas les estimer habile^? Je sais que, dans les conjonctures où le 
présent nous accable, je ne devroîs point vous fatiguer du passé ; 
mais aussi coounent le taire, puisqu^il peut redresser pour 
l'avenir? 

On a toujours été disposé à mal interpréter les plus sages 
résolutions que j*ai prises. Après le siège de Kell, on désap- 
prouva fort que j'eusse repassé le Rhin, parti néanmoins indis- 
pensablement nécessaire pour se donner les moyens et le temps 
de pénétrer en Bavière. Tant que j'ai été dans Tempire, on ne 
m'a jamais cru ni du côté de M. l'électeur ni du nôtre. Je vou- 

est que M. le maréchal de Villeroy et M. le maréchal de Marcin 
doivent se mettre dans les deux places qui seront le plus mena- 
cées, chacun avec un détachement de 10,000 hommes choisis... 
si ni Tune ni l'autre n*est attaquée, que celui de ces messieurs 
qui se trouvera le plus près de la place investie s'y jette le pre- 
mier jour de l'investissement; cela est très facile, tout n'entre 
pas toujours, mais du moins la plus grande partie. C'est ainsi 
que M. le prince sauva Cambrai ; et pour chercher des exemples 
plus éloignés, quand Charles-Quint assiégea Metz, M. de Guise, 
avec cinq ou six princes et la fleur de la noblesse du royaume, 
sauva la place. U faut que le roi ordonne que la ville attaquée 
se défende jusqu'au dernier soldat ; celui de ces deux messieurs 
qui ne sera pas renfermé assemblera l'armée et tâchera de trou- 
bler le siège. Mais, Monsieur, si vous voulez donner une seconde 
bataille, au nom de Dieu, que ce ne soit pas sous l'autorité de 
M. l'électeur de Bavière ! Je le connois très malhabile, quand il 
ne seroit pas aussi malheureux : qui l'entendra parler une heure 
y sera trompé. Je le connois à fond : il n'y a ni ressource ni soli- 
dité en lui. Si l'on ne veut pas me croire, j'aurai eu au moins 
la satisfaction de dire la vérité, i (Pelet, VI, 442.) 



1706] MÉMOIRES DE VILLAR8. 807 

lois le siètge de Ylemiè dès le 2 mai. M. le prince Eugène a dit 
à trois généraux de M. l'électeur de Bavière, qui me Tont appris 
eui-mémeSf en présence de Mgr Tévéque de Metz et de M. de 
Saint-Gontest, que l'Empereur étoit perdu si Ton m'avoit cru. 
Je Toulois ensuite le siège de Fribourg, et M. de Tallard ne vou- 
loit aucune conquête qui pût établir aucune communication avec 
moi. Je lui rendois les autres bied faciles, puisquMl ne restoit 
pas apparence d'ennemis sur le Rhin. 

Peu s*en est fallu que je n'aie été condamné sur tous les 
articles, avec un prince dont certainement la tête n'est pas 
bonne. J'aurai même Phonneur de vous dire. Madame, qu'après 
cette heureuse bataille que je donnai malgré H. l'électeur, je 
n'eus pas la consolation de pouvoir trouver dans les lettres de 
Sa Majesté qu'il lui eût paru que je me fusse trouvé dans cette 
bataille. Je ne vous parle de cela, Madame, que pour vous faire 
observer que l'on sacrifloit tout à M. l'électeur, car, d'ailleurs, 
les grâces dont il a plu à Sa Majesté de m'honorer sont d'assez 
grands témoignages de la satisfaction qu'elle a bien voulu mar- 
quer de mes services. 

L'année dernière, j'ai vu le Roi, vous. Madame, et M. de Gha- 
millart entièrement persuadés que j'avois eu grand tort de ne 
pas défendre les lignes d'Haguenau. Vous trouverez ci-joint. 
Madame, un ordre de bataille des troupes que le prince de Bade 
avoit pour lors à ses ordres. Le Roi et M. de GhamiUart sont 
bien convaincus du nombre de ces troupes, et ces mémoires 
viennent de gens auxquels on a confiance. Les ignorants dans 
la guerre et les mêmes gens qui mouroient de peur à toutes les 
apparences d'une action ont persuadé que je devois m'opposer 
à l'entrée des lignes. Il est vrai que je l'aurois empêchée pour 
quatre jours, mais les ignorants peuvent-ils disconvenir devant 
tout homme qui raisonne juste sur la guerre que, dès que je 
remontois la Moutter et que je m'éloignois du Rhin, le prince 
de Bade rassembloit toutes ses forces sur moi et qu'il n^étoit 
plus à mon pouvoir d'éviter une bataille que je donnois avec 
sept mille chevaux et vingt-six bataillons moins que les ennemis ? 
Et, d'ailleurs, quel grand intérêt de donner bataille pour soute- 
nir Haguenau , place fortifiée contre toutes les règles de la 
guerre I 



S08 MÉMOmss DE vnjiARS. [1706 

En dernier lieU| Madame, je chasse les ennemis de Druse- 
nheim et de LauterlM>urg, postes les plus importants, et malgré 
M. le maréchal de Marcin, qui s'y est opposé un jour entier (car, 
après cela, les cabales et le crédit des gens très occupés d^en 
avoir l'emportèrent toujours sur moi). M. le maréchal de Ifar- 
cin, dis-je, à quij'envoie proposer toutes les facilités de prendre 
Landau en peu de jours, fait partir un courrier qui devance 
les miens, et, avant que Ton eût su ce que je pensois sur cette 
entreprise, j'ai ordre de n'y pas songer. Que de malheurs n'au- 
roit-on pas évités. Madame, si, en me laissant agir, on avoit 
ordonné à H. le maréchal de Yilleroy la sûreté et Tinaction. 

Je serois bien f&ché que cette manière de plainte, que je prends 
la liberté de vous faire, de n'être pas cru, pût vous porter à 
penser que je ne suis pas très content de M. de GhamiUart. Je 
dois compter et je compte sur son amitié. J'ai reçu les plus 
grandes grâces sous son ministère et personne ne lui sera 
jamais plus dévoué que je le suis. Mais d'autres ont beaucoup 
plus de part à sa confiance. Ce que je désire le plus. Madame, 
c'est que vous ne croyiez pas mal placées les bontés dont vous 
m'avez toiJ^ours honoré. 

Je vois, Madame, que l'on rassemble encore toutes les forces 
du Roi en Flandres. Mais sous quel chef? Sous M. Pélecteur de 
Bavière. Au nom de Dieu, Madame, c'est mon zèle seul qui me 
fait parler ainsi, que l'on évite de mettre pour la troisième fois 
le destin de la France entre les mains d^un prince aussi malha- 
bile que malheureux à la guerre. Jamais le prince d^Orange n'a 
voulu lui confier quinze escadrons. Sa vie entière est une suite 
de fiuites capitales pour sa conduite et pour celle de ses États. 
Vous me direz à qui donc confier les armes du Roi en Flandres ? 
A M. le maréchal de Villeroy et à M. le maréchal de Marcin 
seuls? Oui, Madame, et que du moins ils ne joignent pas leurs 
trois étoiles pour décider la guerre. Je vous le demande à genoux. 
Que le Roi prenne bien garde aux officiers généraux qui com- 
mandent les ailes. Si M. le maréchal de Yilleroy a l'une et 
M. le maréchal de Marcin l'autre, je les tiens bien menées. Que 
Ton songe à l'infanterie. Je m'ofifrirois, Madame, et mon zèle me 
feroit servir sous tout le monde. Mais j^aurai l'honneur de vous 
dire, avec la même liberté, que je ne suis pas un trop bon subal- 



1706] MÉMOIRES DE YILLAHS. SlOd 

terne. Vous croirez cpie c'est par indocilité : non, Madame; mais 
je ne suis ni mon génie ni mes vues sous d'autres, i moins que 
je ne les compte pour rien. Aussi, je ne sais si je pourrois me 
flatter d'être d'une grande utilité sous ce prince et sous le maré- 
chal de Villeroy. Tout ce qu^il y a de trop libre dans cette lettre, 
pardonnez-le ) Madame, à mon zèle pour le Roy, à mon très 
respectueux attachement pour vous et à Tenvie d'être un peu 
justifié sur des fautes que l'on m'a imputées très injustement, 
peine trop dure à souflOrir à qui ne sait être que bon serviteur 
du meilleur et du plus grand maître du monde. 

La seconde lettre, datée du S7 du même mois^ 
adressée à M. de Ghamillart, ministre et secrétaire 
d'État de la guerre. Voici de quelle manière elle étoit 
conçue : 

Je VOIS, Monsieur, par la lettre dont vous m'honorez du 22^ 
que Sa Majesté veut bien me destiner pour aller servir dans son 
armée de Lombardie, sous Mgr le duc d'Orléans. Je reconnois. 
Monsieur, que c'est une grande distinction pour moi et une 
marque très flatteuse des bontés et de la confiance dont Sa 
Majesté m'honore. Mais je sortirois de mon caractère, si je ne 
prenois la liberté de vous représenter sur cela tout ce qui me 
paroit être du bien du service. 

Oserois-je vous supplier de vous ressouTenir de la première 
destination dont il plut au Roy de m'honorer pour le même 
emploi? J'ai eu l'honneur de vous dire que j'aurois changé toutes 
les dispositions de M. de Vendôme et que je me serois mis 
quelques lieues plus loin, préférant abandonner quelques vil- 
lages de plus aux Impériaux, pour me faire une barrière qu'ils 
ne pussent pas forcer. Peut-être que, par une telle conduite, 
j'aurois empêché l'entreprise surprenante de M. de Staremberg, 

i. Villars écrivit en môme temps au roi une lettre qui est 
imprimée dans Pelet (VI, 793), où, tout en remerciant S. M. de 
la nouvelle preuve de confiance qu'elle lui donne, il dit : « Je 
croirois la servir plus utilement dans le poste qu'elle a bien 
voulu me confier, que dans ce nouveau, où, par les bons soins 
de M. de Vendôme, tout va parfaitement bien. » 

u U 



210 MÉMOIRES DE YILLARS. [1706 

que Ton aaroittoujours traitée dMmaginaire, s'il ne l'avoit pas 
exécatée. Mais j'aurois été blâmé de n'avoir pas suivi la pensée 
de M. de Vendôme et d'abandonner quelques villages aux enne- 
mis. On n'auroit pas manqué de dire qu'en me conformant au 
projet de celui qui m'avoit devancé, j'aurois forcé les Impériaux 
a se retirer, faute de subsistance, au delà du Pô. 

Présentement, M. le duc de Vendôme a bit toutes ses dispo- 
sitions, lesquelles je crois être très sages; mais, quelque res- 
pect que j'aie pour ses projets, chacun a sa manière de faire la 
guerre et j'avoue que la mienne n'a jamais été de vouloir tenir 
par des lignes vingt lieues de pays, et si j'avois observé sur les 
sièges la méthode de M. de Vauban, beaucoup plus habile homme 
que moi en pareille matière, je n'aurois pas pris Kell en douze 
jours. 

Je ne regarde, Monsieur, que le bien du service du Roy et 
pardonnez-moi l'aveu sincère de mes défauts. Si, parmi tous 
les généraux, il y en a un moins propre qu'un autre à suivre 
aveuglément le projet d'un prédécesseur, sous l'autorité d'un 
prince qui a déjà de grandes connoissances de guerre et dont il 
faut d'ailleurs ménager la cour en gouvernant l'armée; si, dis-je, 
Monsieur, vous voulez jeter les yeux sur le moins propre à un 
pareil emploi, je vous avoue naturellement que c'est sur moi. 
Vous me retirez de celui que j'ai étudié pour le reste de la cam- 
pagne, et j'ose vous dire que je ne crois pas ce changement 
convenable à l'utilité du service. Si la campagne d'Italie com- 
mençoit, ou s'il y avoit en ce pays-là quelque désordre dans les 
affaires, je ne vous représenterois pas tout ce que j'ai l'honneur 
de vous dire. Mais, Monsieur, n'est-ce pas bien servir le Roi 
que de se donner pour ce qu'on est ? J'attends de l'honneur de 
votre amitié que^ si vous n'approuvez pas ma sincérité, au moins 
vous me la pardonnerez, et que vous voudrez bien porter Sa 
Majesté à la regarder avec indulgence et à faire un autre choix. 
J'ose, Monsieur, vous en supplier, quoique je voie dans celui 
du Roi les véritables marques de sa bonté pour moi et de l'hon- 
neur de sa conûance. 

Une commission que j'ai regretté de n'avoir pas eu cet hiver 
étoit le siège de Barcelone. Je n'avois garde de la demander; 
mais il y a gens qui savent bien que j'y aurois volé avec joie. 



1706] MÂMOIRBS DE VnXÂftS. %\\ 

Encore une fois , Monsieur, si quelque chose alloit mal en 
Italie, j'y volerois de même. Mais il n*y a qu'à conserver, et, si 
Sa Msyesté, qui m^a dit autrefois elle-même, et avec bonté, les 
débuts qu'elle me connoissoit, a bien voulu les oublier dans 
cette occasion, il est de ma fidélité de les représenter. Permet- 
tez-moi donc d'achever ici ma campagne. M. le maréchal de 
Marcin, outre ses grands talents pour la guerre, a tous ceux 
encore qui sont nécessaires pour ménager l'esprit d'un prince 
et celui de sa cour. De ces derniers talents-là, Monsieur, je n'en 
ai aucun. 

Ainsi j^espère, Monsieur, que, persuadé par mes raisons, vous 
voudrez bien porter Sa Majesté à honorer de cet emploi quelque 
autre qui soit plus propre que je le suis à le bien remplir et 
m'excuser dans le public sur quelques attaques de goutte, qui 
me prit très violemment, il y a un an, dans cette même saison 
et qui se fait un peu sentir présentement. 

Je crois ne devoir pas perdre un moment à vous dépêcher ce 
courrier, pour ne point retarder les ordres que Sa Majesté pour- 
roit donner à d^autres. 

Je vous supplie très humblement, Monsieur, de vouloir bien 
sur tout ce que j'ai l'honneur de vous dire entrer dans mes rai- 
sons et les appuyer avec bonté. Je suis, etc. Signé : Duc de 
Villars. 

Le 1 ^"^ juillet, le maréchal de Villars apprit que le 
prince de Bade remontoit le Rhin. Gomme il avoit 
une grande quantité de bateaux sur des haquets dont 
il pouvoit faire un pont et dérober un passage sur le 
Rhin, on fortifia le comte Dubourg de plusieurs batail* 
Ions pour être en état de s'opposer à ce dessein. Le 
maréchal de Villars demeura avec le reste de Tarmée 
et toute sa cavalerie pour la faire toujours subsister 
aux dépens des ennemis. 

Il reçut alors deux lettres du roi datées du premier 
juillet. La première confirmoit les premiers ordres de 
se rendre en Italie. Par la seconde, le roi se rendoit 



%\% MÉMOIRES DE VILLAR8. [1706 

aux raisons du maréchal de Yillars et ordonnoit au 
maréchal de Marcin d'aller en Italie à sa place. 

Ainsi, le commandement de Tarmée du Rhin lui 
étant resté, il songea à entreprendre sur les ennemis 
et, en attendant, il consommoit tous les grains et four^ 
rages qu'ils a voient autour de Landau. 

Le 80 juillet, après avoir fait un voyage à Stras- 
bourg pour disposer tous les bateaux nécessaires à 
l'entreprise qu'il méditoit et s'en être retourné en 
poste à l'armée campée près de Landau, il revint toute 
la nuit au Fortlouis. On disposa l'artillerie de la place 
sur les bastions qui commandoient l'Ile du Marquisat, 
et à la pointe du jour Streif , maréchal de camp, 
démarra avec trente bateaux chargés de grenadiers 
pour faire la descente dans une petite ile, qui n'étoit 
séparée de celle du Marquisat que par un petit bras 
du Rhin. Streif fîit tué des premiers coups et le maré- 
chal de Yillars envoya à sa place le comte de Broglio. 
Les ennemis firent marcher S1,000 hommes détachés, 
soutenus de six bataillons avec leurs drapeaux, pour 
s'opposer à la descente. Le comte de Broglio a voit un 
bras du Rhin si fâcheux à passer que dans les endroits 
les plus favorables les soldats avoient de l'eau jus- 
qu'aux épaules. Les grenadiers de Navarre et de Cham- 
pagne, marchant à l'envi les uns des autres, Barberay 
à la tète de ceux de Navarre et Pécomme à la tête de 
ceux de Champagne, abordèrent File. Les ennemis y 
firent une opiniâtre résistance, mais le feu du canon 
les ayant un peu ébranlés, nos grenadiers, commandés 
par le marquis de Nangis, les renversèrent. Ils furent 
entièrement défaits et eurent plus de 500 hommes tués 
sur la place. Une perte considérable de notre part fut 



1706] MÉMOIRES DE yiLLMlS. 213 

celle de Streif, maréchal de camp, très brave officier, 
et que le maréchal de Yillars employoit souvent. Il fit 
rétablir tous les ouvrages à cornes de Fortlouis et par 
conséquent rendit à cette place une considération 
qu'elle avoit perdue depuis la paix de Ryswick^. 

Les ennemis employèrent toutes leurs troupes à faire 
de nouveaux retranchements le long de la rivière de 
Stoloffen, laquelle étoit souvent guéable et pou voit faci- 
liter l'attaque des lignes de Stoloffen. On verra dans la 
suite que, l'ouvrage à cornes du Marquisat rétabli, on 
en tira de grandes utilités. 

Cependant le maréchal de Yillars ne put obtenir la 
liberté de former aucune entreprise sur les ennemis, 
et les ordres qu'il reçut d'envoyer encore des troupes 
bornèrent tous ses desseins à fermer l'Alsace entière 
par les retranchements de la Lutter et à se préparer 
une entrée dans l'empire la campagne suivante, quand 
nos généraux de nos armées en Flandres se lasseroient 

1. La lettre du 21 juillet, par laquelle Yillars rend compte au 
roi de ce brillant coup de main, est imprimée dans Pelet (VI, 
449) : c Les grenadiers de Champagne, arrivés les derniers, cou- 
loient derrière ceux de Navarre et se jet oient & Teau. V. M. 
apprendra avec plaisir l'émulation de ces deux corps, qui sent 
bien l'esprit de gloire de sa vieille infanterie. Barberey, lieute- 
nant-colonel de Navarre, qui commandoit le premier détache- 
ment de grenadiers, ayant vu Pécomme, de Champagne, qui se 
cachoit pour se jeter le premier à l'eau , s'y est jeté , avec tous 

les grenadiers de Navarre, sans connoitre aucun gué Je ne 

puis assez louer la bonne volonté de M. de Streiff, qui se meurt; 
j'ose dire que c'est une perte, je l'employois plus qu'un autre. 
M. de Broglie, dont je me sers fort aussi, s'est conduit avec 

beaucoup de fermeté et de sagesse M. d'Hautefort-Bauren, 

qui commandoit le premier détachement sous M. de Btreiif, a 
très bien fait, et MM. de Roth, de Nangis, de Seignelay, avec 
leur valeur ordinaire. » 



814 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1706 

de perdre des places, sans y mettre aucune opposition. 
Le 1 4 août, le maréchal de Villars reçut les ordres 
du roi, datés du 11, de faire le siège de Landau^. Il 
fit voir très clairement qu'il ne pouvoit y marcher 
qu'avec 95 bataillons et 48 escadrons, tandis que le 
prince de Bade avoit près de 50 bataillons et 80 esca- 
drons. Sur cela, on ne pouvoit que plaindre le peu de 
connoissance du ministre de la guerre, qui ne pouvoit 
comprendre ni par conséquent faire connoltre au roi 
le péril de tels projets, si le général n'avoit pas la 
fidélité d'en faire voir le ridicule. Dès le commence- 
ment de la campagne, le maréchal de Villars, après 
des avantages considérables remportés sur les enne- 
mis, avoit envoyé à la cour un officier général pour 
proposer la conquête certaine de Landau, ou même 
de Philisbourg, et de se tenir sur la défensive en 

i. La lettre du roi et la réponse de Villars sont imprimées 
dans Pelet (YI, 460). Toutes les raisons militaires qui empêchent 
le siège de Landau sont longuement et péremptoirement déve- 
loppées, f Je demande mille fois pardon à Y. M. de lui alléguer 
tant de raisons, mais il les faut toutes pour m'aider à soutenir le 
malheur de ne pas exécuter, dans le moment, ses ordres : j'en 
attends donc de nouveaux. » Il écrivit en même temps à Gha- 
millart avec moins de ménagement : « ... Je serois véritable- 
ment au désespoir si le roi pouvoit croire la moindre apparence 
[d'hésitation] à l'exécution des ordres qu'il me fait l'honneur de me 
donner... Je vous ai envoyé divers courriers pour me laisser agir, 
et dès le 4 mai, et depuis la maudite bataille de Flandre, je pouvois 
faire une grande diversion. Quand il n'y a plus ni subsistance, 
ni troupes suflisantes, puis-je agir?... je suis très affligé. Le roi 
n'a assurément aucun général aussi attaché à sa personne et au 
bien de l'État que moi. Vous n'avez point, vous, Monsieur, de 
serviteur plus fidèle; mais, Monsieur, l'honneur de votre con- 
fiance ne répond pas à mon attachement pour vous. Cependant, 
avec des succès toujours heureux, je défie qu'on puisse me repro- 
cher la moindre faute. » (Pelet, YI, 466.) 



1706] llâMOnUSS DE yiLLARS. SI 5 

Flandres. On ne voulut point sentir ses raisons, on lui 
ôta même toutes ses troupes, et cela sans autre fruit 
que de laisser prendre quatorze places en Flandres, 
après la défaite de Ramillies. Mais quand on a con* 
sommé tous les fourrages autour de Landau; quand 
la place est munie de tout; quand le maréchal n'a 
plus d'armée et lorsque celle du prince de Bade est du 
double plus forte que la sienne, on lui ordonne le siège 
de Landau. Sa réponse au roi, cependant ménagée 
par rapport au ministre, en faisoit voir l'impossibilité 
si clairement que le maréchal fut remercié de n'avoir 
pas suivi les ordres qu'il a voit reçus. 

Le 16 août, il retira toute sa cavalerie dans les 
retranchements de la Lutter; il la sépara en divers 
quartiers, pour la conunodité de la subsistance, et le 
SI septemlH^ il envoya à la cour ses projets pour réta- 
blissement des quartiers d'hiver et la distribution des 
officiers généraux. 

Le 1 3 du même mois, il fiit-informé par un corres- 
pondant, auquel il pouvoit prendre confiance, que le 
prince de Bade avoit reçu des ordres de l'empereur 
de marcher aux lignes de la Lutter et de les attaquer. 
Sur cette nouvelle, le maréchal de Villars dépécha un 
courrier au roi et lui proposa le dessein qu'il avoit de 
sortir de ses lignes pour donner bataille aux ennemis, 
supposé qu'ils marchassent aux lignes, dont la défense 
ne î'embarrassoit point, parce qu'il étoit sûr de leur 
bonté. 

On pourroit être surpris que, s'étant trouvé par 
l'inégalité de ses forces hors d'état de songer au siège 
de Landau lorsque le roi avoit voulu qu'on l'entreprit, 
le maréchal se crût assez fort quelque temps après 



216 HÉM0IRB8 DE YILLÀRS. [1706 

pour donner bataille au prince de Bade. Mais il faut 
expliquer ici que ce prince étant obligé de laisser une 
partie de son armée pour garder les lignes de Stolof- 
fen, celle qu'il menoit pour attaquer les lignes de la 
Lutter n'étoit qu'égale à celle du maréchal de Yillars, 
et fort inférieure en qualité. Ainsi il n'y avoit point de 
contradiction à s'opposer au siège de Landau, et à 
proposer de livrer bataille à l'ennemi, parce que, dans 
le premier cas, le prince de Bade avoit toutes ses 
forces réunies, et que, dans le second, elles étoient 
nécessairement partagées. Le maréchal disoit donc 
que, les ennemis étant obligés de laisser un certain 
nombre de troupes pour garder le Rhin et leurs lignes 
de Stoloffen, ils ne pouvoient venir à celles de la 
Lutter qu'avec une supériorité médiocre en nombre ; 
qu'il la comptoit tout entière de son côté par la qua- 
lité de ses troupes ; que, s'il étoit heureux, il passeroit 
le Rhin ; qu'il emporteroit sans difficulté les Ugoes de 
Stoloffen ; qu'il entreroit dans l'Empire et qu'il pour^ 
roit faire le siège de Philisbourg ; que, s'il perdoit la 
bataille, il n'en coûteroit que les lignes de la Lutter, 
et tout au plus celles de la ville de Lutterbourg, les 
ennemis n'ayant pas assez de munitions et d'artillerie 
pour de plus grands desseins, sans compter que la 
saison étoit d'ailleurs trop avancée pour leur per- 
mettre de former aucune entreprise, et qu'enfin Phi- 
lisbourg pris, l'Empire étoit ouvert. 

Le 14 septembre, les ennemis marchèrent avec 
toutes leurs forces et vinrent camper à Gamdel^, et 
le maréchal de Yillars alla reconnoitre leur armée. Il 

1. Kandel, à douze kilomètres N.-E. de Wissembourg. 



/ 



\ 



1706] MÉMOIRES DE VILLARS. 217 

fit marcher devant lui Ghervary, lieutenant-colonel de 
boussards, très brave bomme, qui trouva cent Maîtres, 
les chargea et les mena battant jusque dans leur 
camp. Deux jours après, le courrier du maréchal, qui 
avoit fait une extrême diligence, lui apporta des lettres 
du roi qui lui ordonnoient de se borner à la défense 
de ses lignes et de ne se pas commettre au sort tou- 
jours incertain d'une bataille. 

Le 16, les ennemis marchèrent à Hagembach, et 
l'on prit un de leurs courriers à l'empereur, par lequel 
on apprit que le général Thungen mandoit que, sui- 
vant les ordres qu'il avoit eus, il avoit marché à nos 
lignes, mais qu'il n'a voit pas cru devoir entreprendre 
une attaque, vu les dispositions que le maréchal de 
Villars avoit faites. Quelques lettres des principaux 
oflEiciers de l'armée impériale parloient de la défaite de 
l'armée du roi devant Turin, nouvelle qui conmiença 
à donner de grandes inquiétudes au maréchal de Vil- 
lars, bien qu'il ne pût imaginer que le prince Eugène, 
avec une armée si inférieure à celle du roi, eût trouvé 
moyen de passer tant de rivières sans obstacle. 

Cependant cette mauvaise nouvelle ne se trouva que 
trop véritable. Le prince Eugène passa le Pô et 
ensuite la Doire, sans que le maréchal de Marcin 
tirât une seule troupe de 40 bataillons qu'il avoit 
au delà du Pô. On trouva moyen de n'en opposer que 
%0 aux ennemis, et pour défendre le côté le moins 
fortifié. 

Albergotti^ conmiandoit au delà du Pô et de voit 



1. Fr.-Zénob-Phil., comte d'Albergotti, né en 1654, lieutenant 
général en 1702, servit sous Vendôme en Italie, sous Villars en 



218 MÉMOIRES DE YILLARS. [1706 

lui-même se dégarnir, sachant bien que, les ennemis 
ayant passé cette rivière, il marcboit à la Doire et 
n'avoit rien à craindre* Cet officier général avoit eu la 
principale confiance de H. de Luxembourg et de 
M. de Vendôme. Il avoit du manège, et on lui vouloit 
croire beaucoup d'esprit, plus sur son silence et sur 
ses mines que sur ses discours. Il a servi depuis cela 
dans les dernières campagnes de la guerre sous le 
maréchal de Villars, qui avoit connu le faux et la mali- 
gnité de son esprit, même par des expériences dan- 
gereuses, comme on le verra dans la suite. Âlbergotti, 
après le maréchal de Marcin, contribua plus que per- 
sonne à la levée du siège de Turin; malheureuse 
journée qui coûta l'Italie entière aux deux couronnes ; 
car le duc d'Orléans pensoit juste sur les mouvements 
des ennemis, et pressa le maréchal de Marcin de faire 
joindre la plupart des troupes d*Âlbergotti. Hais le 
maréchal de Marcin s'opposa de toutes ses forces à ce 
conseil et paya de sa vie son opiniâtreté. On aban- 
donna tout le canon, toutes les munitions, et l'armée 
se retira sous PigneroUes. 

Le maréchal de Villars, après avoir représenté 
encore une fois qu'en suivant ses projets, qui étoient 
de demeurer sur la défensive en Flandres, l'on auroit 
évité les malheurs qui y étoient arrivés, fit voir par 
des raisons très solides que l'intérêt du roi vouloit 
que l'on fit les efforts les plus considérables contre 
l'Empire, la campagne suivante. 

Le prince de Bade avoit reçu de très grandes morti- 



Flandre et à Fribourg, fit une belle défense dans Douai (1706), 
mourut en 1717. 



1706] MÉMOIRES DE YILLARS. 219 

ficatioDS de la part de l'empereur après les mauvais 
succès du commencement de la campagne. Les lignes 
forcées, Haguenau, Drusenheim et plusieurs autres 
petites places prises avec les garnisons à discrétion, 
Tartillerie destinée à faire un siège et toutes les muni- 
tions perdues, tout cela avoit donné des forces à la 
malignité des ennemis de ce général à la cour de 
l'empereur. On envoya Schlick, commissaire général, 
avec des ordres assez fâcheux pour le prince de Bade, 
et tant de chagrins joints à une santé affaiblie Facca- 
blèrent à tel point qu'il ne voulut pas servir les der- 
niers mois de la campagne. Il mourut enfin au 
commencement de l'année 1707. Ce prince avoit 
beaucoup de valeur et l'esprit de guerre. Il avoit 
acquis de la gloire dans les guerres de Hongrie ; mais 
la dernière contre la France lui avoit été entièrement 
malheureuse. 

Le maréchal de Yillars envoya un lieutenant-colonel 
et un commissaire des guerres pour traiter l'échange 
général des prisonniers avec des officiers impériaux 
du même caractère. Les ennemis avoient d'abord été 
très difficiles sur cela, mais ils devinrent plus trai- 
tables, le maréchal de Yillars leur ayant fait plus de 
5,000 prisonniers. 

L'armée ennemie campée à Hagembach^ souffix)it 
beaucoup par le manque de fourrage et par la quan- 
tité de malades que causoit un long séjour dans les 
marais. Les généraux avoient demandé un ordre au 
prince de Bade pour repasser le Rhin, et il les avoit 
renvoyés à l'empereur, disant que, les derniers mouve- 

i. Petite ville sur le Rhin au-dessous de Lauterbourg. 



SI910 MÉMOIRES DE VILLAR8. [1706 

ments n'ayant pas été par ses ordres, il n'en vouloit 
pas donner pour la séparation de l'année à laquelle 
il arriva une augmentation de troupes saxonnes que 
le roi de Suède avoit chassées de leur pays, et d'un 
corps de Moscovites que l'on voyoit sur le Rhin pour 
la première fois. 

Sur la nouvelle qu'eut le maréchal de Yillars, par un 
partisan des ennemis, qu'ils avoient dessein de se sai- 
sir d'une lie du Rhin au-dessus de Brisac et d'entrer 
dans la Haute- Alsace, il envoya ce partisan aux 
commandants de Brisac et d'Huningue, avec des 
ordres qui contenoient les mesures nécessaires pour 
traverser ce projet. 

Le 2* novembre, les commissaires de France et, de 
l'Empire, assemblés à Offemboui^ pour régler un car- 
tel pour les prisonniers, signèrent un traité que les 
généraux de l'empereur désavouèrent. Ainsi cette 
négociation fut suspendue. 

Les ennemis ayant commencé à renvoyer leurs 
gros bagages au delà du Rhin, le maréchal de Yillars 
fut informé que leur armée de voit repasser ce fleuve. 
Le 1 5% il disposa un assez grand nombre de troupes 
afin de pouvoir attaquer leur arrière-garde. Mais, sur 
quelques avis de ce mouvement, les ennemis demeu- 
rèrent en bataille toute la journée et marchèrent la 
nuit du 1 6^ au 1 7^. Gonmie ils n'avoient qu'un petit 
bras du Rhin à passer pour se mettre en sûreté, la nuit 
leur en donna une facilité entière. 

Le maréchal de Yillars fit occuper Hagembach et 
sépara l'armée entière le 17* novembre. Après avoir 
donné ses ordres pour les dispositions de la frontière, 
il alla visiter les postes de la Saare et demanda que 



1706] MâMOmSS DE yiLLARS. SSII 

son congé lui fût envoyé à Metz, où il devoit se rendre 
dans les derniei^s jours de novembre. 

Le 8l4* de ce mois, il fut informé de la distribu- 
tion des quartiers d'hiver des ennemis. Ils a voient 
45 bataillons de campagne, depuis Mayence jusqu'aux 
lignes de Stoloffen, et 70 escadrons. Le reste alla 
prendre des quartiers d'hiver en Bavière et dans les 
montagnes Noires. 

Le maréchal de Yillars fit dire secrètement aux sol- 
dats prisonniers qui étoient dans l'Empire qu'ils pou- 
voient prendre parti chez les ennemis. Il étoit bien 
sûr qu'ils ne perdroient pas les premières occasions 
de s'échapper, et d'ailleurs il vouloit éviter au roi la 
dépense de les nourrir assez chèrement chez les enne- 
mis. Ensuite, il fit occuper Bitche, place très impor- 
tante par sa situation, et se rendit à la cour le 8 dé- 
cembre. 

Ainsi finit l'année 1 706, la plus malheureuse qu'ait 
eue la France sous le règne du roi. Premièrement par 
la levée du siège de Barcelonne, où l'on perdit plus de 
cent pièces de vingt-quatre, et qui pouvoit enlever la 
couronne d'Espagne à Philippe Y. Ce siège fut com- 
mencé trop tard et Ton y fit une faute capitale qui fut 
d'attaquer le Montjoui plutôt que la ville. 

Ensuite, la malheureuse bataille de Ramillies entraîna 
la perte entière de la Flandre espagnole et de plusieurs 
places de France, enfin la surprenante levée du siège 
de Turin mit le comble à nos disgrâces pour s'être 
obstiné encore à attaquer, d'abord par la citadelle, 
une des meilleures places de l'Europe, au lieu de 
commencer par la ville. 

On ne peut se prendre de tant de malheurs à la seule 



2231 nÉMomES de tillars. [1707 

fortune. Pendant que les généraux françois faisoient 
des fautes considérables, la conduite du prince Eugène 
et de Marlborough fut très hardie. Us connurent l'un 
et l'autre par une heureuse expérience qu'il y a dans 
les combats un si grand avantage à attaquer que l'on 
ne doit jamais y manquer, à moins que l'on ne trouve 
moyen d'amener l'ignorance d'un ennemi à nous atta- 
quer dans un poste inaccessible. 

L'union de l'Ecosse et de l'Angleterre fut encore 
un des grands événements de cette année. Le roi 
Guillaume qui avoit formé ce dessein n'avoit pu l'exé- 
cuter. La roine Anne fut plus heureuse. Les princi- 
paux articles de l'union étoient qu'à commencer au 
mois de mai 1707, les deux royaumes n'en feroient 
plus qu'un, qu'il n'y auroit qu'un Parlement sous le 
nom de Parlement de la Grande Bretagne ; qu'il tien- 
droit ses séances en Angleterre où l'Ecosse enverroit 
ses députés qui céderoient le pas aux Anglois, et 
où les décisions se feroient à la pluralité des voix, 
quoique l'Ecosse ne pût avoir que soixante députés, et 
que le nombre des autres ne fût point IxNrné. 

Pierre II, roi de Portugal, mourut dans ce même 
temps, et son fils aîné lui succéda sous le nom de 
Jean lY. 

1707. Dans les premiers jours de l'année 1707, 
le comte de Villars*, chef d'escadre, fit attaquer 
les rebelles de Minorque retranchés au nombre de 
5,000 devant le fort Saint-Philippe, et les força dans 
leurs Ugnes. 

Le maréchal de Berwick s' étant avancé près de 

i. Armand de Villars, frère du maréchal. 



1707] /MÉMOIRES DE VILLAR8. «23 

Ghinchila à dessein de jeter du secours dans le château 
de Villena sur la frontière de la Nouvelle Gastille, 
milord Galloway et Das Minas qui en faisoient le siège 
marchèrent à lui et l'attaquèrent dans la plaine d'Aï- 
manza. L'action fut très vive, mais les alliés après une 
vigoureuse résistance prirent la fuite ^ Il n'y eut que 
1 3 bataillons qui firent la retraite avec assez d'ordre 
sur la hauteur de Gaudeté, où ils furent enveloppés le 
lendemain à la pointe du jour et contraints de mettre 
les armes bas. Milord Galloway, qui avoit reçu deux 
coups de sabre au visage, gagna Tortose en dili- 
gence avec les débris de l'armée affaibh'e de plus de 
12,000 hommes. Le duc d'Orléans marchoit alors pour 
venir prendre le commandement général de l'armée 
des deux Gouronnes ; mais il n'arriva que le lendemain 
de l'action, et il entra aussitôt dans le royaume de 
Valence dont la capitale lui envoya faire sa soumission. 

Après cet heureux succès, il marcha en diligence vers 
l'Âragon. Les députés de Sarragoce vinrent se sou- 
mettre et la ville ouvrit ses portes, en sorte qu'une 
seule victoire enleva aux ennemis les royaumes de 
Valence et d'Aragon. Il en coûta à ces royaumes 
reconquis de grosses sommes d'argent et leurs anciens 
privilèges, le roi d'Espagne ordonnant qu'à l'avenir 
ils seroient gouvernés selon les lois de Gastille. 

Le maréchal de Villars, avant que de partir de la 
cour, avoit- mandé au comte de firoglio, qui comman- 
doit dans la Basse-Alsace, d'examiner tout ce qui 
pourroit être tenté avec apparence de succès pour 
attaquer les lignes de Stoloffen. Le prince de Bade y 

1. Le 25 avrU 1707. 



224 MÉMOIRES DE VILLÂR8. [4707 

avoit travaillé pendant plusieurs années et n'avoit 
rien omis de oe qui pou voit les rendre imprenables. 
Il les avoit commencées après la prise du fort de Kell 
et après l'entrée du maréchal de Yillars dans l'Empire. 

Ce prince, sans contredit le plus habile des géné- 
raux de l'empereur et qui conmiandoit ses armées 
avec celles de l'Empire dans toute l'Allemagne, étoit 
mort au commencement de l'année, et le marquis de 
Bareith lui avoit succédé dans le commandement. 

Le comte de Broglio eut ordre du maréchal de Yil- 
lars de se trouver à son arrivée à Saverne avec les 
autres généraux qui avoient commandé sur les fron- 
tières. Ce lieutenant général avoit fait pour l'attaque 
des lignes de Stoloffen un projet qui parut très solide 
au maréchal de Yillars. Ainsi il le renvoya vers Lau- 
terbourg pour étudier mieux encore les mesures qu'il 
convenoit de prendre, et cela avec le plus grand secret 
qu'il seroit possible. 

Il avoit appris en arrivant sur la frontière que dès 
le premier mai les ennemis avoient fait camper leurs 
troupes derrière les lignes de Stoloffen ; que le mar- 
quis de Bareith étoit arrivé à Hailbronn, le duc de 
Wirtemberg à Rastat et le maréchal de Thungen à 
Philisbourg. 

Le maréchal fît camper dès le 1 6 mai 50 escadrons 
au delà du Rhin. La nécessité des fourrages le deman- 
doit ainsi, parce que ceux des magasins du roi étoient 
épuisés et que d'ailleurs cette disposition convenoit 
au projet qu'il méditoit. 

Il partit de Strasbourg le 1 6 mai et alla joindre le 
comte de Broglio à Lau ter bourg. 

Le maréchal alla ensuite visiter les bords du Rhin, 



1707] MÉMOIRES DE VILLARS. SlSS 

accompagné du comte de Broglio et du s' de Vivaus, 
les seuls qui eussent connoissance du projet médité. 

Le comte de Broglio avoit reconnu une lie du Rhin^ 
à laquelle on pouvoit faire arriver les bateaux. Après 
un bras de ce fleuve très facile à traverser, on trou- 
voit une belle plage assez étendue sans être couverte 
de bois, de manière que la descente étoit aisée. 

Le plus grand obstacle étoit d'en cacher le dessein 
aux ennemis étendus sur tous les bords du Rhin de 
leur côté, et ayant un pont à l'île de Daxlante^ de 
manière qu'aucun bateau ne pouvoit passer sans être 
aperçu. Le maréchal de Yillars avoit sur des baquets 
un pont de bateaux portatifs. Mais le mouvement de 
ce pont une fois connu des ennemis, ils faisoient mar- 
cher leurs troupes à mesure pour se placer dans l'en- 
droit où l'on voudroit jeter ce pont. Ainsi, pour le 
faire marcher sans être aperçu, le maréchal fit couvrir 
par des broussailles certains endroits que les ennemis 
pouvoient découvrir, et y fit camper peu de troupes 
qui paroissoient se mettre à couvert par des feuillées'. 

Les chevaux qui dévoient tirer les baquets furent 
commandés le matin et arrivèrent le soir. Les charre- 
tiers avoient ordre en certains endroits de ne pas 
même donner un coup de fouet et de ne pas dire un seul 
mot. On fit défense d'allumer les pipes la nuit, et l'on 



i. L'île de Neubourg, près de Lauterbourg. 

2. Erreur du copiste; Daxlanden est près de Garlsruhe. C'est 
de rile de Dahlunden, située en face de Stollbofen, que rennemi 
surveillait les mouvements de Yillars. 

3. En outre, un canal latéral au Rhin avait été creusé entre 
Seltz, Drusenheim et Wantzenau, pour faciliter les transports 
et les dérober à Tennemi. (Pelet, YII, 190.) 

n 15 



S26 MÉHOmBS DE VILLAR8. [1707 

nomma des officiers sages et attentife pour faire 
observer ces ordres avec la dernière exactitude. 

En effet, les baquets sur lesquels étoient les 
soixante bateaux arrivèrent près de Liauterbourg, et il 
faut remarquer qu'on tenoit des lies qui permettoient 
de les mettre dans un bras du Rhin sans que les enne- 
mis pussent s*en apercevoir. Toute la journée qui 
a voit précédé cette marche, on avoit des ordres le 
long de la Lutter de laisser entrer dans les barrières 
tout ce qui viendroit du pays ennemi, mais de ne 
laisser sortir personne. On observa le long du Rhin 
qu'aucun petit bateau ni vedelin ne pût passer aux 
ennemis. 

On embarqua sur les 60 bateaux 1 ,800 hommes qui 
abordèrent de front, la bayonnette au bout du fusil. 
Cent hommes des ennemis qui étoient sur le bord 
s'enfuirent aussitôt, et ce fut leur fuite seule qui aver- 
tit les généraux de ce qui se passoit. 

Les ennemis firent marcher S, 000 hommes pour 
attaquer nos gens. Mais ceux-ci, après leur descente, 
s'étoient retranchés sur le bord avec tant de diligence 
que les ennemis ne crurent pas les pouvoir emporter. 

La veille de l'attaque, le maréchal donna un grand 
bal à toutes les dames de Strasbourg, en sorte que, 
tout ce qu'il y avoit d'offiôiers, même les généraux, 
n'étoient occupés que de la fête. Pour lui, il appeloit 
les uns après les autres les généraux qui dévoient 
marcher et leur donnoit ordre de ce qu'ils avoient à 
faire. En sortant du bal à trois heures du matin, il 
monta à cheval et joignit à une lieue de Stoloffen l'ar- 
mée qui s'étoit ébranlée dès minuit. 

Le s"" de Pery, qui commandoit vers le Fortlouis, 



1707] ]iÉII0IRB8 DE YILLARS. VS1 

se présenta avec un cœ*ps de troupes et quelques 
bateaux vis-à-vis de SelingenS et le marquis de 
Yieuxpont^ à Tlle de Talunte^. Enfin, ces diverses 
attaques partagèrent 40 bataillons des ennemis. Il est 
vrai qu'il manqùoit plusieurs officiers généraux à l'ar* 
mée du roi, mais, conmie le secret et la diligence 
étoient nécessaires, le maréchal ne trouva pas à pro- 
pos pour cela de différer Texécution. 

Le %\ mai, le maréchal de Villars marcha droit à 
Bihel. Il y arriva dans le même temps que le comte de 
Broglio attaquoit le marquis de Bareith^. 

Ce général, averti de la descente des bateaux et 



1. SQlliogen, petite ville située en face du Fort-Louis. 

2. Guil.-Atex., marquis de Yieux-Pont, maréchal de camp en 
1702, puis lieutenant général en 1710, servit constamment sous 
Yillars de 1703 à 1713 ; il mourut en 1728, à soixante-quinze ans. 

3. Dahlunden. 

4. Le passage du Rhin se fit sur quatre points : Villars passa 
le 21 à Kehl et marcha aux lignes de Stoilhofen pour les attaquer 
de front; Broglie passa le 22 à Lauterhourg pour les prendre à 
revers : Péry, par Tile du marquisat, et Vieux-Pont, par celle de 
Dahlunden, menacèrent leur flanc; l'attaque générale eut lieu le 
23, Tennemi ne l'attendit pas. Voir la dépêche du 25 par laquelle 
Villars rend compte au roi de toute l'opération (Pelet, Vil, 209) ; 
il se loue beaucoup de Broglie : « Il mérite d'être élevé, il est du 
caractère de ceux que le bien de votre service veut. que Ton 
songe à mettre en place ; il est fâcheux que le nombre en soit si 
rare. • Quelques jours plus tard il écrivait à Ghamillart : « Si 
S. M. ne veut pas avancer M. de Broglie pour le moment, ne 
seroit-il pas juste de luy donner une gratification sur les contri- 
butions, avec une lettre de vous qui lui permit d'espérer que ce 
ne sera pas la seule récompense que recevront ses mérites? » 
Malgré ces chaleureuses recommandations, Broglie se crut oublié 
par Villars et écrivit à Ghamillart, le 11 juin, une lettre où il se 
donne tout le mérite du succès de 8tollhofen. (Dépôt de la guerre, 
vol. 2027, nw 121 et 131.) 



228 llillOlRBS DE VILLARS. [1707 

surpris des attaques diverses et inopinées le long du 
Rhin, abandonna les lignes dans lesquelles Tannée 
du roi entra. On y trouva une quantité prodigieuse 
d'artillerie, de toutes sortes de munitions et plus de 
60 pièces de canon. 

Les pièces de 84 que le prince de Bade avoit tirées 
de la ville d'Âugsbourg furent trouvées dans les 
magasins de Bihel avec plus de 40 milliers de poudre 
et le camp étoit tendu presque partout. On trouva 
quantité d'habillements de régiments tous complets, 
un pont portatif avec tous les baquets estimés plus de 
100,000 firaincs et quantité de magasins de farine et 
d'avoine. Mais ce qu'il y eut de plus étonnant, c'est 
que ce grand et heureux succès ne coûta pas un seul 
honome. Il est pourtant certain que l'art et la nature 
rendoient les lignes de Stoloffen presque inattaquables. 
Elles étoient couvertes d'inondations, depuis le pied 
de la montagne jusqu'au Rhin. 

Le maréchal de Yillars fiit obligé de donner trois 
jours à Rastat pour préparer ses vivres et pour faire 
travailler à un fort à Selingen, afin d'assurer le com- 
merce du Fortiouis. Il détacha sur-le-champ Yerseilles 
avec 500 chevaux, qui trouva l'armée ennemie se 
retirant en désordre, tua beaucoup de soldats et fît un 
grand nombre de prisonniers. 

Le 23 mai, l'armée arriva à Rastat où étoit le palais 
magnifique du prince de Bade. On le trouva tout meu- 
blé avec plusieurs équipages de la princesse de Bade 
et de ses enfants. Le maréchal lui envoya tout à Etlin- 
gen où elle s'étoit retirée. 

Après les trois jours passés à Rastat, le maréchal de 
Yillars envoya des ordres aux villes de Stutgard, 



1707] HÉMOIRES DE YILLARS. 829 

d'Heidelberç et aux régences de ces deux grandes 
villes de préparer chacune dix mille sacs de farine et 
de les faire voiturer dans les lieux indiqués sous peine 
des plus dures exécutions militaires. Il fut exactement 
obéi, et Ton voyoit passer les chariots au milieu des 
troupes ennemies sans qu'elles osassent s'y opposer 
pour ne pas exposer leur propre pays à une ruine et 
à une dévastation certaines ^. 

Le maréchal envoya des mandements pour les con- 
tributions à plus de 40 lieues à la ronde, en Franco- 
nie, en Souabe, et, comme il avoit imposé des contri- 
butions à ces divers Ëtats lorsqu'il entra dans l'Empire 
en i 703, il demanda les années qui n'avoient pas été 
payées depuis que les armées du roi en.avoient été 
chassées après la seconde bataille d'Hochstet. 

Ce qui paroissoit le plus important et le plus néces- 
saire au maréchal de Yillars étoit d'établir une sévère 
discipline dans l'armée, parce qu'il n'y a que l'ordre 
seul qui fasse subsister dans le pays ennemi lors- 
qu'on ne peut rien tirer de ses propres magasins. Il 
fit donc assembler les bataillons et parla aux sol- 
dats de manière que la plupart le pussent entendre, 
c Mes amis, leur dit-il, j'ai traversé l'Empire il y a 



1. Dans sa dépêche au roi, du 25 mai, Yillars avait exposé 
son grand projet d'excursion au delà de Francfort, sur les terri- 
toires des princes de Hesse-Darmstadt et de l'électeur palatin, 
pour les « châtier, i» « Je ne serai que huit jours à cette expé- 
dition et reviendrai ensuite chez M. le duc de Wirtemberg, lequel 
aura, pendant ce temps, pu faire ses réflexions. Quand je dis 
châtier ces princes, oe n'est point du tout par brûler ni dévaster 
leurs États, mais en tirer beaucoup d'argent au profit de Y. M. 
Le roi de Suède a trouvé que c'était la meilleure des punitions, 
et ce sera la seule que je prendrai la liberté de conseiller à Y. M. > 



830 MÉMOIRES DE VILLAES. [1707 

trois ans. Vous savez que votre sagesse permettoit aux 
paysans d'apporter au camp tout oe qui vous étoit 
nécessaire. Nous rentrons dans ce même Empire, nous 
ne pouvons plus compter sur nos magasins. Si vous 
brûlez, si vous faites fuir les peuples, vous mourrez 
de faim. Je vous ordonne donc pour votre intérêt, et 
pour celui du roi, d'être sages; et vous voyez bien 
vous-mêmes l'importance qu'il y a que vous le soyez. 
J'espère aussi que vous comprenez les bonnes raisons 
que je vous dis. Je dois conunencer par vous ins~ 
truire ; mais, si ces raisons ne vous contiennent pas, 
la plus grande sévérité sera employée, et je ne me 
lasserai pas de faire punir ceux qui s'écarteront de 
leur devoir, t 

Ce discours fit impression sur l'esprit du soldat et 
l'armée demeura dans une discipline si exacte que l'on 
ne fut obligé à aucun exemple. 

Le fH mai, le maréchal apprit que les ennemis 
étoient derrière Phorzheim. Il laissa le s^ de Quadt 
avec un petit corps de cavalerie sur la Lutter pour 
couvrir l'Alsace. On trouva des magasins de farine des 
ennemis, assez considérables, dans les petites villes 
d'Etlingen et de Kupenheim. 

Gomme l'armée passoit près d'Etlingen où étoit la 
princesse de Bade, le maréchal alla lui rendre une 
visite. Il la trouva dans la vive douleur de la perte 
d'un mari très respectable et qui l'aimoit fort. 

Le %9 mai, il envoya le marquis de Vivans^ avec 



1. Jean de Yivans de Noaillac, lieutenant général de 1704, 
servit sous Villars jusqu'à la fin de la guerre, se distingua à la 
prise de Fribourg en 1713. 



1707] MÉMOnUBS DE VILLARS. 831 

1 ,500 chevaux sur la route de Phorzheim. Cet officier 
eut avis que 500 chevaux des ennemis étoient près de 
Dourlac. Il marcha à eux avec une partie de son déta- 
chement et, malgré une assez grande résistance de 
cette cavalerie qui avoit un défilé devant elle, il la 
défit entièrement. Les comtes Garlo et Berlo, lieute- 
nant-colonel et major, furent pris, le premier dange- 
reusement blessé. Sept ou huit autres officiers furent 
aussi faits prisonniers. Le marquis d'Ândezy, mestre 
de camp de nos troupes, et le marquis de Lagny, 
capitaine de cavalerie, furent tués dans cette action. 
Le marquis de Yivans suivit les ennemis et trouva 
quatre pièces de canon qu'ils avoient abandonniées. 

Le dernier mai, le maréchal campé à Kretsingen^ 
apprit que les ennemis étoient campés à Mulaker sur 
la rivière d'Ents. Il fit une marche forcée pour s'ap- 
procher d'eux et alla camper à Phorzheim où l'on 
trouva un très gros magasin de poudre et de bombes. 
Là, il sut que les opinions des généraux ennemis 
étoient fort partagées. Les ducs de Wirtemberg et de 
Dourlac vouloient attendre et combattre dans le poste 
où ils étoient, et le marquis de Bareith, général, vou- 
loit absolument se retirer. Le maréchal de Yillars, en 
arrivant à Phorzheim, apprit que l'ennemi avoit quitté 
son camp à la pointe du jour et s'étoit éloigné de près 
de six lieues. L'infanterie du maréchal ne put arriver 
qu'à l'entrée de la nuit, et il fut obligé de séjourner 
deux jours pour se donner le pain nécessaire pour 
aller en avant. 

Le 4 juin, il alla camper à Schi^veibertingen et le 6 

1. Grôtzingen, village à côté de Durlach. 



238 llâlIOIRES DB VILLARS. [1707 

à Wahingen^ seulement avec la cavalerie et les dra* 
goDS, rinfanterie n'ayant pu suivre faute de pain. 

Il envoya des officiers pour rassurer les duchesses 
et princesses de Wirtembei^ dans Stutgard, où l'on 
conserva tout ce qui pouvoit appartenir au duc de 
Wirtembei^, dont le palais étoit tout meublé. Sa ville 
grande et riche fut conservée avec soin. 

Le 7®, le maréchal alla camper à Stutgard, lais- 
sant derrière lui les États des électeurs Palatin, de 
Mayence , des princes de Bade , de Dourlac et partie 
du Wirtemberg auxquek il imposa de grandes contri- 
butions. 

La régence de Wirtemberg convint de donner pour 
sa part deux millions cinq cent mille livres. 

Dès le 5^ juin, le maréchal de Yillars avoit écrit une 
lettre très forte et ci-jointe aux magistrats de la ville 
d'Ulra : 

La dureté que vous avez exercée, Messieurs, contre M. d'Ar- 
gelos et autres prisonniers, méritoit des punitions sévères. Si 
je me laissois aller à celles qu'exige la justice, puisque contre 
toute sorte d'équité vous avez retenu M. d'Argelos et quelques 
autres François, malgré une capitulation faite avec M. le baron 
de Thungen, feld maréchal général de l'empereur ; si vous 
n'obéissez pas dans le moment à l'ordre que je vous donne de 
me renvoyer H. d'Argelos et les autres prisonniers retenus 
malgré la capitulation, je laisserai dans vos terres des exemples 
nécessaires à gens qui, aveuglés de quelque prospérité, oublient 
les sacrés devoirs des capitulations; ce sera de mettre à feu et 
à sang les villes, bourgs et villages qui vous appartiennent. 
Faites-vous justice à vous-mêmes, et par là évitez la mienne. 

1. Vaihingen, village près de Mûhlacker, où Tarmée, sous la 
conduite de Saint-Frémont , campa le 5, pendant que Villars, 
avec la cavalerie, se portait à Schwieberdingen et à Stuttgard. 



1707] MAïamBS DE yiLLARS. 233 

La régence d'Ulm obéit à TinstaDt et renvoya les 
prisonniers qu'elle retenoit. 

Après la seconde bataille d'Hochstet et la prise de 
cette ville par les impériaux, les magistrats d'Ulm 
contre la capitulation avoient retenu le s^ d'Arge- 
los, brigadier d'infanterie et colonel de Languedoc, 
avec plusieurs officiers françois qu'ils traitoient même 
assez durement. Les menaces du maréchal de Villars 
tirèrent ces messieurs de la dure prison où ils étoient 
depuis quatre ans enfermés. 

Le maréchal de Villars détacha le marquis de Yivans 
avec douze escadrons à la tête du Fortlouis, pour pro- 
téger la construction d'un fort qu'il fit élever à Selin- 
gen et pour assurer les convois qu'il tira de nos maga- 
sins dans les commencements. Le s' de Quadt, outre 
cela, étoit avec six escadrons et quatre bataillons sur 
les lignes de la Lutter pour couvrir toujours l'Alsace. 

Le 1 0* juin, l'armée du roi alla camper à Stutgard 
et l'armée ennemie continua à s'éloigner. Elle quitta 
le camp de Schwabsgemundt ^ le même jour que celle 
du roi arriva à Stutgard. Le' maréchal envoya des 
mandements pour les contributions dans toute la 
Souabe et la Franconie. Afin même de faire mieux 
obéir à ces mandements, il donna ordre au s' d'Imé- 
court d'aller avec 1 ,500 chevaux au delà du Danube. 
Il passa ce fleuve au-dessus d'Ulm, et le comte de 
Broglio [marcha] avec un pareil nombre au delà du 
Tauber, afin de soumettre par ce moyen toute la 

i. Gmûndt de Souabe, petite ville à cinquante kilomètres est 
de Stuttgard. La forme Schwabsgemundt se trouve aussi dans 
les lettres de Villars. Les correspondances des autres généraux 
portent simplement Gemundt ou Gmund. 



834 MÉMOIBES DE VILLARS. [1707 

Francoaie. On apprit alors que Farmée ennemie cam- 
pée à Schwabsgemundt s'étoit encore éloignée et 
campoit trois lieues au delà à Bergen. 

Le comte de Broglio eut ordre d'envoyer des déta- 
chements de cavalerie et de hussards dans les plaines 
de Hochstet. Gomme le bruit s'étoit répandu, qu'on 
avoit même lu dans les Gazettes et Mémoires de Hol- 
lande que les ennemis, après la seconde bataille 
d'Hochstet, avoient fait élever une pyramide sur le 
champ de bataille avec des inscriptions à la honte des 
François, ces détachements eurent ordre d'examiner 
soigneusement si cette pyramide subsistoit et de la 
détruire en cas qu'on l'eût élevée. Mais ils ne trou- 
vèrent rien qui eût donné lieu à ce qui avoit été 
imprimé dans les nouvelles de Hollande. 

Le 1 6, le maréchal de Villars marcha à Schorndorff, 
place appartenant au duc de Wurtemberg. Elle est 
entourée de six bastions bien revêtus, d'un fossé 
revêtu de même et soutenu d'un très bon château. 
I^e siège d'une telle place étoit un peu difficile à une 
armée qui n'avoit que quatre pièces de batteries et 
même fort peu de boulets. Aussi la plupart des offi- 
ciers généraux s'opposèrent-ils à l'attaque. 

Le maréchal de Yillars, bien résolu à ne pas s'opiniâ- 
trer à ce siège, si les ennemis étoient déterminés à une 
bonne défense, voulut aussi essayer ce que la terreur 
pouvoit leur inspirer. Il fît donc ouvrir la tranchée et 
dire à la duchesse de Wirtemberg que, si cette place 
attendoit le premier coup de canon, elle serviroit d'un 
exemple terrible à qui osoit arrêter l'armée du roi. 
Les ennemis firent un assez gros feu de canon pendant 
deux jours. Au troisième, les magistrats sortirent pour 



1707] MÉMonuss de yillars. 335 

dire que le commandant ne vouloit pas se rendre. Ils 
trouvèrent le maréchal à la tète de la tranchée où Ton 
portoit quantité de fascines. 11 leur dit qu'il alloit faire 
combler le fossé et que, si le commandant de Tempe- 
reur ne rendoit pas la place, il feroit tout passer au fil 
de Tépée. 

Deux heures après, la terreur des magistrats s'étant 
communiquée au commandant, il rendit la place. Le 
maréchal, en ayant fait le tour, la trouva si bonne qu'il 
regarda comme un bonheur de ne l'avoir pas connue, 
puisqu'il n'eût pas été prudent de l'attaquer. Il y 
trouva une très grosse artillerie et beaucoup de muni- 
tions de guerre et de vivres. 

Le SO juin, le maréchal, informé que le lieute- 
nant général Janus étoit campé avec un corps de 
6,000 hommes à l'abbaye de Lorch où il étoit 
retranché ayant une rivière devant lui, résolut néan- 
moins de l'attaquer. Mais, conmie^l falloit surprendre 
les ennemis de manière qu'ils ne pussent être soutenus 
de leur armée, ni se retirer si on les attaquoit, il 
donna ordre que personne ne sortit du camp et, sans 
parler de son dessein, il fît commander 15 bataillons, 
les dragons du colonel général, et de la Yrillière, et 
les brigades de cavalerie de l'Isle, et de Saint- 
Pouanges avec MM. de Saint-Frémont et de la Châtre 
pour lieutenants-généraux, les s'* de Vieuxpont et de 
Broille^ pour maréchaux de camp, et de Nan- 
gis. Il envoya d'abord Yerseilles avec les houssards. 



1. Le chevalier de Broglie, frère du comte de Broglie, maré- 
chal de camp comme lui. L'orthographe est curieuse comme 
indiquant la prononciation du nom. 



236 MÉMOIRES DE YILLAAS. [4707 

300 chevaux et SOO grenadiers, avec ordre en appro* 
chant de Tennemi de se placer comme si c'étoit une 
escorte de fourrage. 

Le maréchal de YiUars marcha à la tète des dra- 
gons. Verseilles trouva 300 chevaux et quelques hous- 
sards; il les poussa jusqu'aux retranchements des 
ennemis. 

La cavalerie et les dragons avoient ordre de porter 
des faulx et de marcher comme des fourrageurs 
cachant leurs étendards. Dès que Ton fut à une demi** 
lieue des ennemis, ces troupes se séparèrent conmie 
pour fourrager, de manière que le général Janus, qui 
avoit vu l'armée du roi campée sur les dix heures du 
matin, compta toujours que c'étoit du fourrage. Il 
laissa approcher les premiers détachements sans 
prendre d'autres précautions que de faire monter sa 
cavalerie à cheval. Le maréchal de Villars, voyant qu'il 
ne songeoit pas à s'éloigner, fit approcher les dragons 
du détachement de Verseilles sans former des esca- 
drons. Ainsi, il posta ses troupes assez près des 
ennemis pour qu'il ne leur fût plus possible de se 
retirer. 

Alors il envoya ordre à tout ce qui étoit répandu 
dans la plaine de se former, fit sonner les trompettes, 
lever les étendards et se mit en bataille sur le bord 
du ruisseau qui couvroit les ennemis. Ils marchèrent 
sur le bord; le ruisseau n'étoit pas difficile, on le 
passa et on renversa les ennemis à la première 
charge. L'infanterie attaqua l'abbaye de Lorch et 
l'investit. Le général fut pris et blessé et tout son 
corps entièrement défait. Le maréchal de Villars se 
loua fort des officiers généraux, surtout de M. de Fré- 



1707] lOÊMOmES DE YILLARS. S37 

monty de Broglio, Nangis, Pezeux^ et des dragons 
du ooloQel général qui avoient la tète de Tattaque. 

Le 23, le maréchal de Yillars, informé que Tarmée 
ennemie étoit toujours à trois lieues au delà de Sohwas- 
gemundt, marcha le même jour avec la cavalerie et 
campa à Schwasgemundt, après avoir envoyé ordre au 
marquis de Hautefort de marcher avec le reste de l'ar^ 
mée pour le joindre. Elle n'arriva à Gemundt qu'à 
l'entrée de la nuit. 

Le jour suivant, le maréchal, ayant appris sur les 
deux heures après minuit que les ennemis avoient 
marché la nuit, partit dans le moment avec la plus 
grande partie de la cavalerie pour joindre leur arrière- 
garde. Elle fut attaquée et l'on défit leurs dernières 
troupes. Un lieutenant-colonel du régiment de Médicis 
fut pris avec cinq capitaines de divers corps. 

On tua un assez grand nombre des ennemis, on 
ramena 1 50 prisonniers et plus de 300 chevaux. 

Il arriva alors une chose assez particulière ; c'étoit 
le joiy* de la Fête-Dieu, le marquis de Nangis, entrant 
dans un village avec 800 grenadiers, trouva le curé et 
les habitants en procession. Le curé s'arrêta pour 
donner la bénédiction, les grenadiers se mirent à 
genoux et, la bénédiction reçue, on marcha aux enne- 
mis sans que le curé ni la procession parussent alar^ 
mes. Il est vrai qu'on avoit établi une discipline si 
exacte que les paysans ne prenoient plus la fuite. 

Dans la situation où étoit le maréchal de Yillars, il 

i. CHeriadus de Pra-BalesBeac, chevalier de Pezeux, était bri- 
gadier de dragons depuis 1704. Il se distingua à Fhbourg (1713), 
lieutenant général en 1718, gouverneur de Lille, il mourut en 
1742 à soixante-huit ans. 



238 mAioires de yuAJM. [1707 

espéroit pousser bien loin ses conquêtes. Mais il reçut 
des ordres affligeants pour lui d'envoyer des détache- 
ments de son armée en Provence où l'armée de l'em- 
pereur étoit entrée.* Ainsi, le moyen de s'étendre lui 
fut fermé» puisque de ses quarante bataillons il étoit 
obligé d'en détacher le quart au moins pour garder les 
villes qu'il prenoit et de ne pas demeurer sans com- 
munication avec les places. 

Il avoit fait passer secrètement des avis au roi de 
Suède, qui étoit avec son armée en Saxe, et lui propo- 
soit une jonction de ses forces à Nuremberg. Il faut 
convenir que, si ce prince eût pris ce parti, il étoit 
maître de l'Empire. Il avoit fait élire roi de Pologne 
le roi Stanislas, et jamais prince ne pouvoit se flatter 
avec plus d'apparence d'une grandeur sans bornes. 
Mais on sut depuis que son principal ministre, le 
comte Piper, avoit été gagné par Marlborough, et 
qu'il porta ce prince intrépide et jaloux de la gloire 
d'Alexandre à entreprendre de traverser autant de 
terres que ce fameux conquérant, comptant à son 
exemple attaquer des barbares. Mais les barbares que 
faisoit fuir Alexandre occupoient les plus riches con- 
trées de la terre, et ceux que chassœt le roi de Suède 
ne lui abandonnoient que des déserts. De sorte que 
son armée, à demi défaite par la famine et par les 
rigueurs de l'hiver en traversant la Moscovie, périt 
enfin au siège de Pultowa. Ce prince, déjà blessé, se 
sauva, passa le Boristhème avec des peines infinies, 
se retira chez les Turcs à Bender où il essuya les plus 
grands périls et ne garantit sa vie que par une intré- 
pidité dont on trouvera peu d'exemples dans l'his- 
toire. 



4707] MÉMOIRES DE VILLARS. S39 

Un abbé vint joindre le maréchal de ViUars de la 
part de ce prince, dont il lui apporta un portrait avec 
des compliments très gracieux et très flatteurs, mais 
il ne donna aucune espérance de jonction, ni de con- 
cert pour la guerre. 

Sur ce que les ennemis attendoient des troupes de 
Saxe, le maréchal de Yillars avoit demandé qu'on aug- 
mentât les siennes, jnais au lieu de le fortifier par un 
nouveau secours, on lui redemandoit ce qu'il avoit de 
meilleures troupes, entre autres le régiment de 
Navarre. Il représenta au roi que ce qui marchoit de 
l'Empire n'arriveroit pas à temps pour sauver Tou- 
lon. Ces remontrances furent inutiles. La fatalité vou- 
loit que, dès que le maréchal avoit rétabli les affaires 
du roi, on le mettoit hors d'état de mettre à profit 
pour de plus grands desseins les dispositions favo- 
rables où il s'étoit mis. On l'a déjà remarqué dans ce 
qui se passa après son entrée en Bavière, après la 
retraite de Marlborough sur la Moselle, après les 
lignes de Haguenau forcées et toutes les troupes qui 
défendoient cette place prisonnières de guerre. 

Il lui fut donc impossible de marcher plus avant 
dans l'Empire. Le roi même lui marqua qu'il ne le 
désiroit pas, et confirma les ordres d'envoyer un déta- 
chement en Provence^. 

1. La cour était préoccupée de ces lointaines expéditions de 
Villars en Allemagne et aurait préféré qu'il se bornât à couvrir 
l'Alsace et à s'assurer les passages du Rhin : elle aurait voulu 
qu'il s'emparât d'Heilbronn. Le rm, par dépêches des 23 juin et 
5 juillet, insiste pour ce siège (Pelet, VII, 222, 231). Yillars, par 
lettre du 11 juillet (id., 232), démontre péremptoirement les 
inconvénients de cette opération et les avantages de celles qu'il 
a entreprises : « Je dois supplier très humblement Y. M. de me 



S40 MEMOIRES DE VSiLARS. [1707 

L*armée des eaoemis fit un grand tour derrière les 
montagnes et se rapprocha de Mayence. Le maréchal 
de yillars marcha vers Winendal ^ et envoya vers Lauf- 
fen^ le comte de Broglio qui trouva un corps des 
ennemis qui en approchoit. Il Tattaqua et en défit une 
partie. Le comte Fugger, lieutenant-colonel des impé- 
riaux, fut tué, et le comte de Broglio s'établit dans la 
petite ville de Laufien. 

Le 5 juillet, le maréchal marcha à Kretsingen et 
apprit que les ennemis marchoient si diligemment 
vers le Rhin qu'ils avoient fait près de 50 lieues en 
six jours. Il résolut de marcher à Heidelberg et à 
Manheim et sut que le duc de Wirtemberg avoit quitté 
l'armée avec de fortes plaintes contre le marquis de 
Bareith, général. 

Le 7 juillet, il fit partir pour la Provence les troupes 
que le roi avoit ordonné d'y envoyer. Une armée 
ainsi diminuée ne pouvoit plus donner une grande 
terreur aux ennemis. Aussi ce détachement lui fit une 
véritable peine. Mais il falloit se soumettre aux ordres 
du maître. 

Il alla à Heidelberg et envoya le comte Dubourg 
avec 2,000 chevaux à Manheim. Si ce comte avoit fait 
un peu plus de diligence, il seroit tombé sur 1 ,500 che- 

pardonner la liberté de lui dire que je dois voir clair dans la 
guerre que je conduis ; il n'y a pas à me reprocher d'avoir pris 

le mauvais parti je songe jour et nuit à tout ce qui peut être 

utile à y. M., et j'ose l'assurer que mon zèle me soutient contre 
beaucoup d'obstacles et de difficultés qu'on me fait et que je 
n'écoute pas. » 

1. Winnenthal, près de Winnenden, petite ville à vingt kil. 
N.-E. de Stuttgard. 

2. Sur le Necker, à trente kil. au N. de Stuttgard. 



1707] MéHOIRES DE YILLARS. 241 

vaux avec lesquels le général Uercy se jeta dans Phi- 
lisboui^ ; et , s'il avoit saisi , selon l'ordre qu'il en 
avoit, l'ouvrage à cornes que les ennemis avoient de 
l'autre côté du Rhin, vis-à-vis de Manheim, et que le 
maréchal de Villars prit quelques années après, le 
maréchal faisoit venir son pont portatif, l'établissoit à 
Manheim, moyennant quoi il occupoit Philisboui^ et 
demeuroit le maître des deux bords du Rhin jusqu'à 
Mayenee. 

Il reçut dans son camp des députés de Souabe, Fran- 
conie et de la ville d'Ulm pour traiter des contribu- 
tions, et il apprit aussi que les troupes d'Hanover et 
de Saxe approchoient du Rhin. On comprend aisément 
avec quelle joie les ennemis apprirent, de leur côté, 
que l'armée du roi étoit (liminuée de plusieurs déta- 
chements envoyés en Provence. 

Le 18 juillet, le maréchal alla camper à Manheim, 
que l'électeur palatin avoit commencé à fortifier. Le 
corps de la place étoit achevé, mais non les dehors. 
Cependant elle pouvoit être défendue ; mais, quand il 
auroit pu s'y établir, la diminution de son armée par 
les détachements et l'augmentation considérable de 
celle de ses ennemis ne lui permettoient plus les 
mêmes projets. Il fut donc obligé de venir camper à 
Yaldorff ^ où il fut rejoint par le comte de Cézanne ^, 
qu'il avoit envoyé avec un corps de troupes au delà 
du Nekre pour établir les contributions jusqu'à Franc- 
fort et le reste de la Franconie. Il envoya aussi occu- 

1. Petit village dans la vallée du Rhin, à la hauteur de Spire. 

2. L.-Fr. d'Harcourt, frère du duc d'Harcourt, né en 1677, 
blessé à Luzzara, maréchal de camp depuis 1704, fut lieutenant 
général en 1710 et mourut en 1714. 

n 16 



242 MÉMOIRES DE YILLARS. [1707 

per les châteaux de Hornberg^ et de Frideristat pour 
soutenir les pai'tis qui étendoient les contributions, 
pendant que lui-même il alla camper à Brucsal pour 
assurer ses convois, que les ennemis auroient pu cou- 
per par Philisbourg. Les farines qu'il avoit tirées 
jusque-là des pays ennemis étoient consommées. 

L'armée ennemie, augmentée de plus de dix mille 
hommes, passa le Rhin le dernier juillet et alla cam- 
per dans la place de Philisbourg ; ainsi, il ne fut plus 
question pour le maréchal , aSbibli par les détachements 
dont nous avons parlé, que de se conduire sagement 
et de prendre des postes où se trouvoit la sûreté avec 
la commodité des subsistances. Pour cela, il alla cam- 
per à Gotzau, où les députés de Wirtemberg vinrent le 
joindre et apportèrent le quatrième paiement de leurs 
contributions. Le prélat Osiander, un des principaux 
conseillers du duc de Wirtemberg, ayant demandé à 
entretenir le maréchal en particulier, lui dit que son 
maître songeoit à se retirer, lui et ses troupes, de la 
ligue contre la France, et qu'il espéroit le porter à exé- 
cuter bientôt un si sage dessein. 

Le 15, l'armée du roi alla camper à Mulbourg^, la 
droite vers Dourlac, que l'on occupa avec 1 ,2100 fan- 
tassins, sous les ordres du marquis de Nangis. 

Les ennemis marchèrent en même temps pour se 
saisir de cette ville, et le maréchal de Villars fut averti 
dans la marche que leur tête en étoit fort près. Cette 
nouvelle l'obligea à faire prendre le galop aux dra- 



1. Dans la Forêt Noire, le môme qui fut pris le i«' mai 1703. 
Voy. ci-dessus, p. 81. 

2. Petit village entre Garlsruhe et le Rhin. 



1707] MÉMOIRES DE V1LLAR8. 243 

goDs de Fimarcon, qui étoient à la tète de tout, et 
à les faire suivre par la brigade de Saint^Nicault. 

Le maréchal de Villars y courut au galop et fit 
faire un grand bruit de timbales, de trompettes et de 
tambours qui persuadoit aux ennemis que Farmée 
entière arrivoit, ce que les bois dont les environs de 
Dourlac sont couverts ne leur permettoient pas de démê- 
ler. Aussi s'arrêtèrent-ils sur les hauteurs en deçà de 
Kretsingen. Sur une autre nouvelle que le maréchal 
reçut la nuit, savoir que Tarmée ennemie se plaçoit sur 
Dourlac, il envoya dans le moment même un aétache- 
ment de grenadiers pour fortifier les premières troupes. 
Il arriva lui-même à la pointe du jour, le 45 août, 
sur la ville de Dourlac et trouva que les colonnes 
d'infanterie des ennemis s'étendoient pour embrasser 
Dourlac. Gomme Tinfanterie du roi étoit un peu éloi- 
gnée, les officiers généraux qui étoient auprès de lui 
le pressèrent si fort d'abandonner Douriac que, malgré 
lui, il donna ordre au marquis de Nangis de se retirer. 
Puis, faisant réflexion que, s'il abandonnoit cette ville, 
il se trouveroit peu d'heures après dans une situation 
embarrassante, il dit à ces messieurs : c Vous voulez 
me forcer à quitter Dourlac pour éviter l'action pré- 
sente, et vous ne prévoyez pas que vous aurez une 
autre acUon dans quatre heures avec grand désavan- 
tage. Ainsi taisez-vous, s'il vous plaît, et me laissez 
faire. » Sur-le-champ, il envoya Meaupou porter ordre 
à Nangis de se défendre et fit partir à toutes jambes 
des aides de camp pour presser la marche des troupes. 
Les dragons arrivèrent au galop, des officiers de 
Champagne apportèrent des drapeaux et les firent 
paroltre dans le bord du bois, et cela, joint au bruit 



S4& BfÉMOmES DE YILIARS. [1707 

des timbales et des tambours, suspendit la marche des 
ennemis. Un capitaine des grenadiers de Champagne, 
nonmié GhatiUon, et qui étoit posté dans des jardins 
au delà de Dourlac, pressant pour avoir ordre de se 
retirer, en reçut de contraires ; cette ferme contenance 
des troupes du roi fit arrêter celles des ennemis, qui 
se campèrent presque à la portée du fusil de Dourlac 
et firent un gros feu de canon . 

Le maréchal de Yillars avoit placé Farmée du roi 
assez avantageusement pour souhaiter que les ennemis 
prissent le parti de Fattaquer. Il les trouva postés 
assez bien pour la sûreté, mais fort mal d'ailleurs, 
parce qu'ils étoient totalement sous son canon et très 
découverts, au lieu que la droite de l'armée du roi 
étoit couverte par la ville de Dourlac et par les bois 
qui en sont proches. 

Le maréchal de Yillars fit marcher, la nuit du 1 6 au 
17, quatre pièces de S& avec dix de 8 et fit masquer 
les embrasures des batteries, en sorte que les ennemis 
ne pussent les apercevoir et que l'on ne tirât que 
lorsque les troupes seroient revenues du fourrage et de 
la pâture, ce qui arriva sur midi. Aux premières 
décharges, il parut seulement quelque surprise ; à la 
seconde, les soldats abandonnèrent le camp sans ordre, 
la cavalerie monta à cheval et se retira hors de la por- 
tée, et leurs officiers généraux les ramenèrent à la 
tête du camp. Ils perdirent quatre capitaines, plus de 
trois cents hommes et grand nombre de chevaux. 

Le 19, on 'apprit qu'il étoit arrivé aux ennemis neuf 
escadrons et trois bataillons. 

Le prince de Hohenzolern, général de la cavalerie 
de l'empereur, et qui étoit fort des amis du maréchal 



1707] MÉMOIRES DE VILLÂRS. 8&5 

de Yillars, avec lequel il avoit fait oonnoissanoe à 
Vienne et dans les guerres de Hongrie, lui proposa 
une entrevue entre les gardes. Il y alla avec le prince 
Charles de Lorraine, les comtes Dubourg et d'Hautefort. 
Le prince de Hohenzolem y vint avec le prince héré- 
ditaire de Bareith, le comte de Yakerbart, général des 
Saxons, le comte d'Erlac et plusieurs autres princi- 
paux officiers. La conversation fut gaie, et il ne fut 
question que d'assurances réciproques d'estime et 
d'amitié. 

La princesse de Dourlac demanda qu'il fût permis 
aux princes ses enfants qui étoient dans l'armée de 
l'empereur de la venir voir, et le maréchal de Yillars 
le lui accorda. Cette princesse ne voulut pas sortir de 
son palais, sur lequel les volées de canon des ennemis 
et les nôtres passoient souvent. 

Le maréchal de Yillars apprit alors, par une lettre 
de Sa Majesté, qu'elle avoit eu la bonté de donner 
l'abbaye de Chelles, l'une des plus considérables de 
France, à sa sœur, précédemment abbesse de Saint- 
André à Yienne^. Madame d'Orléans, fille du régent, 
lui succéda peu d'années après. 

Le prince de Darmstat envoya son écuyer avec de 
très beaux chevaux. Le maréchal le pria de l'excuser 
s'il ne les acceptoit pas et donna pour raison qu'il avoit 
refiisé les présents que lui avoient ofiferte le duc de 



i. Agnès de Villara, née en 1654. Villars, par lettre du 3 juil- 
let 1707, avait demandé à M»« de Maintenon de lui obtenir 
Tabbaye de Ghelles, vacante. Le roi raccorda le 15 août. Agnès 
de Villars dut la céder à M"« d'Orléans le 17 septembre 1719, et 
se retira chez les Bénédictines de la rue du Cherche-Midi, où elle 
mourut en 1723. 



9146 MÉMOIRES DE YILLAR8. [1707 

Wirtemberg et tous les États de l'Empire où il avoit 
^abli des contributions pour le roi. 

Gomme le maréchal de Villars avoit épuisé tous 
fourrages dès les premiers jours du mois d'août, il 
songea à se retirer. Mais, parce qu'il avoit à repasser 
une rivière très f&cheuse et que l'armée du roi étoit à 
la demi-portée du canon de celle de l'empereur, il fal- 
loit prendre des précautions pour n'être pas attaqué 
avec désavantage en repassant cette rivière. Pour cela, 
huit jours avant qu^il résolût de marcher, il envoya ses 
gros bagages, sous le prétexte de conserver les four^ 
rages, et, ayant disposé les troupes de manière que la 
retraite ne pût être troublée, il repassa la rivière sur 
neuf ponts, se mit en bataille de l'autre côté, marcha 
dans le même ordre dans les plaines de Mulbourg et alla 
camper le 30 août à Rastat* 

Le comte de Vdkirk, adjudant de l'empereur, ayant 
voulu s'approdier pour reconnoltre sa marche, fut pris 
par nos houssards. L'armée des ennemis vint camper 
à Ëtlingen. 

Le maréchal occupa la petite ville de Kupenheim, qui 
étoit à la droite de son camp. Il fit faire quelques retran- 
chements sur la hauteur et prit son quartier général à 
Rastat, ayant devant le front de son camp la rivière 
de Rastat. 

Il avoit ordonné, en entrant dans l'Empire, de 
faire fortifier le petit village de Selingen, qui est dans 
le confluent du Rhin et de la rivière de Stoloffen. Ce 
poste étoit aisé à rendre bon et d'une nécessité indis- 
pensable pour assurer un passage sur le Rhin ; car le 
Fortlouis n'en donnoit aucun, et, moyennant celui 
qu'il s'étoit ainsi procuré, le maréchal étoit tou- 



1707] MQ^OmES DE YILLARS. 247 

jours le maître de marcher dans les plaines de Rastat. 

Il fit faire un pont sur le Rhin, à la hauteur de cette 
ville et compta que, conome on avoit affoibli son armée 
sans nécessité, la cour connoissant de quelle utilité il 
étoit de lui renvoyer des troupes, il lui en reviendroit 
de Dauphiné ; d^autant plus qu'il n'y avoit désormais 
rien à craindre pour la Provence et que les ennemis 
s'étoient retirés de devant Toulon^. 

Le 2 septembre, le marquis de Bareith fit proposer 
un échange des prisonniers, et l'on nomma pour cela 
des officiers de part et d'autre qui se rendirent à Offem- 
bourg. de général, qui devoit céder au duo d'Hanovre 
le commandement de l'armée impériale, en partit le 
3 septembre. 

GoDome le duc de Wirtembei^ assembloit un ccurps 
d'armée du côté de Rotevil^, le maréchal de Yillars 
envoya le marquis de Yivans avec 4 ,500 chevaux vers 
Offembourg pour observer le mouvement de ce corps 
et l'empêcher de sortir des montagnes. Le maréchal 
prenoit ses mesures pour s'assurer des quartiers d'hi- 
ver au delà du Rhin, si le roi le fortifioit à proportion 
des augmentations de troupes qui arriveroient aux 
ennemis. Il pouvoit, en efiet, mettre en état de défense 
Rastat, que le prince de Bade avoit fortifié, et, comme 
tout ce pays-là, jusqu'à la hauteur de Brisac, est rem- 
pli de petites villes, toutes filmées d'assez bonnes 



1. Lé roi, par dépêche du 27 août (Pelet, Vil, 252), annonça à 
ViUars qu'il lui retournerait les troupes qu'il avait détachées de 
son armée. ViUars, en remerciant le roi le 31 (id., 257), ne dis- 
simule pas qu'il lui est difficile de faire des projets avant d'avoir 
reçu ces renforts. 

2. Rottweil, à seize kil. N.-E. de Villingen. 



%itS MEMOIRES DE VILLARS. [1707 

murailles, il pouvoit soutenir ses troupes et ses quar- 
tiers par cinq ponts sur le Rhin, savoir à Huningue, à 
Neubourg, à Brisac, à Strasbourg et à Rastat, d'autant 
plus que Tennemi étoit obligé de mettre des armées 
entières de l'autre côté des montagnes noires pour 
couvrir FEmpire. 

On sait bien que de tels quartiers d'hiver pris sur 
l'ennemi exigent une attention vive du général. Aussi 
le maréchal, pour y réussir, demandoit au roi des offi- 
ciers généraux qui ne craignissent pas la peine. Il sen- 
toit combien l'activité étoit nécessaire au moins jus- 
qu'à ce que les neiges eussent fermé les passages des 
montagnes. Cependant, le capitaine qui commandoit 
dans le château de Hornberg se rendit honteusement 
aux deux premiers coups de canon des ennemis. Le 
maréchal de Villars supplia le roi de permettre que cet 
officier (tkt mis au conseil de guerre. De tels exemples 
étoient nécessaires, car, à dire la vérité, les défenses 
de nos places étoient indignes de la nation. 

Nos partis sur les ennemis avoient de continuels 
avantages. 

Le maréchal demanda le gouvernement de la cita- 
delle de Strasbourg pour le sieur de Bergeret, qui en 
étoit lieutenant du roi ; il demanda aussi l'Âide-Majorité 
pour le sieur Gayet, lieutenant des grenadiers, et ces 
deux grâces furent accordées. 

Le 1 6 septembre, on apprit que le duc d'Hanovre 
étoit arrivé à l'armée des ennemis pour la comman- 
der, et qu'il avoit été suivi d'un renfort de 
3,000 hommes. 

Le maréchal de Villars demanda au roi de quelle 
manière il devoit écrire au duc d'Hanovre, électeur 



1707] HÉMOIRES DE YILLAR8. S49 

que le roi ne reconnoissoit pas encore. Il représenta à 
Sa Majesté que les ducs de Wirtemberg, de Dourlac, 
le mai^quis de Bareith et le landgrave de Hesse trai- 
toient d'égal à égal avec les électeurs, qu'il avoit même 
vu celui de Bavière donner la main au prince de Bade ; 
que lui, maréchal de Yillars, écrivoit également à tous 
ces princes, que leurs lettres finissoient mutuellement 
par très humble serviteur et que le prince de Dourlac 
lui avoit même écrit très humble et très obéissant. 11 
est vrai que ces princes mettent une grande diffé- 
rence entre la qualité de duc et pair et celle de maré- 
chal de France, et qu'ils confondent celle-ci avec celle 
de leurs maréchaux, laquelle n'a chez eux aucune 
dignité hors du commandement des armées. Le roi 
approuva la conduite du maréchal de Villars et lui 
laissa une entière liberté pour le commerce de lettres. 

Le 29 septembre, on apprit qu'il étoit encore arrivé 
huit bataillons des troupes de Prusse à l'armée 
ennemie. 

Le maréchal de Thungen, chargé par le duc d'Ha- 
novre d'un commerce de lettres avec le maréchal de 
Villars, lui fit beaucoup de compliments de la part du 
prince. 

L'électeur rassembla les généraux de son armée, 
qui s'y trouvèrent en grand nombre, sur l'ordre que 
l'empereur avoit donné à plusieurs feld-maréchaux de 
se rendre auprès de ce prince, qui leur déclara que 
les Hollandois lui avoient promis dix mille hommes de 
leurs meilleures troupes. Le maréchal écrivit donc au 
roi que, si on laissoit augmenter l'armée des ennemis 
presque du double et que celle de Sa Majesté ne fût pas 
fortifiée, à la fin, elle serait obligée à repasser le Rhin. 



350 MÉMOIRES DE YILLARS. [1707 

Il est vrai qu^elle étoit aussi bien pour la subsistanoe 
que celle de Fempereur étoit mal, puisqu'elle n'avoit 
soutenu sa cavalerie que par ses avoines, et par con- 
séquent assez chèrement. 

Le roi n'ayant pas trouvé convenable d'envoyer des 
troupes au maréchal de Yillars pendant que l'électeur 
d'Hanovre recevoit tous les jours de nouveaux secours, 
Sa Majesté forma d'autres desseins et ordonna au 
maréchal de repasser le Rhin à la fin d'octobre et de 
se rendre à la cour pour y prendre des mesures avec 
elle sur des desseins qu'elle avoit sur la principauté de 
Neufchàtel ^ , et dont nous parlerons bientôt. 

1 . Lettres de GhamUlart à Yillars du 28 octobre (Pelet, VU, 
269, 271). 



APPENDICE 



APPENDICE. 253 



I. 



NÉGOCIATIONS RELATIVES A lA SUCCESSION D'ESPAGNE. 

{SmteK) 

Nous ayons vu pins haut (toI. I, pp. 303, 349) que Villars était con- 
TaincQ que l'empereur Léopold et ses ministres Kinsky, Harrach, Kau- 
nitz avaient eu l'intention de traiter directement avec la France du 
partage de la monarchie espagnole. Il laisse entendre que, sll avait été 
libre de ses actes, il aurait conclu avec l'Autriche un traité bien plus 
avantageux pour la France que le partage conclu par le roi avec les 
puissances maritimes ; la guerre aurait été évitée. Louis XIV, au con- 
traire, et Torcy étaient convaincus que TAutriche ne voulait pas traiter 
sérieusement, et cette conviction les conduisît au traité de partage. 11 
n'est pas sans intérêt de rechercher où est la vérité, et de rétablir les 
responsabilités. C'est ce qu'il est facile de faire à l'aide des documents 
diplomatiques conservés à Vienne *. Les archives Imp. Roy. contiennent, 
outre la correspondance des ambassadeurs autrichiens À Madrid, à Londres, 
à La Haye, à Paris, la collection des Canferenz Protocolle ou procès- 
verbaux des séances du Conseil des ministres, depuis le mois d'août 1699 
jusqu'en 1701. C'est dans ces courtes notes surtout que se révèle la pen- 
sée intime du gouvernement impérial ; on en suit le développement jour 
par jour. L'étude impartiale de ces documents conduit aux conclusions 
suivantes : 

Le seul ministre, après la mort de Kinsky, qui eût des idées nettes 
sur la question était Kaunitz ; il voulait l'entente avec Louis XIV sur la 
base d'un partage qui aurait attribué à l'Autriche l'Italie et les Pays- 
Bas, à la France le reste de la monarchie espagnole; il voulait en même 

1. Voy. vol. I, p. 464. 

2. Ces documents ont été publiés pour la plus grande partie par 
M. Gaedeke dans son livre intitulé : Die Politik Œsterreidis in der 
Span, Erbfolgefrage, Leipzig, 1877. Ils ont été utilisés par M. de Noor- 
den dans son ouvrage malheureusement inachevé : Europaîtche GescMdite 
in der XVIII Jakrhundert. Leipzig, 1882. Ces deux auteurs ont reconnu 
que rAutriche n'avait pas voulu traiter et, avec une rare impartialité» 
défendu Louis XIV contre l'accusation de duplicité dont trop de leurs 
compatriotes ont chargé sa mémoire. M. Ranke, dans sa remarquable 
Histoire de France, a également soutenu la même opinion. 



S64 APPENDICE. 

temps des armemeats sérieux pour appuyer les négociations. Le grand 
chambellan Waldstein était au fond du même avis, mais arec moins de 
décision. Les antres ministres suivaient la direction de l'empereur et du 
roi des Romains qui ne voulaient pas traiter. Léopold, esprit indécis, 
fataliste, qui espérait en sa faveur le miracle annoncé par les prophéties, 
n'a Jamais autorisé de propositions officielles; les ouvertures faites à 
Villars n'étaient que des insinuations destinées à découvrir les véritables 
intentions de la France el à Jeter le tronble dans l'alliance des puis- 
sances maritimes. Convaincu que Jamais Charles II ne signerait un tes-' 
tament en faveur d'un prince français, entretenu dans cette conviction 
par les assurances de la reine et par les illusions de l'ambassadeur Har- 
rach, Léopold ne voulait rien faire qui diminuât les chances de son fils, 
ou altérât les bonnes dispositions de Charles II à son égard. Une courte 
analyse et quelques citations suffiront à le démontrer. 

Le seul moment où la cour ait paru disposée à étudier sérieusement 
la question d'une entente avec la France est en mai-juin 1699. Kaunitz 
fait à Yillars des ouvertures que Louis XIV encourage (Dép. de Villars 
au roi, 3 mai, 10, 18, 24 Juin. ^ Du roi à Villars, 20 mai, 24 Juin, 
13 juillet. Archives des affaires étrangères, Paris). La première nouvelle 
du traité provisoire de partage conclu par Louis XIV avec Guillaume III 
et la protestation de Charles II arrêtent ces bonnes dispositions. Kaunitz 
essaye encore de faire accepter son opinion par le Conseil (7 sept., 
13 sept., tl oct.), mais ne peut y parvenir; ce n'est qu'au mois de 
mai 1700, après la signature et la communication officielle du deuxième 
traité de partage, qu'on se décide à faire quelques ouvertures à la France ; 
mais l'intention en est manifeste : Sinzendorf est autorisé à proposer à 
Torcy de donner toutes les Indes au dauphin et toutes les possessions 
européennes de l'Espagne à l'archiduc. En autorisant cette communica- 
tion, le Conseil des ministres espérait brouiller la France avec les puis- 
sances maritimes; il savait {Conf. ProUy 31 août 1699] que Porttand 
avait déclaré qu'il se ferait plutôt i couper les mains » que de signer 
une pareille chose. Sinzendorf lui-même n'avait proposé ce moyen (dép. 
du 28 nov. 1699] que pour c allécher » la France et la f séparer des 
puissances maritimes. > Dans la conclusion de la séance du 27 mai, on 
lit : c Zu sehen oh [Gallus] velit tractare. Indien werde er nicht anneh- 
c roen propter bellum perpetuum. » En même temps, on agissait sur 
Villars pour le détacher des alliés : c Gegen den Villars eine conlidenz 
c zn machen, und zu remonstriren Anglos et Hollandos esse foedifragos. » 
(Conf, Prot,f 21 mai 1700.) Sinzendorf fit de vains efforts pour « ne pas 
c donner occasion de penser que l'empereur ne cherchait qu'A gagner du 
ff temps ou à éloigner la France des puissances maritimes. » (Dép. du 
7 Juillet 1700.) Torcy ne s'y trompa point; il déclina des propositions 
qu'il ne consid^ait pas comme sérieuses, et qui ne Tétaient pas. Il suffit, 
pour achever de les caractériser, de citer ce résumé des instructions déci- 
dées par le Conseil du 28 Juillet : c Respondendum Sinzendorf ita ut nec 
c sit affirmative ant negativa. » 



APPENDICE. S55 

Cependant, Harrach écrit qae Charles II a signé un testament le 3 oc- 
tobre. Il n'en connaît pas le contenu ; mais le roi lui a promis le 30 sep- 
tembre de tester en faveur de l'archiduc ; il espère que la promesse a 
été tenue, et il craint pourtant l'inQuence du cardinal Porto Carrero et 
du Conseil. L'empereur persiste dans ses illusions. Kaunilz fait un der- 
nier et inutile effort. Au Conseil du 25 octobre, il présente un rapport 
écrit où il analyse la situation avec une netteté et une perspicacité 
remarquables; il ne donte pas que le testament ne soit en faveur d'un 
prince français et prédit que, ai la mort de Charles II survenait, il serait 
accepté par toutes les Espagnes, ainsi que par la plupart des gouverne- 
ments européens ; il faut donc ou traiter de suite, ou se préparer à une 
guerre sérieuse et occuper militairement les provinces que l'on veut 
arracher à la succession. Il ne réussit pas à ébranler la confiance fataliste 
et inerte de l'empereur. Le Conseil décide de ne rien dire A Villars et 
de laisser les portes ouvertes à une négociation indéterminée. « Respon- 
ff dendnm Villars non esse adhuc rationem mutandi responsum antea ; 
c — die porten tractandi offen zu halten. i 

Cette quiétude est brusquement troublée par la nouvelle de la mort du 
roi d'Espagne. Le Conseil tient séance les 19, 21, 22 novembre. Il décide 
alors qu'il faut traiter avec la France, c ne fût-ce que pour gagner du 
ff temps, f Mais il est trop tard; les nouvelles se succèdent : l'ouverture du 
testament, Tacceptation de Louis XIV, la proclamation du duc d'Anjou ; 
il n'y a plus place pour des négociations avec la France. Le Conseil se 
réunit les 26 et 27 novembre; il est obligé de reconnaf ire qu'il s'est 
trompé en croyant que la France, s'en tenant an traité de partage, n'ao 
cepterait pas le testament, et qu'alors toute U monarchie espagnole 
reviendrait à l'Autriche. Il ne reste plus à l'empereur qu'à faire la 
guerre et à chercher des alliés : « Gleichwie man aber altzeit gehofft, 
c dass vtran Frankraich die Succession von Spanien recusirt, und sich an 
« den tractât gehalten hette, die Spanische Regierung und Lœnder ihren 
a Fehter erkennet und sich wiederumb zu E. K. Majestœt und dero 
c glorw&rdigstes Brzhauss gewendet haben wurden, also muste man... 
f sehen dass dièses fehlet, und B. K. M. nunmehr fast allein mît kei- 
c nem oder wenig AUiirten den Krieg nicht nur wider Franckreich, son- 
« dern auch zugleich wider Spanien in Italien zu fûhren haben werden. > 



256 APPENDICE. 



n. 



EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DE VILLARS PENDANT 

LES ANNÉES 1702 A 1707. 

1. VUlars à Chamillart. 

Au camp de Schweigshausen, ce li« juillet 4702. 

Je croy, Monseigneur, devoir prendre la liberté de vous mander 
les veues que je pourray avoir et assez à Tavance pour estre 
honoré des ordres de Sa Majesté longtemps avant qu'on puisse 
les mettre à exécution. 

En remontant la Sare, il est aysé de mettre sous contribution 
tout le pays qui est entre la Moselle et le Rhin : ce pays appar- 
tient premièrement au Roy de Suéde pour la duché des Deux- 
Ponts, à divers princes et seigneurs ; les principaux sont M' l'Élec- 
teur de Trêves, M' l'Électeur de Mayence et M' l'Électeur Pala- 
tin. Pour ce dernier, sa conduite mériteroit assez les petits 
outrages qu'on pourroit luy faire ; le Palatinat de Kaiserslauter 
est à portée d'essuyer tous ceux que le Roy me permettra d'ima- 
giner. Les pays que ce mesme prince a en commun avec M. le 
prince de Bade autour de Greutznach sont plus éloignez; mais 
je trouveray bien le moyen d'y faire pénétrer de petits partys 
d'infanterie ; outre ces princes que je viens de nommer, il y a 
divers autres comtes de l'Empire. Je vous supplie, Monseigneur, 
de vouloir bien me faire l'honneur de me prescrire les intentions 
de Sa Majesté; je suis persuadé que l'argent de ces messieurs là 
sera plus utile au service du Roy que leur amitié. On peut leur 
imposer sous des prétextes de fournitures de fourrages s'il con- 
vient au Roy d'esviter pour quelque temps le mot de contribu- 
tions. Je crois nécessaire de mettre un poste dans Bouquenon ; 
c'est une petite ville disputée entre M. le duc de Lorraine et 
M. le prince de Vaudémont ; il y a une garnison de M. le duc de 
Lorraine, les murailles en sont très bonnes, et, si les ennemys 
songent à marcher vers la Sare, ce seroit un des premiers 
endroits qu'ils occuperoient. 

J'auray l'honneur de vous dire, Monseigneur, sur les ordres 



APPEin>iCE. SI57 

que vous avez donnés à M. de la Frezéliôre pour faire préparer 
quelque artillerie de campagne à Mets, qu'il m'a assuré que je 
trouveray tout en état; mais les chevaux pour la mener, je n'ày 
pas connoissance d'où ils peuvent venir. 8i l'on ne peut mieux, 
je ne suis pas embarassé de me servir des chevaux de paîsans ; 
il y a icy 1,000 chevaux pour l'artillerie dont 300 ne sont occu- 
pés qu'à soulager ceux des vivres. 

Vous me pardonnerez, Monseigneur, la liberté de vous expo- 
ser une réflection que je fais sur ce que les ennemis ayant pu 
imposer des contributions aux évôchés, puisque leurs partis ont 
pénétré jusques là, ne l'ont cependant fait ; il me seinble avoir 
ouy dire que M. de Varenne avoit proposé à M. le duc de Lor- 
raine que ses États demeurassent dans une entière neutralité, 
pourveu que M. le prince de Bade n'imposât aucune contribution 
sur les terres de 8a Majesté ; que cette proposition étant allée à 
M. le prince de Bade, il avoit répondu qu'il falloit sçavoir les 
intentions de l'Empereur, je n'ay point appris. Monseigneur, que 
l'on ait esté plus loin sur cela. 

Or, que les ennemis n'ayent pas imposé dans le tems qu'occu- 
pés au siège de Landau, tout leur pais nous est ouvert, cela ne 
me surprend point, et me persuaderoit d'autant plus un dessein 
de venir border la Sare, parce qu'en suite ils se flatteroient de 
pouvoir en même temps demander aux sujets du Roy et empes- 
cher nos exécutions sur les leurs. Si donc Sa Majesté avoit 
encore le même objet de laisser les États de M. de Lorraine en 
neutralité, pourveu que l'Empereur ne demandât aucune contri- 
bution, il faut en même tems spécifier que les armées [de l'Em- 
pereur ou de ses alliés ne songeront point à occuper les paîs qui 
sont entre le Rhein et la Moselle depuis Greutzenach jusqu'à 
Trarbach ; car vous comprendrez aisément, Monseigneur, que, 
quand le Roy se seroit engagé à ne point mettre de troupes en 
Lorraine, il luy seroit impossible de satisfaire à cet engagement, 
si les ennemis prenoient des quartiers d'hyver derrière la Sare 
en se tenant seulement sur les terres de l'Empire : et quelque 
chose que les ennemis promettent sur cela, ils ne tiendront 
qu'autant qu'il leur conviendra et qu'ils seront occupés d'ail- 
leurs. Ainsy donc. Monseigneur, comme je vois que les États 
de l'Empire, sans se déclarer contre nous, font du pis qu'ils 
peuvent, j'en tirerois tout l'argent que je pourrois. Oserois-je 
des paîs dont je dois avoir l'honneur de vous rendre conte 
passer à d'autres gouvernés par de bien plus habiles gens que 
moy? Je prendray la liberté de vous dire. Monseigneur, que par* 

n 17 



S58 APPENDICE. 

tout vous devez, suivant mes foibles lumières, pousser les con- 
tributions aussi loin que vous pourrez sur Tltalie hors la 
République de Venise, quelque mal intentionnée que vous la 
puissiez croire, il ne faut point la forcer à se déclarer; maisi 
quant aux autres États, tout aussy loin que vous pourrez vous 
étendre, demandez de Targent, des bleds, des avoines; en un 
mot, n'épargnez aucun de ces Italiens; il n'y en a pas un qui 
mérite d'estre traitté autrement que le baston haut, excepté, 
comme j'ay Thonneur de vous le dire, les Vénitiens, parce qu'ils 
ont troupes et places ; tout le reste ne doit estre considéré que 
pour l'argent qu'il vous donnera, et vous sera d'autant plus sou- 
mis que vous les traitterez durement. Pardonnez, Monseigneur, 
à mon zèle d'oser vous exposer des veues qui n'échaperont pas 
à vos lumières si elles peuvent estre utiles. 

(Orig. Dépèt de U guerre. Vol. 1569, n* 34.) 

2. Villars à Chamillart. 

Extrait. De Metz, le i9 juillet 1702. 

Vous êtes informé, Monseigneur, par M", de Locmaria, 

de S' Gontest, M. de Metz m'a dit avoir eu aussy l'honneur de. 
vous écrire que la mauvoise volonté des Lorrains, en général, et 
de la petite cour de Lorraine étoit au plus haut point. Je suis per- 
suadé que ces sentimens ne sont point dans le souverain ; mais, 
en vérité, ces pais là mêlés avec ceux du Hoy sur la frontière la 
plus dangereuse et la plus foible que vous ayez méritent une 
extrême attention, et vous pardonnerés à une liberté qui vous 
est déjà connue d'oser vous dire les sentimens de tout ce que 
j'ay veu de gens les plus sensés dans l'armée d'Allemagne et en 
ces paâs cy ; il n'y en a pas un qui ne croye que l'unique party 
que Sa Majesté puisse prendre, c'est de dire à M. le duc de Lor- 
raine qu'il peut juger luy même de la nécessité de se servir de 
ses États tant que la guerre présente durera ; qu'on luy payera 
exactement, et par quartier, plus même qu'il n'en retire; que 
ses sujets seront encore plus favorablement traités que ceux du 
Roy ; mais que c'est un party de nécessité à moins que l'Empe- 
reur ne s'engage à ne point porter la guerre dans tous les paîs 
qui sont entre le Rhein et la Moselle, à ne pas mettre même de 
ses troupes, comme j'ay eu l'honneur de vous le mander, plus 
près de la Sare que de quinze à vingt lieues, sans quoy, il est 
aisé de voir que Sa Majesté ne peut pas laisser la frontière de 



APPENDIGB. 259 

son royaumei la plas importante et la moins fortifiée, exposée 
aux insultes des ennemis. 

Vous savez, Monseigneur, en quel état est Marsal et Toul; n'y 
auroit-il point quelque péril à laisser Nancy entre deux, sans en 
être assuré? 

M'* de Locmaria et de 8^ Gontest vous ont sans doute rendu 
conte de leur voyage; il me paroit que le confesseur de M. de 
Lorraine, qui est le principal de cette cour, persuadé des grandes 
forces de r£mpereur, a dit que, si le Roy mettoit un homme en 
Lorraine, le prince de Bade menaçoit d'y en mettre six. Pour 
moy, Monseigneur, suivant mes foibles lumières, je tiens la 
neutralité de la Lorraine impossible; les ennemis ne la feront 
espérer que pour nous amuser, et ne l'observeront qu'autant 
qu'il leur conviendra. 

Regardez le prince de Bade comme un général très habile, 
entreprenant et pensant noblement. L'on veut croire qu'il entre- 
prendra ou le siège de Saarelouis ou celuy du Fortlouis; je 
tiens le premier impossible par toutes les raisons que j'ay eu 
l'honneur de vous en dire ; je voudrois qu'il tentât le second, et 
c'est où je le crains le moins ; l'on pourroit se flatter d'y voir 
périr son armée, puisque celle du Roy, grossie pour lors de 
touttes les troupes que l'on pourroit assembler de ces côtés cy, 
lesquelles,* avec ce qui seroit sorty de Landau, passeroient 
cinquante bataillons et quatre vingts escadrons, pourroient se 
mettre sur l'armée du prince Louis, la resserrer dans ses retran- 
chemens, luy ester tous les fourrages ou la forcer de nous venir 
attaquer avec désavantage. Supposé même que M. le prince de 
Bade eût assez de munitions pour faire un second siège, ce que 
je ne crois pas, il ne pourroit songer à celuy du Fortlouis que 
vers la fin du mois d'aoust tout au plutôt : peut on conter qu'un 
général habile expose son armée à tous les périls d'une arrière 
saison dans un paîs où il ne trouvera pas le moindre fourrage, 
puisque l'armée du Roy consomme tout ce que l'on ne porte 
point dans le Fortlouis? Je souhaite. Monseigneur, ce dessein là 
à nos ennemis, mais je seray trompé s'ils le forment. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n* 3.) 

3. Villars à ChamiUarL 

9 

Extrait. A Metz, le 21 juUlet 1702. 

Je vois, Monseigneur, que Sa Majesté attend une réponce 

de M. le duc de Lorraine sur la nécessité de mettre des troupes 



St60 APPENDICE. 

dans les petites villes qui bordent la Sarre. Son envoyé nous dit 
hier que son maistre envoyoit actuellement des troupes nou- 
velles dans Saralbe et fortiûoit la garnison de Bouquenon. Ayez 
la bonté de supputer si ce prince a pris cette résolution après 
avoir esté informé des intentions du Roy, puisqu'une telle 
connoissance pourroit vous confirmer dans les soupçons que tout 
le monde veut avoir de quelque mauvoise volonté dans Tesprit 
de la cour de Lorraine. Enfin, il paroist d'une nécessité indis- 
pensable à estre assuré de Nancy, les moyens, je les aurois 
trouvez infaillibles au commencement du siège de Landau, mais 
si cela sera aysé dans le mois d'aoust, qui peut nous en répondre? 
Je sçay que le plat pays de M. le duc de Lorraine est entre les 
mains de Sa Majesté; mais Nancy a de bons remparts, et 
seroit-il possible que depuis deux mois j'eusse été le premier ou 
le seul à vous faire voir une conséquence dont tout convient en 
ces pais cy et dans l'armée d'Allemagne. Enfin, Monseigneur, 
attendez de moy tout ce que la plus vive application, le zèle et 
une extrême envie de mériter la gloire de l'estime de Sa Majesté 
peut inspirer, c'est tout ce que je puis promettre 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n« 6.) 

4. Villars à Chamillart. 

Extrait A Metz, ce 23 juillet 1702. 

J'ose vous supplier. Monseigneur, de vouloir bien me faire 

l'honneur de me prescrire de quelle manière j'en dois user pour 
les fourrages sur les terres de Lorraine. Il ne faut pas que vous 
vous étonniez des inquiétudes que je puis avoir sur les sentimens 
de M. le duc de Lorraine. Vous les connoissez sans doute plus 
parfaittement que moy, mais je dois vous dire que je me sou- 
viens très bien que, dans les premiers momens de la conclusion 
de la dernière paix, des politiques peut estre trop profonds 
estoient étonnés que l'on eût rendu la vieille ville de Nancy for- 
tifiée ; c'a été une bonté de Sa Majesté pour Madame la Duchesse 
sa nièce ; on luy a encore donné trente pièces de canon. Vous 
blâmerez peut estre des soupçons outrés et sans fondement, 
mais il est du devoir d'un of&cier général, fidèle et attentif, de 
tout mander au Ministre. Je tâcheray de me garantir des enne- 
mis que j'auray devant moy, mais je voudrois fort n'en avoir 
jamais à craindre de couverts et dans mes derrières 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n* 8.) 



APPENDICE. 861 

5. Villars à Chamillari. 

Extrait A Metz, ce 26 juillet 1702. 

Dans le môme tems que j*y établiray des troupes, j'ay 

déjà eu rhonneur de vous mander, Monseigneur, que je tacheray 
de pousser les contributions le plus loin qu'il sera possible. Sa 
Majesté me trouvera sur cela toute l'attention que je dois, une 
parifaitte œconomie sur ses intérests et un désintéressement dont 
je prétens d'autant moins de mérite que je n'ay en vérité pas, 
Monseigneur, beaucoup d'envie de me trouver beaucoup plus 
riche que je le suis. Je ne refuseray pas les grâces dont il plaira 
à Sa Majesté de m'honorer, convenables à l'élévation que j'ose 
espérer de mes services, mais. Dieu mercy, je n'ay nulle avi- 
dité 

(Orig. Dépôt de la goerre. Vol. 1582, n* 11.) 

6. Villars à Chamillart. 

Extrait. Sous le Fortlouis, du 5 septembre 1702. 

J'ay receu la lettre dont vous m'honorez du 27« du mois der- 
nier avec la copie de celle que Sa Majesté écrit à M. le maré- 
chal de Gatinat du 23. Je vois, Monseigneur, avec une joie 
au dessus de toute expression, que j'ay eu le bonheur de penser 
comme Sa Majesté sur les ordres qu'Eue donne à son armée ; 
j'en ay ressenty une plus vive encore par la lecture de la lettre 
de Sa Majesté du 30. Gonnoissant mieux que personne les grands 
avantages que le Roy peut attendre de la conclusion du traité 
avec M. l'Électeur de Bavière, si ce prince veut se servir habile- 
ment et avec la fermeté nécessaire de tout ce que luy promet 
l'union des forces du Roy aux siennes, je dis. Monseigneur, avec 
habileté et fermeté, ces deux qualités devant être indispensable- 
ment emploiées pour bien prendre son temps et ne pas s'allar- 
mer des périls qui se présentent d'abord à un Prince qui ose 
attaquer l'Empereur. 

Selon mes foibles lumières, son premier projet paroist difficile 
sans la surprise; mais s'il se rend maistre de cette place ^, et 
qu'ensuite il fasse la diligence possible pour la jonction de ses 

1. n s'agit de la ville dUlm que Kax-Emniannel voalait surprendre 
et qa'il prit en effet par surprise le 8 septembre. 



ses APPEia>IG£. 

troupes, il peut se rendre maistre d'une grande partie du 
Danube, recevoir des secours de M. de Vendosme par le Tirol, 
et dans fort peu de semaines mettre l'Empereur dans un tel 
désordre que toutes ses forces luy seroient nécessaires pour cou- 
vrir ses Estats et contenir des sujets aussy mal intentionnez que 
les Hongrois et les Bohèmes. Je vois, Monseigneur, de si grandes 
espérances à concevoir que je n'ose presque m'en flatter. 

Je reçois avec une respectueuse reconnoissance l'honneur 
qu'il plait à Sa Majesté me faire de vouloir bien me donner le 
commandement des troupes qu'EUe promet à M. de Bavière; 
j'ose la supplier d'estre persuadée qu'EUe ne trouvera dans 
aucun de ses sujets une plus vive attention au bien de son ser- 
vice, et j'espère que dans ma conduite Elle ne verra ny témé- 
rité ny foiblesse. 

Plus nous approchons des ennemis, plus tous nos amis 
détruisent l'opinion que l'on avoit de leurs forces, et aujourdhuy 
même l'on nous assuroit, M. l'intendant et moy, que par les 
paîsans qui reviennent de leur camp, par les discours de leurs 
officiers et par toutes les nouvelles que l'on peut en avoir, ils 
n'ont pas 4,000 hommes en deçà du Rhein. La manière dont ils 
mènent le siège de Landau marque leur ignorance et leur foi- 
blesse ; il est certain que quatre différentes fois leurs attaques 
ont été suspendues manque de poudre ; dans de telles disposi- 
tions, on pourroit les approcher, si d'autres raisons ne nous 
retiennent, voir leur contenance, mais sans commettre l'armée 
du Roy que l'on n'ait parfaittement reconnu le nombre de leurs 
troupes et leurs postes. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1582, n« 50.) 

7. Villars à Chamillart. 

Extrait. ^ 18 septembre 1702. 

J'ay veu défiler. Monseigneur, la garnison de Landaw, laquelle 
arriva hier en très bon état; elle n'a perdu que seize officiers, 
comptant même un maréchal des logis de cavallerie ; c'est bien 
peu en cinq mois de siège ou d'investiture. Vous serez informé 
de tous ces détails d'ailleurs. 

Je passe. Monseigneur, à une matière plus importante, et 
laquelle en vérité me donne une vive inquiétude. 

Ulm est occupée du 8 de ce mois, et nous sommes au 18. Sans 
avoir encore la moindre nouvelle d'un Prince qui, après un coup 



APPENmCB. S63 

auBsy hardy que d'attaquer l'Empereur et l'Empire, n'a certai* 
nement de salut que dans un concert bien réglé avec l'armée de 
Sa Majesté. 

Pour moy, Monseigneur, j'aurois déjà envoyé bien des cour- 
riers, et je ne puis comprendre que M. l'Électeur surtout se soit 
contenté de dépêcher celuy que l'on nous a mandé avoir été pris. 
J'ay toujours compté que ce Prince, veu la nécessité d'une jonc* 
tion, nous feroit sçavoir de quelle manière il la projettoit; elle 
estoit seure avec son secours, mais quoy que sans cela il y 
paroisse des difficultés, il y a bien loin du difficile à l'impossible, 
et peu de choses le sont quand on joint la fermeté, la diligence 
et le secret à la forte envie de réussir. 

J'ay esté au désespoir de voir M. l'Électeur attendre la veille 
de la reddition de Landaw pour se déclarer. 

Si l'on a le temps et le moyen de joindre les troupes de Sa 
Majesté aux siennes, et de se placer comme j'ay déjà eu l'hon- 
neur de vous le mander de l'autre costé du Danube, je croiray 
possible d'en deffendre le passage à toutes les forces du prince de 
Bade. Ma pensée auroit esté de mettre la Bavière derrière nous, de 
ne conserver de ponts que ceux d'Ulm, de Donavert et Ratisbonne, 
et par ces trois places tirer des contributions prodigieuses de 
toute la Souabe, Franconie, Bohème, de l'Autriche par Bronau, 
place de M. de Bavière sur Lints ; enfin, de faire subsister les 
armées de Sa Majesté et de M. l'Électeur aux dépens de l'Alle- 
magne, sans qu'il en coûte rien au Roy, au moins pendant le 
premier hyver; tâcher de déconcerter entièrement cet Empire 
qui réuni est redoutable. 

Pour moy, je vous avoue que je ne sçaurois comprendre que 
M. l'Électeur commence sans aucune sorte de concert pour une 
jonction de laquelle dépend son salut ou sa perte. U est bien 
certain que l'Empereur et l'Empire ne sçauroient imaginer d'af- 
faire plus pressée que d'accabler ce Prince. 

Quand ils abandonneront tout autre dessein pour celuy là, 
qu'une partie de leurs troupes se répandra le long du Rhin pen- 
dant que l'autre marchera à M. de Bavière, comment pourrons 
nous aller à luy ? On me dira en ce cas là : ils nous laisseront 
la liberté d'attaquer Landaw; j'y ai songé d'abord, mais vous 
trouverez au moins 6,000 hommes des ennemis dans cette place, 
ils y auront laissé le reste des munitions qui devoit servir à leur 
siège, ils en peuvent tirer de Philisbourg, vous trouvez un pays 
qui doit être épuisé par le séjour de cinq mois d'une armée con- 
sidérable, et puis vous ne pouvez commencer ce siège que dans 



264 APPENDICE. 

le 5 ou 6 d'octobre. Je vois par le plan que m'en a montré dans 
ce moment le sieur de Villars Lugey que le fossé de la demy 
lune n'a pas esté comblé. Il ne faut donc pas un temps bien con* 
sidérable aux ennemis pour réparer. 

Toutes ces difficultés m'ont empêché de joindre cette veue à 
celles que j'ai pris la liberté de vous proposer. J'aurois tourné 
toute mon attention à passer le Rhein vers Huningue, mais les 
momens que l'on perd et que l'on ne peut s'empôcher de perdre 
me font une véritable peine. 

8i M. le prince de Bade vouloit en môme temps garder la 
Lutter, border le Rbein et envoyer des troupes contre M. de 
Bavière, je dirois qu'il se charge de trop d'affaires, et il me 
paroitroit possible de trouver une joncture en quelque endroit 
et en faisant un mouvement vers Veissembourg remarcher et en 
même temps diligemment vers Huningue. 

S'il est possible que je joigne M. l'Électeur de Bavière avec 
un corps considérable des troupes de Sa Majesté, et que ce 
Prince veuille bien me faire l'honneur de me croire, j'oseroy 
bien me flatter de rendre des services importans. Si le prince de 
Bade rend cette jonction impraticable, il faut agir promptement 
ailleurs; j'ay pris la liberté de vous mander ma pensée. 

Ne pourroit-on pas détacher des corps considérables de cette 
armée de Flandre dont je vois l'inutilité avec une vive douleur, 
et que ces HoUandois qui n'ont jamais tenu devant nous puissent 
agir impunément. £n vérité, Monseigneur, je vous plains avec 
tous les sentimens que peut avoir un bon serviteur du Roy et le 
vôtre, car ces armées du Roy sont belles, nombreuses, remplies 
d'ardeur, payées tous les cinq jours; elles se consument sans en 
retirer aucune utilité; j'aimerois mieux qu'elles fussent exposées 
à être battues, ce que je tiens impossible par la bonne opinion 
et la justice que l'on doit à des troupes depuis trente ans tou- 
jours victorieuses. J'ay pris la liberté de le dire à Sa Majesté 
que Ton ne mène pas ses armées à des murailles sèches ou à des 
rivières qu'il faille passer à la nage. Je ne crois rien d'impos- 
sible à ses troupes. Combien de fois ai-je eu l'honneur de vous 
dire cet hyver qu'il falloit avoir pour premier objet de chercher 
à combattre ; il n'y a eu qu'une manière de bataille cette année 
que tout le monde veut avoir gagnée ^ et ce sont nos ennemis 
foiblets qui l'ont cherchée. 

(Copie. Arch. Vog&é. L'orig. manque aa dép. de la guerre.) 

1. Bataille de Lazzara en Italie, 15 et 16 août. 



APPENDICE. S65 

8. Villars à M. de Ricous^. 

Extrait. 26 septembre 1702 

Vous croies bien que j'attends de vos nouvelles avec une 
extrême impatience; je marche avec trente des meilleurs 
bataillons des troupes du Roy, quarante bons escadrons, un 
équipage de trente pièces de campagne, deux cents caissons, 
quarante charettes haut le pied, enfin une armée belle, nom- 
breuse et en état de bien soutenir la guerre, et la porter où Son 
Altesse Électorale le désirera. Il n'est question que de nous don- 
ner les moyens de nous joindre, et j'advoue que jusqu'à ce que 
je sois parvenu à ce bonheur là, je regretteray toujours les 
momens précieux que vous avez perdu. Je ne parle pas de la 
prise de Landaw avant la conclusion du traitté. Il ne m'est pas 
permis d'entrer dans les raisons qui ont pu la faire traisner dans 
des temps où il estoit d'un si grand intérest au Roy et à Bon 
Altesse Électorale d'agir; mais, depuis que vous avez ratifié, 
est-il possible qu'en regardant la jonction comme capitalement 
nécessaire, l'armée bavaroise n'ait pas eu ordre de marcher 
incessamment sur Huningue? Vous n'y auriés asseurement 
trouvé qu'un petit camp de 2 à 3,000 hommes qui n'auroit pas 
tenu un moment; vous auriés establi la communication sans la 
moindre difficulté. Parleray je, après cela, du malheur de la 
prise de votre M. de LocatelU et de la facilité avec laquelle on 
prétend qu'il a révélé les secrets les plus importans ? Est-il pos- 
sible que tous ces officiers que vous nous avez envoyés ayent 
préféré l'ennui de faire dix lieues de moins à l'importance d'ar- 
river en seureté par les terres des Suisses, comme les deux 
derniers. Enfin, ce qui est fait ne se répare plus; mais son- 
geons au présent. 

Je marche, avec la diligence convenue avec M. des Lutteins, 
adjudant général; si j'ay des nouvelles de votre arrivée, je puis 
arriver dès le 30 à Huningue. Pour ma personne, je m'y rendray 
dès le 28 avec quelqu'un des meilleurs généraux qui servent 
dans cette armée pour préparer toutes choses à un passage qu'il 
faudra que vous nous facilitiez, si les ennemis le defifendent 
avec une armée. Son Altesse Électorale connoist mieux que 
persoime ce que c'est que forcer des retranchemens et un fort 

1. Envoyé de France auprès de Max-Emmannel, électeor de Bavière. 



866 APPENDICE. 

placé à la demie portée du canon de Tendroit où je dois passer, 
sur une hauteur qui domine tous ces bords du lUiein. Enfin, je 
suis persuadé que Bon Altesse Électorale se reposera bien sur la 
connoissance qu'elle a de mon attachement très respectueux 
pour elle, joint à mon zèle pour le service de Sa Majesté et à 
Topinion que j'ay que Ton peut faire les plus grandes choses du 
monde par la jonction d*une aussy bonne armée que celle que 
j*ay l'honneur de commander, à ses braves troupes et sous un 
chef comme Son Altesse Électorale; mais il ne faut pas nous 
demander l'impossible. Je suis dans une impatience d'avoir de 
vos nouvelles que rien ne peut exprimer. Je vous suphe de pré- 
senter mes trôs humbles respects à Son Altesse Électorale et 
mille complimens & M. le comte d'Arco. 

(Copie. Arch. Vogtté.) 

9. Villars à Chamillart, 

Extrait. Du camp de Marckoltzheim, 27 septembre 1702. 

Jamais troupes n*ont marché avec tant de joye et d'envie 

de joindre les ennemis. Si je demandois à l'infanterie de faire 
dix lieues par jour, elle l'accepteroit avec plaisir. J'en ay un 
parfait de la bonne volonté que je vois générallement à tout le 
monde depuis les premiers officiers généraux jusqu'au dernier 
soldat ; mais, Monseigneur, il est troublé par la crainte de voir 
manquer un concert si nécessaire avec M. l'Électeur 

(Orig. Dépôt de la gnerre. Vol. 1582, n* 59.) 

iO. Villars au comte d'Arco*. 

Extrait. D'Huningue, le 29 septembre 1702. 

Comme je vous envoyé à cachet volant la lettre que vous 
trouvères cy jointe pour Son Altesse Électorale, elle vous 
informera parfaittement de la situation où nous sommes. Vous 
estes bien persuadé que j'attends avec une impatience audelà 
de toutte expression des nouvelles de votre arrivée, et j'avoue 
que je vois avec une extrême douleur que, si vous aviez 
continuez votre marche à Steit lingue,. les ennemis estoient per- 
dus. Le malheur arrivé à vos courriers est irréparable, sur- 
tout la prise de M. de Locatelli, lequel estant desjà en seu- 
reté sur les terres des Suisses pour espargner trois lieues de 

i. Génénl en chef des troupes de Bavière. 



APPENDICE. 267 

chemin, s'est allé jetter entre les mains des Impériaux. Que 
dire à cela? Mon cher comte, il ne faut pas s'en pendre, mais, 
par ma foy, j'en suis bien fâché, et ne m'en consoleray que 
quand je verray vos drapeaux sur le haut de ces montagnes 
noires yers lesquelles j'ay toujours les yeux tournés. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

il. VillarsauRoi. 

Au camp de Fridlingue, ce 14* octobre, à 5 heures du soir. 
Sire, 
Vostre Majesté vient de gagner une bataille, nous avons beau- 
coup de drapeaus, d'estendars, de timballes; nostre cavallerie a 
fait des merveilles; nous avons esté maistre de tout le canon des 
ennemis, mais la teste de nostre infanterie, après avoir battu 
trois fois celle des ennemis, s'est renversée et m'a empesché de 
desfaire toutes leurs troupes. Nous n'avons perdu ny estendars 
ny drapeaux, et il y en a assurément quantité. Le pauvre M' des 
Bordes est très blessé. M' de Ghamarant a fait des merveilles. 
Je souhaitte. Sire, que Vostre Majesté daigne avoir pour agréable 
nostre sèle pour son service, aussi bien que le profond respect 
et la parfaitte vénération dans laquelle j'ay l'honneur d'estre, etc. 

(Orig. antogr. Dép6t de la gnerre. Vol. 1582^ n* 101.) 

12. Villars à Chamillart. 

17 octobre 1702. 
Monseigneur, 

J'ay perdu mon premier secrétaire dans la bataille, les autres 

ne sçauroit lire mon escriture; j'espère que, jusques à ce que ils 

ait appris à la deschiffrer, messieurs vo& commis en trouveront 

le moyens. Je n'ay peu encore vous envoyer Testât de ce que 

l'armée du Roi a perdu. U y a un grand nombre de chevaus pris 

sur les ennemis. Vous verres sur un ordre de bataille que je n'ai 

pas le temps de faire mettre en françois qu'ils avoient près de 

60 escadrons. Je n'oublie rien de tout ce qui se peut humayne- 

ment pour avoir des nouvelles de M' de Bavieres. J'ay l'honneur 

d'estre, avec tout le respect et l'attachement que je dois, etc. 

Ge 17, à 10 heures du soir. 

Je dois avoir l'honneur de vous dire. Monseigneur, que M' de 

Magnac, ayant commandé la cavallerie dans la plus belle action 

qu'elle fera jamais, mérite quelque élévation. Gomme je n'ay 

plus de secrétaire qui scache lire mon escriture, je vous envoyé 



868 APPENDICE. 

la minute d'une lestre que j'avois llionneur d'escrice à Sa 
Majesté la nuit qui a précédé la bataille; celui de vos commis 
qui sera chargé de la descbiffrer ne me donnera point de béné- 
diction assurément. 

(Orig. antogr. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n* 108.) 

13. Villars à Chamillart. 

Extrait. Au camp de Lauentzenau, ce iO« novembre 1702. 

Je ne sçay, Monsieur, si le Roy me saura quelque gré 

d'avoir résisté aux tentations de percer les montagnes; il ne 
seroit pas revenu la trentième partie de ses troupes, n'y eut-il 
d'autres inconvéniens que la neige; mais un fort à attaquer 
après douze à treize lieues de défilés continuels, et toutes les 
forces des ennemis sur les bras, dont les deux premières marches 
n'ont esté asseurement que pour me faire donner dans le pan- 
neau; M» de Ghamarante, Magnac, Biron, Mahvault et autres 
officiers généraux, qui se sont fortement opposés à l'envie que 
je paroissois en avoir, m'ont dit depuis que les troupes auroient 
obéy, mais que tout le monde générallement regardoit ce dessein 

comme une perte assurée 

(Orig. D^t de la guerre. Vol. 1582, n* 162.) 

14. Villars à Chamillart. 

Extrait. Du quartier de Saverne, ce 14* novembre 1702. 

Il y a longtems que nous disons que nos troupes ont oublié 

la guerre pendant la guerre même ; la même valeur y est tou- 
jours, mais l'applicatioa, la discipline, sçavoir se roidir contre les 
peineset les diffîcultés,une attention pour les marches, se bien poster 
dans les quartiers, en un mot tout ce qui s'appelle esprit de gens de 
guerre leur manque, hors le courage; et, quant à la discipline, 
je me propose, si Sa Majesté m'honnore du commandement 
d'une armée, de la rétablir à quelque prix que ce soit, sans quoy, 
tous les malheurs du monde sont à craindre dans une guerre de 
campagne où il faut estre continuellement sur un ennemy, et 
où les occasions arrivent lorsque l'on s'y attend le moins. Il 
faudra quelque petite sévérité, plus pour les officiers encore que 
pour les soldats ; mais ils la trouveront tellement fondée sur la 
raison que je suis seur qu'ils me la pardonneront 

(Orig. Dépèt de la guerre. Vol. 1582, n* 172.) 



APPErn>iGE. 369 



15. Villars à ChamiUart, 

Extrait, 21* novembre 1702. 

Je Bçais bien qu'il ne faut abandonner qu'à la demiôre extré- 
mité les veues de M. de Bavière ; mais, en attendant ses der- 
nières résolutions, permettez moy de vous dire qu'il vaut mieux 
se ruiner en promesses qu'en lettres de change. Nos ennemis, 
qui croient que nous manquerons par là, ne sont pas fâchés de 
voir quatre millions sortir tous les ans du royaume pour un 
Prince qui se conduit aussy mal. Je n'en parleray pas davantage, 
mais j'ay remply M. de Monastérol des plus magnifiques espé- 
rances. H est party ce matin pour Strasbourg, et de là pour 
Huningue, où il espère avoir des nouvelles de M. l'Électeur. Je 
ne l'ay pas chargé de cette réponce que j'ay pris la liberté de 
vous envoyer hier. Je sçay bien que les grands Princes ne 
veulent pas avoir tort, et je n'ay donné qu'une petite lettre à 
M. de Monastérol, par laquelle j'ay l'honeur d'asseurer Son 
Altesse Électorale que les ordres que j'ay de Sa Majesté sont de 
ne rien laisser d'intenté pour la jonction; que je suis persuadé 
qu'il conviendra que je les ay suivis autant qu'il m'a esté pos- 
sible,' et que Son Altesse Électorale doit tout attendre de notre 
ardeur, pourveu qu'il veuille bien ne luy demander que ce que 
l'ardeur, dépourveue même d'un peu de prudence, peut faire 
espérer. Jusqu'à présent, ce n'est rien moins que la prudence 

qu'il me demandoit. 

(Ck>pie. Arch. Vogué.) 

16. Villars à Chamillart. 

Extrait. A Strasbourg, ce 12 décembre 1702. 

J'ay trouvé icy. Monsieur, Mad« la marquise de Leyde, dame 
d'honneur de Mad« TÉlectrice de Bavière, laquelle retournant 
en France avec des passeports de l'Empereur, m'a apporté des 
lettres sans chiffre de M. l'Électeur, dans lesquelles est un pro- 
jet de jonction que j'ay l'honneur de vous envoyer en original. 
Ce projet me paroit très confus, et je n'y comprens rien, car 
nous ne connoissons que le chemin sous Fribourg ou celuy de 
Schophen par les forts de Rottenhause et de Hauwestein^, 
comme vous l'aurez veu dans mes lettres du 20 novembre ; mais 

1. Schopflieim, Rothenhaosen et Haaenstein. 



870 APPSEa>iGE. 

vous remarquerez, Monaieur, que ceux qui m'apportent ce projet 
de jonction m'apprennent en même temps que M. TÉlecteur de 
Baviôre est vers Ingoistatt; un de ses valets de chambre, 
nommé du Gios, a des lettres pour M. de Monastérol, qu'il croit 
retourné à Paris. Lalande, valet de garde robe du Roy, m'a dit 
que M. l'Électeur presse pour de l'argent, et qu'il est même 
chargé de le dire à M. de Torcy. Mad* de Leyde ne parle que 
d'argent. 

Vous trouverez, Monsieur, dans la lettre de M. de Ricous que 
j*ay l'honneur de vous envoyer en original, ce peu de mots en 
chiffre (je me suis laissé dire que dans cette idée on songeoit à 
la seureté de la Bavière en faisant une garantie d'hostilités entre 
les Cercles et la Baviôre), et dans sa dernière lettre que j'ay eu 
l'honneur de vous envoyer aussy en original, vous verres de 
grands soupçons. Il y a six semaines que les troupes de Bavière 
ont ordre de ne pas attaquer celles de l'Empereur ny des Cercles. 
Permettez moy la liberté de vous dire, Monsieur, qu'il faudroit 
mander à M. de Ricous avec sévérité de s'expliquer nettement. 
Je ne vois que gens dans ces places là qui aiment mieux mander 
les choses agréables que les véritables. Je sçay que cette maxime 
a esté souvent usitée. Pour moy. Monsieur, je suis forcé à un 
raisonnement pénible, et je voudrois bien pouvoir penser autre- 
ment; mais il faut éviter d'estre trompé. 

M. l'Électeur de Bavière a toutes les forces de l'Empereur et 
de l'Empire autour de ses États ; donc, si l'Empereur veut l'at- 
taquer, il est perdu ; pour luy , s*il ne l'attaque pas, n'y a-t-il pas 
longtemps qu'il est perdu pour nous? Car de croire l'Empereur, 
tout son Conseil, le prince de Bade et tous ses généraux des 
imbéciles, et que, tenant leur ennemy enfermé comme un san- 
glier dans les toiles, aucun d'eux n'ose seulement luy tirer un 
coup de fusil, c'est vouloir se tromper. 

L'on me dira peut estre sur cela, mais le moment d'après qu'il 
n'aura pas les sommes qu'on luy a promises, il sera contre 
nous; mais, si, sans faire plus de diversion l'année prochaine 
que celle cy, il nous coûte quatre millions tous les ans, c'est 
tous les ans une bataille qu'il nous fait perdre. Qu'a-t-il fait cette 
année? Il a pris Ulm et Memmingue. A-t-il marché de nos 
ennemis un seul régiment d'infanterie ou de cavallerie contre 
luy, hors deux de houssards? Ne sçay je pas par le dernier 
homme qui m'a apporté ses lettres que les troupes de Bavière 
ont ordre de ne pas attaquer celles des Cercles et de l'Empereur? 
La même chose m'est déclarée par Mad* la marquise de Leyde. 



ÀPPENBIGS. fni 

N*a-t-on pas dit dans l'Empire que ce Prince avoit pris ces 
places du consentement de l'Empereur ? Le Roy des Romains 
n'a-t-il pas été obligé d'écrire sur cela aux États de l'Empire? 
Ses deux secrétaires qui le suivent sont deux créatures du comte 
de Kaunitz. Que ne m'ont pas dit M^* de Monastérol et Simeoni 
sur l'étonnement où ils étoient comme moy de voir un Prince 
qui médite une guerre contre l'Empereur, mettre la moitié de 
l'argent que nous luy donnons à entreprendre un bâtiment^ qui 
ne sera pas acbevé pour six millions, faire si peu de troupes? 
Car on ne nous accuse point juste sur ses forces, et ce môme 
étourdy de Des Luettein, dont M'* de Monastérol et Simeoni 
sont si étonnés que M. l'Électeur se soit servy, a dit que son 
maître ne pouvoit mettre que 10,000 bommes en campagne, 
encore supposé qu'il ne mit point de garnisons dans la pluspart 
de ses places. 

Enfin, Monsieur, permettez moy la liberté de vous dire que je 
croirois du bien du service du Roy de mander à M. l'Électeur 
que Sa Majesté me cbarge d'une voiture de quatre, cinq, six mil- 
lions, tant qu'il vous plaira, que je la meneray avec l'armée avec 
ordre de la luy remettre en le joignant ; que jusques là, puisque 
les Cercles ny l'Empereur ne l'attaquent point, il n'a qu'à tenir 
ferme ; que, dès que la campagne pourra s'ouvrir, le Roy aura 
des armées formidables de ces côtés cy ; que l'on attaquera le 
Rbein, puisque présentement nous avons deux places et deux 
ponts sur cette rivière; qu'il verra bien par les efforts que l'on 
fera l'intention que l'on a de le soutenir ; que j'ay ces sommes là 
toutes en lingots et en espèces d'or à luy remettre, parce que les 
banquiers ne trouvent plus de seureté pour leurs remises. Enfin, 
Monsieur, si vous voyez que M. l'Électeur ne soit pas attaqué, 
ne le payez que d'espérances ; s'il est attaqué. Dieu le conduise ! 
Pourquoi n'a-t-il pas voulu nous joindre quand il en a été abso- 
lument le maitre ? Toute l'Europe est convaincue que l'armée du 
Roy a fait l'impossible pour cela. 

Voilà, Monsieur, à quoy vont mes foibles lumières sur cette 
matière. 

Je luy mande que l'armée a toujours demeuré en campagne 
uniquement pour attendre de ses nouvelles, que je ne la sépare 
que parce que j'apprens par ses propres gens que ses troupes 
sont séparées ; du reste, je lui réponds un peu vivement sur ses 

1. Le chAteaa de Schleissheim, à une petite distance de Munich ; com- 
mencé dans de colossales proportions^ il ne fut pas achevé. 



272 APPENDICE. 

propositions; il ne prendra pas cela en mauvoise part; il me 
connoit pour homme un peu vif, et par ma foy, Monsieur, il y 
avoit de quoy se mettre en colère sur les propositions qu'il fait. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n* 217.) 

17. ChamiOart à ViUars. 

Extrait. De Versailles, le 13 décembre 1702. 

... M. l'Électeur de Bavière, il est étonnant que l'on n'entende 
pas plus parler de luy que du Turc ; je ne comprendray jamais 
que toutte TAUemagne soit assez bien gardée pour que Ton ne 
puisse pas faire passer un homme quant on le yeut ; l'Empereur 
est bien plus heureux que le Roy, car Ton en feroit passer cent 
pour un au travers de la France. Cependant, c'est une affaire 
bien sérieuse et capitale, et rien ne peut décider de la guerre 
que la diversion de M. l'Électeur de Bavière au miheu de 
l'Empire. 

Je vous ay fait réponse, il y a longtemps, sur les lettres de 
M. de Ricous et celle que vous avez escritte à M. l'Électeur de 
Bavière ; Sa Majesté a fort aprouvé la manière dont vous vous 
estes expliqué avec luy par M. de Monastérol, qui luy a paru 
beaucoup meilleure que la grande lettre dont vous m'avez envoyé 
le projet, qui ne contenoit que des faits trop véritables; mais la 
vérité toute nue ne fait pas toujours plaisir, surtout à gens qui 
peuvent avoir quelque tort ; ce qui est à désirer, c'est que les 
intentions soient bonnes. 

(Ifinnte. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, n* 226.) 

18. Villars à M. de PuyHeulx^. 

Du 16« décembre 1702. 

Je n'ay pu, Monsieur, répondre bien exactement aux der- 
nières lettres dont' vous m'avez honoré, les ayant receues dans 
le temps d'un petit voiage que j'ay fait à Strasbourg, où il a fallu 
régler les dispositions des quartiers d'hyver, la cour ayant bien 
voulu me permettre de changer les premières. 

Je m'en vais diUgemment vers la Lorraine et dans les éves- 
chés pour faire la môme chose, après quoy Sa Majesté veut bien 
me permettre de me rendre pour quelques jours auprès d'EUe. 

1. Brolart de Puysieux envoyé de France auprès des cantons suisses. 



APPENDIŒ. S73 

La lettre de M. de Trauttmansdorff ne m'a point surprise; elle 
est à peu près conforme aux idées que Ton a de ce ministre ; 
j'admire qu'il veuille aliéner des esprits aussy sages que ceux & 
qui il s'adresse par les offenses que Molière et moy avons fait à 
la nation ; il luy en fiedt une bien plus vive en imaginant qu'elle 
puisse prendre feu sur cela. Quant au pauvre Molière, si quelque 
nation pouvoit se plaindre d'en avoir été jouée, c'est la nètre 
asseurement, et nous avons l'obligation à cet bomme si illustre 
d'avoir travaillé à nous corriger de bien des deffauts. Je n'ay veu 
que M. de Trauttmansdorff et nos médecins en colère sur cela ; 
trop heureux s'il avoit corrigé les derniers, car, pour M. de 
Trauttmansdorff, à Dieu ne plaise qu'il se corrige, et je ne vous 
souhaitteray jamais d'athlète plus dangereux. Il a très impu- 
demment avancé les commerces qu'il me donne avec le prince 
de Ragotsky, et j'ose me flatter d'estre assez bien à la cour de 
l'Empereur pour que Sa Majesté Impérialle eut présentement les 
mêmes bontés dont Elle m'a honoré, la guerre même déjà com- 
mencée en Italie, c'est de faire déclarer par M. le comte de 
Eaunitz sur quelques bruits qui avoient couru dans le peuple et 
n'avoient pas même gagné une cour composée de tant d'hon- 
nestes gens, c'est-à-dire de ces nouvelles qui s'arrêtent dans les 
cours voisines et peuvent estre seulement relevées par M. le 
comte de Trauttmansdorff; l'Empereur eut donc la bonté de faire 
déclarer par M. le comte de Kaunitz que Sa Majesté Impériale 
estoit parfaitement informée que je n'avois jamais ouy parler de 
tout ce qui regardoit le prince de Ragotsky et les Hongrois, 
qu'elle m'honoroit de toute l'estime deue à un ministre qui, 
servant un maistre dont les intérests étoient opposés, avoit tou- 
jours montré une conduitte d'une probité sévère. 

Voilà, Monsieur, ce que je puis vous dire sur cela, sans nulle 
intention que vous fassiez part de cette lettre à personne. 

M. le comte de Trauttmansdorff a un frère, très galant homme, 
et qui sert dignement dans les armées de l'Empereur; pour le 
vôtre, il est certain que l'on s'étonnoit à Vienne que M. le comte 
de Kaunitz, qui a la principalie direction des affaires étrangères, 
et qui certainement employé de très bons sujets comme les comtes 
de Schlick, Sinzendorf, Stratman et plusieurs autres gens de beau- 
coup d'esprit asseurement, eût consenty que l'Empereur se soit 
servy dans un employ aussy important d'un fol comme M. de 
Trauttmansdorff. Je vous suplie encore une fois. Monsieur, de 
ne me mettre en aucune querelle avec cet honune-là. Je le 

n 18 



S74 APPENDICE. 

méprise trop pour relever ses fadaises, et c'est asseurement 
pour vous seul, et je vous le demande en grâce. 

(Copie. Arch. Yogtté.) 

49. Villon à ChamillarL 

Extrait. A Metz, ce 20« décembre 1702. 

Il peut être, si M. TËlecteur de Bavière n'est point pressé 

cet hyver par tous les ennemis qui l'environnent, que son habi- 
leté les endort ; mais ce Prince, en ce casnià, trompe l'Empereur 
et tous ses voysins ou le Roy ; Dieu veuille le premier. 

Pour moy, j'avoue que ce qui meparoist le plus dangereux en 

toutes matières, c'est d'estre trompé, puisque l'on ne peut 

prendre de mesures justes sur rien. Je comprens de quelle utilité 

nous peut estre un tel allié, mais quatre millions que l'on donne, 

sans qu'il fasse aucune diversion, me paroissent bien mal 

placés 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1582, n* 231.) 

20. Villars à Chamillart. 

Extrait. A Metz, ce 24« décembre 1702. 

Vous me faittes l'honneur de me dire, Monsieur, que je 

regarde les affaires de Bavière avec un peu d'indifférence ; il s'en 
faut bien, Monsieur, mais je regarde comme un grand bien de 
ne s'y pas tromper; ce malheur-là peut m'arriver d'autant plus 
aisément sur cette matière que je ne scay pas le fond du traitté, 
ny des nouvelles propositions que va faire M. de Monasterol. Je 
raisonne simplement sur les faits qui sont de ma connoissance, 
la situation actuelle de M. l'Électeur et ce que vous voyez dans 
les lettres de M. de Ricous. Enfin, environné de toutes les forces 
de l'Empereur et de l'Empire, il est le plus habile Prince du 
monde s'il les endort, et il faut bien qu'il trompe quelqu'un. Dans 
cette incertitude, et à juger des hommes un peu comme Machia- 
vel, ma pensée seroit de promettre beaucoup et de donner peu. 

Ma dernière lettre étoit vive, mais j'ay l'honneur de vous dire 
que ce Prince m'a connu ce tempéramment, et qu'il ne luy 
déplaisoit pas ; elle est d'ailleurs d'un homme qui, pressé par les 
ordres du Roy de faire l'impossible, est outré de ne pouvoir 
satisfaire présentement à ce que son zèle, son ardeur et son 
obéissance à la volonté déterminée de son maistre exige de luy. 
D'ailleurs, je luy fais voir que j'ay tenu l'armée ensemble jus* 



APPENDICE. 875 

qu'au i3« décembre pour attendre de ses nouvelles, et que je ne 
V&y séparée qu'après avoir appris que ses troupes estoient déjà 

dans leurs quartiers d'hyver 

J'ay receu une lettre de M. de Monasterol, du 16* décembre, 
qui partoit pour un rendez- vous que l'on luy donnoit le 23. Ainsy, 
je le croy présentement auprès de son maistre avec M" de 
Simeoni et Schelleberg dont je suis très aise, car, assurément, 
ce Prince est peu secouru de gens qui veuillent une jonction. 
M. de Monasterol m'a dit que les deux seuls secrétaires qui l'ont 
accompagné sont gens dévoués à l'Empereur. Enfin, Monsieur, 
Dieu veuille que mes soubçons soient mal fondés. Vous voyez 
par les lettres de M. de Ricous qu'il en a aussy 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1582, no 243.) 

21. Villars à ChamiUart. 

Extrait. A Metz, ce 19 janvier 1703. 

Je croy aussy, Monsieur, devoir prendre la liberté de vous 

dire qu'autrefois M» les inspecteurs de cavallerie et infanterie 
passoient les byvers entiers sur la frontière; ils sont bien payés 
pour cela. Je ne dis pas que M" les directeurs généraux ne 
puissent, dans Thyver, aller rendre conte à 8a Majesté, si Elle 
le juge nécessaire, de l'état des troupes ; mais, pour les inspec- 
teurs, je les tiendrois sur la frontière, car ce n'est pas de deux 
reveues dont il est question, mais d'exercer les troupes très sou- 
vent, et une fois au moins et deux fois la semaine s'il se peut ; 
faire monter les escadrons à cheval, les faire marcher, les bat- 
taillons leur faire prendre les armes, et les exercices qui regardent 
purement la guerre, c'est-à-dire ceux ausquels il importe le plus 
que les troupes soient faittes pour un jour d'action. C'est à quoy 
je donneray mes heures inutilles sur la frontière, ne croyant 
rien de si capital que d'instruire le soldat et luy faire entendre 
ce qu'il doit faire dans le combat, et leur parler comme à gens 
qui doivent se préparer avoir plusieurs actions pendant la cam- 
pagne. 

Je vois. Monsieur, que M*^ les inspecteurs ne songent qu'à 
leurs deux reveues et toiser et mesurer leurs hommes, vous 
envoyer de beaux états, et les soins actuels, personne ne les 
prend plus. Vous m'avez fait l'honneur de me dire vous-même 
que, dans vôtre jeunesse, vous alliez voir ces vieux régimens 
d'infanterie faire les exercices deux fois, trois fois la semaine, et 



276 APPENDICE. 

que tous les capitaines y assistoient bien Bérieusement ; cela est 

bon, il faut le rétablir 

(Orig. Dép6t de la gaerre. Vol. 1975, n* 14.) 

22. Villars à Chamillart. 

A Strasbourg, ce 23* janvier 1703. 

Je reçois dans ce moment, Monsieur, une lettre de M. de Puy- 
sieux, du 20* janvier, avec une copie d'une lettre de M. de 
Ricous, qui demande, de la part de M. de Bavière, que Sa 
Majesté veuille Tinformer des projets qu*£lle peut former pour 
occuper M. le prince de Bade; j*ay une confiance entière dans 
la bonne foy de M. de Bavière ; cependant, j'ose vous supplier, 
Monsieur, de vouloir bien que ce Prince ne sçacbe rien de posi- 
tif des desseins que Sa Majesté peut avoir vers le Rhin. Il suffît 
de luy mander en gros que Ton occupera les ennemys, car Ton 
regarde ses premiers secrétaires comme suspects, et vous savez 
bien, Monsieur, que, sans le secret, on ne réussit à rien, surtout 
dans la guerre. J'auray l'honneur de vous informer incessament 
de touttes les dispositions nécessaires pour acheminer ce que Sa 
Majesté a daigné approuver. 

(Orig. Dépét de la guerre. Vol. 1575, n* 17.) 



23. Villars à Chamillart. 



\ 



Extrait A Strasbourg, ce 30* janvier 1703. 

M. l'Electeur demande que les ennemis soient occupés, et, 
dans peu assurément, il n'aura rien à désirer sur cela 

Je n'attendrois pas le retour de mon courrier pour passer le 
Rhein, si cela pouvoit estre utile, avant que nos troupes soient 
prestes à se joindre. 

Si M. l'Électeur de Bavière n'a pas son traitté fait avec l'Em- 
pereur depuis longtemps, et qu'il n'ait attendu pour le manifester 
que d'avoir tout l'argent qu'il peut tirer du Roy, il verra dans 
peu de jours que l'on agit vivement pour son secours. 

M. de Monasterol luy a-t-il fait sçavoir les dernières proposi- 
tions de Sa Majesté ? Ayez la bonté de nous les renvoyer icy . Si 
Ton néglige ce qui est au pouvoir de l'homme pour rectifier les 
fausses démarches de son maître, je veux bien subir sur cela 

son jugement. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1675, n* 33.) 



APPENDICE. 277 



24. Villars à ChamiUart. 

Extrait. A Bibrach, le 23« février 1703. 

Jamais terreur n'a esté si répandue que celle que nous voyons 
dans la Suabe. J'ay esté au delà d'Haslach, nos maraudeurs ont 
esté plus loin encore. J'avoue que le libertinage de Tannée me 
fera prendre enfin le party d'une extrême sévérité, car tout le 
pays est désert, ce qui m'empesche de pouvoir faire voiturer par 
les communautés les fourrages dans le camp. Nostre cavallerie 
en auroit eu touttes ses provisions sans avoir la peine de l'aller 
chercher, et c'eût esté une commodité à laquelle elle n'est pas 
accoustumée à la guerre ; mais, comme je songe à m'en servir 
aussy longtemps cette campagne que l'autre, je veux ne rien 
oublier pour la ménager. Grâces au Seigneur, nous avons un 
temps à souhait. L'armée l'appelle le temps de Villars, et il n'est 
pas mauvois qu'elle me croye heureux. Le Roy confirmera cette 
opinion quand il luy plaira ; il n'est pas temps de parler de cela... 

(Orig. Dépêt de la gnene. Vol. 1675| n* 86.) 

25. ViUars à ChamUîart. 

Au camp devant Kell, ie 2« mars 1703. 

Je ne mande point à Sa Majesté tous les obstacles que 

nous trouvons ; un qui ne vaut pas la peine d'en parler, c'est que 
si je ne m'estois avisé de faire trois ou quatre saignées violantes 
à la Kinche avant-hier au matin, l'armée entière couroit risque 
d'une attaque d'apoplexie, c'est-à-dire qu'il y auroit eu deux pieds 
d'eau dans le camp. Grâce à Dieu, je ne crains plus rien de la 
Kinche. J'ay une autre ennemie dans les entrailles, c'est les 
deux chuttes; mais un meusnier m'a donné un avis salutaire, 
c'est de les faire saigner à deux lieues d'icy. J'en profite, et ainsy 
non seuUement je fortifiQe mon camp, mais je m'oste de terribles 
inquiétudes. L'on vous dira, Monsieur, que l'on va quelquefois 
de Kell à Offembourg, au travers des terres, en batteau. Faites 
moy l'honneur de croire que pareilles entreprises donnent de 
mauvois quarts d'heures à qui les exécute. Les fortunes de cour 
sont sujettes à moins de tribulations. Vous me dires, sur saigner 
les rivières, que je pou vois commencer par là; mais il falloit que 
nos lignes fussent faittes et qu'elles nous pussent estre en plu- 



278 APPENDICE. 

sieurs endroits une digue contre les inondations que produisent 
les saignées. Le mau^ois temps n'a duré que deux nuits et un 
jour, et n'a pas retardé nos ouvrages d'un moment. Grâce à 
Dieu, le beau froid est revenu. Nos trouppes sont bien barra- 
quées, le fourrage va bien, le soldat est gaillard. Je passe une 
partie de .la nuit avec eux; nous buvons un peu de brandevin 
ensemble; je leur fais des contes ; je leur dis qu'il n'y a que les 
François qui scacbent prendre les places l'hiver. Je n'en ay 
pas fait pendre un seul; je leur garde deux grenadiers, qui 
ï'avoient bien mérité, pour leur donner leur grâce en faveur de la 
première bonne action que leurs camarades feront. Enfin, Mon- 
sieur, j'y fais tout de mon mieux; tout ira bien s'il plaist à Dieu, 
soyez tranquille ; mais, si quelqu'un vous dit que tout cecy est 

bien aisé, ayés la bonté de ne le pas croire 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1675, n' 95.) 

26. Villars au Roi. 

Au camp devant Kell, le 2« mars 1703. 

Je vois. Sire, que Yostre Majesté désireroit assés que la 

grosse garnison qui est dans Keil pust estre- prisonnière de 
guerre. Elle sçait que cette place est une des meilleures et des 
plus parfaittes que M. le maréchal de Vauban ayt fortiffîées, et 
que nous l'attaquons dans la plus rude saison; depuis avant- 
hier même, le temps est horrible, et, en vérité, la fermeté avec 
laquelle les troupes de Votre Majesté le soutiennent est respec- 
table ; et, quand je songe à leur valeur et à leur patience dans 
de certaines peines, je suis un peu porté à oublier leur liberti- 
nage, et je leur pardonnerois même, s'il n'estoit si contraire â 
l'exécution des projets, que l'on ne peut en former quand nos 
propres trouppes ruinent et font déserter le pays ; cependant, je 
n'ay fait mourir personne, parce que, les premiers jours, cet 
exemple ne les auroit pas contenus, et que, sur la fin, ils estoient 
si gorgés de butin, que par cette raison et ne pouvoir plus 
aller, ils s'arrestoient dans le camp. Il faudra pourtant essayer 
de les mettre sur un pied de sagesse absolument nécessaire pour 
faire de longues campagnes au milieu du pays ennemy. 

Je supplie Vostre Majesté d'estre persuadée que je feray ce 
qu'Elle désire sur la capitulation, à moins, comme Elle me l'or- 
donne elle-mesme, que les difficultez qui s'y trouveroient ne 

fussent contraires à son service 

(Oiig. Dépôt de la guerre. Vol. 1675, n* 94.) 



APPRZfDIGB. S79 



27. Chamillart à ViUars. 

De Versailles, le il* mars 1703. 

Vous êtes trop occupé pour vous faire de longues lettres; 
contentez- vous de recevoir des assurances d'une joye bien sin- 
cère, que tout autre général que vous n'auroit pas partagée 
comme vous faites; mais je vous avoue que je m'oublie moy- 
même pour vous donner toute la part entière aux avantages que 
vous procurés tous les jours par tout ce que vous faites; sans 
vouloir pénétrer votre secret, je crois deviner que vous n'avés 
pas moins envie de battre une seconde fois le prince de Bade 
que de prendre Kell ; vous êtes bien heureux de n'avoir pas eu 
pour témoin de votre entreprise M. le maréchal de Vauban ; il 
n'auroit jamais consenty que vous eussiez méprisé la redoute et 
Ja demy-lune comme vous avez fait; il y a longtemps que je 
suis du sentiment de ceux qui ayment mieux guérir d'une ûèvre 
par le quinquina que par les remèdes de la médecine ordinaire; 
continuez à vous en servir aussy heureusement que vous faites, 
et nous prendrons soin de vous faire prôner dans les Gazettes. 
J'attens avec impatience la lettre que vous avés receu de 
M« l'Électeur de Bavière, qui n'avoit point encore esté déchif* 
frée. Je ne scaurois finir sans vous dire que vous avés restably 
le calme et rendu la joye à toute la cour. 

(Min. Dépôt de la guerre. Vol. 1675, n* 123.) 

P,-S. Le Hoy veut que vous renvoyez M. de Maulevrier, et 

Madame de Maintenon vous recommande de le meanager le plus 

que vous pourrez. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

« 

28. Villars au Rtri. 

EwiraiL Au camp, devant Kell, le 12* mars 17Ô3. 

Votre Majesté verra que je crois devoir régler la jonction 

, pour les premiers jours de may par les raisons suivantes ; à moins 
que M. l'électeur de Bavière pressé ne voulust faire quelque 
effort pour l'avancer. 

Premièrement les troupes ont besoin de repos; elles doivent 
recevoir leurs recreûes; tout sera selon les apparences en estât 
dans ce temps-là. Car de mener en Bavière une armée dont 



9180 APPENDICE. 

aucune troupe n'est complette en soldats ny officiers, les facilités 
pour rejoindre peu establies, en trois mois cette armée seroit 
ruinée. 

En second lieu il faut le temps d'avoir les chevaux d'artillerie 
et des vivres ; mettre nos charrois à la petite voye, ce qui sera 
peut estre difficile pour les quaissons, mais enfin nous allons y 
travailler. 

Il faut, si V. M. l'a pour agréable, qu'elle règle un fonds pour 
les premiers mois, après cela si je puis j'épargneray sa bourse, 
mais elle ne doit pas conter que tout soit aussy facile que M. de 

Hicous le promet 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1675, n* 125.) 

29. Villars à Chamillart. 

Extrait A Strasbourg, le 19« mars 1703. 

Nous allons, Monsieur, nous reposer, les trouppes seront 

bientost rétablies, pour moy j'estois accablé allant à Gapel, mais 
le canon, les poudres et les autres munitions des ennemis m'ont 
un peu rafraischy le sang. Je trouve que la prise de KeU, en 
contant ce que nous y avons trouvé de poudres, à Offémbourg 
et dans nostre dernière petite conqueste, laisse l'arcenal de Stras- 
bourg dans le môme estât qu'il estoit. J'attens, Monsieur, avec 
impatience, si Sa Majesté aura daigné approuver ma diligence 
et mon zèle. 

J'apprens qu'Eue a donné cent mille francs à M. le maréchal 
de Yilleroy pour son équipage. Vous sçavés, Monsieur, les grâces 
que j'ay pris la liberté de demander^, mais, comme elle aura peu 
me trouver économe par le compte que j'ay eu l'honneur de luy 
rendre de Testât de mes affaires, je dois vous rendre compte de 
ma maison, vous suppliant, Monsieur, de vouloir bien vous en 
faire informer précisément. 

Je n'ay pas veu, j'ose vous le dire, de plus grosse table que la 
mienne, peut estre y en a-t-il de plus délicates, mais jamais per- 
sonne ne s'en retourne de chez moy, et j'y ay veu disner cer- 
tains jours, pendant le siège de ^ell, plus de soixante officiers. 

J'ay une compagnie de gardes complette et j'en ay peu veu 
depuis long temps aux généraux d'armée qui en approche ; elle 
n'est arrivée que depuis deux jours vètûe de ma livrée avec des 

i. Villars, après la prise de Kehl, avait demandé le brevet de dnc. 



APPSNDIGB. 281 

galons d'argent. Bn un mot, Monsieur, peut-estre que par le bon 
ordre je &is ce que les autres exécutent avec dissipation. Je n'ay 
pas l'honneur de tous expliquer cecy pour vous dire ensuitte 
que je me ruine. Ayés la bonté de vous informer de quelle 
manière on meine les sauvegardes qui me rapportent si peu que 
vous en serés étonné. Enfin, Monsieur, je serois fâché que S. M. 
ne fut pas informée que ma maison est en estât de paroistre dans 
l'Empire avec Téclat qui consent à un général de ses armées. 

Je ne vous demande point d'argent ; les autres ont eu en même 
temps de l'argent et les grosses charges, et touttes les dignités 
du Royaume. A Dieu ne plaise que je veuille ravaler l'impor- 
tance de leurs services, mais j'examine leurs recompenses, dans 
quels temps et à quelles occasions ils en ont esté honnorés, et 
j'espère de la bonté du Roy la grâce que j'ay pris la liberté de 

lui demander 

(Orig. Dépôt de la guerre. Yol. 1675, n* 137.) 



30. Villars à Chamillart, 

A Strasbourg, ce 26* mars 1703. 

Je reçois. Monsieur, la lettre dont vous m'honores, je vous 
suis dévoilé à la mort et à la vie, et crois que c'est avec peine 
que vous me donnés des ordres presque impossibles. Ce n'est pas 
là ce qui m'en cause le plus, mais de voir que l'on compte pour 
rien ce que j'ay fait si je ne réussis dans ce que Ton ne devroit 
pas me charger d'entreprendre. Monsieur, ce n'est point par les 
mortiffîcations que l'on meine un homme conmie moy ; c'est par 
les manières que vous avez eues, et par m'honnorer d'une éléva- 
tion que j'ay mieux mérité que plusieurs. 

C'est mon zôle et ma gloire qui me meinent et qui vont telle- 
ment avant touttes choses dans mon cœur que je vous supplie de 
croire, Monsieur, que rien au monde n'en approche; sans ces 
deux raisons je demanderois à me retirer. 

Ayés la bonté de vous faire informer par ce qu'il y a d'officiers 
généraux icy les plus sensez et les plus raisonnables, s'il a esté 
possible de faire quelque chose de mieux pour le service du Roy 
depuis le siège de Kell que ce que nous avons fait jusques à pré- 
sent, et si le contraire ne nous ostoit pas les moyens de tout 
entreprendre dans la suitte mesme pour la jonction. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Yol. 1675, a* 160.) 



I 

J 



282 APPsnDiGE. 



31. Villars au maréchal de VilUroy, 

De Strasbourg, le 26« mars 1703. 

Vous ne m'avés honoré d'aucune lettre, Monsieur, sur les deux 
dernières que j'ay eu l'honneur de vous escrire et par M. de 
Sainte-Hermine et par l'ordinaire. Voicy pourtant bien des cour- 
riers que je reçois, et j'apprens que l'on est fort étonné que je 
n'aye pas encore passé en Bavière. Il n'y avoit qu'une petite 
difficulté, c'est que les neiges ont toujours fermé les montagnes, 
et que, les deux dernières nuits, il en est encore beaucoup tombé. 
Qu'enfin, si j'àvois suivy l'intention de la Gour, je me serois osté 
les moyens de pouvoir repasser le Rhin avant les herbes, puisque 
j 'a vois desjà consommé tout ce qu'il y a de fourrages entre le 
Rhin et la montagne. Mais tout cela n'est rien, il faut parler de 
Testât auquel est l'armée pour la faire marcher. Mon party estoit 
déjà pris sur les ordres que j'ay receu du Roy il y a quatre jours 
et qui sont bien réitérés par ceux d'aujourd'hui que je marche. 
Tous les officiers généraux m'ont obligé à en envoyer le cheva- 
lier de Tressemanes à la cour pour représenter en quel estât est 
l'armée, mais je n'attendray pas son retour, et je mets tout en 
mouvement. Ce n'est rien de vous dire que la cavallerie ny l'in*- 
fanterie n'ont de tentes, les deux tiers de l'infanterie n'ont pas 
un fusil. Donner une bataille à coups de poings contre des fusils, 
c'est surprenant, et si j'estois en pays ou l'on trouvast de grandes 
perches, on les bruleroit par le bout et nous nous armerions 
comme les sauvages. . 

Le munitionnaire n'a pas une pistoUe, le Roy me donne seule- 
ment pour payer son armée vingt jours, après quoy je feray 
comme je pourray. 

Je n'ay pas encore le quart de l'artillerie préparé à la petite 
voye. 

Je ne sçay ou trouver du pain les premiers huit jours passés 
quand une fois j'ay quitté le Rhin. 

Je suis aussy dévoué que je le dois à M. de Ghamillart, mais 
je vous supplieray. Monsieur, de luy demander que vous puissiez 
montrer cette lettre, car je veux que le public sçache ce que l'on 
m'ordonne, et avec quels moyens. Les mesmes gens qui publient 
peut-estre qu'il n'y a rien de si aisé ont oublié que, quand le Roy 
avoit Brissac et Fribourg, ils n'ont jamais osé envoyer un party 



ÂPPENDIGB. 883 

à trois lieues de là dans les montagnes. L'année doit périr par 
Testât auquel on me force de la faire marcher. 

Peut-estre que l'ardeur que je tascheray d'inspirer la soutien- 
dra ; mais il n'y a pas un bon sujet qui ne pense icy que notre 
dessein est mieux présentement, et pouvoit réussir dans cinq 
semaines comme je l'avois proposé. 

Les trois quarts des trouppes, tant cavallerie, infanterie que 
dragons, n'ont pas leur habillement, et ne l'auront que dans plus 
de six semaines. 

Voilà, Monsieur, tout ce que je puis avoir l'honeur de vous 
dire ; rendez-moi la justice de me croire, etc. 

(Copie. Aroh. Vogué.) 

32. Le Roi à Villars. 

De Marly, le 27» mars 1703. 

Mon cousin, j'ay receu la lettre que vous m'avés écrite du 23, 
dont vous aviés chargé le chevalier de Tressemane ; il ne m'a 
hen laissé ignorer de tout ce qui peut vous avoir déterminé à 
faire repasser le Rhin à mes troupes, et les envoyer dans des 
quartiers différens pour leur donner le temps de se rétabUr, et se 
mettre en état dans le peu de séjour qu'elles y dévoient faire de 
bien servir pendant le reste de la campagne ; il m'a informé aussy 
très particulièrement de tous les embarras dans lesquels une 
marche trop précipitée peut vous faire tomber, il n'y a rien de 
ce qu'il m'a dit que je n'aye prévu par les lettres des 16, 19 et 23 
que vous avés receues de moy, mais la conjoncture de Bavière 
est si singulière, l'importance de conserver cet allié est si grande, 
que tout ce qu'un général pense de plus sage est détruit par l'im- 
possibilité de pouvoir s'asseurer de conserver l'électeur de Bavière 
dans mon alliance, s'il n'est promptement secouru, soit par une 
diversion ou par une jonction, et c'est cette nécessité qui vous a 
attiré des lettres si pressantes et des ordres si positifs que rien 
n'a dû en suspendre l'exécution, particulièrement ceux portés 
par ma lettre du 23, à moins que vous ne vous soyés déterminé 
d'attendre le retour du chevalier de Tressemane. Il m'a paru, 
par le détail dans lequel je suis entré avec luy, que vous pourrés 
passer le Rhin le 10 ou le 12 du mois prochain, qu'une partie des 
recrues et des oliiciers auront joint dans ce temps-là, que les 
réparations les plus pressées seront faites, et qu'il ne vous man- 
quera que ce que vous sériés obligé d'attendre trop longtemps. 



J 



884 APPENDICE. 

Ghainillart entrera avec vous dans une discution plus particulière 
pour les armes, les vivres, les hôpitaux, les Recolets, et vous fera 
sçavoir mes intentions ; je vous donne une liberté entiiàre, lorsque 
vous serés de l'autre côté du Rhin, de faire ce que vous jugerés 
plus "convenable au bien de mon service; je seray neantmoins 
bien aise d'estre informé d'avance, autant que vous le pourrés, 
de ce que vous croirez possible de faire et d'entreprendre, sans 
que ce que vous aurez pu me mander vous empêche de prendre 
d'autres partis si vous en trouviés de meilleurs, ma confiance 
estant telle que je ùe l'ay jamais prise plus grande dans aucun 
de mes généraux, je suis bien aise de vous dire que vous avez 
fortiffié ces sentiments que j 'a vois il y a Icmgtemps par tout ce 
que vous avés fait depuis le mois d'octobre de grand et d'avan- 
tageux pour la gloire de mes armes et pour mon repos, j'ay 
lieu de croire que vous continuerez avec le môme zèle, la môme 
conduitte et le môme bonheur. 

(Ifmute. Dépôt de la gaerre. Vol. 1675, n* 164.) 

33. Chamillart à Vniars. 

De Marly, le 27* mars 1703. 

M. le chevalier de Tressemanes, à qui j'ay parlé avec une 
entière confiance, vous fera un récit très sincère, Monsieur, de 
tout ce qui a donné lieu aux lettres que vous avés reçeues qui 
n'ont pas dû faire l'impression sur vous qu'il me paroist qu'elles 
y ont faittes. La confiance du Roy n'a jamais été si grande pour 
un général qu'elle l'a été pour vous ; et pour avoir mandé que 
vous ne déviés pas repasser en deçà du Rhin, sans avoir receu ses 
ordres, ou du moins avoir connu ses intentions, il ne vous a pas 
dû paroitre qu'elle fut diminuée. Vous sçavés que de tout le tems 
le passage de ce fleuve a été regardé comme une des choses des 
plus importantes et qui méritoit davantage d'être délibérée, si 
avant, ou durant le siège de Kell vous aviés préparé à ce pas- 
sage, le Roy vous auroit fait sçavoir sa volonté, ou du moins 8a 
Majesté, s'en remettant à vous, auroit donné des ordres contraires 
à ceux qu'Eue a envoyés à M. le maréchal de Tallard, et auroit 
fait parler différemment à M. de Monasterol, en luy donnant des 
espérances plus éloignées de secourir M. l'électeur de Bavière ; 
mais 8. M., ne doutant point que vous ne fùssiés en estât de faire 
subsister ses troupes de l'autre côté du Rhin, l'avoit assuré 
qu'elles marcheroient diligenunent au secours de son maître, et 



ÂPPENDIGB. S85 

en môme iems avoit ordomié à M. le Maréchal de Tallard de 
B'avancer à Strasbourg pour prévenir et s'oposer, avec les troupes 
qu'il commande, aux inconvénients qui pourroient arriver si le 
prince de Bade, ne pouvant empescher votre passage, s'étoit déter- 
miné à faire entrer en Alsace le corps d'armée qui est à ses 
ordres. Vous jugés bien quel a été l'embarras de M. le maréchal 
de Tallard, lorsqu'il a vu arriver dans les quartiers qu'il devoit 
prendre les troupes que vous y avés envoyées, et sans vous en 
dire d'avantage, il vous paroistera que le dérangement ne sçau- 
roit jamais faire honneur à celuy qui est à la teste de tout, et qui 
gouverne tout par luy même, qui doit, par une connoissance 
entière de toutes les parties, faire cadrer tous les mouvements 
avec justesse. 

Vous vous expliqués avec moy, comme avec votre amy, et vous 
avés raison de croire que je le suis véritablement, c'est à ce titre 
que je veux vous gronder d'outrer la matière au point que vous 
faittes ; conservés par une conduitte esgalle à celle que vous avés 
tenue toutte la confiance que le Roy a en vous, et ne l'embar- 
rassés pas à l'avenir en luy demandant des ordreé sur toutes les 
choses qui doivent rouler sur vous. U y en a de certaines qu'il est 
de votre intérest de luy faire sçavoir et même de luy laisser 
décider; sy vous voulés y avoir toutte la part que le général y 
doit avoir, en consultant S. M., vous luy ferés part de vos senti* 
ments ; c'est le moyen d'augmenter encore d'avantage, s'il est 
possible, la confiance que S. M. a en vous, et de ne pas vous 
attirer jusques aux moindres reproches. Vous aurés toujours lieu 
d'être content de tout ce qui vous viendra de moy, si vous voulés 
vous mettre au-dessus des discours de Paris, et ne pas adjouter 
trop de foy aux lettres qui vous viendront de ces pays-cy, dans 
lequel vous avés des envieux et des ennemis ; je vous répondray 
bien que vous avés toujours grand sujet de vous louer des bontés 
du Roy et des dispositions de S. M. pour vous. 

(Minate. 0èp6t de la gaerre. Vol. 1675, n* 165.) 

34. U Pelletier* à Villars. 

De Paris, le 28» mars 1703. 
Quand je vous ay félicité, Monsieur, sur votre glorieuse con- 

1. Michel Le Pelletier de Soazy (1640-1725), qui joignait à d'aatres 
chaiges celle de directeur général des fortifications et, à ce titre, cor- 
respondait avec Villars. 



SI86 ÀPPBIfDIGB. 

quesie dont tout le succès est dû à votre bonne conduite et à 
votre application^ je n'imaginois pas que j'auroisdes reproches à 
vous faire sur ce même sujet. J*ay appris, par des personnes qui 
en ont esté témoins, qu'ils vous ont veu déboucher par une ouver- 
ture qu'on avoit fait dans le sousterrain de l'extrémité de la 
branche droite de l'ouvrage à corne du fort de Kell, et passer sur 
le glacis de ce fort dans un temps qu'à peine le logement estoit 
tracé, et qu'il n'y avoit encore que trois gabions postés qui n'es- 
toient pas même remplis. Je loûerois fort cette bravoure en la 
personne d'un sergent de grenadiers, ou tout au plus d'un ingé- 
nieur, mais permettez moy de vous dire que cette action n'est pas 
pardonnable à un général d'armée, moins encore à un maréchal 
de France utile à l'Ëstat et précieux à sa famille et à ses amis ; 
pardonnez s'il vous plaist cette liberté à un ancien serviteur zélé 
pour le service du Roy et pour vos intérests. 

(Copie. Areh. Vogué.) 

35. Villars à Chamillart. 

Extrait. A Strasbourg, ce 28« mars 1703. 

Au reste, Monsieur, que le courtisan clabaude, un général 

en doit rire, mais que ses faux raisonnemens fassent impression 
sur de certaines testes, c'est ce qui peut déranger les meilleures. 
Groirés-vous que ce que j'ay d'amis à la cour, gens d'honneur, 
me mandent depuis quelques jours que je n'ay d'autre party à 
prendre que de faire plustôt battre larmée du Roy que de ne rien 
faire, et m'asseurent que ces discours sont autorisés par ce qu'ils 
sçavent des sentimens du Roy. M. de Turenne pouvoit rire de 
telles clameurs, mais comment me peut-on croire la teste assés 
bonne pour n'en estre pas ébranlé. Je marche en&n beaucoup 
plustost que la raison ne le vouloit, puisque le party que je pre- 
nois de laisser aux trouppes le temps que me donneroit M. l'élec- 
teur de Bavière estoit, j'ose le dire, le seul bon. Mais on le veut, 
et je vais chercher ou les amis s'ils viennent au devant de moy 
et que j'aye de leurs nouvelles, ou les ennemis ; pour ces derniers, 

je sçays où les trouver 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1675, n* 169.) 

36. Chamillart à Villars. 

Du 29« mars 1703. 
Ma lettre d'hier, Monsieur, et tout ce que M. de Tressemanes a 
veu et vous dira vous feront connoistre que je suis pour vous tel 



APPBlfDlCB. 287 

que vous le pouvez désirer, que, dans touttes les lettres que je 
vous ai escrittes par ordre du Roy et de luy, il n'y a que des 
termes qui conviennent à un homme dont on est content hors 
de n'avoir pas mandé d'avance le dessein que vous aviez de faire 
repasser le Rhin aux trouppes et que mes ordres pour vous 
escrire estoient au moins aussy précis que ceux que vous avez 
receus. La lettre de la main du Roy que je receus à Paris ven- 
dredy 23* et qui ne me permettoit pas de vous laisser délibérer 
sur ce passage, que j'ay leûe à M. de Tressemanes, vous fera 
connoistre que j'exécute les volontés du maistre en mesnageant 
■ mes amis. M. de Marsan m'a fait voir la lettre que vous luy avez 
escritte. Elle est bonne pour luy, mais elle ne seroit pas bonne 
pour d'autres. J'ay l'honneur d'estre, etc. 

P.'S. — Le Roy m'ordonne, Monsieur, de vous faire sçavoir 
que, si vous avez passé le Rhin avant d'avoir receu la lettre de 
Sa Majesté, vous pouvés différer quelques jours à vous en esloi- 
gner pour donner le temps aux recreues et au reste de vous 
joindre, pourveu que vous trouviez de quoy subsister, etc. 

(Oopie. Arch. Vogtté.) 

37. Villars à Chamillart. 

Extrait, A Strasbourg, le 6 avril 1703. 

J'auray l'honneur de vous dire, Monsieur, que l'année passée 
tout partoit avec la plus grande joye du monde pour cette jonc- 
tion, et cela venoit de ce que l'on voioit l'armée remplie de gens 
de faveur et du grand air : vous connoissez le françois I cette 
dernière fois, Monsieur, dans les premiers estats l'on voyoit très 
peu de ces messieurs là, et la tristesse a saisy officiers généraux 
et autres. Ce qui vient des lettres écrittes de Versailles et de 
Paris l'augmente. EnEn, Monsieur, Ton ne doutte point que cette 
armée ne puisse voir une grande action. Cependant cette ardeur 
qui faisoit partir autrefois tous les volontaires en poste à la 
moindre apparence de bataille n'est plus si vive. J'ay veu feu 
M. de Lesdiguières, après avoir quitté le service, se rendre jour 
et nuit à l'armée de M. de Luxembourg, qui n'estoit point du 
tout de ses amis, sur le bruit d'un combat pour le secours de 
Gharleroy. Présentement la pluspart de ces messieurs là ont 
l'oreille basse. Il faut les réveiller, j'y feray bien de mon mieux, 
mais vous croyez bien. Monsieur, que la moindre parole de la 

part du Roy feroit son effet 

(Orig. Dépôt de U guerre. Vol. 167^ n* 183.) 



888 APPBNDiCfi. 

38. Villars au prince dé Oùnty. 

Du 14* avril 1703. 
Monseigneur, 

H m'est revenu par mille endroits, et M. de Simeoni me le 
confirme, que V. A. S. a eu la bonté de me soutenir quand j'es- 
tois en vérité bien injustement attaqué, sur le party, je ne dis 
pas le plus raisonnable, mais Tunique que je pouvois prendre. 
Car enfin. Monseigneur, lorsque quelques courtisans vouloient 
absolument la jonction, il n'y avoit que deux petits obstacles. 
Le premier, que M. Télecteur de Bavière estoit dans le même 
temps près de Passau, à 150 lieues de moy; le second, qu'il y 
avoit deux pieds de neige dans les montagnes, je ne parle pas 
des besoins pressans que les trouppes avoient d'une infinité de 
secours. 

Demeurer en deçà du Rhin et où nous sommes présentement. 
Pour cela il falloit consommer en cinq ou six jours les fourrages 
que nous y trouvons avec beaucoup de peine, et nous ester en la 
prenant mal à propos une subsistance sans laquelle on ne pou- 
voit avant les herbes repasser le Rhin. 

Je prévois. Monseigneur, veu les habiles critiques que je me 
suis trouvé, que j'auray besoin de votre protection. Ayés la bonté 
de leur dire encore que, pour entrer en pays ennemy avec une 
armée, il faut au moins, quand vous perdes la communication 
par les derrières, espérer des secours asseurés par les testes, et 
ne les pas aller chercher au delà des vivres que l'on peut porter, 
et qu'enfin le party le plus sage, quand une armée ennemie et 
menée par un bon général peut traverser tous nos desseins, c'est 
d'aller chercher cet ennemy et ne rien oublier pour le forcer au 
combat. Si, dans l'exécution de ce dessein auquel je marche pré- 
sentement, je fais quelques fautes, envoyés moy les grands rai- 
sonneurs, nous les mènerons aux retranchemens de M. de Bade, 
et nous tascherons au moins de nous justifier auprès d'eux. Ils 

seront plus traittables dans que sur les terrasses de 

Versailles et Marly, où l'on traitte un pauvre diable d'extrava- 
gant ou par l'amour, ou par l'avarice, ou par la vanité, car j'ay 
ouy dire qu'il n'y avoit que ces trois petits points dans mon pro- 
cédé. En voilà bien assés pour faire pendre un homme, et par 
ma foy. Monseigneur, je trouve qu'ils ont raison. Pour moy je 
croiray toujours l'avoir, quand un grand prince, dont le génie 
supérieur et les ve&es sublimes discernent le vray et le bon party, 



APPENDICE. S89 

▼oudra bien penser que je l*ay suivy et comblé de joye q[uand il 
m*bonorera de ses bontés que j'ose dire que je mérite par Tatta- 
cbement respectueux et fidèle avec lequel, etc. 

(Copie. Arch. TogOé.) 

39. Villars à Chamillart. 

Au camp devant Bihl, ce 25 avril 1703. 

Je vous avoue, Monsieur, que je n'ay jamais senty une si vive 
douleur que celle de me retirer sans avoir rendu au Roy le plus 
important service qu'il eut jamais pu recevoir d'un de ses sujets, 
le plus glorieux pour celuy qui avoit Thonneur de commander 
ses armées. Ce qui rend ma douleur plus vive et plus sensible, 
c'est que rien n'estoit plus facile le premier jour, et possible tous 
les autres; laissez les dire, et que cecy soit pour vous seul. Mon- 
sieur, je vous &a conjure : ay-je pu conter que l'infanterie, qui 
marcha le 19 pour attaquer la montagne, seroit neuf heures à faire 
ce que j'ay fait trois fois depuis en trois quarts d'heure ? 

Je ne doute point que plusieurs officiers généraux ne se plaignent 
de moy, car je n'ai pii leur cacher mon indignation sur leur 
molesse; je vous supplie, Monsieur, ne me faittes pas d'ennemis, 
mais je vous ouvre mon cœur par l'amitié dont vous m'honorez ; 
on a pour ainsy dire cabale pour faire croire impossible ce qui 
n'étoit tout au plus que difficile. Enfin l'armée ennemie n'a jamais 
osé faire venir son canon, plus foible de moitié que celle du Roy, 
et quelle différence pour la qualité. 

Vous me direz, mais avec tant de raisons que ne prenniez-vous 
sur vous ? Je vous ay dit les miennes sur l'intérest que j'avois de 
ne pas entreprendre. Cinq lieutenants généraux s'opposoient hau- 
tement, et môme ceux qui menoient l'infanterie et qui avoient 
fait des difficultés. Enfin, avant hier, l'ordre du combat étoit écrit, 
donné pour la seconde fois et distribué à touttes les troupes, mais 
par les nouveaux obstacles que l'on me fit dans le moment que 
l'on devoit marcher on avoit découragé mon infanterie, laquelle 
les premiers jours avoit une ardeur à laquelle rien au monde ne 
pouvoit résister. 

Je crains ces mesmes esprits sur ce que nous avons à faire 
encore, bien que je tienne les discours les plus propres à animer 
tout le monde, car je n'ay pas balancé à dire que Sa Majesté avoit 
nonmié quelques officiers généraux parmy ceux qui méritoient 
le plus d'être avancés ; mais qu'Elu m'ordonnoit de ne les décla- 

u 49 



Sl90 APP1SNDIG8. 

rer qu'après le passage, et même de déclarer eeax qui monire- 
roient )e plus d'ardeur dans rexécution d'un dessein si important 
pour Elle. 

Groirez-vous, Monsieur, que les discours de plusieurs, sur la 
crainte de passer en Bavière, font impression jusques sur le sol- 
dat? Pour moy, c'est bien assurément la chose que je désire le 
plus ardemment, il suffît que j'en comprenne les conséquences 
pour le Hoy ; mais tout homme se considère un peu aussy. 

Ne Yois-je pas par la bonté qu'a S. M. de me laisser en quelque 
manière la disposition de déclarer ceux qu'Elle a fait brigadiers, 
de quelle considération est l'employ de commander une grosse 
armée du Roy au milieu d'un pays ouvert, assez éloigné pour 
que S. M., par la nécessité môme de ses affaires, soit en quelque 
manière obligée de m'honorer d'une confiance entière. J'avoue, 
Monsieur, que je suis sensible à la gloire, combien en puis-je 
espérer dans tout ce que j'auray à faire ? Je sçay qu'il y aura des 
difficultés pour l'entretien de cette armée, mais, enfin, qui est au 
milieu de l'Allemagne peut se flatter de trouver de grands secours. 
Que le Roy conte donc que je marche à la jonction avec une 
ardeur infinie; elle est infaillible si M. l'Électeur veut envoyer 
un corps un peu considérable, car ceux qui m'ont fait tant de 
difficultés sur attaquer les montagnes, que me diront-ils quand 
ils trouveront celles où nous marchons deffendues ? Ils diront ma 
foy ce qu'il leur plaira, mais ils les attaqueront bon gré mal gré, 
car pour cette fois je ne les consulteray pas, si Dieu me donne 
force et santé; quand la dernière me manqueroit, cela ne seroit 
pas étonnant, car tout ce que j'ay eu de peine de corps et d'esprit 
depuis huit jours n'est pas concevable. Tout cela n'est rien pour- 
veu que les affaires du Roy aillent bien, ainsi que je l'espère. 

Groirez-vous bien, Monsieur, qu'hors M. du Bourg, dont je dois 
me louer, personne ne m'a parlé pour m'ouvrir un moyen de 
réussir, mais tous ont voulu croire l'affaire impossible sans l'avoir 
même étudiée. Quand il faut tout reconnoître soy même sans 
trouver personne qui aille chercher à droite à gauche des hau- 
teurs pour voir un flanc de leur camp, pour incommoder un 
ennemy, luy faire quitter un terrein, en gagner sur luy, car 
voilà comme se font ces sortes de guerres de campagne; mais 
point; dès le premier jour vouloir toujours croire tout impossible. 
Monsieur, je ne vous le cèle pas, si la guerre dure et cette létar- 
gie dans les esprits, un gênerai qui veut agir a trop de peine 
assurément; je ne reconnois plus la nation que dans le soldat, 
dont la valeur est infinie. 



APPENDICE. %9\ 

J'auray llioimeur de tous enToyer par le premier ordinaire 
Tétai des troupes que je meneray ; tous croyez bien, Monsieur, 
que les regimens d'Ayen et de la Valliôre n'en seront pas, non 
plus que celuy de Navarre, je laisseray autant que je pourray 
tous vieux regimens de cavalerie. 

(Oiig. Dépôt de la gnerre. VoL 1676, n* 36.) 

40. Vilîars au Bot. 

Serait. Au camp de Donesching, le 7* may 1703. 

Vostre Majesté aura la bonté de me faire connoistre si je 

dois suivre aveuglement touttes les pensées de M. l'Électeur pour 
la guerre. Elle peut estre asseurée, du moins je m'en flatte, que 
je seray très bien avec ce prince. Je luy ay connu autrefois une 
inclination assés naturelle pour moy, il n'est pas changeant dans 
ses amis, et ma conduitte sera telle qu'il aura asseurement lieu 
de s'en louer. Je ne suis pas trop en peine de l'impression que 
fera sur Votre Majesté l'opinion que plusieurs de ses courtisans 
veuUent avoir que je ne me conduiray pas bien avec M. l'Élec^ 
teur de Bavière; Y. M. me pardonnera la liberté de luy dire que 
je ne suis pas encore bien armé contre la malignité de ces gens 
là. Je ne commence qu'à connoistre leur injustice et leur noir- 
ceur. Ne voudroit-elle point leur donner la mortiffîcation de voir 
qu'un homme sans appuy, sans cabale, uniquement occupé de 
l'envie de la bien servir, s'élève malgré eux. Je ne songe au 
monde qu'à mortiâier les ennemis de V. M., qu'ËUe ayt la bonté 

de mortiffier un peu les miens 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1676, n* 64.) 

4i. U Roi à VUlars. 

Extrait, De Versailles, le 14* may 1703. 

Lorsque vous travaillerés aux projets de la campagne avec 

l'Électeur de Bavière, je vous recommande, en luy faisant con- 
noistre vos sentimens, d'avoir une grande déférence pour les 
siens, et de faire en sorte de l'engager par raison et par des 
manières insinuantes à le faire revenir de votre avis, si vous 
trouviés que le sien pust porter quelque préjudice au bien de mes. 
afEaires. 

Je feray connoistre à ce prince dans ma première dépesche, 
par les termes les plus forts, la confiance que je prends en vous, 



392 APPENDICE. 

le pouvoir absolu que je vous ai donné, depuis que tous estes à 
la teste de mon année, d'entreprendre ce que vous jugerés à 
propos, la liberté entière de choisir les officiers et les troupes qui 
vous conviendroient pour passer avec vous, l'abandon avec lequel 
je me suis livré, en vous permettant de remplir les lettres de bri- 
gadiers, sont des preuves convainquantes de l'estime que j'ay 
pour vous, et dont il n'y a aucun exemple jusques à vous ; je 
vous en donneray de nouvelles marques dans touttes les occasions 
qui se présenteront, et, en continuant à me servir conme vous 
faJttes, je ne vous iaisseray rien à désirer, mettes vous au-dessus 
des discours des courtisans, vous aurez toujours de grands avan- 
tages sur eux et vous me trouvères tousjours égallement prévenu 
pour vous, tant que vous me donnerés lieu d'en estre content 

(Mioate. Dépôt de la gaerre. Vol. 1676, n* 72.) 

42. Villars au Roi. 

Du camp de Riedling, 30* may 1703. 

Je reçois en môme temps la lettre (sic) dont il a plû à Votre 
Majesté de m'honorer, du 29* avril et du 14« may ; par la première 
Elle croyoit notre passage presqu'impossible, par la dernière Elle 
a la bonté d'approuver la conduite qui a été tenue pour exécuter 
ses ordres, trop heureux, Sire, qu'une attention toujours égalle- 
ment vive et entière à mériter le bonheur de luy plaire puisse 
luy être agréable. Je n'ay d'autres regrets, Sire, que de n'avoir 
pas les talens que mérite le plus grand et le meilleur maître du 
monde : je loue Dieu au moins que mes deffauts n'ayent esté en 
rien nuisibles au service de V. M. et je me reprocherois celuy 
de trop d'ardeur et de vivacité si quelques fois de certains vices 
n'opéroient plus heureusement que les vertus. 

Peut-être que c'est par des moyens approchans que je suis 
enfin parvenu à bannir entièrement le libertinage de votre armée. 
Quand j'ay eu l'honneur de parler à V. M. de la nécessité indis- 
pensable de contenir ses trouppes, Elle daigna me dire que j'au- 
rois bien de la peine à en venir à bout. Cependant, Sire, nous 
voyons actuellement les paysans apporter journellement des 
vivres dans le camp. On n'a pas brûlé une seulle maison depuis 
que l'on a traversé les montagnes, et cette armée qui d'abord 
faisoit fuir dix lieues à la ronde traverse présentement les villages 
sans que personne quitte sa maison ; les troupeaux sont au milieu 
des champs comme en pleine paix, les petites villes voiturent les 



APPENDICE. S93 

formes et avoines d'impositions et Ton tirera des contributions 
en argent, malgré la très grande rareté d'espèces, et le peu de 
jours que Ton a commencé à en demander, nous avons déjà prôs 
de cent mille francs. 

Pour établir cette sagesse dans le soldat, il n'en a pas coûté la 
vie à trente : j'ay parlé à tous et eux-mômes se sont recriés que 
les punitions étoient justes, et que s'ils s'écartoient l'armée se 
dissiperoit en deux mois ; l'ennemy nous environnant de toutes 
parts et les officiers se ruineroient par la cherté de tout ce qui 
doit fournir à leur subsistance. J'ay résisté dans la ferme résolu- 
tion que j'ay prise de ne point me relâcher sur la sévérité à plu- 
sieurs représentations des colonels, de quelques généraux per- 
suadés que de réduire les François à une discipline si sévère 
c'étoit le forcer à déserter. Nous en avons très peu perdu de 
désertion, mais dans les commencemens il en a été tué plusieurs 
dans la jnaraude qu'il falloit arrêter à quelque prix que ce fut. 

Gomme l'on bl^e tout, peut-être que ma sévérité aura cette 

destinée, mais, comme j'ay déjà eu l'honneur de le dire à V. M., 

je seray moins touché de mes deifauts quand ils seront utiles à 

Votre Majesté 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1676, n* 99.) 

43. Villars à ChamiUart. 

Au camp de Riedling, le 30 mai 1703. 

J'ai receu, Monsieur, la lettre que vous me faittes l'honneur 
de m'escrire du 14, je n'ai pas d'expressions pour vous marquer 
ma très vive reconnoissance de touttes vos bontéz; j'en suis 
pénétré. Monsieur, et crois par mon attachement très fidelle 
mériter l'honneur de vostre amitié; j'ose m'en flatter, et c'est ce 
qui me fera répondre avec plus de liberté à ce que vous me faites 
l'honneur de me dire. 

Le premier article regarde le voyage de Madame la maréchale 
de Villars en Allemagne. Vous dites. Monsieur, m'avoir fait 
l'honneur de m'escrire quelque chose sur cela. 

Il y a eu des ordinaires pris et assurément. Monsieur, cette 
lettre a esté perdue. 

Quant à ce voyage, je l'ai résolu et publié, parce que, le Roy 
ayant eu la bonté de me demander ce que j'en ferois, j'eus l'hon- 
neur de lui dire que, si je passois en Allemagne, je la ferois venir. 

Quant au raisonnement que l'on veut faire, par le mesme esprit 
des préventions que l'on veut avoir contre moy, il est d'autant 



894 APPE!0>IQE. 

moinB fondé qu'elle n'a jamais deu aller à Munich, et je ne com« 
prens pas comment moy-méme je pourrois y estre plus de huit 
jours dans toutte Tannée. 

Pendant la campagne, apparenunent je suis à la teste de Tar- 
mée; Thivert cette armée prendra ses quartiers dliivert ou vers 
TAutriche, auquel cas je dois naturellement demeurer à Passau ; 
ou en Franconie, auquel cas je dois demeurer à Nuremberg, ou 
à Ratisbonne ; ou en Suabe, ce qui est le plus apparent ; pour moi, 
je demeurerois à Ulm, ou dans quelque autre ville ; ainsy donc, 
Monsieur, cette idée des causes et des divisions prétendues est 
entièrement fausse. 

D'ailleurs, Monsieur, on veut que j 'envoyé Madame la maré- 
chale de Villars en Dauphiné, dans quelque vieux château ? Je 
ne suis pas mal satisfait de sa conduitte, pourquoi la traiterois-je 
avec dureté ? J'avoue que je crains pour elle le séjour de Paris 
où elle doit indispensablement vivre avec des compagnies très 
dangereuses : d'ailleurs elle est mal avec ma mère et ma sœur, 
et je ne saurois luy donner entièrement le tort sur cela; j'ay fait 
venir auprès d'elle une de mes sœurs que j'ai toujours très ten- 
drement aimée, et' qui luy est une compagnie qu'elle ne sçauroit 
mener à Paris. 

Je vous avoue, Monsieur, que d'ailleurs je suis outré de dou- 
leur que l'on veuille me regarder comme un homme dont une 
femme dérange la teste, et, par changer mes projets, establir ces 
discours si répandus ; quand l'armée a repassé le Rhin, c'est sa 
femme qui lui a fait faire cette folie, elle luy en fera bien faire 
d'autres : je sçay qui a tenu ces discours-là et les mesmes gens 
sur ma paroUe renouvellent ces propos-là. En quel temps le Roy 
a-t-il pu s'appercevoir que mon zèle pour son service et un désir 
de gloire n'ayent pas esté mes premières passions ? Qu'on recherche 
ma vie entière, et les âges où les passions sont les plus vives et 
les plus excusables. 

Hors mes ennemis qui empoisonnent mes meilleures et plus 
fidèles actions. Ton me regarde comme un homme assez sage ; 
je ne veux point leur donner du tout la joye de dire : Il vouUoit 
mener sa femme, mais l'on a très bien fait de la luy oster. Voilà 
franchement, Monsieur, ce qui me pique le plus vivement. Quand 
à ces sentimens vous ajouterez celuy-ci : Qui pourroit le blâmer? 
C'est un homme qui se donne tout entier au service du Roy, 
occupé jour et nuit de tout ce qui peut l'avancer. En vérité, 
quand après quatorze mois (car il y en a sept que je n'ay guères 
de douceurs ni de plaisirs), il contera sur celuy d'être deux ou 



trois mois, pendant llÛTert, a^ec une iiraame qu'il aime, une sœur 
el un frère atec lesquels il n'a Jamais quasi vescu, dont l'union 
est parfaitte, pourquoy avoir la cruauté, sur des imaginationa 
frivoles et sans fondement, de l'en priver ? Ne doit-on nuls égards 
à un homme dont le zèle paroist en tout ee qui regarde le Roy, 
et la sagesse dans la conduitte de ses affaires domestiques ? 

Je reliSy Monsieur, la lettre dont vous m'honorez, et je vous 
avoue que les vingt-cinq premières lignes me iSaisoient attendre 
une toutte autre suitte. 

J'ai donc espéré qu'après les actions dont vous voulés bien faire 
mention^ vous diriez : Pour porter la terreur dans l'Empire, for- 
cer l'Empereur à la paix, le Roy croit du bien de son service de 
vous élever le courage par des grâces nouvelles, et m'ordonne de 
vous envoyer un brevet de duc, afin que son armée soit persua- 
dée de ses bontéz pour vous ; que celle de ses ennemis, jugeant 
de vos services par ses grâces, craignent un homme qui com- 
mence une campagne dans le cœur de l'Empire avec de si heu- 
reux auspices. 

Groyez-vous, Monsieur, qu'il convienne mieux de mettre une 
tristesse mortelle dans le cœur de vostre général, qui voit que les 
préventions de ses ennemis l'emportent toujours sur la réalité de 
ses services? 

Je sçay, Monsieur, que l'on désapprouve cette vivacité, sans 
laquelle peut-estre cette mesme armée qui marche vers Nurem- 
berg défendroit présentement Toul et les bords de la Moselle. 
Quant le Roy a bien voulu me la donner, le prince de Bade mar- 
ehoit à Saveme abandonné, à la Saare et à Nancy. 

Cette fermeté à discipliner l'armée, que m'oste enfin la juste 
crainte de la voir se destruire elle-même, est appeliée dureté : 
elle est devenue sage, cependant, cette armée, contre l'opinion 
du Roy ; car, quand j'ai eu l'honneur de luy parler de la néces- 
sité indispensable d'arrester le libertinage de ses troupes, Sa 
Majesté me fit l'honneur de me dire que j'aurois bien de la peine. 
J'en suis venu à bout par une fermeté que l'on appelle dureté, 
cruauté : l'on a mandé au Roy que j'avoistiré moi-même sur des 
soldats ; il est vray, je l'ai fait, je l'ai veu faire à M. de Turenne, 
qui tiroit peut-être aussi haut que je l'ai fait, et qui même ne fai- 
soit pas toujours observer une exacte discipline; je Tay veu faire 
à M. le duc de Lorraine. 

Je n'ay pas esté arresté dans mes résolutions d'employer des 
exemples fréquens par toutes les remontrances des colonels, de 
quelques officiers généraux, que les François ne pouvoient estre 



896 APPENDICE. 

ainsy retenus, que je les forcerois à déserter ; j'ay suivy la droitte 
raison qui est qu'une année étrangère qui fait la guerre au milieu 
d'un pays ennemy, et qui se débande pour la maraude, est per- 
due en deux mois. Voyez la liste des déserteurs que j'ay ordonné 
au major-général d'envoyer au Roy? Examinez, Monsieur, si 
jamais l'on en a moins perdu ? 

Cependant l'armée est sage ; le paysan qui fuyoit dix lieues à 
la ronde, apporte ses poulies et son beurre dans le camp ; l'on 
pourra tirer des contributions autant que le peu d'argent le peut 
permettre ; mais enfin les farines d'impositions, les avoines, les 
chariots du pays, tout nous sert ; et, pour parvenir à rendre l'ar- 
mée sage, il n'en a pas cousté la vie de trente soldats : je leur ay 
parlé à tous, ils se sont récriez eux-mesmes que j'avois raison, 
et j'en suis parvenu à leur inspirer la crainte nécessaire, sans 
perdre leur amitié ; le soldat m'aime, j'ose le dire, et a quelque 
confiance. 

Quant aux officiers généraux et particuliers que l'on vous a 
persuadé, Monsieur, que je traittois durement; aimez-vous mieux 
croire ces vains discours que de penser que l'armée d'Allemagne 
accoutumée, pendant dix ans de guerre, à n'entrer en campagne 
que le 25* de may, à en sortir le 20« octobre, aimoit mieux cette 
habitude que de servir treize mois sans relasche ? 

Ne sçavez-vous pas, Monsieur, que nos officiers méprisent 
publiquement le général qui ne fait rien, et n'aime guères celuy 
qui veut toujours agir ? Pourquoy ne voulez-vous pas croire et 
dire : M. de Yillars est homme juste, faisant la guerre avec 
ardeur ; les véritables hommes de guerre l'aimeront et, bien loin 
de blâmer sa vivacité, en montreront une pareille dans touttes 
les occasions ; ceux-là et ceux dont un général qui veut toujours 
faire la guerre se louera n'attendront pas les promotions gêné- 
ralles ; le Roy veut des officiers hardis, entreprenants, qui appla- 
nissent les difficultés, au lieu d'en faire toujours de nouvelles à 
un général, de ces gens qui, loin d'estre rebutez des entreprises 
hardies, les proposent eux-mêmes. 

Groyez-vous, Monsieur, que je manque de politesse, que je 
n'employé pas toujours les termes les plus honnestes ? Je vous 
asseure. Monsieur, que j'aurois appris cet usage de vous, si je 
n'estois préparé de longtemps à n'avoir rien à me reprocher sur 
cela ; on blâme ma vivacité, hé bien ! Monsieur, il en faut reve- 
nir à la sagesse, à la modération, circonspection, une grande 
attention à escrire à tout ce qui pourra me rendre de bons offices 
â la cour, à ne parler dans mes lettres que de ceux auxquels je 



ÀPPIBNDICB. 897 

croirois que tout ce qui a le plus de crédit elntéresse, les vanter, 
sans se donner la peine de discerner s'ils le méritent ou non. 

Je suis si peu occupé de ces moyens les plus seurs pour parve- 
nir que j*ay mesme oublié, dans la dernière lettre que j'ay eu 
l'honneur de vous escrire, de vous nommer un cornette que l'on 
m'a dit avoir l'honneur de vous appartenir et qui a fait des mer- 
veilles, quand 50 maîtres avec 100 hommes de pied ont battu 
250 chevaux des ennemis, ce cornette, nommé le s** Agard de 
Morgues, a esté assez blessé. 

J'en reviendray. Monsieur, à ces premières et si nécessaires 
attentions et changeray volontiers de conduitte, après cela je ne 
feray rien; mais tout le monde sera content. 

En vérité. Monsieur, ces préventions sont cruelles à un homme 
qui n'a en teste que le bien du service, je ne feray et ne pense- 
ray plus rien qu'en tremblant, je commence à craindre que, dans 
les derniers projets. Sa Majesté soit portée à penser que le mien 
a été uniquement de me conserver une armée plus longtemps ; 
que, dans cette veue de la jonction que je propose par l'Italie, je 
songe seulement que, quand il y aura deux armées, je suis seur 
d'en avoir une, au lieu de tout ce qui me paroist d'utile et de sage 
dans tout ce qui est projeté. 

Je ne vous cèle point, Monsieur, que je suis au désespoir que 
les premières lettres que je reçois, après avoir forcé les mon- 
tagnes, ne soient remplies que de craintes sur ma conduitte, de 
régler celle de ma famille, et qui bien loin de remplir de joie et 
d'espérance par des grâces celuy de qui l'on peut attendre la 
division de l'Empire, la soumission de l'Empereur, la conquête 
même de Vienne, on ne marque que défiance de ses veues par- 
ticulières; que l'on détourne les yeux de S. M. des avantages 
réels, pour les attacher aux manières plus ou moins polies de 
celuy qui mène ses armées. Enfin, Monsieur, j'en suis à craindre 
que l'on ne pense à me faire trop de grâce et de faveur, de me 
laisser la liberté de faire venir ma famille en Allemagne; je ne 
veux point du tout, Monsieur, donner à mes ennemis le plaisir 
de dire : U avoit publié qu'il meineroit sa femme, demandé des 
passeports pour elle ; ce n'est pas un homme à qui il faille laisser 
sa femme. J'avoue, Monsieur, que je ne fais point ces réflexions 
sans douleur : par quelle folie donc ay-je pu mériter que l'on 
raisonne ainsy? Le service en a-t-il souffert? Paru rallenty? 
Cependant je mande à Madame la maréchale de YiUars que, 
comme il est dans l'ordre que 8. M. approuve encore son voyage, 
quoyque je ne l'aye publié que parce que j'avois desjà eu l'hon- 



898 ApnsEfMGC. 

neur de luy en parler, vous aurez la bonté deluy mander qu'elle 
peut se servir des passeports qu'elle a demandés, ou passer par 
la Suisse. 

Elle viendra à Ulm et n'en partira que pour se rendre dans 
une des grosses villes qui sera, s'il plaist à Dieu, au milieu de nos 
quartiers d'hivert. 

J'auray l'honneur de vous dire encore. Monsieur, au sujet de 
M. l'Électeur de Bavière, que j'ay eu l'honneur de mander an 
Roy la vérité sur les manières qui conviennent pour gouverner 
ce prince ; je tremble encore que 8. M. ne pense que je ne luy 
aye fait un caractère exprèz, pour establir une nécessité de m'ho- 
norer d'une dignité que j'ay pris la liberté de demander. Mon- 
sieur, je ne sers plus et n'écris plus qu'en tremblant, et, en un 
mot, je ne commence point du tout cette campagne avec la liberté 
d'esprit et la joie dans le cœur qu'il seroit peut-estre bon de me 
donner, et je n'ai pas tort; plus il m'arrive d'heureux succèz, 
plus on m'attriste : c'estoit tout le contraire autrefois ; moins les 
généraux faisoient, plus on leur relevoit le courage. Il n'y avoit 
pas assés de charges, d'honneurs et de dignités pour ceux qui ne 
fiaisoient rien. Et pour moi, à mesure que je réussis, ou l'on blâme 
mes manières, ou l'on paroist toujours craindre que je ne fasse 
mal. Monsieur, honorés-moi toujours de vos bontéz, je les mérite 
par l'attachement respectueux et fidelle avec lequel je seray jus- 
qu'à la mort, Monsieur, vostre très humble et très obéissant ser- 
viteur. 

P.-5. — «Tauray l'honneur de vous dire. Monsieur, que Madame de 
Maintenon a eu la bonté d'escrire à Madame de Baint-Creran une 
lettre qui regarde uniquement Madame de Yillars; je suis pénétré 
qu'elle veuille bien m'honorer de son attention, et j'ose vous sup- 
plier de vouloir bien l'informer de ce que j'ai l'honneur de vous 
mander. 

Je sçay. Monsieur, que je ne devrois pas oser faire la moindre 
petite réflexion, après des avis aussy respectables que les siens. 
Si l'on me regarde comme un bon courtisan, qui ne pense rien 
par luy-mème, persuadé que le mieux est un abandon soumis de 
touttes sortes de sentiments, l'on ne sera pas content de moy : 
si l'on veut bien aussy me regarder comme un homme remply 
d'ardeur et de zèle pour la gloire et le service du Roy, en faisant 
non seullement sa première, mais presque son unique affaire, 
occupé de tout ce que l'on peut s'imaginer de grand et de sage 
en mesme temps, pour faire un bon usage de l'armée que S. M. 
a daigné me confier, ayant l'élévation et l'ambition permises à 



APPEmurcE. 899 

un gentilhomme. Qu'on me laisse fiiire ? si Ton veut relever mon 
courage et mes espérances par des grâces^ et que je marche aux 
plus grandes entreprises avec plus de liberté d'esprit et de con* 
fiance, à la bonne heure ; mais, en vérité, que Ton ne me regarde 
point comme un homme dont la conduite n'est pas seure. 

Je vous donne ma parole que jamais Madame de Villars n'a 
deu aller à Munich, ni suivre l'armée. Pourquoy me veut«on 
croire un insensé ? La première démarche pou voit avoir des incon- 
véniens ; mais la dernière seroit une folie outrée ; je n'en suis pas 
capable. Ulm est une grosse ville de guerre, gardée par quatre 
mil honmies de Bavière, où j'ay compté qu'elle demeureroit avec 
une de mes sœurs, comme elle auroit fait à Strasbourg. Trouvoit- 
on une foUe qu'elle demeurast à Strasbourg ? Pourquoy en est-ce 
une qu'elle demeure à quarante lieues de là dans une autre ville 
d'Allemagne ? J'ai creu cela meilleur que Pans ; car pour un 
château de campagne cela me paroist dur. 

En vérité. Monsieur, voilà parler bien longtemps à un grand 

ministre de ce que toutte autre personne que moy doit traiter de 

bagatelles. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1676, n* 96.) 

44. Chamillart à ViUars. 

Versailles, le 8 juin 1703. 

Je voudrois bien. Monsieur, qu'il vous fust permis de chercher 
votre satisfaction dans votre propre gloire, et que le tableau de 
ce que vous avez fait depuis que vous avez laissé le prince de 
Baden l'année dernière à Saveme se présentast plus souvent à 
vos yeux que les discours des courtisans et tout ce que vous rap- 
pelles dans votre lettre, qui fait l'objet de vos peines. Je vous ay 
écrit par M. votre frère, avec tant de sincérité, qu'il eust esté à 
désirer que vous eussiez bien voulu entrer dans l'esprit d'un 
homme qui est véritablement occupé de ce qui vous regarde, et 
qui voudroit que vous eussiez assez de confiance en luy, pour 
^rer usage de ce qu'il prend la liberté de vous dire et de vous 
écrire comme à son ami, parce que vous avez voulu établir avec 
moy un commerce sur ce pied-là. Je vois le Roy plus souvent 
que vous ; je dois par cette raison mieux connoître la manière de 
s'attirer ses grâces et son amitié ; au nom de Dieu, Monsieur, 
continuez à agir pour son service avec la mesme ardeur, le 
mesme stèle et le mesme bonheur, et laissez à Sa Majesté le soin 
de récompenser les services importants que vous lui rendez. 



300 APPEm>iCE. 

Vous verrez dans la réponse du Roy qu'il approuve le nouveau 
projet de M. de Bavière : faites en sortes, s*il est possible, de le 
voir souvent et de réunir vos forces pour Texécution des projets 
concertés : vous avez plus d'ennemis devant vous, dans ce qu'il 
propose d'entreprendre ; mais si vous ôtes assez heureux de vous 
en défaire, que deviendra l'Empire et l'Empereur ? M. le duc de 
Bourgogne ne contribuera pas peu, avec son armée, à vous faci- 
liter le succès de ce que vous voudrez entreprendre. 

Le Roy m'ordonne de mander à Madame la maréchale de Vil- 
lars de faire tout ce qui conviendra; ne croyez pas que Ba 
Majesté ait esté déterminée à vous faire sçavoir ses intentions par 
les discours des courtisans, mais par l'embarras qu'EUe prévoit 
qu'Eue pourra vous donner, quelque party que vous preniez; 
pour moy, Monsieur, je ne désire que votre gloire et votre satis- 
faction, et que vous soyez bien persuadé du véritable et sincère 
attachement avec lequel j'ai l'honneur, etc. 

(Min. Dépôt de la guerre. Vol. 1676, nMll.] 

45. Villars à Chamillart. 

Extrait. Au camp de Gundeifingen, le 17 juin 1703. 

A Dieu ne plaise que je puisse regarder autrement que 

comme une grâce infinie celle que j*ay osé demander; mais pour 
obtenir des grâces, il faut je crois représenter ses services, sur- 
tout quand on est pas assés habile ou assés heureux pour se 
ménager de puissantes protections. Personne, Monsieur, n'est 
plus convaincu que moy du mérite de M. le duc d'Harcourt et 
ne trouve plus justes les grâces qu'il a receues de la bonté de 
Sa Majesté quant à la part qu'il a eue a mettre la couronne d'Es- 
pagne sur la teste du Roy à présent régnant, je serois bien fas- 
ché de diminuer le mérite des négociations heureuses par les- 
quelles il peut avoir favorablement disposé les esprits, mais, 
Monsieur, l'on ne peut pas aussy me refuser d'avoir autant con- 
tribué que personne à ce grand événement, puisque, pendant que 
M. le duc d'Harcourt estoit à Paris, le cardinid Portocarero et 
ceux qui ont le plus contribué ensuitte au testament portèrent le 
feu Roy d'Espagne à envoyer à l'Empereur le pouvoir de s'em- 
parer de tous les estats d'Italie, et firent donner ordre à tous les 
vice rois et gouverneurs de recevoir les ordres et les trouppes de 
l'Empereur dans touttes leurs places. 

J'ay veu les princes Eugène, de Gommercy et de Yaudémont 
prêts à porter les ordres desjà expédiez pour les regimens qui 



ÀPnNBIGB. 301 

dévoient aller dans l'Estat de lifilan et à Naples. Le Roy me fit 
rhonneur de m'avertir de cette résolution des fispagnols par un 
courrier m'ordonnant de ne rien obmettre pour traverser un des- 
sein qui mettoit lltalie entre les mûns de l'Empereur. Après 
27 jours d'une négociation très vive J'eus le bonheur d'obtenir de 
l'Empereur un engagement par écrit qui me fut remis par M*" les 
comtes d'Harrach et de Kaunits^ par lequel l'Empereur promettoit 
de n'envoyer aucune trouppe en Italie. Où estoient celles de 
8. M. pour traverser pour lors ce dessein ? D n'y en avoit encore 
aucune en Dauphiné; tout estoit vers Bayonne, la Catalogne et 
l'Alsace. Ce fut cette résolution du Conseil de l'Empereur qui 
porta le Roy des Romains à de si grandes fureurs contre le minis- 
tère, qui l'obligea à dire qu'il falloit faire pendre les ministres, 
que j'avois receu cinq cent mille écus et distribué très à propos. 
Le refus de l'Empereur de proffîtter de cette bonne volonté du 
Roy d'Espagne arriva à Madrid peu de semaines avant la mort 
de ce prince, et marqua si bien la foiblesse de la cour de Vienne 
que ces mesmes ministres qui vouloient se donner à l'archiduc 
conclurent à un party contraire. 

Ne pourrois-je pas me flatter, Monsieur, d'avoir rendu dans 
cette occasion un service assés important ? 

La crainte qu'avoit l'Angleterre et la Hollande d'un accommo- 
dement du Roy avec l'Empereur ne pouvoit«elle pas contribuer 
à faire trouver quelques facilités à M. de Tallard auprès du Roy 
Guillaume ? Cependant, Monsieur, à mon retour je trouvois que 
j'avois battu les buissons et mes camarades pris les oiseaux. 

Voici, Monsieur, la dernière fois que je vous parleray sur tout 
cela. Je n'ay pas l'honneur d'estre encore bien connu de S. M., 
j'espère de l'honneur qu'elle m'a fait de me mettre à la teste de 
ses armées, les plus sensibles récompenses pour moy, c'est la 
gloire de luy rendre de très grands services. Qu'Elle ne craigne 
jamais que mon intérest particulier ayt la moindre part à mes 
actions : j'ose dire que je suis né véritable et vertueux. Peut- 
estre qu'avec de certains généraux il faudroit songer quelquefois : 
a-V'il intérest que la guerre dure ? Profitera-t-il des plus heureuses 
conjonctures pour accabler ce qui est ébranlé? J'iray toujours au 
bien avec la même ardeur, et suivant la droite raison autant que 
je la pourroy connoistre. Grâces à Dieu jusqu'à présent, je ne me 
suis pas trompé dans les projets et j'espère le même bonheur 
puisque j'auroy toujours le mesme zèle et la même ardeur, et 
pour vous. Monsieur, tout le respect et l'attachement que mérite 
le plus honeste homme qui ait jamais esté ministre 



SOS APPBRBKB. 

Je croÎA, Monsieur, demr me donner l'honneur de voue dire 
que, si quelqu'un de M** les généraux se plaint de moy, il est 
d'une profonde dissimulation; je n'en vois aucun qui ne me 
montre et beaucoup d'estime et beaucoup d'amitié. Mon carac- 
tère naturellement n'est pas bien caressant, mais il ne m'est 
jamais arrivé de dire une paroile dure; pour pénible je ne dis pas 
qu'à Bihel celle-cy ne me soit échappée à quelques-uns des plus 

difficultueux Messieurs, je vous ay assés fait connoistre de 

quelle importance il estoit pour le Roy et pour l'Estat de trouver 
les moyens d'emporter ce poste pour que l'on deust plus tost 
chercher à m'applanir les difficultés qu'à m'en faire tous les jours 
de nouvelles ; et je regretteray toutte ma vie ces deux premières 
journées, mais il n'en faut plus parler. J'auray seullement l'hon- 
neur de vous dire, Monsieur, que, comme rien ne convient mieux 
à ceux qui ont l'honneur de conmiander qu'une politesse infinie, 
et toujours des termes qui adoucissent ce qu'il y a de dur dans 
l'obéissance, il y a aussi de la foiblesse à estre trop occupé de 
plaire et de caresser. Geluy qui en fait son premier soin se deffie 
de son génie et de sa vertu ; les qualités les plus nécessaires à 
ceux qui commandent, c'est justice et fermeté. Celles-là attirent 
le cœur des honnestes gens et meinent les autres par la crainte. 
Ce pauvre M. de Luxembourg caressoit tout le monde et' avoit 
mille ennemis ; ses favoris tour à tour se deschainoient contre 
luy. Monsieiu*, n'ayez nulle inquiétude sur les Inanières dont je 
vivray avec tout le monde ; hors les paresseux et méchans offi- 
ciers, vous verres que l'on sera content de moy. Vous m'ordon- 
nez de vous dire librement ma pensée sur nos principaux sujets ; 
il y a de l'esprit, de la capacité, du reste je ne vous diray mot 
d'aucun ; quand ils auront bien fait je n'oublieray pas d'en rendre 
un compte fidelle : après cela ce que je connois tous les jours 
dans la pratique des hommes, c'est que l'on ne les connoist point, 
et que souvent les idées que l'on en a, en bien ou en mal, sont 
fausses ; je suis quelquefois forcé de me rendre à cette opinion 
des Espagnols, laquelle j'ay toujours combattue, qui veulent que 
l'on dise : « Cet homme là estoit brave ce jour là. » 

Ce qu'il y a de bien certain, Monsieur, c'est que la vertu ferme, 
solide, constante est bien rare; si par hazard vous la trouvés 
soutenue de quelque génie, ne la rebuttéz pas par les defifauts 
dont elle peut estre accompagnée. Vous, Monsieur, qui estes un 
grand ministre chargé des plus importantes affaires du plus grand 
royaume de l'univers, vous en avés une plus nécessaire et plus 
difficile que de régler les finances et Testât de la guerre, c'est 



APPEIVDIGK. 303 

et de connoistre les hommes qui n'approchent jamais 

du Roy et de tous, Monsieur, qu'avec un masque : pour moy, 

je me suis assés démasqué, Dieu mercy, surtout depuis quelques 

jours ; c'est ce qui me fait tous supplier d'aimer vos serviteurs 

avec leurs deifauts 

(Orig. D^kU de U gnern. Vol. 1676, a* 12a.} 

46. Villars à GhamiUari, 

Au camp de Gundelfing, le 22« juin 1703. 

M. l'Électeur me fait des complimens infinis sur le bon- 
heur que je luy porte et nos François. Voilà qui commence bien, 
Monsieur. J'ay eu le cœur un peu en tristesse, remettes y une 
véritable joye et vous verres comme nous meinerons nostre 
guerre. Songes 4 nous soutenir par quelque endroit, et j'espère 
que nostre fortune ira comme vous le désirés 

J'adjoutte, Monsieur, qu'il faut que vous me ilsssiés l'honneur 
de me croire. Je vous avoue que depuis Kell je n'avois eu de joye 
qu'après avoir passé les montagnes et le moment d'après vous 
m'avés remis en tristesse. Au nom de Dieu faittes vous im petit 
plan sur moy, et dites : « Nous avons à faire à un homme qui 
entend moins la cour que l'arabe, mais qui meine assés heureu- 
sement la guerre ; ne le lanternons point, croyons le puisqu'il 
n'a pas fait de fautte et qu'il est heureux dans ses conseils et dans 
ses entreprises. » Permettes moy de vous citer un petit exemple 
de M. le cardinal Mazarin. On voulloit le porter à employer un 
homme dont on vantoit l'esprit et le mérite, < j'en conviens, 
disoit-il, mais il est malheureux. » Si le Hoy veut encore mon 
conseil, nous sommes maistres de l'Empire; s'il ne le croit point, 
vous aurés Landau et ce sera à recommencer l'année prochaine. 
Je vous ai ouvert l'Empire, suivez moy. J'en ay présentement 
touttes les forces sur les bras, je tiendray bon et ne me commet- 
tray point jusques à ce que je sçache ce que vous voulez faire ; 
car, si je ne suis point soustenu, pour ne point mourir de faim, 
il faut que je hazarde tout; mais, au nom de Dieu, faittes moy 
l'honneur de m'écrire. 

Je prie M. de Puisieulx de fiedre passer les nouvelles que je luy 
envoyé par un exprès à M. de Yendosme. 

(Orig. aotogr. Dépôt de la gaeire. Vol. 1676, n* 128.) 

47. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Grundelfing, le 22* juin 1703. 
Que Votre Majesté ait la bonté d'ordonner et, sans écouter 



304 APPENDICE. 

les repréBentations à M. le duc de Vendosme d'envoyer vingt 
mille hommes par le Tirol, qu^Elle veuille bien suivre son projet 
à regard de Tannée de Monseigneur le duc de Bourgogne, c'est- 
à-dire que cette armée, composée de soixante bataillons et 
quatre-vingts escadrons, marche au Nekre comme Y. M. me fait 
l'honneur de me le mander ; pour cela il faut emporter les retran- 
chements de Bielh, qui estoient mal gardez il y a huit jours et 
ne le sont peut-estre pas mieux encore, ou, sy on le trouve dif- 
ficile, faire le siège de Fribourg et marcher droit à Filingen. Je 
ne sçay, Sire, quels avantages V. M. ne pourroit point attendre 
d'une telle résolution. L'Allemagne est ouverte, il n'y a qu'à 
suivre. Mais, si V. M. se rend aux diverses représentations, 
M. de Tallard voudra attaquer Landau qui ne donne qu'une place 
à Y. M., car elle ne poussera pas ses conquestes de ce costé du 
Rhin. M. de Yendosme se flattera d'emporter ce camp des impé- 
riaux et peut estre aussy inutilement que l'année passée. Y. M. 
perdra encore vingt mille hommes de maladie et, faisant ce que 
je propose, il est impossible que l'Empereur ne rappelle pas son 
armée dltalie voyant tous ses pays héréditaires prests à estre 
envahis et celles de Y. M., sans donner un combat, tiendront 
depuis Huningue jusques à Yienne, ayant tous les ponts du 
Danube et les ennemys aucuns. Que Y. M. ayt la bonté de croire 
un homme assés heureux dans la guerre et qui a la gloire de 
servir le plus grand, le plus heureux et le plus digne maistre du 

monde 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1676^ n* 127.) 

48. ViUars à Chamillart. 

Extrait. Du camp de Dillingen, le i** juillet 1703. 

Peut-estre verrons-nous bientost une grande action, si 

Dieu nous la donne heureuse comme je dois l'espérer de la con- 
duitte que j'ai l'honneur d'expliquer à Sa Majesté. Elle peut 
compter que je les meneray loin, à moins que je ne retourne sur 
mes pas ou que je ne renvoyé une partie de l'armée pour escorter 
Madame de Yillars, auquel cas vous me pardonnerés bien. Mon- 
sieur, de ne pas pousser nos conquestes. Au nom de Dieu, que 
l'on ait l'esprit en repos une fois pour tout sur ma conduite, je 
n'ay pas assez de souplesse d'esprit pour souffrir tranquilement 
qu'on s'en défie; mais ayez toujours la bonté de répondre que 

ma teste est bonne et que mon cœur ne la dérangera pas 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1676, n* 135.) 



ÂPPBNDIGE. 305 



49. Villars au comte de Marsan. 

Du 6« aouBt 1703. 

J'aurois eu l'honneur. Monsieur, de vous écrire personnellement 
si depuis quelques jours les occasions de le faire seurement ne 
m'estoient entièrement ostées; j'ay toujours eu quelques moyens 
d'escrire à la cour, mais il falloit que les lettres fussent d'un très 
petit volume, ainsy je n'ay escrit n'y à parens, n'y à amis depuis 
très longtemps. 

Les nouvelles d'Hollande ou d'Allemagne vous auront donné 
quelque inquiétude pour cette armée, laquelle n'en a d'autre que 
de n'avoir pas la liberté d'attaquer celle de l'Empereur. La raison 
ne voulloit pas que l'on hasardât une bataille contre une armée 
très supérieure en nombre pendant que M. l'Électeur de Bavière 
faisoit des conquestes importantes et que l'on est dans l'attente 
de secours dont l'arrivée, que je n'espère presque plus, pourroit 
mettre l'Empereur dans de grandes extrémités. Enfin, Monsieur, 
les nouvelles publiques ont répandu partout que l'armée du Roy 
est assiégée ; outre qu'elle tient trois assez grosses villes au delà 
du Danube par des postes, elle n'est pas si resserrée qu'elle ne 
fasse quelquefois des sorties; la dernière a esté à 18 lieues de 
mon camp. J'ay eovoyé Legall, très hardy et très bon officier 
général, attaquer le comte de la Tour qui avoit 4,000 chevaux 
des meilleures trouppes de l'Empereur, lesquelles, après un com- 
bat très opiniâtre, ont esté entièrement deffaits et renversés dans 
le Danube. Les ennemis y ont perdu de leur adveu plus de 
1,500 hommes, quantité d'officiers, entre autres le prince Maxi- 
milien d'Hannover, général de la cavallerie de l'Empereur. Le 
général comte de la Tour a esté pris par deux cavaliers de Baren- 
tin, lesquels, après l'avoir très honnestement fouillé, l'ont renvoyé. 
Je ne le regrette que pour n'avoir pas eu le plaisir de l'envoyer 
à l'Électeur, dont il a très indignement quitté le service y ayant 
fait sa fortune et n'estant pas né sujet de l'Empereur. Vous 
m'avouerés, Monsieur, que voilà d'assés belles sorties. Nous en 
fismes quelques jours auparavant dans laquelle les ennemis per- 
dirent un estendart et vous aurez veu dans une de mes dépesches 
pour S. M. que les ennemis ayant poussé une de nos gardes, 
M. le prince Charles, qui se trouva colonel de piquet, se mit à la 
teste de la première trouppe, chargea les ennemis et les ramena 
dans leurs étendarts avec cette valeur si naturelle aux princes de 

n %0 



306 APPBNDICB. 

sa maiBon. Les escannouches sont assés fréquentes par le voisi- 
nage de deux armées à la portée du canon, je ne les empesche 
pas aussy sévèrement que plusieurs voudroient et j'ay desjà 
essuyé diverses représentations sur cela. J'ay plusieurs raisons 
pour laisser quelque liberté; premièrement, pourquoy ne pas 
rembarrer les ennemis quand ils osent sortir de leur camp? Il est 
vray que nos officiers les provoquent souvent, d'ailleurs ces escar- 
mouches nous sont toujours heureuses et nous n*y avons encore 
perdu qu'un capitaine, un lieutenant, aucun officier de pris, et 
nous en avons plusieurs des leurs. Il n'est pas mauvais aussy 
que de jeunes subalternes, qui n'ont pas encore veu Tennemy, 
s'accoutument à luy tirer des coups de pistolet de bien près. Nous 
estions assés accoutumés aux escarmouches de notre jeunesse, 
non seuUement elles estoient permises aux cornettes, mais les 
colonels, les généraux quelquefois s'en mesloient, et j'ay esté 
témoin d'un grand prince, qui appuya le pistolet sous le menton 
du commandant d'un escadron ennemy et tourna entre le com- 
mandant et l'escadron. Ne vous souvenés vous point de ce prince 
là ? Il estoit assés de vos amis, et pour moy je le respecte fort, 
et tout autant que vous, Monsieur, afin que vous n'en doutiés 

pas; mais quelques uns de nos généraux deviennent que je 

fais lire après le repas un petit chapitre des guerres de Gustave 
Adolphe, dont les généraux, aussy bien que ce grand prince, 
estoient très imprudens. Pour moy, j'ay déclaré que je pretendois 
estre le plus prudent de l'armée. Il est certain que les guerres de 
campagne sont très oubliées. J'ay tasché de ne pas oublier entiè« 
rement ce que j'en ay appris de M. le prince, de M. de Turenne, 
de M<* de Luxembourg, Schomberg et de Gréqui, et je me sou- 
viens que le duc d'Harcourt, Feuquières et moy disions souvent, 
nous oublierons la guerre pendant la guerre si nous n'y prenons 
garde. Pourquoy ne s'en sert-on pas de ce Feuquières, je vous le 
donne. Monsieur, pour officier général très entendu et des meil- 
leurs, je sçay qu'il auroit ardemment désiré de servir même 
depuis que l'on a fait des maréchaux de France : il faut qu'il soit 
ruiné, car autrement il y auroit de la folie à luy? On dit qu'il est 
méchant, et qu'importe au Roy que l'on soit méchant. Vous 
trouvères les qualités du plus grand général du monde dans un 
honmie cruel, avare, perfide, impie, qu'est-ce que tout cela fait? 
J'aimerois mieux pour le Roy un bon général qui auroit touttes 
ces pernicieuses qualités qu'un fat que Ton trouveroit dévot, 
libéral, honneste, chaste, pieux. H faut des hommes dans les 
guerres importantes, et je vous asseure que ce qui s'appelle des 



APPENDICE. 307 

hommes sont très rares. Vous trouvères de très bonnes gens de 
leur personne (jui, si on leur ordonne à ces gens de se jeter dans 
les plus grands périls^ ils n'y balanceront pas; s'ils sont seuls, ils 
n'attaqueront pas une chaumière. Pour leur oster ces sortes de 
craintes dans les événemens, j'ai déclaré de bouche et par écrit 
que ne pouvant pas ordonner à un officier général que je détache 
d'attaquer ce que je ne connois pas, cependant touttes les fois 
qu'ils attaqueront je prendray sur moy le manque de succès; je 
yeux bien leur donner tout l'honneur de ce qui réussira, prendre 
sur moi tout le blâme de ce qui ne réussira pas. Je me suis servy 
pour ce dernier combat d'un très digne sujet; c'est ce Legall que. 
j'ay trouvé hardy, entreprenant et sage en même temps, il &ut 
que le Roy le fasse tout à l'heure lieutenant général et deux de 
ses brigadiers maréchaux de camp. Je crains que nous n'en per- 
dions un, le M. Duhesme, homme de beaucoup d'esprit et de 
courage. Le petit La YriUière a fait des merveilles dans cette 
dernière action. C'est un très bon sujet. Voilà bien une assez 
longue lettre.* Je vous supplie d'asseurer ce Prince qui escarmou- 
choit si bien de mes respects très humbles. 

(Copie. Arch. Yogtté.) 

50. Villars à Chamillart 

Du 21 octobre 4703. 

Je dois, Monsieur, vous rendre compte d'une caballe qui s'est 
formée contre moy et des raisons particulières qui ont animé 
chacun de ceux qui la composent. M. de Ricous, parce que je 
n'ay pas trouvé juste que de capitaine d'infanterie il fut lieute- 
nant général des armées du Roy, luy ayant dit moy même, con- 
tentés vous de servir de maréchal de camp, comme votre com- 
mission de feldt maréchal lieutenant le comporte, et je trouveray 
moyen de faire taire nos brigadiers assés faschés pourtant de se 
voir à vos ordres. Du reste, le Roy sçait combien j'ay eu l'hon- 
neur de luy en mander de bien, en luy expliquant ses intentions 
de prendre la main sur moy partout. 

M. Dusson est mécontent parce que je n'ai pas loué sa sottise 
de s'estre approché trop tôt des ennemis, puisque la raison veut 
que l'armée la plus foible se trouve à portée d'attaquer quand la 
plus forte commence, ce qu'il pouvoit en se plaçant derrière le 
ruisseau d'Ochstett, et d'ailleurs j'ay blâmé sa prompte et hon- 
teuse retraitte qui pouvoit nous faire perdre la bataille, mais vous 
avés pu remarquer dans ma relation à Sa Majesté comme je 



308 APPEIfDIGE. 

traitte cette matière. H ne peut point s'excuser sur ma première 
4ettre de se mettre à portée d'attaquer à la pointe du jour : pre- 
mièrementi parce qu'un général qui voit les mouvemens des enne- 
mis, doit toujours se conduire sur ce qu'il peut en découvrir de 
ses propres yeux. L'ennemy ne pouvoit pas faire remuer un esca- 
dron que l'on ne le vit de la tour d'Ochstett, d'ailleurs c'est que 
je luy escrivis une seconde lettre à minuit, et qu'il receut à sept 
heures du matin, par laquelle je l'avertissois que nous ne pouvions 
pas arriver sitôt que je l'avois espéré par les difficultés de passer 
le Danube et la Vemits sur un seul pont. 

Enfin ce M. Dusson, me croyant d'ailleurs peu satisfait de ce 
qu'il a envoyé un courrier pour rendre compte de la bataille, est 
à la teste de la caballe : je l'ay un peu traitté comme je le devois, 
et il est venu aujourd'huy me demander pardon de sa mauvaise 
conduite devant la pluspart des officiers généraux, lesquels me 
paroissent très contons de moy, et je ne sache personne qui 
puisse se plaindre que de ma vivacité à faire bien servir. Ils 
sçavent d'ailleurs que je suis juste, qualité qui attire plustôt l'es- 
time que l'amitié, mais que je crois vous convenir mieux que 
toutte autre. Je voudrois, Monsieur, estre moins sensible, mais 
vous sur les bontés de qui je compte, n'avés vous point pensé 
que je serois outré de douleur que dans la première lettre dont 
S. M. daigne m'honorer après la bataille, sans qu'il paroisse la 
moindre attention sur un tel service. Elle ne soit occupée que de 
ce qu'on luy écrit faussement de ma conduitte avec M. l'Électeur 
et ses généraux? Je vous avoue. Monsieur, que je sens vivement 
un tel malheur, estant aussy occupé que je le suis de la gloire de 
plaire au Roy. Ma santé s'en ressentira, et je ne puis vous cacher 
que j'en ay eu la fièvre. J'en avois déjà ressenty plusieurs accès. 
Je vois que l'on me compte pour peu, et peut être n'est-il jamais 
arrivé que la première lettre que reçoive un homme qui vient de 
gagner une grande bataille donnée malgré l'Électeur et son petit 
ministre, le général qui sauve T'Électeur et l'armée pour la qua- 
trième fois ne reçoive aucune marque de la satisfaction que l'on 
a de sa conduitte. En voilà assés. Monsieur, car vous serés afiEligé 
de ma douleur. Je demande du moins du repos de corps et d'es- 
prit, je ne le prendray pas que je ne sois entièrement accablé, et 
cela à Schaffouse dont le séjour n'est pas charmant, mais c'est 
que je n'en puis plus. 

Au reste, Monsieur, les nécessités de l'armée sont extrêmes, 
B. M. aura la bonté d'y pourvoir : je vous envoyé un secrétaire, 
homme d'esprit et capable de vous rendre un bon compte de tout. 



APPENDICE. 309 

Je crois que l'on est quelquefois bien aise de pouvoir interroger. 

M. Dusson se flBût tout blanc de son épée et de la lettre en 
chiffre dont yous Favés honoré et Ta montrée à tout le monde. 
Je vois bien que ces gens 1& sont quelquefois écoutés, pour moy, 
je ne sçay qu'avoir une conduitte très droitte et telle je croy 
qu'un aussy honneste homme que vous la peut désirer dans les 
sentimens du Roy. 

Yous croies, Monsieur, que par cette lettre en chiffre que vous 
avés écritte à M. Dusson, et qu'il montre à tout le monde, et par 
deux lettres du Roy rendues à M. l'Électeur par M. de Hicous 
sans que le général de l'armée puisse dire un seul mot dans cette 
occasion, donne lieu à ces deux Messieurs de me décréditer 
entièrement, et dans Tarmée et auprès de M. l'Électeur, c'est à 
dire que 8. M. ne m'honore pas d*une entière confiance. J'avois 
pris la liberté de mander à 8. M. dès les commencemens qu'il 
estoit du bien de son service que moy ou tout autre qui auroit 
l'honneur de commander son armée parut tellement accrédité 
auprès d'EUe que personne n'osât contredire ses amis. M. de 
Monastrol n'a pas eu cette crainte les ayant tous attaqués depuis 
le premier jusqu'au dernier, mais grâces à Dieu inutilement celuy 
de la bataiUe. C'est à vous à juger de ce qui peut convenir sur 
cela au bien du service du Roy, pour moy je suis plus que satis- 
fait de l'estime dont amis et ennemis veulent bien m'honorer. 

(Copie. Aich. Vogaé.) 



5i. Villars à Chamillart. 

Au camp d'Eroltzheim, ce 23* octobre 1703. 

Je vous assure, Monsieur, que c'est avec une joie bien sensible 
que je reçois la liberté que 8a Majesté veut bien m'accorder, et 
vous ne pouviez me donner des marques de votre protection plus 
satisfaisantes qu'en me tirant d'un lieu ou j'ay le malheur de voir 
les plus importans services tellement détruits par les impostures 
de M. de Monastrol, que dans les deux dernières depesches dont 
8. M. a daigné m'honorer après la bataille. 8a bonté si naturelle 
pour tout ce qui a la gloire de la servir ne l'a pas portée à me 
dire un seul mot sur ma conduitte dans cette action : je l'ay seul 
projettée, opiniâtrement voulue, acheminée malgré tous les con- 
seils de ce petit fripon de Monastrol qui veut encore ternir ma 
réputation par des faussetés noires sur l'intérest. Je dois, Mon- 
sieur, vous rendre conte de ma conduite sur les sauvegardes. 



310 APPENDICB. 

Dès que M. l'Électeur a joint l'année, je luy fis dire, par 
M. d'Ocford, qui estoit auprès de moy de sa part, que j^avois 
ordonné qu'on les retirât; il me dit d'attendre, et ce prince s'es- 
tant informé de quelle manière Monseigneur le Dauphin en usoit, 
il luy fut repondu qu'il les laissoit à celuy des marescbauz de 
France qui conmiandoit l'armée sous luy, et l'Électeur ordonna 
donc qu'on les laissât ; mais comme ses aydes de camp et tous 
ses valets estoient en possession d'en mettre, ils en ont envoyé 
dans tout le pays et l'ont pillé tant qu'ils ont pu. Sur le champ, 
j'ordonnay de retirer mes gardes surtout dans les endroits ou les 
gens de M. TÉlecteur en mettoient. Enfin, Monsieur, le fait est, 
et sur mon honneur, que mon capitaine qui est un très honneste 
homme et consciencieux en contant ce que l'on donne pour l'im- 
primé et tout le reste, depuis le i* t^^Yi ^b va au monde qu'à 
cent soixante mille francs, lesquels je n'ay pas résolu de luy 
donner tous entiers, et cet argent a servy au munitionnaire gene« 
rai et au trésorier. Enfin, Monsieur, je n'en veux d'autre avan- 
tage que de me dédommager en partie de mon équipage et de 
ma campagne. Après cela, si j'osois vous dire ma pensée pour le 
bien du service du Roy, il faudroit les ester à tous les généraux, 
rétablir des compagnies de sauvegardes, que 8. M. donna sur 
cela au gênerai qui commande l'armée ce qu'elle auroit pour 
agréable et le reste à son profit. L'honneste homme et le pillard 
sont toujours confondus. N'a-t-on pas dit la dernière campagne 
qu'elles ont valu cinq cens mille francs en deux mois à M. le 
maréchal de BoufQers ? Je l'ai toujours connu homme très désin- 
téressé, mais, outre les opinions que l'on a sur cela, et pour moy. 
Monsieur, je ne veux d'avantage que connu de S. M. Enfin, grâces 
à Dieu, je rénonce de bon cœur à ceux que l'on pou voit avoir en 
ces pays-cy, car encore le gênerai auroit-il pu espérer un bon 
quartier d'hyvert. Que je vous suis obligé de m'en tirer. Ge que 
je craignois le plus, c'estoit la peine de contenir les commandans 
des quartiers séparés, car tout le monde a bonne envie de gagner 
un peu. J'aurois voulu tourner tout au profit du Roy et à la sub- 
sistance des troupes; je me serois fait haïr à la fureur, car le 
pillard hait bien vivement celuy qui veut l'empescher de l'estre. 
Dieu mercy, je n'auray ny à proffiter ny a empescher que l'on 
ne proûite. 

(Orig. Dépôt de la gaenre. Vol. 1677, n* 57.) 



ÂPPEIVDICE. 31 1 

I 

52. Jean Cavalier à Villars. 

Saint-Jean-de-Scivorgune, 13 may 1704. 
Monseigneur, 

Quoyque je me sois donné hier l'honneur de vous escrire, je ne 
sçaurois m'empescher de recourir encore par celle-cy à Votre 
Grandeur pour la supplier très humblement de m'accorder la 
grâce de sa protection pour moy et pour ma trouppe qui brûlons 
tous d'un zèle ardent de réparer la faute que nous avons com- 
mise de prendre les armes, non point contre Sa Majesté comme 
nos ennemis nous ont voulu imputer, mais pour deffendre nos 
vies contre nos ennemis qu'ils ont attaqué avec une si grande 
animosité que nous n'avons pas cru que ce fust par ordre de Sa 
Majesté. Si, malgré ces protestations très sincères, le Roy 
demande notre sang, nous serons prests en peu de temps de 
remettre nos vies à sa justice; nous nous estimerons trop heu- 
reux, Monseigneur, si S. M., touchée de notre repentir à l'exemple 
de la divinité, dont elle est l'image vivante sur la terre, veut 
nous faire la grâce de nous pardonner et de nous recevoir â son 
service, nous ajoutons que par notre fidélité .et notre zèle nous 
acquérons l'honneur de votre protection et sous un illustre et 
clément général conmie vous, Monseigneur, nous' ferons notre 
plus grande gloire d'hazarder notre sang et notre vie pour le ser- 
vice de S. M. et de pouvoir par là me rendre digne de me dire 
avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très 

soumis serviteur. 

(Copie. Areh. Vog&é.) 

53. Jean Cavalier à Villars. 

Du 28* may 1704. 
Monseigneur, 

Je n'ay pas voulu manquer à vous apprendre le sensible déplai- 
sir que j'ay eu en arrivant à Galvisson : de ce que la trouppe a 
appris que nous devions partir le premier du mois en n'ayant pas 
veu la délivrance de leurs parens et amis, tout a crié d'une même 
voix que, si on élargissoit les captifs, ils sont prests à obéir aux 
ordres du Roy et demandent aussy que le monde ne soit plus 
tourmenté, mais qu'il demeure dans la tranquilité, priant Dieu 
au désert avec toutte permission, promettant sitost de marcher 



318 APPEEa>IGE. 

où il plaira 8a Majesté de les envoyer pour son semce. Je vous 
prie aussy, Monseigneur, de vouloir estre persuadé de mes sen- 
timens et des mesmes soumissions que je vous ay témoigné, 
suppliant Votre Grandeur de vouloir accorder cette demande. 

(Copie. Arch. VogOé.) 



54. ViUars à J, Cavalier. 

Du 29 may 1704. 

Je crois que c'est avec un grand déplaisi^que vous m*escrivés 
le changement d'esprit de vos gens. Gomme Dieu vous avoit ins- 
piré le seul moyen de vous garantir et le pays où vous estes de 
tous les malheurs qui vont l'accabler, c'est le démon qui porte 
vos gens présentement à renoncer à la clémence du Roy après 
en avoir receu par moy des asseurances. Les trouppes recom- 
mencent à marcher pour punir les coupables, et comme j'ay fait 
tout ce qui a dépendu de moy pour finir par la douceur, je me 
porteray & la plus grande rigueur. Je vous Tay déjà dit et vous 
l'ay asseuré que le Roy permettoit qu'on donnast la liberté aux 
prisonniers. Quant à la religion, vous Sçavez que je n'ay jamais 
voulu en entendre parler ; et x^omment pretenderiés vous que le 
Roy n'eust pas dans son royaume le mesme pouvoir que les plus 
petits princes d'Allemagne ont dans leurs États qui deffendent 
bien tout exercice de la religion catholique. Une troupe d'aveu- 
glés* croiront imposer la loy au plus grand Roy du monde. En un 
mot, je vous dis pour la dernière fois que les prisonniers auront 
la liberté et pourront s'en aller où ils voudront, et que, pour 
marque de cette bonne foy, vous pourrès prendre sur votre route 
tous ceux qui sont à portée de vous : que vous autres pourrés ou 
servir le Roy ou sortir du Royaume. Mais, si après de telles 
bontés du Roy vous ne vous soumettes, ne vous en prenés qu'à 
vous de tous les malheurs que vous allés attirer sur vos parens. 
Je suis justement irrité contre les peuples des environs de Gai- 
visson, plus insensés que l'on ne peut imaginer, et dès demain je 
commenceray à les punir avec la dernière rigueur. Pour vos 
gens, si Dieu les abandonne au point de ne pas proffiter des bon- 
tés du Roy, je les feray bientost périr ou par les armes ou par la 
famine dans les bois. Pour vous, comme vous avés plus de sens 
que les autres, je vous plains du malheur que vous allés attirer 
sur vos testes, celles de vos pères, mères, enfans et parens. 

Mandés moy incessamment votre dernière résolution, car je 



APPENDIGB. 31 3 

ne veux plu8 estre retenu par de dusses soumiBsions. Je prie 
Dieu de tout mon cœur qu'il veuille bien par Ba bonté ouvrir les 
yeux aux malheureux qui vous ont fait partir de Galvisson. 

(Oople. Areh. Vogfté.) 

55. Roland à Cavalier (f). 

Du Dezert, ce 4* juin 1704. 
Monsfeur mon cher frère, 

J*ay receu trois lettres de vostre part. M'avés fait l'honneur de 
m'escrire, et particulièrement la dernière par M^* Pistoly et 
Ollivier, lesquels m'ont fort persuadé de reentrer dans les consi- 
dérations que vous donnés, je leur ay respondu que je me tenois 
à la demande que je avois heu l'honneur de faire à mosg^ le 
maréchal Devilard ; vous en scavez la teneur. Permetez que je 
vous dise que vous me proposés une paix qui produiroit infailli- 
blement la guerre ; je vous rends cette justice que je ne crois pas 
que sca procède de vous, mais bien de ceux au nom de qui agis- 
ses ; je suis très fasché de ne pouvoir pas avoir l'honneur de vous 
voir pour avoir ce bien de vous embrasser et vous témoigner de 
vive voix l'attachement que j'ay pour tout ce qui vous regarde 
vous estant entièrement, 

Monsieur mon cher frère, 
Vostre très humble et très obéissant serviteur, 

Rolland l'apostre. 

(Orig. Aatogr.) 

56. /. Cavalier à Villars. 

De Valabre, le 22« juin 1704. 
Monseigneur, 

Je me donne l'honneur de vous escrire pour vous remercier du 
bien qu'il a plû à Votre Grandeur de me procurer; j'espère, 
moyennant le secours de Dieu, que je vous en donneray une 
reconnoissance toutte- particulière avec le temps et que je ne 
mettray jamais en oubly vos bienfaits comme aussy ceux de 
Monseigneur l'intendant, je vous supplie. Monseigneur, de me 
conserver dans votre bon souvenir, vous suppliant de croire que 
je ne cesseray jamais de prier le Seigneur pour la prospérité de 
votre personne et qu'il la veuille remplir de touttes ses plus pré- 
cieuses bénédictions. Je vous prie d'estre persuadé que je vous 



31 4 APPKRDICB. 

rendray un fidel compte de tout ce qui se passera dans notre 

route à l'avenir et que vous avés lieu d'estre content de ma con- 

duitte où j'employeray tous mes soins pour obéir entièrement 

aux ordres de mon prince. Je finis avec un profond respect et 

soumission, Monseigneur, etc. 

(Copie. Arch. Vog&é.) 

57. Villars à Chamillati. 

Extrait. A Nismes, le i6 juillet 1704. 

J'apprends par tous les amis de Suisse une grande affaire 

à Donnavert* Vous pourrez trouver dans mes depesches de Tan- 
née passée ces mesmes mots. Ce qui me met au désespoir, c'est 
que quand je pressay M. l'Électeur de faire élever un fort de 
terre sur la hauteur de Donnavert, il me parle des dépenses qu'il 
est obligé de faire à Schleisheimb dans la mesme saison de peur 
que les marbres incrustés dans une autre ne tiennent pas. Vous 
voyez bien, Monsieur, que, si le fort proposé au-dessus de Don- 
navert avoit esté fait dans le mesme endroit ou Gustave Adolphe 
l'avoit placé, il ne falloit pas une armée retranchée pour soutenir 
Donnavert, puisque, l'ennemi ne pouvant l'investir et les trouppes 
du Roy ou de M. de Bavière pouvant le soutenir par l'autre costé 
du Danube, M. le prince de Bade n'auroit osé l'attaquer. On fait 
très bien morfondre une armée qui attaque ce qu'elle n'investit 
pas, et jamais M. de Bade, avec touttes ses forces, n'osa l'atta- 
quer la dernière campagne; j'ose dire qu'il estoit plus circonspect 
devant moy qu'il ne le sera devant S. A. £. et peut estre devant 
d'autres, cela soit dit sans nulle vanité 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1797, n* 23.) 
58. Villars au prince de CorUi. 

m 

Du 28 juillet 1704. 

H est, je crois, très raisonnable. Monseigneur, de se retenir un 
peu sur la démangaison des raisonnemens de guerre, mais on 
estoufferoit s'il n'estoit permis d'en discourir un peu, je suis très 
parfaitement instruit de ce qui se passe en Bavière par tous les 
amis qui m'arrivent de Suisse et Genèves, d'ailleurs, j'ay telle- 
ment ce pays-là dans la teste que l'on ne peut y faire un pas 
qu'il ne me soit aisé de juger si M" les généraux ont eu de bons 
maistres à danser; il me paroit que les uns et les autres ont hïi 



APPE3«DiGB. 31 5 

de faux pasy les ennemis de n'avoir pas poussé leur victoire et 

Buivy les fàiars jusques à Neubourg qui de leur aveu auroient 
jettes leurs armes. 

Nous en sommes présentement aux lettres du 10 d'Ausbourg, 
je ne vois rien de plus frais qu'une lettre de Ghamarante qui 
explioue assés toutte l'action, je vois des fauttes capitales de 
M. l'Électeur et j'auray l'honeur de les expliquer à S. M. Je ne 
parle plus de celle de n'avoir pas fait redresser le fort des Sué- 
dois sur le Schelemberg, je l'en avois averty, mais puisqu'il vou- 
loit un camp retranché au moins falloit-il s'y prendre plustost; 
mais par la lettre de Ghamarante il convient que, si le secours 
estoit arrivé, les ennemis n'auroient jamais remporté ce poste. 
Or ce secours il a toujours dépendu de luy de le faire arriver à 
Donnavert avant que l'ennemy eut commencé ses dispositions 
pour l'attaque des retranchemens. Le poste de Dilingen est hors 
de toute insulte, il a fallu que les ennemis ayent passé devant luy 
et à la veue de son camp ; il a donc dépendu de luy d'envoyer un 
secours à temps. Je vous dis que c'est l'homme du monde auquel 
il faut le moins confier la conduitte de son armée et de ses Estats; 
après cela il leur soutient à tous qu'ils auroient encore fait périr 
une bonne partie de l'infanterie des ennemis en defféndant trois 
murailles assés bonnes qu'il faut emporter l'une après l'autre; ils 
n'ont jamais osez l'attaquer la dernière campagne devant moy 
par touttes les coupures que j'y avois faites ettouttes les petittes 
chicanes que l'on peut imaginer, soutenant tout cela de l'autre 
costé du Danube. D'ailleurs, je me serois placé hors du canon 
avec touttes mes forces et n'aurois quitté le Danube qu'à l'extré- 
mité. Ma foy, Monseigneur, il ne faut pas croire que de certaines 
fautes soient légères dans le commandement des armées. Je 
m'estonne que nous n'ayons encore appris que les ennemis ont 
passé le Lech, il y a une seule lettre qui le dit, le Lech une fois 
passé les ennemis peuvent prendre aisément Neubourg et faire 
ensuitte tomber Ratisbonne et Passau; après cela on ressere 
M. l'Électeur entre Munich et Ausbourg, les Tirolois le tiennent 
d'aiUeurs par le costé de Miterwaldt et de Schangau, tout cela 
peut estre fait en peu de jours, je dis pour Neubourg, car Ratis- 
bonne et Passau rien ne presse. Si tout cela n'est fait avant l'ar* 
rivée de M. de Tallard, je tiens M. de Bavière gasté, et il estoit 
le maistre de la guerre en soutenant le Danube. J'ose dire que je 
Tay un peu mieux deffendu l'année passée, car j 'avois des trouppes 
du Roy depuis Munderking jusques auprès de Ratisbonne. 

Nos nouvelles de Gatalogne deviennent assez importantes, 



31 6 APPENDICE. 

Quinson me mande que le vice Roy est peu seur des peuples et 
les armées nayalles des ennemis rentrées dans la Méditerrannée. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

59. ffÀigalim à Villars. 

8t HipoUte, le 30 juiUet 1704. 
Monseigneur^ 

Je ne youleus pas manquer en arrivant ici de me donner Thon- 
neur de vous écrire pour vous faire sçavoir en général le succès 
de ma négociation, mais j'estois si fatigué et si accablé de la 
journée et de la nuit que j'avois passée parmy un peuple sédi- 
tieux, farouche, prêchant et prophétisant, qu'il me feut impos- 
sible de vous faire sçavoir les particularités dont je crois, Mon- 
seigneur, qu'il est nécessaire que vous soyez informé, de mesme 
que M. de Basville. 

En arrivant & Durfort, où Roland m'avoit donné rendez-vous, 
je n'y trouvai qu'environ 200 hommes armés quoique j'eusse 
demandé de parler au milieu de toute la trouppe. G'estoient 
apparement ceux qu'il jugeoit les plus dévoués à sa volonté. 
Cependant quoique les chefs vouleussent que je parlasse à eux 
seuls, tous les Gamisards demandèrent de m'entendre d'une 
manière si forte, que les chefs feurent contraints d'y consentir ; je 
les fis assembler dans un pré derrière le château, et je me mis 
sur le balcon en devoir de les haranguer ; dans ce temps là un 
prédicant séditieux commençea à prêcher de l'autre côté, et 
Ravanel voiant qu'il y en avoit plusieurs qui disoit qu'il faloit le 
faire taire pour m'ecouter, mit le sabre à la main, et alji sabrer 
plusieurs paisans ; quelques camisars voyant cela se jetteront sur 
lui, le gourmèrent un peu et le désarmèrent pour m'apaiser ; ce 
feut un tumulte très grand qui nous mena presques jusques à la 
nuit, et je compris parmi tout cela que ces chefs des rébelles 
s'entendoit à merveilles mesme avec Ravanel. 

Lorsqu'ils eurent cessé, je fis un discours d'une heure pour 
leur faire cognoistre qu'en venant avec moi ils avoit tous les 
avantages qu'ils pouvoit souhaiter; Rolland parla ensuitte, et 
après un discours extraordinairement mauvais qui conclut de 
rester dans leur pays natal, ceux qu'ils apelent les anciens, qui 
sont les premiers de la révolte, se mirent à crier d'une manière 
très séditieuse qu'ils vouloient rester; en sorte que de crainte 
que la sédition ne tournât contre ma mère et contre moi, je leur 



APPBKDiCE. 34 7 

fis un autre discours qui conclut qu'ils estoit peut estre plus sages 
que moiy mais qu'aiant travaillé pour leur bien et celui du pais 
autant que j'avois peu, ils ne devoit point s'emporter contre moi. 
Us ne peuvent pas contredire & cela ; cependant il estoit nuit, et 
comme je les voiois très disposés & chercher querele, et qu'ils 
n'estoit retenus que par la multitude du peuple qui estoit pour 
nous, je voulons attandre le jour pour partir ; alors les prédica- 
tions recommancôrent ; on en -fit sept ou huit jusques à minuit, 
et à cette heure que nous espérions d'avoir un peu de repos, les 
camisards que Roland avoit laissés dans le château, sous prétexte 
de nous garder, entrèrent dans notre chambre et il en eut un 
qui eut l'insolence de tomber tout près de ma mère, d'y faire pen- 
dant trois heures des postures de possédé, de dire que nous estions 
des hipocrites pharisiens et saduceens et tant d'autres sottises 
que je pensai mourir de la contrainte où j'estois d'estre obligé 
d'écouter patiemment un scélérat à qui j'aurois esté ravi de pou- 
voir donner mille coups de bâton pour luy imposer silence. 

Vous pouvés juger, Monseigneur, que le lendemain je paiitis 
des qu'il fut jour; Roland se trouva pour nous escorter, et nous 
fîmes le chemin sans nous dire quasi un seul mot. 

Plusieurs camisars m'ont fait dire qu'ils viendroit avec moy et 
si M. de Ghamillart veut me permettre de commencer icy la 
levée d'un régiment, j'espère que cela contribuera beaucoup à 
dissiper cette rébellion ; ils sont orgueilleux de ce que quelques 
soldats ont' déserté pour les aler joindre, mais j'espère. Monsei- 
gneur, que tous ces faux prophètes et prédicateurs périront bien- 
tost et de ceux-là je n'en veux point recevoir avec moy; pour les 
autres vous les réduirés bientost avec vos troupes à la nécessité 
de se trouver bien heureux de trouver un moien pour garantir 
leur vie. 

Je me donne l'honneur d'escrire à M. de Ghamillart pour lui 
demander la commission qu'il m'a fait espérer; en attendant je 
parle icy contre les faux prophètes, et je suis très résolu de ne 
me remettre jamais à la discrétion de tels scélérats; je vous 
suplie très humblement. Monseigneur, de faire part de ma lettre 
à M. de Basville et de me donner vos ordres. Si vous voulés me 
le permettre, je commenceray de faire venir ici quelques volon- 
taires de ceux que j'avois à Uzès, pour commencer la levée d'un 
régiment que j'appelerai de dragons et que l'on montera si l'on 
veut ; mais c'est un moien pour attirer plus de monde, surtout 
de la cavalerie des rebeles qui est ce qu'ils ont de meilleurs soldats. 

U faudra, Monseigneur, que vous aiez la bonté de leur faire 



j 



31 8 APFEIfDIGE. 

donner une subBitttûce et à moi aussy et je donne ma parole 
d'honeur et de chrestien que de tou8 les gens qui font la guerre 
aux faux prophètes, il n*y en aura pas un qui la fasse de meilleur 
cœur que moi. 
J'attens tos ordres et suis, etc. 

(Orig. Dépôt de la guerre. VoL 1797, n* 44.) 



60. ViUars au prince de Canti. 

Du 4 aoust 4704. 

Je reçois, Monseigneur, la lettre dont Y. A. S. m'honore du 
27 juillet. J*aYOue qu'il me seroit très difficile de contenir toutte 
ma démangeaison de raisonner sur les affaires de l'Empire. Je 
la renferme uniquement avec Y. A. S. et avec M. d'Harcourt. 
Elle a pris mes intérest contre le courtisan dans des occasions 
où certainement j'avois assez bonne cause. Gela m'oblige à m'es- 
tendre un peu avec elle sur des affaires dont personne (je crois 
pouvoir le dire sans vanité) ne peut parler avec plus de connois- 
sance par les avoir veues et bien estudiées pendant un an. 

Je vois que M. le maréchal de Tallard abandonne le siège de 
Yillinghen par les divers courriers de M. l'Électeur de Bavière : 
je vous avoue qu'ils ne m'auroient ébranlés qu'aux conditions de 
laisser cette entreprise entre les mains de M. le maréchal de Vil- 
leroy, lequel, selon toutte apparence, s'en chargera ; car de lais- 
ser deux armées dans l'Empire sans communication, estant bien 
assés d'une, deux seroient trop. Pour moy eussay-je receu dix 
courriers de M. de Bavière, j'aurois pris Yillinghen et puis me 
serois estendu le long du Danube. Le solide de cette guerre estoit 
de tenir le Danube ; il faut le reprendre, car vous comprendrés 
fort bien. Monseigneur, que si les ennemis en demeurent les 
maistres, M. de Bavière ne peut se soutenir ; ainsy j'aurois redes- 
cendu le Danube, et me seroit appuyé au Lech au-dessus de 
Rain, ramenant ensuitte les ennemis sur Neubourg et les resse- 
rant; au heu de cela, M. l'Électeur croit que pourveu qu'une 
seconde armée le gagne, il n'a plus rien à craindre. Cette seconde 
armée ne fera que l'embarasser quand il l'aura toutte entière à 
Ausbourg. M. le prince de Bade se gardera bien d'hazarder une 
bataille ; ce n'est pas là son esprit ; il se retranchera à 4 ou 5 Ueues 
d'eux, ayant Neubourg, Rain, Donnavert derrière luy et touttes 
ses subsistances par NorUngue, et tout l'autre costé du Danube, 
et M. de Bavière ne sçaura où se mettre pour soutenir en même 



APPENEdCB. 349 

temps Ausbourg, Munich et Ratisbonne, grandes villes sans for^ 
tificationSf et en attendant il aura 120,000 hommes dans le cœur 
de ses Estats; on m'en dira des nouvelles dans le mois d'octobre^. 
Bont-ce là des projets de guerre ? Oh ma foy il n'en auroit pas 
exécuté de pareils avec moy, car après bien des respects, quand 
la raison ne pouvoit rien sur luy, je luy disois avec grande sou- 
mission : « Je n'en feray rien. » C'est par là que je l'ay sauvé, 
et j'ose vous dire que, si j'avois esté avec luy, j'aurois soutenu 
Donnavert que vous voyez bien estre son unique salut. Je demande 
pardon à ces messieurs, mais il falloit prendre Villinghen, et il 
faut plus' que jamais le prendre, ou de la plus avantageuse guerre 
du monde et qui nous rendroit les maistres de l'univers nous en 
viendrons à estre forcés à en soutenir une qui ne finira pas sitost; 
c'est pourtant la fin qu'il faut envisager et penser vivement, et 
dans cette fin de guerre je ne sçay s'il n'est pas plus question du 
quando que quo modo. Ce sont des termes de la diette de Ratis- 
bonne, et il faut vous faire voir. Monseigneur, que nous sçavons 
plus d'un mestier. Je ne vous parleray pas de ceiuy que je fais 
présentement, je le fais avec ardeur, cependant nos pauvres fols 
ne sont pas aisés à ramener; le mal diminue tous les jours, mais 
je ne suis pas du tout content quand il ne finit pas absolument, 
ce qui me réussit le mieux, c'est l'enlèvement des pères et mères 
des camisards, ce qui en fait revenir un très grand nombre. Je 
résiste aux partis violons, et qui vont à la ruine de la province, 
mais je seray à la fin forcé de faire abandonner des villages plus 
révoltés dans le fonds de leur cœur que ceux qui ont les armes 
à la main. Nous découvrons tous les jours de nouveaux ressorts 
que nos ennemis font jouer pour troubler des testes déjà si gas- 
tées que ce qui en raccommoderoit d'autres, achève de les brouil- 
ler. Cependant ils sont dispersés et ne se soutiennent que par se 
cacher entièrement, mais si heureusement que l'on ne sçait plus 
où les trouver, car, soit dans la plaine, soit dans les Bévennes, 
nous marchons autant que nos soldats le peuvent sans mourir 
des chaleurs excessives et de lassitude. 

Il paroist que M. de Marlborough prenoit la route de Munich ; 
s'il croit le pouvoir prendre c'est bien fait, mais pour moy j'aurois 
préféré Ratisbonne et Passau ; tombant par là, tout le Danube est 
aux ennemis jusqu'à Vienne en état d'envoyer à l'Empereur des 

1. Les prévisions de YûUn ne se sont que trop réalisées : le 13 août 
suivant aralt lien la catastrophe d'Hochstedt, et c'est par la prise de 
DonanwOrth que Marlboroagh prépara cette Tietoire. 



3SI0 A»srn>iCB. 

seooun prompU; car encore cee Mesneurs là doiv«it-il8 un peu 
songer au pauvre Empereur qui es8uye depuis quelques mois de 
grandes tribulations. Je Youdrois sçavoir pourquoy M. l'Électeur^ 
depuis la prise de Passau, n'a pas un peu inquiété l'Autriche; la 
raison de donner du repos aux trouppes ne peut estre alléguée. 
Le soldat bien vestu, couché et nourry, couchant dans de bons 
lieux ou il souppe grassement chez son hoste, ne s'ennuie point 
du tout de faire la guerre l'hivert, et jugés, Monseigneur, de 
l'importance de porter la révolte des Hoiigrois, desjà si ameutés, 
au plus haut point ; comptés que la communication de la Bavière 
avec eux pouvoit fort bien n'estre pas regardée conmi^ chimé- 
rique; il n'y a de moyen seur de se tirer heureusement des 
affaires d'Allemagne que d'y envoyer des trouppes de l'armée de 
M. de Vendosme, lequel je crois n'a pas besoin de 80,000 hommes 
pour réduire M. de Savoye, du moins pour le resserer de si près 
qu'il n'ait presque plus que Turin pour principale ressource. 

Voilà, Monseigneur, mes foibles raisonnemens que je vous 
expose et à M. d'Harcourt ; car pour raisonner de la guerre de 
l'Empire inter privatos parietes, par ma foy il y auroit de la dureté 
à me l'interdire, j'en étoufférois : vous croyés bien que je n'en 
parle à personne icy. Si c'estoit à la cour, je serois plus silen- 
cieux qu'un moyne de la Trappe. 

(Copie. Arch. Vogfié.) 

61. Villars à Chamillart. 

A Nismes, le 16 aoust 1704. 

Quand j'ay eu l'honneur de vous mander, Monsieur, que l'on 
n'obmettoit rien au monde pour finir la révolte, vous jugez bien 
que l'on n'a pas oublié de promettre des récompenses promptes 
à ceux qui pourroient nous livrer les chefs des rebelles. U y a 
plus de six semaines qu'un nommé Maltar me vint trouver icy et 
me fit espérer de faire surprendre Rolland. U a suivy son projet et 
à mon dernier voiage d'Uzès peu s'en est fallu qu'il ne réussit. H 
y a deux filles de condition nommées M^** GomeÛ, très bien faittes 
et qui honnorent de leurs bonnes grâces Rolland et Maillé son 
lieutenant. Ces deux filles estoient dans le château de Gastelnau 
depuis 15 jours, et Rolland, ainsy que j'en estois informé par ses 
lettres, leur promettoit de les venir voir à la première occasion. 
Il y vint donc la nuit du 13 au 14, avec six de ses principaux 
ofiiciers et deux valets. M. de Paratte, averty sur-le-champ par 
ledit Maltar et un nommé Rouviere qui agissoit de concert pour 



APPENDICE. 321 

nous livrer Rolland, y envoya le s. de Gastelbady commandant 
le second bataillon de Gharolois avec tous les officiers de son 
bataillon à cheval et trente dragons ; ils allèrent à toutte bride. 
Rolland, averty par une sentinelle au haut du château, sort du 
lit et n'eut que le temps de descendre dans la cour et monter à 
cheval à poil avec ses gens; ils sortirent par une porte de der- 
rière du château dans le temps que les officiers y entroient, mais 
la trouppe de dragons qui avoit fait le tour les coupa dans la 
plaine et les arresta dans un chemin creux. J'avois fort recom- 
mandé que Ton prit Rolland vif s'il estoit possible, mais un dra- 
gon l'a tué, et cinq des autres parmy lesquels sont Maillé, Raspal 
et Gantarel. Les trois principaux lieutenants de Rolland furent 
amenez hier dans les prisons de cette ville, et M. de Basville les 
juge dans ce moment. Un exemple de sévérité très bien mérité, 
joint â ceux de clémence qu'il a plû à 8. M. de donner, va faire 
asseurément un très bon effet, et vous verres par les lettres cy 
jointes combien il revient tous les jours de ces rebelles se sou- 
mettre. Gela va, Monsieur, aussy bien qu'il est possible. Je m'en 
vas dans les Sévennes pour profiter de la terreur que va répandre 
la prise de ce chef, beaucoup plus avantageuse par estre livré que 
s'il avoit esté tué dans un combat avec cent de ses gens, puisque 
cette asseurance qu'ils prenoient dans leurs frères, perdue par 
une telle avanture, fera qu'ils ne seront plus tranquilles en aucun 
endroit. Nous avons bien des gens qui nous promettent la chose 
pour Ravanel, Gatinat et les autres. 

Les deux officiers pris sur les tartanes ont esté interrogés par 
M. de Basville et nous apprennent que le marquis de Gorail, gou- 
verneur de Nice, est le canal par où passe le principal conunerce 
de M. le duc de Savoye avec les rebelles. Rolland promettoit au 
prince que 15,000 hommes armés de fuzils ou de fourches, ne 
fust-ce que de pierres, favoriseroient sa descente. Tout va bien 
jusqu'à présent et j'espère encore mieux. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1797, n* 60.} 

62. Villars au cardinal de Janson. 

Eaitrait. Du 16 aoust 1704. 

Vous ne m'auriés pas trouvé bien ébranlé de voir ma conduitte 
critiquée ; l'expérience donne une tranquilité sur cela bien néces- 
saire au service du Roy, car, si l'on vouloit suivre les pensées 
creuses de gens qui ne sçavent rien du fait, on tomberoit dans de 

n %\ 



Zi% APPENDICE. 

grands inconvénieiiB. Je suis venu, j*ay persuadé que je ne pour- 
rois rendre un plus grand service au Roy qu'en finissant une 
révolte bien dangereuse. J'ay creu que je devois pour cela mettre 
en usage touttes sortes de voyes, hors celles, de destruire entiè- 
rement une des meilleures provinces du Royaume^ et que même, 
si je pouvois ramener les coupables sans les punir^ je conserve- 
rois les meilleurs hommes de guerre qu'il y ait dans le Royaume : 
ce sont des François, très braves et très forts ; ces trois qualités 
ne sont pas bien incompatibles. Je sçavois que les supplices les 
plus cruels ne faisoient qu'irriter le mal, j'ay donc creu qu'il fal- 
loit commencer par leur faire entendre raison, et j*ay trouvé que 
mes discours n'avoient pas esté sans fruit ; les trouppes agissent 
en môme temps de touttes parts : on trouve souvent les rebelles 
escartés et pressés ; enfin des misères dont ils estoient accablés 
et par les fatigues et par la faim, ils résolurent de se soumettre; 
leur principal chef Cavalier et tous les autres promirent la même 
chose. Cavalier l'a tenue et a quitté la province avec plus de 
cent des siens. La bonté que le Roy a eu de pardonner à ceux 
qui imploroient sa clémence en a fait revenir un très grand 
nombre; et tous auroient suivis l'exemple^ de Cavalier, si Rolland 
et Ravanel n'avoient esté gagnés par les émissaires d'Angleterre, 
de Hollande et de M. de Bavoye ; ainsy que nous l'avons appris 
positivement par les lettres de ces ministres même interceptées 
heureusement dans l'Empire par M. de Massembach. M. Bil man- 
dant à la cour d'Angleterre qu'il avoit si bien fait que ces deux 
derniers ne suiveroient pas l'exemple de Cavalier. Nous nous 
estions bien doutés de ces intrigues, mais nous avons sceu 
qu'outre les grâces que ces deux derniers ont receus, l'on flattoit 
les rebelles d'un puissant secours par mer. A la vérité, un mar- 
quis de Guiscard, que l'on dit estre l'abbé de la Bourlie, embarqué 
à Nice avec 500 religionnaires, a répandu des imprimés très sédi- 
tieux. On a pris les précautions possibles pour les costes, on 
continuera à ne pas donner un moment de relasche aux rebelles ; 
on en a tué plusieurs en divers endroits. D'ailleurs on a enlevé 
les pères et mères de ceux qui estoient parmy eux, ce qui en fait 
revenir un grand nombre. Comme l'on avoit remarqué l'année 
passée que pendant la moisson les camisars venoient la faire 
dans la plaine, on a enlevé les moissonneurs, et ensuitte choisis- 
sant ceux qui n'estoient pas suspects pour les laisser libres, on 
a enfermé les autres. On n'a pas négligé aussy de promettre des 
recompenses à ceux qui pourroient nous faire prendre les chefs 
des rebelles. Il y a sept semaines que des gens m'estoient venu 



APPENDICE. 323 

proposer de me livrer Rolland, cela devoit s'exécuter dans le der- 
nier Yoiage que j'ay fait à Uzôs. D n'a esté différé que de trois 
jours. Je sçavois qu'il devoit aller voir dans le château de Gastel- 
nau une jeune Demoiselle qui tantost suit sa trouppe et tantost 
luy donne des rendes vous ; on Ta guetté et il fut investy avant 
hier dans ce château avec huit de ces principaux chefs. 

(Copie. Arcli. Vogâé.) 



63. U comte de ChaiseuhTraves^ à Villars, 

A Homherg, le 30 aoust 1704. 
Monseigneur, 

Vous nous aviez bien établis dans le fond de rAilemagne, mais 
^sans vous il étoit impossible de s'y soutenir. M. de Tallart est 
arrivé icy tout remply de sa bataille de Spire, menaçant l'em- 
pire d'une ruine prochaine; il nous a joint nous regardant mesme 
comme de petits garçons, mais, malheureusement pour sa gloire 
et pour nous, le poste du marais d'Hocstet s'est trouvé mauvois, 
le prince Eugène et milord Malhoroug sont venus nous atta- 
quer pendant que le prince de Bade faisoit le siège d'Ingolstat ; 
leur disposition pour le combat étoit belle : l'armée de M. de Tal- 
lart, ayant nostre droitte, étoit appuyée au Danube, le village de 
Schvening devant elle, où ce gênerai avoit jette 25 bataillons et 
quatre régimens de dragons ; vostre armée, car je la regarde tou- 
jours comme telle, joignant par sa droite celle de M. de Tallart, 
étoit apuyée par sa gauche au bois ; les enemis nous attaquèrent 
en mesme temps, no'stre armée culbuta à la première charge et 
jusques à la hn du combat la droitte des ennemis, que commen- 
doit le prince Eugène, sans perdre un pouce de terrain, et la 
bataille étoit gagnée de nostre costé, les ennemis poussez jusques 
dans le bois, tandis que celle de M. de Tallart étoit battue sans 
resource, ce qui obligea M. de Marcin de se retirer à Lauvingen, 
avec son armée, dans le plus bel ordre qu'il est possible, ayant 
donné toutes les marques d'une expérience consommée dans le 
combat et dans sa retraitte. Nous avons pris aux enemis trente 
huit étandars ou drapeaux, desquels mon régiment en a pris un 
soubs le feu de l'infanterie enemie postée dans les hayes du vil- 
lage du Centre, où l'on avoit mis le feu avant le combat, et j'oze 
vous assurer qu'il s'y est distingué à son ordinaire ; M. le comte 

t. Beao-fîrère de Villars. 



324 APPEimiGE. 

du Bourg y a fait des merveilleB, ayant toujours été à la teste de 
toutes les troupes qui ont chargé ; nous n'avons perdu ny canon 
ni etandars de nostre costé. 

Il n'en a pas été de mesme de l'armée de M. de Tallart ; milor 
Malboroug, qui commandoit la gauche des enemis, voyant qu'il 
avoit jette toute son infanterie dans le village de 8chvening% le fit 
attaquer très vigoureusement. Son infanterie s'y défendit vail- 
lamment pendant sept heures que dura le combat, le reste de son 
infanterie, qui étoit hors du vilage, ayant été taillée en pièce, sa 
cavalerie et gendarmerie culbutée dans le Danube et dans les 
marais d'Hocstet, les ennemis firent rouler de l'infanterie et la 
plus grande partie de leur cavalerie, investirent le village où 
étoient enfermez les 25 bataillons et les quatre régiments de dra- 
gons; M. de Tallart, s'avisant trop tard de vouloir retirer son 
infanterie du vilage, fut blessé et pris prisonnier, M. de Glérem- 
bault qui la commendoit et à qui apparenunent la teste tourna, 
l'abandonna et s'alla noyer dans le Danube, aussi bien que Mai- 
sontelle, laissant M. de Blanzac seul officier général dans ledit 
village, auquel les enemis ayant fait voir soubs parole la dispo- 
sition de l'investiture du village, il tint conseil de guerre avec les 
vieux officiers d'infanterie et l'affaire étant sans rem^e, il capi- 
tula et se rendit prisonnier de guerre avec les 25 bataillons et les 
quatre régiments de dragons. 

Personne, hors M. le maréchal de Tallart, Légal et M. de 
Blainville ne vouloient la bataille et vous voyés mieux que per- 
sonne, que dans la conjoncture présente il n'étoit pas question 
d'en donner, ou qu'il falloit mieux se poster. La cavallerie de 
cette armée là est hors d'état de servir, ayant été très maltraittée, 
tout le canon perdu et presque tous les etandars et timbales, sans 
que nostre armée aye pu secourir celle-là, ayant assés d'affaires 
sur les bras, et les enemis étant fort supérieurs à nous en cava- 
lerie. Yoilà l'électeur dépossédé de ses États ; nous l'enmenons 
avec nous, avec ses quatre régiments de cavalerie et quelques 
bataillons, dont la moitié a déserté, tous ses châtrez, ses basses 
de vioUe et bassons ; il fait déjà des projets de divertissement pour 
la Flandre ; il avoit voulu faire suivre sa femme et ses enfans, 
mais il l'a renvoyée de Memingen à Munich avec un plein pou- 
voir pour faire un accomodement pour ses enfans; nous attendons 
toujours le reste de ses troupes, qui devroient nous avoir joint à 

1. Choiseul se trompe : c'est dans le village de BUndheim qae fat 
enfermée et prise l'infanterie de Tailard. 



ÂPPE]ia>IGB. 385 

Dutlingen; la garnison d'Ausbourg nous a joint avec celles de 
Memingen et de Bibrac ; on a laissé huit bataillons bavarois et 
quatre françois aux ordres de Betendorf avec tous nos blessez 
dans Ubn, que les enennis assiègent à présent ; nous nous sommes 
retirés avec grande précipitation, ayant brûlez nos groà équi- 
pages, qu*on sauva après la bataille avec les menus par le pont 
de Lavingen, qui fut brûlé sur-le-champ ; la cavalerie se retira à 
Ulm, passa la Brentz à Gondelfingen, en marchant toute la nuit 
nous arrivâmes à midi le 14 ; les bagages et Tin&nterie passèrent 
comme j'ay eu l'honneur de vous le dire, par Lavingen, M. de 
Marcin faisant Tarière garde. M. de BlainviUe mourut de ses bles- 
sures deux jours après, à Ulm ; M" de Surlauben, de Gassion, 
Plancy, Bissy, tous généraux et plusieurs autres sont demeurez 
à Ulm : M^* de Blanzac, Monperroux, Saint-Ponanges, Rigondez, 
SiUy, Hautefeuilles, et bien d'autres dont je ne me souviens pas 
à présent sont prisonniers, c'est-à-dire colonels et brigadiers de 
l'armée de M. de Tallard ; le comte de Sebeville est aussi prison- 
nier; le comte de Verue fut tué à la première charge, qui en 
laisse une belle à donner : le comte de Sanfré, des troupes de 
Bavière, a été tué, et l'envoyé de Cramer fut blessé, il me semble 
Monseigneur, que j'oublie bien des particularitez que j'auray 
l'honneur de vous dire moy-mesme. Voilà un grand événement 
et un terrible coup pour la France; toute nostre armée vous 
attent bientôt par le Rhin pour son rétablissement, vous seriez 
content de tout ce qui se dit sur vostre chapitre ; tous nos der- 
niers malheurs font vostre éloge ; vos enemis en sont confondus 
et commencent à me prévenir, croyant bien se retrouver bientôt 
soubs vos ordres ; ils ne méritent assurément pas vostre ressen- 
timent ; ce sont des malheureux que vous verrez bientost ramper 
à vos pieds ; le maréchal de Villeroy s'est avancé jusques à Vil- 
lingen pour nous recevoir, croyant tout perdu ; nos troupes sont 
à bout, nous mourons de faim et de soif dans ces montagnes et 
tout le monde a grande impatience d'en sortir, j'en ay une fort 
grande d'avoir l'honneur de vous voir et de vous entretenir sur 
tout ce qui s'est passé icy depuis vostre départ. Je vous demande, 
Monseigneur, la continuation de vostre amitié; je la mérite assu- 
rément par celle que j'ay toujour eu pour vous et par l'attache- 
ment et le respect avec lequel je ^veux estre toute ma vie, Mon- 
seigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur. 

Ghoiseul Traves. 
Trouvés bon que je présente icy mes très humbles respects à 



326 AFPBra>IGB. 

M»* la marechalle et que j'y fasse mille très humbles complimens 
à M. et M** de Vogué. / 

Le marquis de Bellefont a trente et un coups de sabre sur la 
teste et sur les bras ; il sera estropié de sa bonne main : il avoit 
été fait prisonnier avec le fils de M. du Ghatelet, le prince Eugène 
les a renvoyé sur leur parole ; les blessures du Bellefont ne vont 
pas trop bien par son peu de ménagement. 

(Orig. autogr. Ardu. VogUé.) 

64. VUlars à Chamillart. 

Du 1" septembre 1704. 

Je n'ay voulu croire, Monsieur, qu'après avoir leû les lettres 
dont vous m'honorez que 26 de nos bataillons et quatre régi- 
ments de dragons se soient rendus prisonniers de guerre, sur 
tout nostre gauche se retirant assez entière, vous en estes sur* 
pris et c'est avec raison. C'est dans ces occasions que nostre fer- 
meté est souvent nostre salut. En vérité, Monsieur, je suis bien 
afiOigé de tout ce que j'apprends ; vous me dites, Monsieur, que 
les raisonnements sont inutiles après les malheurs, ils n'estoient 
pas arrivés quand j'ay fait ces raisonnements, et d'ailleurs ils 
peuvent servir à les esviter une autre fois et à vous faire voir au 
moins que M. de Bavière n'a perdu le Danube que par des fautes 
très grossières asseurement. Ma fidélité pour le service du Roy 
m'oblige encore à vous dire. Monsieur, que si vous luy laissez 
gouverner la guerre et les finances de Flandre, il perdra ce pays- 
là comme il a perdu le sien. Jamais TEmpereur ni le Roy Guil- 
laume ne luy ont abandonné la conduitte de 4,000 hommes, pas 
même de ses propres troupes, ainsy. Monsieur, laissez luy la 
représentation du généralat, réglez luy un fond pour la dépense 
de sa maison et du reste, continués à gouverner les finances de 
Flandres par vos intendants, et les armées par vos généraux. 
Sans M. de Monastrol et M. de Ricous, j'aurois gouverné ce 
Prince et si Ton m'avoit un peu plus autorisé auprès de luy; mais, 
ne le gouvernant pas, je voyois bien qu'il m'auroit à la fin mal- 
gré moy fait tomber dans le précipice, dont j'aurois eu toutte la 
honte. J'aurois bien des choses à vous dire encore qui pourroient 
estre attribuées à des sentimens moins vifs en moy que l'on ne 
pense et que je serois bien tenté d'avoir l'honneur de vous dire 
comme bon serviteur du Roy et le vostre, je dois Testre, et je 
vous assure aussy que l'on ne peut rien adjouter à l'attachement 
respectueux avec lequel je suis, etc. 



APPBIO>IGB. 3Sf7 

Mais, Monsieur, si M. l'Électeur rameine autant de troupes 
que Ton dit, si les ennemis ont perdu, de leur propre a^eu, 
10,000 hommes, s'ils ont autant perdu que Ton a publié à Don- 
navert, M. l'Électeur ne pourroit-il encore disputter le terrain? 
Je yous ayoûe. Monsieur, que j'aurois bien youIu que ce prince 
eut trouvé moyen de demeurer dans son pays, car il vous sera 
bien à charge et méritera fort d'estie traitté comme luy-mesme 
le disoit, lorsqu'il me déduisoit toutes les raisons qu'il avoit de 
s'accommoder avec l'Empereur. J'ay eu l'honneur de vous les 
mander dans ce temps-là ; enfin, quand on veut bien perdre tout 
ce que l'on a au monde, le plus tard est toujoiurs le meilleur ; 
traisnant la guerre et entretenant toujours celle d'Hongrie, et 
tant que cette révolte est dans sa plus grande force, il avoit tou* 
jours le moyen de traitter avec l'Empereur. C'est luy faire un 
beau présent tout d'un coup que toute la Bavière, 28 bataillons 
de ses trouppes, puisqu'il n'en revient que 5, et 22 escadrons, ses 
places, tout ce qu'il a d'artillerie, ses meubles ; il ne peut pas 
s'estonner d'estre pillé après avoir luy-méme pillé les maisons de 
l'Empereur, son beau-père, en Tirol. Il ne tira pas une pistolle 
de contribution, ce qui estoit dans l'ordre, parce que ses valets 
relaschèrent les ostages pour de l'argent et l'on prit les porce- 
laines, les bronzes et les portraits de l'Empereur ; enfin, Mon- 
sieur, c'est trop vous en parler ; mais je dois vous faire connoistre 
l'humeur de ce prince pour que vous preniez vos mesures, il faut 
ou qu'il soit plus battu que l'on ne dit, ou la teste leur a tourné 
de tout abandonner si promptement. 

(Orig. Dépèt de la gaerre. Vol. 1797, n* 82.) 

65. Villars à Du Bourg, 

Du 2 septembre 1704. 

Je seray asseurement dans une bien vive inquiétude, Mon- 
sieur, jusqu'à ce que j'ay receu de vos nouvelles et que j'apprenne 
que vous rameniés en bonne santé, vous, Monsieur, et tous les 
amis que je compte avoir dans ma chère armée. Nous n'avons 
encore aucun détail. M. de Ghamillart me promet les premiers et 
me mande que la lettre du 14 de M. le maréchal de Marcin a 
esté perdue, et que celle du 16 informoit seuUement que 
M. l'Électeur prenoit le party d'abandonner ses Estats ; voilà, 
Monsieur, une grande résolution. L'on nous disoit que notre 
armée se retiroit presque entière, que les ennemis, de leur aveu, 



3318 APPSia>iCE. 

avoient perdu 10,000 hommes, leur perte à Donnavert considé- 
rable d'ailleurs. Âvez-vous peu estre forcé d'abandonner tant 
d'Estats à l'Empereur? La révolte de Hongrie estant surtout dans 
sa force et par conséquent M« l'Électeur toujours en état de faire 
un accommodement, moins avantageux à la vérité qu'avant la 
bataille, mais moins fatal à la cause commune, car quitter son 
pays sans le deffendre un moment, c'est mettre l'Empereur en 
estât de donner la loy aux rebelles de Hongrie et de rentrer en 
Italie plus fort que jamais, et certainement plus aydé des Véni- 
tiens qu'il ne l'a esté encore, par le peu d'esgard que M. le grand 
prieur a eu pour eux. Ab, mon cher comte, quel revers I M. de 
Ghamillart m'en parle comme le sentant vivement, et le Roy, 
connoissaÂt parfaitement bien dans quel embarras on le met. 
M. le maréchal de Tallart paye bien chèfiement son opiniâtreté 
de n'avoir jamais voulu establir de communication, et nous 
rendre les maîtres de la guerre dans l'Empire, et sans estre forcé 
à ces grands événements qu'une triste expérience vient de nous 

faire voir. En vérité, j'ay toujours fort appréhendé quand 

j'ay veu le Danube perdu et je vous avoue que j'aurois mis mon 
dernier homme à soutenir Donnavert, le retranchement et même 
le Danube, Donnavert perdu. Je vois, par touttes les nouvelles, 
que, si le retranchement avoit esté parfait, le secours arrivé à 
temps, l'ennemy perdant la fleur de son infanterie dans une vaine 
attaque, vous estiés les maistres de tout. Je vous escris sans sça- 
voir encore si vous n'avés pas péry dans cette malheureuse 
affaire, et je vous asseure que je fais une vive expérience de mes 
sentimens pour vous et pour mes autres amis, par toutte l'inquié- 
tude que je ressens. Cependant, je compte que nous saurions 
déjà par les Suisses les noms de ceux auxquels il seroit arrivé 
malheur. Je suis touché de tout ce qui regarde mon armée 
comme je le serois de mon frère; j'espère qu'elle me pardonnera 
la liberté deia nommer ainsy. Elle n'a pas esté assez malheu- 
reuse avec moy pour me désavouer. Je songe à tous ceux qui ont 
employé tant de sollicitations pour n'en estre pas quand je pas- 
sois en Bavière ; les uns tués, les autres prisonniers, et tout ce 
que j'ay mené, à un petit nombre près, encore morts de mala- 
die, revient sain et glorieux, hors le pauvre du Héron, que je 
regrette bien fort. 

Mille amitiés, je vous phe, à mon cher Lanion. M. de Légal 
est celuy dont j'ay reçeu le plus de marques de souvenir, je dis 
de Bavière, car pour de Versailles il luy estoit aisé, mais ses 
lettres auront esté plus heureuses que les vostres et celles de 



APPENDICE. 389 

gens qui m'auront escrit aussy. Je vous demande mille compli- 
mens pour M. de Lee, le major- général, Yerceil, Beaujeu, le 
pauvre intendant, n'oubliez pas le comte de Druy, mon gendre ^ 
mais, mon Dieu, tout cela se porte-t-il bien? Us peuvent comp- 
ter que j'ay rendu compte de leurs services au Roy, et si tous 
n'en ont pas receuz des marques, j'ose vous asseurerque le Roy 
a bien voulu me faire l'honneur de me montrer un peu de con- 
fiance et adjouter foy à la vérité de ma recommandation. Les fri- 
ponneries de M. de Monasterol n'ont pas esté escoutéas, il fut un 
peu surpris de la manière pleine de 'bonté avec laquelle Sa 
Majesté me fit l'honneur de me recdVoir ; il pouvoit s'y attendre, 
puisque je n'en méritois pas une mauvoise. Mais les fripons 
comme luy croyent que les friponneries l'emportent sur les ser- 
vices, j'ose dire, solides, et éclatans. Honteux de ses perfidies, il 
m'en fit faire des excuses, donnant des desmentis publics sur tout 
ce que je sçavois bien qu'il avoit dit, mais je Tay toujours traitté 
avec la hauteur qui convient à un homme comme moy et le 
mépris qu'il mérite. Je l'ay un peu mortiffié. Dieu punit ces petits 
misérables. Peut-estre celui-là coute-t-il des estats à son maistre 
puisque, manquant aux ordres qu'il avoit de luy, il n'a pas insisté 
pour la communication, cela est certain ; je le sçay de source et 
que l'on s*est laissé aller au siège de Landau, sur les instances 
de M. le maréchal de Tallard, et le peu d'opposition de M. de 
Monasterol. Cet autre fripon de Dusson, le Roy me fit l'honneur 
de m'en parler, je le jugeay indigne de ma colère et répondis 
seullement à Sa Majesté qu'EUe en pouvoit juger par sa con- 
duitte ; que Ton devoit luy pardonner d'avoir manqué à son géné- 
ra], puisque le bonheur d'estre le premier à apprendre une bonne 
nouvelle à Sa Majesté tourne souvent la teste, que cette occasion, 
qui pourroit estre blâmée, estoit la plus raisonnable qu'il eut fait, 
et ce faquin de Ricous I je serois assez vengé de ces misérables-là 
si je n'estois pénétré de la juste douleur de la perte que nous 
avons faite et encore mesme de ne scavoir si j'escris et si je parle 
de gens morts ou en vie. Mille amitiés à M*** de Lévy et de Bous- 
sole, M'* de Manicault, Ghamarante, enfin je vous laisse le dis- 
pensateur de mes complimens. Le pauvre milord Glare, ne l'ou- 
bliés pas, je luy suis obligé de ses larmes quand je lui dis adieu. 
Ce pauvre Nétancourt, je le regrette bien, et mon cher Nangy, 
je suis en peine de ce petit garçon, j'ay feût mon devoir sur son 

1. Erreur évidente da copiste, Villars n'ayant alors qu'an fils Agé de 
quelques mois. 



330 APPBm>iGfi. 

sujet. Bonjour, Monsieur, nos affaires vont bien, Dieu mercy, et 
la pluspart des camisards se soumettent Tun après l'autre; je suis 
très content et ne désire, je vous asseure, aucun autre employ. 
J'ay quitté le plus grand et le plus glorieux que Ton pouvoit 
jamais désirer dans la guerre, parce qu'il falloit toujours disput- 
ter pour suivre le bon party. M. l'Électeur a pu juger si c'en 
estoit un bien bon de se renfermer dans son pays. Il escrivoit le 
diable contre moy quand je le forçay à marcher à l'IUer: je puis 
vous dire que cette résolution fut bien approuvée par Sa Majesté 
malgré touttes les plaintes de ce prince, très poussé par son fri- 
pon de ministre, car il n'a pas eu d'autre nom de moy. Le pauvre 
Simeoni prévoyoit tout cela et manda, quand il sceut que je vou- 
lois revenir, que tout prit au diable. J'en suis bien fasché pour 
son bien, car il perd 13 ou 14 mille livres de rente. 

Je crois causer avec vous; je vous asseure que pour vous 
autres particuliers vous devez estre bien aise d'estre revenus ; il 
n'est rien tel que de pouvoir songer soy-mesme à ses affaires ; 
j'en juge par le gouvernement de Brisacb donné à M. de La Lande 

que je vous avois bien souhaitté. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

66. Villars à Vabbé de Saint-Pierre. 

Extrait, Du 2« septembre 1704. 

Je vois par vostre dernière lettre que le public excuse fort le 
party que 25 bataillons et 4 régiments de dragons ont pris de se 
rendre prisonniers de guerre, nostre aisle gauche se retirant 
presque entière. Ces scntimens ne ressemblent gueres à ceux de 
Rome après la perte de la bataille de Cannes, qui ne vouloit pas 
laisser*en Italie les trouppes qui en avoient eschapé, bienqu'An- 
nibal fut à leurs portes, ny à ceux du pauvre Gurrois, qui ne 
voulut pas se retirer avec la cavallerie gauloise, disant je ne 
paroîtray pas devant Gœsar après avoir perdu ses légions. C'est 
dans ces occasions où il faut repondre aux imbecilles, qui disent 
que pouvoit on faire de mieux, 

qu'il mourust, 
Ou qu'un beau désespoir alors le secourust. 

L'infanterie espagnoUe à Rocroy n'aima-t-elle pas mieux périr 
que de demander quartier? Le soldat et l'ofQcier ne doit-il pas 
préférer une mort glorieuse, cherchant à se faire jour la hayon- 
nette au bout du fusil, à l'ignominie de périr de faim et de misère 



APPBNDiGB. 331 

dans des prisons? Je suis honteux et pénétré pour la nation d'une 
reddition aussy lasche. Jusqu'icy, je ne sçays pas de détails, mais 
puisque nostre aisle gauche s'est retirée si entière, pourquoy s'est- 
elle retirée? Ne voit-on pas quelquefois regagner des batailles par 
un dernier effort? Un corps de réserve les a souvent relevées. 
Quoy ! pour mettre la personne de M. TËlecteur de Bavière en 
seureté? Ma foy, Monsieur, nous sommes bien éloignés des 
Romains et môme des François que j'ay connus. Allés, mon 
pauvre abbé, si vous n'estiés pas un homme d'église, je ne sçay ce 
que ja ne vous dirois pas. (Copie. Arch. Vogué.) 

67. Villars à Vévêque â^Alais. 

Du 2 novembre 1704. 

Je reçois. Monsieur, la lettre que vous me faittes Thoneur de 
m'escrire du premier; j'y vois que vostre zèle très louable vous 
porte à vouloir faire une visitte, et surtout à examiner la vie de 
vos curez, lesquels chassés de leurs églises et retirés en divers 
lieux, ont besoin d'une petitte inspection. Vous connoissez. Mon- 
sieur, la situation des affaires et des esprits nouvellement ren- 
trés dans leurs devoirs, mais bien plus dans ce qui regarde le Roy 
que la religion. Vous m'avés dit vous mesme, et M. l'abbé Poucet 
partant pour l'ev'èsché d'Uzès, le peu de véritables conversions 
qu'il y avoit dans vos diocèses. M. l'abbé Poucet n'a pas fait dif- 
ficulté de me dire devant vous que sur 33 mille nouveaux con- 
vertis l'on ne pouvoit peut estre pas en compter 30 qui le fussent 
véritablement. Jugez donc combien une révolte commencée par 
le motif de la religion dans des temps où les charges du royaume, 
nécessaires, mais très fortes, mettent tous les esprits en mouve- 
ment, jugés, dis-je, Monsieur, combien le zèle des plus saints et 
des plus sages evesques doit estre modéré. Je comprends qu'ils 
souffrent de ne pouvoir le laisser agir tout entier, mais il faut 
qu'ils considèrent Testât du royaume et celuy d'une province que 
j'ay trouvée tout en feu. Ce feu est presque esteint, mais crai- 
gnons toujours de le rallumer. 

Voilà, Monsieur, ce que je crois devoir répondre à la lettre dont 
vous m'honores, bien persuadé que vostre bon esprit vous portera 
à faire les mesmes reflections. La visitte que vous me dites ne 
pourra que produire de très bons effets. Vous trouvères cy joint 
les ordres que vous désirés pour les escortes et en touttes occa- 
sions les sentimens d'estime et de respect avec lesquels, etc. 

(Minnto. Dépôt de la guerre. Vol. 1797, n* 160.) 



332 APPENDICE. 

68. Villars au prince de CotUi. 

Du 23 novembre 1704. 

J'ay rhonneur d'escrire à V. A. S. par M. de Gourten. J'ay 
remarqué que Ton ouvre la pluspart des lettres que je reçois et 
celles de V. A. 8. n'en sont pas exemptes ; ce qu'elle écrit asseu- 
rement est bon à estre veu et leu, et ne scauroit estre augmenté 
ny corrigé par son zèle pour le service du Roy et le bien de l'Etat, 
pour moy, monseigneur, je suis en vérité des plus zélés et quel- 
quefois trop pour mon repos. Le Seigneur, dit-on, n'ayn\^f as les 
tièdes, ce sont cependant les plus sages et il faut tascher de le 
devenir ; cela est plus malaisé icy qu'ailleurs par être au milieu 
de gens les moins tièdes que vous puissiés imaginer, mais dont 
la vivacité fait plaisir. Pour moy, je suis très content des Lan- 
guedochiens, ils me paroissent l'estre de moy et me sçavoir 
quelque gré de la tranquilité dont ils jouissent. Je reviens d'un 
voiage des Sévennes, c'est le sixième que j'ay fait dans vostre 
bon comté d'Alais. J'ay dispersé les trouppes de manière que je 
suis bien trompé si M'* de Ravanel et Baies ne sont bientôt ren- 
dus ou pendus. L'on vient de joindre la petitte trouppe du pre- 
mier, on luy a tué huit hommes et blessé plusieurs, les suivant 
aux traces du sang. On a joint aussy cinq ou six hommes qui 
estoient avec Ravanel, mais l'on en a pris qu'un, qui sera demain 
bien pendu, la sévérité n'estant jamais plus raisonnable que quand 
la porte est ouverte à la grâce. Pour moy, j'ay passé ces deux 
jours en harangues, et j'ay dit, comme notre baron de la Grasse, 
les comparaisons m'ont pieu certainement pour les en remercier. 

Je les feray boire et manger, danser leurs femmes et des comé- 
diens tant que je pourray, afin que la douceur de la musique et 
les plaisirs leur fassent prendre en grande douceur tout l'argent 
que M. de Basville leur demandera. J'ay retenu une harangue 
que le duc de Grammont avoit préparée en demandant une lieu- 
tenance de Roy, que le Roy ne luy donna pas. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

69. Villars à Chamillart. 

Extrait, Montpellier, 16 septembre 1704. 

Gomme dans vos deux lettres je vois des bontés infinies 

pour moy et qui me permettent d'espérer qu'à la fin je seray un 
peu mieux connu de vous, j'auray l'honneur de vous dire que je 
ne me flatte point du bonheur de l'estre entièrement de Sa 



APPENDICE. 333 

Majesté. On m'a donné à elle pour un homme dur aux officiers, 
assez incompatible, j'ay consenty mesme à passer pour peu docile. 
Je vous supplie d'avoir la bonté de vous informer si Ton me 
trouve ces qualités en ce pays cy, ce n'est point par m'estre cor- 
rigé je vous asseure, mais je vous supplie de vouloir bien penser 
que je me sms trouvé nouveau général à la teste d'une armée 
que j'ay voulu soumettre à une discipline très sévère. S. M. 
n'aura peut estre pas oublié qu'elle me fit l'honneur de me dire 
que j'aurois bien de la peine à rendre les soldats aussy sages 
que je me le promettois et à faire porter^ des armes aux officiers. 

Avec un peu de fermeté qui n'a pas cousté la vie à vingt 
hommes dans les quinze premiers jours, les trouppes ont esté 
réduittes à une telle discipline qu'en six mois je n'ay pas été 
obligé à faire punir un soldat. M. l'Électeur de Bavière viefit et 
me gâte tellement l'armée en huit jours qu'un seul fourage près 
d'Ausbourg nous cousta plus de soldats que la bataille d'Hocstet. 

Quant aux armes, après avoir déclaré aux officiers que le pre- 
mier colonel qui marcheroit à la teste des trouppes sans cuirasse 
iroit en prison, un ou deux exemples, tout se soumit, et nous 
n'eusmes que deux capitaines de cavallerie en pied tuez à cette 
bataille. 

D'ailleurs, Monsieur, on me connoit incapable de m'écarter de 
la venté par aucune considération humaine, vous avez veu avec 
quelle liberté je vous ay mandé que de certains régiments ne 
dévoient pas estre donnez aux neveux de gens qui ont le premier 
crédit préférablement à des services plus anciens et plus distin- 
gués. Un homme reconnu de cette humeur là ne convient qu'au 
Hoy et à un ministre comme vous. 

Je vous diray encore que les principaux officiers d'une armée 
aimeroient tout autant un général qui laisse piller, que celuy qui, 
se trouvant au milieu de l'Allemagne, dira : « Messieurs, je 
comprens que vos quartiers d'hivert doivent vous donner les 
moyens de servir avec commodité, ainsy, quand M. le lieutenant 
général en aura huit mille écus et le maréchal de camp quatre, 
je ne veux point que cela aille plus loin, et tourner le reste au 
proffit du Roy, » pensez-vous, Monsieur, que le général qui est 
plus occupé de plaire au particulier aux dépens du maître ne se 
fasse pas un plus grand nombre d'amis ? 

1. Il s^agit des cuirasses, qae les officiers refasaient de porter, par un 
faux point d'honneur que le roi avait renoncé à combattre, mais que Vil- 
lars entreprit de vaincre. 



33& APPiamiGE. 

D'ailleurs, M. de Ricous^trè^ insolemment, se déchaîne ccmtre 
moy, parce qu*il ne me parut pas juste qu'il commandast à nos 
lieutenants généraux, car j'avois trouvé un expédient pour qu'il 
pust servir de lieutenant général subordonné, cependant, à ceux 
du Roy qui seroient plus anciens que luy et cela ne devoit pas 
luy déplaire, puisqu'il n'avoit jamais esté que capitaine d'infan- 
terie. M. l'Électeur approuva l'expédient, mais M. de Ricous dit 
tout haut que c'estoit à M. l'Électeur à commander, et point à 
moy à trouver d'expediens. 

M. de Monasterol d'ailleurs qui, dès les commencemens , 
comme vous l'avez pu remarquer dans mes dépesches du mois de 
may, avoit persuadé à son maistre que je ne serois pas aysé à 
gouverner, sur les beaux projets que ce prince et ses petits fripons 
de serviteurs avoient fiait de tourner tout à leur profit, luy met 
en teste qu'il faut se brouiller avec moy, et combat tous mes pro- 
jets ; vous avez veu leur conduitte en Tirol, où ils ne firent que 
piller les maisons de l'Empereur et des particuliers sans tirer une 
pistolle de contribution pour le Roy ou pour l'Électeur, les otages 
s'estant rachetés des fripons, qui les laissèrent aller. 

Je vous demande pardon. Monsieur, de vous parler encore de 
tout cela ; ne dois-je pas souhaitter que le Roy et vous connois- 
siez qu'il n'y a point d'humeur dans ma conduitte, mais assez de 
droiture et de fermeté pour vouloir le bien du service, et ne m'en 
laisser détourner par aucune considération. Je ne songe à faire 
de cour à personne au monde, pas mesme vous, Monsieur (dési- 
rant pourtant fort l'honneur de vos bonnes grâces) que par vous 
mander la venté et vous rendre un compte exact et fidelle. Ceux 
qui dans les armées songent à s'élever par leur zèle, leur courage 
et leur application au service disent de moy : Voilà nostre 
homme; ceux qui comptent sur leurs cousins, leurs cousines, 
leurs tantes, au lieu d'estre occupés* de la guerre ne le sont que 
de leur commerce de cour, me craignent, non que j'aye des 
manières hauttes, car jamais il ne m'est arrivé de dire une parole 
dure à personne, mais je ne suis point leur fait. 

Encore une fois, Monsieur, je vous demande pardon de cette 
longue et ennuyeuse lettre dont je vous asseure que je ne vous 
aurois pas fatigué sans celle que vous me faittes l'honneur de 
m'escrire de votre main, à laquelle vous trouverez la réponse cy 
jointe. 

Je m'en vas vous parler d'une autre bagatelle. L'on m'asseure 
que M. de MontpelUer, très saint évèque asseurement, peut estre 
un peu trop zélé, est très fasché de voir icy des comédiens ; il y 



APPENDiGB. 335 

en avoit il y a deux ans. Je vous asseure, Monaieur, que s'il y a 
ville dans le royaume où ils fassent moins de mal qu'ailleurs, 
c'est icy, où le libertini^pe est tel qu'il sera plustost modéré 
qu'augmenté par les spectacles. Je tous diray d'ailleurs que ma 
pensée est qu'il îblv^ des spectacles dans les grandes villes, peut 
estre plustost en Languedoc qu'ailleurs ; la vivacité des peuples 
voullant estre occupée par des divertissemens plustost qu'aban- 
donnée à ses réflexions. 

(Orig. Dépét de la guerre. Vol. 1797, n* 197.) 

70. Villars à ChamillaH. 

Extrait, A Metz, le 14 février 1705. 

[Les ennemis] se flattent que les affaires nouvelles sont épui- 
sées. Yoicy les occasions où les bons et fidelles sujets doivent 
donner des marques solides de leur zèle pour le plus grand Roy 
et le meilleur maistre du monde. Gomme personne n'en a reçu 
de plus grandes grâces que moy, je voudrois bien, Monsieur, 
estre des premiers à donner les plus fortes preuves de recon- 
noissance. 

Quelque pénétré que je sois des dignitez dont il a plu à S. M. 
de m'bonorer, ce ne sont pas ses plus sensibles grâces. Celle de 
sa conûance pour les plus importants emplois, la bonté qu'Ëlle a 
eu il y a deux ans et demy de me donner son armée d'Allemagne 
n'estant que le sixième dans lad. armée, ont imprimé dans mon 
cœur des désirs, ou pour mieux dire un tourment de satisfaire à 
mes devoirs et à mes obligations, qui ne peut se dissiper que par 
les services que je pourray rendre à S. M. 

En attendant ceux de la guerre, je vous supplie. Monsieur, de 
m'attirer une grâce de S. M., d'une nature différente de celles 
dont Elle m'a honoré ; mais, auparavant, je dois. Monsieur, vous 
expliquer Testât de mes affaires. Je n'en ay jamais rien caché à 
Sa Majesté, et en me mariant je pris la liberté de luy dire que, 
parmy tant de sujets qui se ruinent à son service. Elle ne seroit 
peut estre pas fâchée d'en trouver un qui, en soutenant une 
dépense au dessus de son estât, s'estoit enrichy. J'eus donc l'hon- 
neur de dire à S. M. que j'avois plus de 500 mille francs, outre 
mes terres de Dauphiné et Lionnois, qui venoient de ma famille, 
et la charge de commissaire général de la cavalerie. Ge bien 
là, me venant pour la pluspart du jeu, et M. le prince Eugène en 
ayant fourny une assés bonne partie. 



336 APPENDICE. 

L'on verra doac daae mon contract de mariage que j'ayois 
527 mille francs; j*ai vendu la charge de commissaire général 
210, cela fait 737. J'ay eu l'honneur de dire au Roy que les sau- 
vegardes m'avoient valu 210 mille livres dans TEmpire; cela fait 
près de 950 ; si vous me trouvés présentement plus de 960 mille 
francs de bien, je veux bien perdre l'honneur de la confiance de 
S. M. Gela détruit en peu les impostures du comte de Monaste- 
roi, qui avoit répandu et persuadé que j'avois tiré cinq ou six 
cens mille écus de l'Empire; peut estre mesme, Monsieur, avant 
que j'eusse l'honneur de vous parler, en avez vous creu une par- 
tie. J'avoue que je ne puis penser à la malice de cet imposteur, 
lequel a peut estre sauvé l'Empereur et l'Empire par avoir tou- 
jours traversé mes projets et m'avoir brouillé avec son maistre, 
sans estre saisy d'une fureur dont je ne suis pas le maistre; par- 
donnés moy cette digression, je reviens à Testât de mes affaires. 

J'ai donc 960 mille francs de bieh, outre mes terres, dont le 
revenu est employé à ma mère, mon frère, auquel je donne mille 
écus tous les ans, outre la légitime, et deux sœurs, auxquelles 
mes secours sont nécessaires. Je ne compte pas le bien de M"^* la 
maréchalle de Yillars, ce que j'en tire n'a pas fait jusqu'à présent 
la troisième partie de sa dépense, mais, comme je veux retran- 
cher la mienne, elle en usera de mesme. 

Ces 960 mille francs ne m'en produisent présentement que 
trente cinq mil de rente, parce que je ne suis pas payé des inté- 
rests qui me sont deus de la vente de la charge de commissaire 
général, la mort du comte de Verûe ayant apporté quelques dif- 
ficultez au payement, et d'ailleurs j'ay de l'argent qui ne me 
porte aucun intérest, le voullant employer à une terre. 

Mais laissons le revenu de mes terres et le bien de M"'* la 
maréchalle pour- entretenir ma famille. Je conte sur trente cinq 
mille francs bien venants du reste de mon bien. Outre cela, j'ay 
des bontez du Roy quinze mille francs comme gouverneur de 
Fribourg et huit mille francs de pension, et treize conmie maré- 
chal de France ; cela fait trente six mille livres de rente et trente 
cinq font soixante et onze. Je conjure S. M. de vouloir bien 
jusques à la paix generalle se servir de ces soixante et onze mille 
livres tous les ans. 

Ge qu'elle me fait l'honneur de me donner comme commandant 
de ses armées suffira pour ma dépense, laquelle je modéreray, 
mais asseurement, Monsieur, ny l'offîcier ni le soldat n'en auront 
moins d'estime et d'amité pour moy, connoissant l'usage que je 
fais de mon bien. D'ailleurs, je n'ay point entendu ny lu que les 



APPENDICE. 337 

généraux les plus fameux Tayent esté par le nombre de leurs 
chevaux de main ou par la délicatesse de leur table. 

Je suis bien persuadé, Monsieur, que je ne suis pas le premier 
qui ay fait de pareilles propositions ; mais je conjure 8. M. de 
m'accorder la grâce que je sois le premier à donner un exemple 
qui sera ardemment suivy. Il n'y a pas tant de mérite, Monsieur, 
nous nous asseurons les bienfaits du Roy en luy donnant les 
moyens de soutenir sa gloire et celle de sa nation dans une si 
juste guerre, et rien n'estonnera plus nos ennemis que d'ap- 
prendre que le Roy, par ce qui lûy reste de libre de ses anciens 
revenus, par la capitation et les efforts de ses sujets, soutiendra 
la guerre, quelque longue qu'elle puisse estre. Enfin, Monsieur, 
je vous demande votre protection pour obtenir telle grâce et je 
vous la demande par tout l'attachement et le respect avec lequel 

je suis, etc. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1851, n* 117.) 

71. Ohamillart à Villars. 

Extrait. A Versailles, le 18 février 1705. 

Pour ce qui est de votre seconde lettre et de ce qu'elle con- 
tient, je l'ay luô toute entière au Roy; vous en avez tout le 
mérite et il ne vous en coustera pas beaucoup. 8. M. est bien 
convaincue de votre bonne volonté; j'espère qu'elle en aura des 
preuves en tout genre. Il ne seroit pas juste que vous eussiez fait 
voir de l'argent au controUeur gênerai des finances sans qu'il 
vous en coutast quelque chose. C'est un peu de temps que je vous 
demande et de ne me pas tenir rigueur sur la régularité du paye- 
ment. Je serois bien content s'il se trouvoit un grand nombre de 
gens dans les mêmes dispositions que vous, je ne leur en deman- 

derois pas davantage, cela ne laisseroit pas de me soulager 

(Minute. Dépôt de la guerre. Vol. 1851, n* 132.) 

72. Villars à Chamillart. 

Extrait. A Metz, le 28 mars 1705. 

J'apprens par des officiers généraux de M. l'Électeur de 

Bavière qui sont icy que M. le prince Eugène ne conte pas que le 
Roy puisse avoir de cavallerie cette campagne. Nous leur en 
ferons voir avant que la leur ait encore osé paroistre. Ces deux 
officiers généraux, qui arrivèrent avant-hier, sont M. le marquis 



338 APPEin>iGE. 

Maffey et M. le chevalier de Santini ; je ne sçay si M. l'Électeur, 
leur maître, approuvera ce qu'ils dirent hier publiquement, en 
présence de M. le marquis d'Alègre et des principaux officiers qui 
sont icy ; pardonnez-moy, Monsieur, la petite vanité de vous en 
rendre compte. 

Ces Messieurs-là déclarèrent donc que M. le prince Eugône 
n'avoit fiût aucune difficulté de leur dire publiquement qu'il avoit 
conté l'Autriche, Vienne et l'Empereur entièrement perdus en 
deux occasions : la première quand on apprist à Vienne qu'im- 
médiatement après mon entrée dans l'Empire, j'avois envoyé des 
trouppes qui dévoient s'embarquer à Ulm pour attaquer Passau, 
et la seconde quand M. le prince de Bade, poussé dans le lac de 
Constance, vit prendre Kempten devant luy, et, n'ayant plus 
aucune retraitte^ et seullement douze ou treize mil hommes, pou- 
voit estre emporté par touttes nos forces rassemblées à Memmin* 
gen. Peut-estre est-il ridicule, Monsieur, de vous parler encore 
de ces avantures, mais c'est une grande consolation pour moy 
d'apprendre par de tels témoignages que les généraux des enne- 
mis conviennent de ce que j'ay eu l'honneur de vous mander U 

y a longtemps. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1851, n» 268.) 

73. Villars à Chamillart. 

A Thionville, le 14 may 1705. 

Il arriva hier icy. Monsieur, un scandale dont je crois qu'il faut 
faire punir sévèrement les auteurs; un dragon du régiment 
d'Epaux, condamné pour duel à estre pendu et mené à la potence, 
comme il estoit prest à y monter, un capitaine de l'Estrange, 
nommé Dorcise, commandé pour la garde, étant à la teste de son 
détachement, s'avise de demander que l'on relise la sentence. Le 
lieutenant général de Thionville la fait relire par une complai- 
sance ridicule, pendant ce temps-là, ce capitaine crie que c'est 
un plaisant jugement, fait marcher la garde les armes hautes, 
l'aide-major de la place le saisit par le justeaucorps, le capitaine 
des Portes luy dit : « Gomment, Monsieur, vous allés contre les 
ordres du Roy. » Le capitaine dit qu'il s'en moque et marche à 
la potence, d'où le dragon se sauve. Dans le moment que je suis 
averty, j 'envoyé pour arrester le capitaine, qui s'est sauvé. Les 
misérables archers de la ville et le Ueutenant général à leur teste 
s'enfuirent d'abord, sans môme songer à me venir demander jus- 
tice. J'ay chargé M. d'Espagne de vous envoyer les informations, 



APPSNDIOB. 339 

mais le fiût a été eclaircy publiquement devant moy, tel que j'ay 
rhonneur de tous l'expliquer. Le capitaine de l'Estrange mérite 
le plu8 sévère châtiment, et le lieutenant général et toute la jus- 
tice de la ville sont des innocents ; le premier d'avoir Ceiit relire 
une sentence sur Tordre d'un capitaine. D'ailleurs, ils n'avoient 
pas fidt lier le dragon, ils n'ont demandé main forte à personne 
et ont commencé par s'enfuir. 

Je dois avoir l'honneur de vous dire, Monsieur, qu'il y avoit un 
conflit de juridiction, le lieutenant général de ThionvÛle ayant 
voulu connoitre du crime du dragon, comme de duel, et les troupes, 
prétendant que ce n'étoit pas duel, vouloient que le conseil de 
guerre en eut seul connoissance, et nous trouvasmes M. de 
Saint-Gontest, M. de Refuge et moy, que c'estoit au Parlement 
de Mets à juger le cas. Enfin, Monsieur, le crime du capitaine 
me paroist digne des plus sévères punitions. Gomme cela arrive 
dans un régiment déjà un peu en désordre et contre lequel mesme 
j'ay eu l'honneur de vous escrire ; je dois, pour rendre témoi- 
gnage à la vérité, vous dire que M. le marquis de l'Estrange me 
paroist un assez bon sujet, jeune honmie de condition bien fait, 
qui n'est secondé par personne; son lieutenant-colonel, qui a esté 
déjà cassé dans un autre régiment, ne sert point. La compagnie 
de ce lieutenant-colonel est à Péronne. II est de mon pays, toutte 
sa famille m'a écrit en sa faveur, mais rien ne me fsra jamais 
soutenir un mauvais sujet. 

(Oriç. Dépét de la guerre. YoL 1852, n* 17S.) 

74. ViUars à ChamUlart. 

Au camp de Frikingen, le 4 juin 1705. 

Je n'ay pu. Monsieur, avoir l'honneur de vous escrire hier, 
ayant esté toutte la journée à voir arriver l'armée ennemie, 
laquelle, par une marche forcée, vint camper sur les hauteurs de 
Perl le mesme jour qu'elle a passé la 8aare ; elle a sa droite à la 
Moselle et la gauche vers Schervalds, tenant une assés grande 
estendûe ; je ne sçay si M. de Marlborough s'est flatté de sur- 
prendre l'armée du Roy, la marche qu'il a faitte étant asseure- 
ment très longue. 

L'ennemy ne fait aujourd'huy que s'estendre dans son camp, 
attendant son artillerie et tout ce qui n'avoit pu arriver hier; les 
discours de leurs prisonniers et déserteurs sont qu'ils viennent 
nous attaquer, et quoyque M. de Marlborough, s'il ne tient pas 
paroUe en nous attaquant, ne puisse donner pour excuse que nous 



340 APPENDICE. 

soyons couverts de ravines, de rivières ou de ruisseaux, puisque 
rien de tout cela ne nous sépare de luy, je souhaite qu'il persiste 
dans le dessein qu'il a publié. Ge général m'a fait faire beaucoup de 
compliments par M. Protin, qui estoit ailé luy en faire de la part 
de M. le duc de Lorraine, l'ayant chargé de me dire qu'il espé- 
roit de voir une belle campagne, puisqu'il avoit à faire à moy et 
que du reste il venoit nous chercher à la teste de 110 mil hommes. 
De pareils discours ne nous imposent beaucoup. J'ay un peu 
reculé ma droitte pour pouvoir mieux me servir de ma cavalerie. 
J'ai l'honneur de vous répéter, Monsieur, que je souhaitte très 
ardemment d'estre attaqué. Le Roy doit estre content de l'ardeur 
que marquent ses trouppes, et, comme l'armée mettoit en bataille 
ce matin, il n'y a pas un bataillon dont je n'aye entendu les sol- 
dats me demander à combattre, cela est coipme je vous le dis 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1853, n* 14.) 

75. Villars à GhamiUart. 

Au camp de Frikingen, le 5 juin 1705. 

Gonmie Sa Majesté peut estre bien aise d'estre promptement 
informée de la situation de son armée en présence des ennemis 
depuis deux jours, j'ay cru devoir dépescher ce courrier. Je sou- 
haitte véritablement que M. de Marlborough soutienne la gageure 
et prenne la resolution de nous attaquer dans un aussy bon poste 
que celuy-cy. J'ay un peu reculé ma droitte et n'avois pas voulu 
la retrancher dans le premier lieu où je Tavois placé, bien que 
cela eut été nécessaire, mais je voulois paroitre uniquement 
occupé de marcher en avant, et quand on a tant fait que de 
retrancher un poste, c'est une petite marque de faiblesse que de 
le quitter, au lieu que quand on est seur de son terrain on attend 
à l'occuper quand le temps en est arrivé. 

J'ay déjà eu l'honneur de vous dire plus d'une fois. Monsieur, 
que, pour empescher le siège de Sarrelouis, il faut une bataille ; 
je ne vous diray pas bien précisément la force des ennemis ; il 
s'en faut beaucoup que je ne leur croye les cent dix mille hommes 
qu'ils publient. Otons-en trente mille hommes, pourroit-on leur 
en croire quatre- vingt mille effectifs, ce ne sera pas sur les divers 
états et mémoires, dont aucun jusqu'à présent ne me paroH bien 
digne de foy, mais par les raisonnements. 

L'ennemy n'ose se montrer en Flandre ny en Alsace, il faut 
donc qu'il soit bien nombreux icy. 

Le siège d'Huy et de Liège est fort^ agréable et peu utile à 



APPENDICE. 341 

M. l'Électeur de Cologne. Je suis seulement obligé d'avoir l'hon- 
neur de vous dire qu'il n'a pas attiré un homme des ennemis. 

Vous trouverez ci-joint, Monsieur, une copie d'une lettre que 
j'ay receue de M. de Marlborough et de la réponse que je luy fais. 
J'espère, Monsieur, que vous me ferez l'honneur de m'envoyer 
la lettre de l'Électeur de Brandebourg à M. de Marlborough, que 
je vous ay adressée en original. 

(Orig. Dép^t da la gaenre. VoL 1853, n* 20.) 

76. Marlborough à ViUars. 

Du 5 juin 1705. 
Monsieur, 

Mon frère, le gênerai Churchill, m'ayant appris que, dans sa 
marche avec les troupes angloises de Maestricht vers ces quar- 
tiers, quelques-uns des dites troupes auroient esté pris et menez 
par vos partis à Luxembourg, et comme je sçais que vous ne 
trouvez point de plaisir dans les souffrances de ces honnestes 
gens, je viens vous faire offre, en cas que vous voulussiez bien me 
les envoyer, d'en user de mesme avec vous et de vous rendre un 
pareil nombre. 

Permettes aussy, je vous prie. Monsieur, que je me serve de 
cette occasion pour vous informer qu'un courrier qui m'apportoit 
des lettres de Mayence à Trêves, ayant tombé entre les mains 
d'un de vos partis de Sarrelouis qui luy ont enlevé son paquet, je 
m'estois flatté que, selon ce qu'on a toujours pratiqué de nostre 
costé, on me les auroit renvoyé. C'est la grâce aussy que je vous 
demande de donner les ordres au commandant de cette place, 
affîn qu'il le fasse en cas qu'il ne s'y trouve rien qui soit de con- 
séquence. 

Je me sers aussy avec plaisir de cette occasion pour vous 
asseurer de mes respects et que partout où il s'agira de vous 
rendre les mesmes justices, je m'y employeray avec empresse- 
ment pour vous marquer l'estime très particulière avec laquelle 
j'ay l'honneur d'estre, etc. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1853> n* 21.) 

77. Villars à Marlborough. 

Du 5 juin 1705. 
Monsieur, 

Je suis fort honteux, dans le premier commerce que j'ay l'hon- 
neur d'avoir avec nous, d'estre obUgé à vous suppherde me par- 



342 APPBIOWX. 

donner un manque de politesse, ouTrant quelques lettres qui vous 
estoient adressées; quoyque le courrier qui les portoit n'eust 
aucun passeport, j'aurois eu beaucoup d'égard pour tout ce qui 
TOUS regarde, si un homme comme vous, Monsieur, ne méritoit 
trop d'attention pour ne pas inspirer beaucoup de curiosité. Je 
vous avoueray. Monsieur, que je n'ay pas présentement ces 
lettres, j'auray l'honneur de vous les renvoyer incessamment et 
bien cachetées. 

Quant aux prisonniers, vostre trompette n'aura que le temps 
de disner pour vous ramener ceux qui se trouvent à Tannée ; je 
dois cependant vous expliquer, Monsieur, qu'il nous en est 
redeub un très grand nombre, parce que j'ay fait renvoyer tous 
ceux que j'ay trouvé sur ces frontières depuis qu'il a pieu à Sa 
Majesté me faire l'honneur de m'en donner le commandement. Je 
ne me prens pas à ce qui est sous vostre autorité, ny des Hoilan- 
dois ; M. le comte de Noyelles et le sieur Posters en ayant usé 
très honnestement. Mais, Monsieur, comme vous plaignez les 
honestes gens de vos troupes, qui soufTrent, pardonnes moy les 
mesmes sentiments pour les nostres. Vous trouvères toujours en 
moy. Monsieur, ceux de respect et d'estime que vous méritez et 
une grande envie d'acquérir la vostre par ce qui pourra se pas- 
ser dans le cours de cette campagne. J'ay l'honneur, etc. 

(Min. Dépôt de la guerre. Vol. 1853» n* 22.) 

78. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Frikingen, le 5 juin 1705. 

Je viens de visiter la gauche des ennemis, qui s'estend 

très loin. J'ay trouvé des baillifs de M. le duc de Lorraine qui 
alloient se plaindre à M. de Marlborough de ce que six de leurs 
villages ont esté entièrement saccagés, les églises forcées, les 
curez dépouillez, aussy bien que les paysans et tous les bestiaux 
enlevez. J'avoue, Sire, que je n'ay point du tout esté fasché de 
voir les Lorrains traités avec la dernière rigueur par les Allemans, 
dont ils desiroient si fort l'arrivée. 

M. le duc de Lorraine est un prince très sage, mais presque 
tous ses sujets, qui doivent aux bontés de Votre Majesté le réta- 
blissement de leurs biens et l'opulence dont ils jouissent, sont de 
très dangereux voisins, et pendant que les ennemis les saccagent, 
je dois dire, à la louange de vos trouppes, qu'elles vivent dans 
une discipline exemplaire. 



APP8NDIGB. 343 

Je reviens, Sire, à ce qui regarde la guerre. Voilà deux jours 

que les ennemis passent sans nous attaquer. J'ay toujours bien 

connu la bonté de ce poste et mieux que plusieurs qui voulioient 

me porter à des partis foibles. Je ne les en blasme point, car on 

peut penser diversement avec les mesmes bonnes intentions. Je 

prendray les partis de hauteur dans touttes les apparences ; je 

sçay, 8ire, que Ton impose quelquefois à un ennemy par là, et 

ne Gommettray pas l'armée légèrement. Je tascheray toujours de 

me montrer et d'arriver à la Nied en mesme temps que Tennemy, 

s'il cherche à combattre avec autant d'empressement qu'il le 

publie, il n'est pas possible que nos divers mouvements ne luy en 

donnent les moyens, c'est à moy à empêcher qu'il n'en ayt de 

favorables 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1853, n* 18.) 

79. Villars à ChamillarL 

Au camp de Ferkem, le 7 juin 1705. 

Je vois, Monsieur, par la lettre dont vous m'honorez du 2, que 
vous me croyés bien plus fort en infanterie que les ennemis, 
mais que véritablement ils peuvent avoir plus de cavalerie que 
moy. J'ay peine à croire que vous soyez toujours dans la môme 
opinion, voyant que les ennemis sont renfermés en Flandre dans 
leur camp de Mastricht et qu'il ne leur reste presque plus per- 
sonne sur le Rhin, que M. le maréchal de Villeroy a plus de 
80 bataillons et M. le maréchal de Marcin encore 27. A ce 
compte-là. Monsieur, le Roy auroit un nombre si supérieur à ses 
ennemis que ce seroit à nous à entreprendre. Pour moy. Mon- 
sieur, je voudrois bien que vous m'eussiez fait l'honneur de me 
mander : le Roy désire que vous ne perdiez pas la première occa- 
sion de combattre. Gela ne me porteroit pas à le faire mal à pro- 
pos, mais je vous avoue que d'avoir seullement voulu demeurer 
dans ce camp me fait passer pour téméraire parmy tous nos gêné- 
raux, et je n'entens que discours de sagesse, que j'ay le sort de 
llstat entre les mains, qu'il vaut mieux que Sarlouis tombe que 
de donner une bataille avec une si grande inégalité de forces. Je 
vous supplie, Monsieur, de ne rien témoigner de tout cecy ; peut- 
estre me croyez-vous trop prudent lorsque je suis presque seul 
de mon avis dans les partis, je ne dis pas hazardeux, mais qui 
n'ont que les apparences d'audace. 81 j 'a vois esté aux opinions, 
j'aurois, à l'approche des ennemis, repassé la Moselle ou du 
moins la petite rivière de Kunigsmaker ; une pareille démarche 



344 APPENDIGB. 

sur leurs premiers mouyements pour s'approcher de moy estoit 
d'une dangereuse conséquence. Mais, Monsieur, n'avez -vous 
aucun estât fidelle des forces des ennemis? Pour moy, les plus 
foibles qui me sont venus leur donnent 90 mil hommes. M. le 
prince Louis arrive, ne croyez- vous pas. Monsieur, que leurs 
armées approcheront de ce nombre-là? M. le maréchal de Ville- 
roy m'a envoyé des copies d'avis qui luy ont esté donnez par des 
gens que le Roy paye, dit-il, bien cher. Je luy ay mandé que je 
croyois ces donneurs d'avis des fripons et ceux que le Roy a eu 
précédemment que les ennemis dévoient avoir deux armées en 
ces pays-cy estoient bien les plus raisonnables. 

Vous avez raison d'avoir grande opinion de l'armée que j'ay 
l'honneur de commander, mais pardonnez-moy la liberté de vous 
dire que pendant la dernière guerre nos armées en Allemagne 
n'ont jamais esté moins de i35 ou 140 escadrons, et les compa- 
gnies étoient à 40 maistres, et par conséquent les escadrons plus 
forts. Quelle frontière estoit la notre, et à quelles misérables 
armées d'ennemis avions-nous à faire? Présentement que j'ay à 
soutenir des places séparées par des pays très difficiles et que j'ay 
sur les bras touttes les forces d'Angleterre, la pluspart de celles 
de Hollande et touttes celles de l'Empire, vous regardez cent 
vingt cinq escadrons conmie un nombre formidable. Faites moy 
l'honneur de me mander que je ne perde point les premières 
occasions de combattre, cela sera bientost fait, je me conduiray 
pourtant sagement, en les cherchant et en taschant de me don- 
ner tout l'avantage du poste. 

Je vous demande pardon de la liberté que je prens de vous 
parler sincèrement ; encore une fois, le Roy est mieux informé 
que moy, mais j'ay toujours résolu, comme j'ai eu l'honneur de 
vous le mander, de marcher à la Nied dès que les ennemis y 
marcheront. J'espère que ils ne pourront me combattre qu'avec 
désavantage en m'en approchant, ne soyés pas inquiet sur 
l'ordre, les mouvements et les situations que je prendray. Vous 
pourries l'estre sur la force des ennemis, mais je dois croire vos 
avis bien plus justes que les miens. 

Vous aurez veu. Monsieur, par la lettre que j'ay eu l'honneur 
de vous escrire hier, que les ennemys attendent aujourd'huy et 
demain un renfort considérable. Ils n'ont fait aucun mouve- 
ment aujourd'huy. Je suis prest au premier pas qu'ils feront à 
costoyer leur marche. Il nous arrive un prodigieux nombre de 
déserteurs de leur camp. Ce qui fait deux bons effets, le premier 
et le moindre, c'est l'augmentation que cela met dans nos troupes. 



ÂBPENDIGE. 345 

mais cela les contient au point que je n'entends parler d'aucune 
désertion des nôtres, qui Toyent bien qu'il ne fait pas bon chez 
les ennemis, puisqu'elle y est grande. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1853, n* 38.) 

80. Villars à M. Des Alleurs*. 

Du 16 juin 1705. 

Je reçois une lettre de M. de Ferriol^ de trois mois, ne pour- 
rois-je pas en recevoir une des vostres de six? Je voudrois bien 
sçayoir comment vous vous trouvez de nos bons houssards et 
comment un homme élevé dans l'infanterie s'accommode de cette 
petitte guerre de Tartares. Ce qui vous aura plu davantage et 
que jusqu'à présent vous avez parfaitement bien fait, c'est d'em- 

pescher les mécontens d'estre Vous m'avez toujours paru plus 

propre, soit dit sans vous déplaire, à entretenir noise qu'à éta- 
blir une indolente tranquilité dans les esprits. Si pourtant, après 
avoir bien échauffé la division qui est entre les Grermains et les 
Huns, vous pouviez trouver quelque recette pour mettre l'uni- 
vers en paix, vous obligeriez bien du petit monde, qui ne peut 
estre content de tous ces troubles. 

Pour moy, depuis huit jours, j'ay une assés jolie petitte com- 
pagnie devant moy : Milord Marlborough, avec tous les Anglois, 
Hollandois, tous les princes de l'Empire et leur séquelle est en 
présence de l'armée du Roy. Il m'avoit promis de m'avaller avec 
un grain de sel en arrivant. Enfin, ils ramassent tout leur monde. 
Le prince Louis y arrive aussy de son costé et bientôt tout le 
monde y sera; je dis pour moy tant mieux. 

Pendant ce temps-là, M. le maréchal de Yilleroy prend Huy, 
il prendra bientost Liège. Voilà, mon cher major général, à quoy 
nous en sommes. Je vous demande pardon de vous appeler major 
général, je sçay bien que vous êtes Ueutenant général et je crois 
même général. Je crois vous voir un sabre sous la cuisse, un 
panserote (?) à la main, des aisles d'aigle sur les épaules et enfin 
tout l'équipage avec lequel l'on nous représente Attila. Buvez 
toujours du bon vin de Tokay. Bien des compliments de ma part 
à M. le prince de Ragotsy. J'ay eu bien peur pour luy dans des 
périls où je ne l'avois pas jette, ainsi que les impériaux le 
publioient, car je n'avois aucune connoissance de ses affaires, 

1. Bd mission en Hongrie auprès da prince Rakoczy. 

2. Alors ambassadeur de France à Gonstantinople. 



346 APPENDICE. 

quand son fripon de enfin il s'en est bien tiré. Bonjour, mon 

cher major général, aimez-moy toujours, tous sçavoE à quel 

point je vous estime et honore. Quand touttes ces petittes haga- 

telles seront terminées, je seray ma foy ravy que nous nous 

retrouvions un peu au coin de notre feu ensemble. Mais je meurs 

de peur que yous ne soyez tenté d'une ambassade à Gonstanti- 

nople, gardés- vous en bien^ 

(Copie. Arch. Vogué.) 

81. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Ferkem, le 17 juin 1705. 

J'ose espérer que Votre Majesté apprendra avec quelque joye 
la retraitte des ennemis ; l'on peut mesme dire honteuse, puisque 
cette armée, composée de tant de nations et qui vouloit répandre 
une si grande terreur, s'est retirée la nuit, fort à la sourdine. Il 
semble que Dieu protecteur de la justice des armes de Votre 
Majesté avoit marqué à ce grand nombre d'ennemis les terres 
qu'ils dévoient respecter. On les a empesché de mettre le pied 
sur celles de Votre Majesté. Le poste que vostre armée a occupé 
étoit précisément sur la frontière de ses Ëstats, et, entre les rai- 
sons de guerre plus solides, je n'aurois pas osé dire que celle-là 
m'auroit fait une grande impression, et que j'aurois été bien 
fâché d'avoir à me reprocher qu'honoré du commandement de 
ses armées, j'eusse laissé entrer celles des ennemis dans ses 

EstaU 

(Orig. Dépôt de U guerre. Vol. 18S3, n« 102.) 

82. Villars à la marquise de Maintenon. 

Du 17. 

Madame, la confiance que vous avez en moy ne sera point 
trompée ; vous m'avez fait l'honneur de me dire que vous atten- 
diez quelque bonne nouvelle de mon costé ; en voicy une très 
importante et comme vous les aimez, sans qu'il en coûte du sang. 
Enfin, Madame, je viens de voir la retraitte de ce nombre prodi- 
gieux d'ennemis qui dévoient envahir nos frontières et une 
retraitte même en quelque manière honteuse, puisqu'elle s'est 
faitte la nuit, sans bruit. Voilà nos frontières tranquilles et nos 
ennemis chassez de la Moselle et de la Saarre, qu'ils regar- 

1. Malgré ce conseil, Des Allears accepta l'ambassade de ConstanU- 
nople. 



APPENDiCB. 347 

doient comme une entrée facile pour pénétrer dans le cœur 
de nos États. J'ose vous augurer, Madame, que ce grand dessein 
des ennemis avorté rend le ^oy maître de la guerre et de faire 
une paix glorieuse à la fin de la campagne. Celle des ennemis est 
entièrement perdue après des dépenses prodigieuses et des efforts 
immenses, et si le Roy se contente d'une deffensive, elle est 
seure partout, car ses troupes seront plus promptement d'icy en 
Alsace et en Flandres que celles des ennemis. 

Bi le Roy veut que Ton attaque, j'offre le siège de Landau ou 
d'emporter Trêves. Je compte, Madame, que l'on prendra Turin. 
Je n'ay plus d'inquiétude que pour l'Espagne. Un peu d'audace 
dans ce jeune Roy ou dans ceux qui gouvernent ses armées peut 
ranimer cette indolente nation. De notre côté, l'ennemy n'a pas 
eu l'avantage de mettre le pied sur les terres du Roy. J'ay voulu 
me tenir sur l'extrémité de la frontière et qu'il ne fut pas dit que 
sous mon commandement l'ennemy put la pénétrer. Ça esté une 
des raisons, mais la moins forte, qui m'a fait opiniâtrer à soute- 
nir un poste que plusieurs avoient voulu m'obliger de quitter. J'en 
connoissois trop la seureté et l'importance pour céder à de foibies 
raisons. 

Dieu me fasse la grâce. Madame, de pouvoir donner au plus 

grand et au meilleur maître du monde quelques momensdejoye 

et à vous. Madame, dont les bontés ne peuvent estre assez payées 

par le respect avec lequel je suis, etc. 

(Copie. Arch. Vogué.) 

83. Villars au Rai. 

Extrait Au camp de Ferkem, le 18 juin 1705. 

Dans le moment, mon trompette, que j'avois envoyé à Tarmée 
des ennemis la veille de leur départ, en arrive et a laissé le duc 
de Marlborougk à Trêves, toutte leur armée ayant passé hier et 
aujourd'huy la Moselle et la Saarre, une partie sur des ponts 
faits à Igell .et l'autre à Gonsarbrick. Mais, Sire, je dois avoir 
l'honneur de rendre compte à Votre Majesté de ce que mon trom- 
pette me rapporte, sur quoy je l'ay très soigneusement interrogé 
et bien deffendu de me mentir. 

n m'asseure donc que M. le duc de Marlborougk, après beau- 
coup de complimens pour moy, luy avoit dit ces mesmes 
parolles : « ... Dites à M. le knaréchal de Villars que je suis au 
« désespoir que le prince m'a manqué de parolle et que je ne 
c peux me prendre qu'à luy de voir toutes nos mesures rompues. » 



348 APPENDIGB. 

Il a envoyé un de ses aydes de camp à l'Empereur luy faire ses 
plaintes. Les discours publics de tous les généraux, c'est de se 
déchaisner contre le prince Louis, traittant sa conduitte de trahi- 
son manifeste. Vostre Majesté sera bien persuadée que j'ay eu 
peine à croire les discours de mon trompette, il m'a soutenu qu'il 
n'augmentoit ny duninuoit les propres termes du duc de Marlbo- 
rougk. 

Le prince de Bade n'est point arrivé à Trêves ; ce trompette dit 
avoir entendu de plusieurs officiers généraux, lesquels parois- 
sants outrez, ainsy que le milord, et mesme s'expûquant audit 
trompette, que le prince Louis devoit, avec touttes ses trouppes, 
joindre l'armée le 10, et puis conformément aux résolutions déjà 
prises, attaquer l'armée de Votre Majesté, en un mot faire les 
derniers efforts ou pour la forcer dans son poste en la tournant 
ou, luy estant ses subsistances, la forcer à reculer. 

Non seulement M. le prince de Bade n'a pas voulu joindre, 
estant allé à des eaux, mais le duc de Virtemberg, commandant 
en son absence, a eu ordre de luy de ne pas combattre. 

Enfin, Sire, mon trompette m'a dit qu'il sembloit qu'ils s'es- 
toient donné rendez-vous pour venir jurer autour de luy 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1853, n* 108.) 

84. Villars à Chamillari. 

Extrait, Au camp de Ferkem, le 19 juin 1705. 

Je n'ay pas eu l'honneur de vous mander une petitte avan- 

ture du sieur de Martigny, envoyé de M. le duc de Lorraine 
auprès du duc de Marlborougk. Ce général, la veille que l'armée 
devoit marcher, dit à l'envoyé de Lorraine : < Revenez demain 
matin, je vous donneray des lettres pour M. le duc de Lorraine. > 
Cet envoyé y retourne et ne trouve personne au quartier. L'ar- 
mée étoit en marche et le village où estoit le quartier général, 
qui estoit de Lorraine, brûlant. Il s'en retourne assez estonné à 
une maison où il logeoit, éloignée de l'armée ennemie environ de 
trois quarts de lieues, prend son équipage pour suivre. Il trouve 
nos houssards, qui commencent par le mettre nud conune la 
main. Il leur montre un passe-port ; les houssards le lisent et ne 
voyant que Marlborougk sur le passeport, et point Villars, conti- 
nuent avec leur poUtesse naturelle à ne luy pas laisser un chaus- 
son. Heureusement pour luy, le nommé Bonnaire, que le Roy a 
fait capitaine de houssards en dernier lieu, arrive et luy fait 



APPENDICE. 349 

rendre générallement tout ce qu'il avoit perdu, mais l'honneur 
d'estre envoyé auprès. des ennemis sans avoir aucun passeport 

de moy luy a fait passer une très fâcheuse demy heure 

(Orig. Dépèt de la gaerre. Vol. 1853, n* 113.) 



85. Villeroy à Villars. 

Au camp d'Esclain, 19 juin 1705. 

Je vous pardonne de bon cœur, Monsieur, le mal que m'a fait 
votre courrier en m'éveillant à une heure après minuit, mais je 
vous assure que j'en suis bien dédonunagé par la grande et 
importante nouvelle que vous m'apprenez par la lettre que vous 
m'avez fait l'honneur de m'écrire le 17. Voilà bien du temps 
perdu à M. de Marlborough, que vous avez employé bien utille- 
ment pour le service du Roy. Un ennemy plus fort que vous tiu 
moins de 35,000 hommes n'oser vous attaquer, c'est précisément 
comme vous le dites. Monsieur, une chose qui décrédite autant 
les ennemis que s'ils avoient perdu une bataille. Il est surpre- 
nant que M. de Marlborough demeure 11 ou 12 jours en présence 
devant vous, qu'il fasse venir des trouppes des quatre parties du 
monde avec l'ostentation de dire qu'il vous attaquera partout et 
que, le jour que touttes ses troupes le joignent, l'affaire aboutisse 
à se retirer à la sourdine. Certainement, c'est un grand manque 
de jugement, ce n'est pas la première fois que les gens habiles 
ont fait des projets qu'ils ne peuvent exécuter par les diffîcultez 
qu'ilz y trouvent, mais, je le répéteray encore, demeurer douze 
jours dans la même situation, faisant venir tout ce qu'il peut ras- 
sembler des pays les plus éloignez et changer son premier projet, 
^certainement cela n'est pas d'un habile homme. J'espère que des 
entreprises si mal concertées causeront bien de la division entre 
M" les généraux. La semence y étoit déjà. Monsieur, comme 
vous sçavez, entre M. de Marlborough et le prince de Bade. Il 
faut voir présentement de quel costé ils tourneront, car il n'y a 
pas moyen de croire que ce nombre innombrable d'hommes ne 
soyent employez à quelque chose. Luxembourg me paroist si dif- 
ficile que je ponse conune vous. Monsieur ; comme je ne connois 
point le pays, je ne sçaurois juger si dans la situation où ils sont 
ils croyent pouvoir contenir votre armée et faire investir Sarre- 
louis. Vous m'avez mandé que l'armée du prince de Bade arri- 
vant sur Trêves étoit une marque que le projet de Marlborough 
n'étoit pas le siège de Sarrelouis; ainsi, Monsieur, je jette mon 



J 



350 APPENDIGB. 

bonnet par dessuB les mouline et je ne fatigue plus mon imagi- 
nation de chercher à deviner. Je jouis bien pleinement du plaisir 
de TOUS voir un si heureux événement poi^r les affaires du Roy. 

(Oople. Arch. Vogué.) 

86. Chamillart à ViUars. 

A Versailles, le 20 juin 1705. 

Vous ne serez, Monsieur, pas tant loué que vous méritez de 
Testre, quoyque ce que vous venez de faire soit d*un grand éclat. 
J'avoue que je vous en croiois très capable. Vous avez donné une 
grande joye au Roy. J'espère que ce ne sera pas la dernière nou- 
velle agréable qui viendra de votre part à Sa Majesté pendant le 
cours de cette campagne. Penne ttez-moy de vous dire que j'ay 
presque autant de courage que vous et que je n'ay pu mo per^ 
suader que les ennemis formassent le siège de Sarrelouis devant 
votre armée. Le Roy vous donne une nouvelle matière de vous 
occuper, c'est à vous à secourir vos voisins, et à faire l'arrange- 
ment des armées de manière que les ennemis ne se dédommagent 
pas ailleurs de ce qu'ils ont manqué de votre costé. 

Je vous demande de continuer d'écrire à M. le prince de Gonty, 
mais de le faire de manière à ne point donner occasion de raison- 
nements dont vous connoissez les conséquences. 8i vous cessiez 
de le faire, il en chercheroit ,1a cause et je serois bien fasché 
d'avoir rien à me reprocher à son esgard. 

Mandez-moy, je vous supplie, avec l'amitié et la confiance que 
vous m'avez promise, si vous estes contant de mon frère. 

(Min. Dépôt de la guerre. Vol. 1853, n* 117.) 

87. Villars au Rai. 

Au camp de Yissembourg, le 4 juillet 1705. 
Sire, 

J'avois pris la liberté de mander à Votre Majesté que je croyois 
la diligence très nécessaire. Grâce à Dieu, j'ay retiré de celle que 
j'ay faitte pour me rendre icy toutte l'utilité que j'en pouvois 
espérer. Votre Majesté aura trouvé dans mes précédentes que 
j'avois seuUement fait avancer M*** les comtes Dubourg et de 
Druy sur Trêves, tant pour donner à des ennemis déjà ébranlez 
une terreur qui pust leur faire abandonner légèrement leurs 
postes que pour cacher un peu ma marche vers le Rhin. Celle de 
ces messieurs a chassé les ennemis de Trêves, laissant onze 



APPBMDICaB. 351 

pièces de canon et une infinité de munitions dans Trêves et 
Sarbourg. 

J'ay continué la mienne vivement sur la Loutre, et ce matin, 
Tarmée s'estant mise en marche sur quatre colones, j'ay pris la 
teste avec dix escadrons, mille grenadiers et tous nos houssards 
soutenus des gardes ordinaires. 

J'ay trouvé, Sire, cinq régiments des ennemis campez sur leurs 
lignes nouvellement rétablies et en très bon estât, dont un d*in* 
fanterie estoit en garnison dans la ville de Vissembourg. Ces 
troupes avoient paru vouloir se retirer hier, mais elles ont receu 
de nouveaux ordres cette nuit, devant estre jointes par le prince 
de Hohenzolern avec la teste dos troupes qui reviennent de la 
Moselle, lesquelles estoient arrivées d'hier à Landau. 

J'ay trouvé 5 ou 600 houssards des ennemis en deçà de Vis* 
sembourg. On les a poussé vivement, ils ont repassé la Loutre 
sous les murailles de Vissembourg; soutenus par le feu de la 
ligne, les dix escadrons sont arrivez, et la teste des grenadiers. 
L*on a fait mettre trois escadrons de dragons à pied, que M. le 
marquis de Goigny et M. Des Zeddes ont mené aux redouttes des 
ennemis. M. le comte d'Evreux a voulu se mettre à la teste des 
gardes ordinaires, aussi bien que M. de Vivant et M. de BtrefiT, 
officiers généraux de jour. On a forcé les ennemis, et nos hous- 
sars, un nommé Bonnaire, capitaine, à la teste, les ont mené 
battans jusques à Gandel, et quelques-uns jusqu'aux portes de 
Landau. On en a tué un très grand nombre. L'on compte plus de 
cent prisonniers, un major, sept autres officiers. Ils ont aban- 
donné plusieurs charettes de leur artillerie. 

H est certain, Sire, que Ton ne peut rien adjouter à l'ardeur 
des troupes, et je ne suis occupé que de les retenir, filles sont 
ravies de triompher un peu sur le mesme terrein qu'elles n'a voient 
abandonné qu'avec peine. Ce qui est heureux, Sire, c'est d'avoir 
prévenu les ennemis, car ils arrivoient icy ce soir, et certaine- 
ment, si on les avoit trouvé placez derrière ces retranchements, 

ils nous auroient embarassez 

(Ofig. Dépôt de la guerre. Vol. 1845, n* 25.) 

88. Villars à GKamUlarU 

Au camp de Vissembourg, le 4 juillet 1705. 

Je sçavms bien, Monsieur, que la goutte ne m'empescheroit pas 
d'arriver promptement en ces pays-cy; elle ne m'a pas empesché 



352 APPENDICE. 

de monter à cheval aujourdliuy et de galoper un peu nos amis ; 
qui les a mieux galopes que moy, comme de raison, ce sont nos 
houssards, ils en ont asseurément tué un très grand nombre et 
quantité de chevaux pris. Le bon Dieu me maintient dans la pos- 
session de vous donner toujours quelque bonne nouvelle, moyen- 
nant cela, vous me pardonnerés bien quelques vivacités dans 

lesquelles cependant je ne retomberay plus Tous les aydes de 

camp et autres officiers de distinction vouloient porter cette nou- 
velle. Je ne vous en envoieray point qui ne méritent d'estre por- 
tées par M. le comte de Ghamillart. D arrive fort à propos un de 
vos courriers dans cet instant. H veut repartir, et pour épargner 
une course au Roy, je le renvoyé sur le champ. 

J*espère que M. le maréchal de Marcin sera content de moy 
comme aussy j'ay tout lieu de me louer de ses honestetez. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1845, n* 26.) 

89. Villars à Ghamillart. 

Vissembourg, du il juillet 1705. 

Sur Tordre que vous me donnez, Monsieur, d'avoir Thonneur 
d'informer S. M. si M'* les officiers généraux et autres se con- 
forment à ses ordonnances sur les équipages et tables, j'auray 
l'honneur de vous dire que, pour les équipages, il me semble que 
Ton les suit assez exactement ; pour les tables, c'est à peu près 
comme les campagnes précédentes. Plusieurs mangent peu pour 
le public, c'est-à-dire pour que les officiers y puissent venir libre- 
ment. Il y a longtemps que cela est sur ce pied-là. Mais les ordon- 
nances de S. M. ont cela de bon, outre la justice qui en est le 
fondement, c'est que le Roy fait ce qui dépend de luy pour que 
l'on soit dans les règles, que l'on n'ait pas à dire : je me suis 
ruiné ; aussy me paroît-il depuis fort longtemps qu'il ne se ruine 
à l'armée que gens qui se ruineront partout, aussy bien dans la 
paix que dans la guerre, gens sans ordre et qui veullent se rui- 
ner. Ces testes-là, Monsieur, vous n'avez pas résolu de les recti- 
fier, le Roy n'est pas obligé aussy à réparer leurs désordres 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1845, n* 74.) 

90. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Bischveiler, le 25 aoust 1705. 

Je seray toujours très circonspect sur le sujet des officiers 

généraux et surtout de ceux qui tiennent les premiers postes dans 



APPENDICE. 353 

les années et mon zôle pour le service de Vostre Majesté me 
fera prendre la liberté de luy dire qu'Eue ne peut y estre trop 
difficile ; que le trop grand nombre mesme ne con vient pas : par 
exemple, je vois dans Tordre de bataille de Tannée de Flandres 
quinze lieutenants généraux à une première ligne, cinq à chaque 
aile. D est vray que le plus ancien commande Taile, mais, Sire, 
le hazard ne permet pas toujours que le plus ancien soit le plus 
capable. D'ailleurs, gen^ égaux en dignité ne sont pas portés 
naturellement ny à s'estimer ny à s'obéir assez promptement. 
La guerre veut une autorité trop décidée pour que la parité puisse 
s'en accommoder. D y a des gens plus occupez de la manière 
dont ils ordonnent que de la force qui doit estre dans le conunan- 
dement. II est bon de se faire aimer des troupes, mais leur con- 
fiance ne s'acquiert que par la fermeté et la justice 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1846, n* 146.) 

91. Villars à Chamillari. 

Au camp de Bischveiler, le dernier aoust 1705. 

Je fus averty hier, Monsieur, à la pointe du jour, que l'armée 
ennemie marchoit à moy pour me combattre, et sur les cinq 
heures du matin leur teste estoit déjà sur nos gardes. Les 
trouppes prirent les armes, et, quoyque mon camp soit bon, je 
creus cependant qu'il estoit plus avantageux d'aller chercher 
Tennemy que de l'attendre. Je marchay donc avec Tarmée en 
bataille jusqu'à Schveckause. L'on commença par faire presser 
cette teste de cavalerie, qui s'estoit avancée. L'armée impériale 
s'arresta au delà du village de Kesdorff. Je marchay avec les 
houssars, les dragons du colonel général et de Listenois et douze 
escadrons de la droitte commandés par M. le comte d'Évreux, 
M" de Lannion et de Ghamillart, officiers de jour. Les ennemis 
ayant poussé les houssars, les deux régiments de dragons les 
soutinrent et chassèrent huit ou dix escadrons des ennemis 
jusques dans leur colonne. 

Les officiers que nous avons pris ont tous dit que le prince de 
Bade avoit résolu de nous attaquer, et qu'ils ne voyoient pas 
d'autre raison à son changement de résolution que de ce que 
nous avons marché à eux. Je voulois me porter sur leur armée 
et je cherchay pendant tout le reste du jour à me mettre sur eux, 
de manière que Tennemy ne pust sortir de son camp sans me 
donner quelque avantage sur son arrière-garde, mais entre la 

u 83 



354 APPENDICE. 

Sour et la Mutter il n'y a pas une goutte d'eau. Naturellement 
les petits ruisseaux ne fournissent guères et la sécheresse extraor- 
dinaire les a tous taris Ces mouvemens là sont nécessaires 

tant pour imposer à Tennemy que pour conserver l'audace de 
nos troupes, car en vérité. Monsieur, contez qu'il est trôs dange- 
reux pour les François d'estre attaquez, mesme dans un bon 

poste... 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1846, n* 179.) 



92. Villars au Roù 

Extrait. Au camp de Bischveiler, le 7 septembre 1705. 

Vostre Majesté aura veu dans mes précédentes, que sur 

l'avis de la marche d'un convoy j'avois envoyé M. le chevalier 
de Rozel avec cinq mil hommes pour attaquer ledit convoy. lies 
avis ne se sont pas trouvés justes. M. de Lannion le cherche 
actuellement, et l'on n'oublie rien au monde pour ruiner l'en- 
nemy, qui souffre beaucoup par le manque de pain. La désertion 
aussy est très grande parmy eux. D'ailleurs, V. M. ne permet ny 
ne deffend une bataille, mais de soutenir la dignité de ses armes; 
J'ay publié que Vostre Majesté m'ordonnoit de la chercher, et 
pour paroistre vouloir exécuter ses ordres, le jour d'après l'arri- 
vée du courrier, j'ay marché à l'ennemy avec toutte l'armée de 
V. M., me mettant en plaine devant luy et estendant ma gauche 
à la hauteur de sa droitte. En arrivant, on a poussé leurs gardes 
et pris un assez grand nombre de chevaux à la hauteur de leur 
camp et plus de cent cinquante bœufs de Hongrie. Comme 
l'armée de V. M. se plaçoit, M. le prince de Bade m'a envoyé un 
trompette pour me demander un passeport pour M. le duc de 
Virtemberg, qui est assez malade, et lequel, veu la quantité de 
partis que nous avons dans leurs derrières, n'espéroit pas pou- 
voir passer. 

J'ay fait voir l'armée do Y. M. au trompette et luy ay demandé 
si ces Messieurs, qui nous avoient promis de nous venir voir, 
n'en trou voient pas l'occasion assez belle, que Y. M. m'avoit 
ordonné par un courrier que j'avois receu la veille de chercher 
un combat, et que je suivrois exactement l'honneur de ses 
ordres. 

Ces discours là, Sire, plaisent à vos soldats, qui véritablement 
désirent une bataille, et imposent aux ennemis. Du reste, comme 
ils parlent de divers corps qui doivent les joindre, je dis au trom- 



APPENDICE. 355 

pette que j'espérois que, quand cette grande compagnie serait 

arrivée, ils entreraient dans la plaine 

(Orig. Dépôt de la gaem. Vol. 1846, n* 231.) 

93. Villars à Chamillart. 

Au camp d'Heneim, le 2i octobre 1705. 

Les petits exemples de séyérité que j'ay donnés, Monsieur, 
envoyant dans la citadelle de Strasbourg deux lieutenants colo- 
nels, et menaçant d*y envoyer M. de Seignelay s'il ne faisoit 
revenir les ofiBciers de Champagne, ont produit TefiTet que j'en 
devois attendre. Aucun officier depuis ce temps là n'a quitté 
l'armée, mais j'auray l'honneur de vous dire, Monsieur, qu'il est 
absolument nécessaire que vous fassiez mettre en prison dans 
les provinces les capitaines et autres officiers qui ont quitté 
l'armée malgré mes ordres, et notamment M. d'Hautefort Bozin, 
brigadier, dont asseurement la blessure au doigt n'exige pas la 
sortie de l'armée. MM. de Mailly et du Bourdet ont aussy quitté 
l'armée ayant des congés du Roy; à ceux là, qui véritablement 
sont plus incommodez, j'ay seullement fait dire qu'ils voyoient 
la scituation de l'armée et que je les laissois les juges de leur 
santé et les maistres de juger ce que leur santé ou leur reputa- 

tion demandoit. Je suis 

(Orig. Dépôt de la gneire. Vol. 1847, n* 111.) 

94. Villars à VMque de Nîmes. 

Du 18 novembre 1705. 

J'ay toujours bien compté, Monsieur, sur l'honneur de votre 
amitié, et en vérité je vous crois bien persuadé que je la mérite 
par toutte l'ardeur avec laquelle je la désire. 

Je suis persuadé que vous estes réjouy et affligé quand vous 
m'aurez cru content et triste. Le commencement de la campagne 
a esté tel que l'on pourrait le désirer, très inférieur en force aux 
ennemis; leurs grands prajets ont esté dérangez. J'en formay 
immédiatement après qui pouvoient réussir; on a voulu m'en- 
voyer en Allemagne, où nous, avons fait ce qui étoit possible, et 
M. de Chamillart me faisant l'honneur de me mander que je sou* 
lagerois fort M. le maréchal de Yilleroy, je luy repondis que 
pour soulager les autres je me verrois bientost dans une fâcheuse 
scituation si l'on m'affbiblissoit. Enfin, Monsieur, plusieurs déta- 



356 APPENDICE. 

chements, joints à la perte de plus de 12 mil chevaux par la 
même maladie qui nous a coûté si cher Tannée dernière, m'ont 
réduit aux partis de sagesse, lesquels, grâce à Dieu, ont réussy. 
U est certain que depuis la fin d'aoust les ennemis ont toujours 
eu plus de vingt mil hommes plus que moy, et outre touttes les 
forces de l'Empereur et de tout l'Empire leur armée étoit fortif- 
fiée de plus de 50 escadrons et 32 hataillons à la solde de l'An- 
gleterre et de Hollande et un corps de Saxons; malgré cela on a 
disputé le terrein, deffendu et puis abandonné Haguenau, pen- 
dant ce temps la fortiHié Hombourg et les postes de la Saarre, 
et empoché l'ennemy de faire aucun progrès en ces pays cy, et 
enfin resserré leur armée dans les pays ruinez, n'y ayant point 
de fourages. Les troupes de leurs alliez se sont lassez, ils ont 
voulu attaquer Hombourg, j'y ai fait marcher un corps si dili- 
gemment que leur projet a esté rompu. L'Électeur de Brande- 
bourg, dont nous avons pris un courrier, a retiré ses troupes, se 
plaignant hautement du prince de Bade. L'Électeur palatin fait 
la même chose, et j'espère qu'il sera aussy mal avec ces deux 
Électeurs que je l'ay veu brouillé au printemps avec Marlbo- 
rough. L'ennemy est donc sur la Monter, où il n'y a aucune 
espèce de fourage. L'armée du Roy est sur la Bruche, où elle 
est dans l'abandon, et si la rigueur de la saison ne m'arreste tout 
court, j'espère, avec l'aide de Dieu, de ne pas me séparer sans 
aller prendre congé par une petite visite de ces Messieurs. 
Toutte l'amitié que vous voulez bien me montrer. Monsieur, vous 
attire ce détail, qui vous marquera au moins combien je suis 

sensible à votre souvenir. Je suis, etc 

(Copie. Arch. Yogiié.) 

95. Villars au cardinal de Janson. 

Du 10 décembre 1705, à Metz. 

Je ne veux point quitter ces pays cy sans rendre compte à 
Vostre Eminence de la fin de notre campagne, après laquelle, 
grâces à Dieu, nous laissons cette frontière dans un état bien 
différent de celuy où elle estoit le quinze de juin, que touttes les 
forces d'Angleterre, de Hollande et de l'Empire occupoient Trêves 
et vinrent se camper sur Sirk. Aujourdhuy Trêves et Sarbourg 
sont au pouvoir de S. M. Nous avons de plus Hombourg, qui est 
en très bon état, et tel que les enneais ne peuvent plus en for- 
mer le siège qu'ave& le mesme appareil que pour les plus grandes 



APPENDICE. 357 

et meilleures places. Je diray encore à Y. E. que, sur des ayis 

que j'ay eu que les ennemis songeoient à se rendre maîtres de 

Bitche, je Tay foit occuper par un détachement de nos troupes, 

qui y sont présentement en seureté. M. de Ricart, brigadier de 

cavalerie, que j*ay chargé de cette commission, m'assure qu'avec 

peu de dépense et en 15 jours tout au plus Ton peut rendre cette 

place presqu'aussy bonne qu'auparavant. Ainsy les ennemis sont 

présentement aussy éloignez des frontières de Lorraine, des 

Evecbez et de la Sarre qu'ils l'étoient avant la paix de Risvick. 

Je suis persuadé que V. E. verra avec plaisir cette tranquille 

situation d'une frontière qui a donné de grandes attentions à 

toutte l'Europe au commencement de la campagne, et je me 

flatte qu'elle voudra bien recevoir les assurances du respectueux 

attachement avec lequel je suis 

(Copie. Arch. Vogiié.) 



96. Villars à Chamillart 

Au camp de Drusenheim, le 2 may 1706. 

J'ay l'honneur de vous faire mon compliment, Monsieur, sur le 
plus prompt succès que vous puissiez attendre du beau et grand 
projet dont tout l'honneur vous est deu. Je vous avois bien pro- 
mis que nous le mènerions vivement, et certainement la dilli- 
gence dont nous avons usé a peut estre seule empesché les 
ennemis de se prevalloir de ce poste, que plusieurs vouloient 
croire inataquable, et dont la haute opinion retenoit au point 
que l'on desapprou voit fort que Ton songeast seulement à ^i^mar- 
cher. Dieu mercy, Monsieur, voila le Roy maistre de la Mutter 
et du Rhin jusques à Lutterbourg. 

Je prends la liberté de mander au Roy que je songe à y mar- 
cher, après cela je peseray bien toute chose, tant l'utilité de 
l'objet, qui seroit très grande, que la fatigue des troupes, laquelle 
seroit médiocre. Nous pourrions y porter du foin, mais les seigles 
sont desja fort avancés. Enfin, Monsieur, je suis bien contant de 
voir les affaires du Roy dans une si bonne situation dans ces 
pays cy; mais vous me permetlrés de vouloir toujours mieux. 
Vous voyez souvent, Monsieur, ma vivacité attaquée, mais 
comme elle me réussit quelquefois à la guerre, du moins si elle 
me fait du mal auprès de vous qu'elle me fasse du bien, et celuy 
qui me sera toujours le jlus sensible est un peu de part dans 
l'honneur de vos bonnes grâces, lesquelles je crois mériter plus 



368 APPENDICE. 

que personne par l'attachement inviolable avec lequel j*ay llion* 

neur d'estre^ etc. 

(Orig. Dépài de la gaerre. Vol. t948| n* 43.) 

97. Villars au Rai. 

Au camp de Lutterbourg, le 6* may 1706. 

J'ay eu l'honneur de mander à Vostre Majesté par les s" de 
Lauriôre que nous estions les maistres du Rhin jusques à Phi- 
lisbourg, ayant emporté la teste du pont que les ennemis ayoient 
derrière Lutterbourg. J'avois laissé M. le comte du Bourg pour 
attaquer celle de leur pont de Statmat, ce qu'il fit la nuit d'avant 
hier après en avoir un peu rompu les fraises et les palissades 
avec du canon tiré du fort Louis. Il fit attaquer cet ouvrage par 
les grenadiers commandés par M. le marquis de Nangis, lequel 
monta des premiers à l'assault. Les ennemis furent emportés 
avec une extrême vigueur, on en a beaucoup tué. Une barque, 
dans laquelle cinquante ou soixante s'estoient jettes, tourna, et 
tout fut noyé. Il y a quatre-vingt-dix prisonniers, parmy lesquels 
sont deux capitaines et trois ou quatre autres officiers. Les gre- 
nadiers vouloient tout tuer, mais les commandans leur ayant 
crié : « Mes amis, nous avons des prisonniers à retirer, » dans le 
moment se continrent et ne tuèrent plus personne. Je continùe- 
ray à me louer singulièrement de M. le comte du Bourg et du 
jeune marquis de Nangis. 

La garnison du chasteau d'Hatten a esté prise et nous com- 
mençons à rassembler un assés grand nombre de prisonniers. 
Nous avons présentement des partis bien prés de Mayence, et 
V. M. peut conter que je n'oublie rien pour porter la terreur de 
ses armes aussy loin qu'elle doit aller. 

Je passay la journée d'hier à visitter les attaques de Drusen- 
heim et Haguenau. Ge matin, huit pièces de 24 commencent à 
battre Drusenheim, et dès hier au matin une batterie de six 
pièces avoit tiré au siège d'Haguenau, mais, deux heyres après, 
les ennemis la firent taire par la suj^ériorité de leur canon. Je 
trouvay en arrivant à la batterie nostre silence fort mauvais, et 
me payay ensuitte des bonnes raisons que me donnèrent MM. de 
Péri et les commandans d'artillerie. C'est qu'ils avoient mieux 
aimez cesser de tirer pour reprendre avec vigueur ce matin avec 
douze pièces de 24, et je doute mesme que c'en soit assez pour 
imposer aux ennemis. J'en fais venir encore douze. Il est de la 
gloire des armes de V. M. que de pareilles places ne tiennent 



APPENDICE. 359 

pas longtemps. Les majors de Gharost et Péri ont esté dange* 
reusement blessés. Après cela, Sire, il faut regarder le siège 
d*Haguenau comme assés sérieux : les ennemis y ont 2,500 hommes 
commandés par le lieutenant feld-mareschal Stein, qui a mesme 
d'autres ofiBciers généraux sous luy. Le prince de Bade l'y esta- 
blit en se retirant et luy demanda seulement dix jours. 

Dès le moment que j'ay esté maistre de Lutterbourg et de la 
teste de pont des ennemis, j'ay envoyé M. le comte de Yiyans à 
M. le mareschal de Marcin pour luy faire voir la facilité du siège 
de Landau, me rapportant après cela à luy de tout ce que son 
zèle et les ordres de Y. M. luy pouvoient permettre. 

J'apprens dans ce moment, Sire, que les trouppes de V. M. 
sont entrées dans Drusenheim. 

(Orig. Dépôt de la goerre. Vol. 1948, n* 65.) 

98. Villars à Chamillart. 

Au camp de Langkandel, le 7« mai 1706. 

Vous aurés veu. Monsieur, dans ma dernière depesche, que 
les ennemis avoient abandonné Drusenheim la nuit, ayant cepen- 
dant laissé dans la place six pièces de canons de fer, mais plus 
de deux mille sacs de farine et quantité de munitions de guerre. 
Il est certain. Monsieur, que tous leurs magazins de campagne 
sont détruits, et l'on voit le Rhin blanchir de touttes les farines 
qu'ils ont jettées, outre la quantité prodigieuse que nous en trou- 
vons dans tous les villages le long du Rhin. 

Dans le moment que nous avons esté maistres de Drusenheim, 
j'ay pris le party de marcher en avant avec le gros de la cava^ 
lerie et les grenadiers de l'armée, et j 'envoyé dans ce moment 
M. le comte d'Ëvreux avec nos houssars et mille chevaux ou 
dragons tascher de s'emparer de Germersheim, d'où l'on peut 
voir défiler tout ce qui passe le Rhin a Philisbourg. 

J'ay divers avis que Landau est très mal muny, surtout de 
vivres, et je ne feray pas difficulté de vous dire, Monsieur, que 
j'en crois la prise très facile, si les trouppes de M. le mareschal 
de Marcin reviennent à moy. Mais sans ce secours là, vous com- 
prendrés aisément qu'un pareil dessein ne se peut former. Je ne 
puis avoir présentement que 58 escadrons, en comptant mesme 
les houssars. Vous scavez. Monsieur, que les regimens de Saint- 
Gemin, Rachecourt et Ghastellet ne peuvent estre encore en 
Alsace, et je dois avoir une grande attention à border le Rhin 



360 ÂPPEia>iGE. 

depuis Strasbourg, de manière que le prince de Bade, certaine- 
ment très piqué de tous les malheurs qui iuy arrivent, ne fasse 
un effort pour tenter un passage sur le Rhin, ayant un pont de 
batteaux portatif. Je suis donc obligé de laisser 18 ou 20 esca* 
drons et huit bataillons le long du Rhin, depuis Offendorff 
jusques à Lauterbouxg, sans compter ce qui fait le siège d'Ha- 
guenau. 

Dans l'incertitude où je suis des intentions de 8. M., je fais 
toujours travailler les pionniers qui m'a voient suyvy à mettre Lau- 
terbourg, où les ennemis avoient desja travaillé, dans le meilleur 
estât qu'il sera possible. L'on prépare des inondations pour rendre 
ce poste inattaquable. J'ay reconnu très exactement ce camp 
retranché des ennemis, que nous trouvasmes tous si redoutable 
l'année dernière; et j'auray l'honneur de vous dire que nous ne 
l'avons tous estimé tel que parce que nous l'avions fort mal 
reconnu. Pour moy, j'avois la goutte à ne pouvoir monter à 
cheval qu'avec grandissime peine, et, si malheureusement je 
l'a vois eue cette année cy, je vous asseure. Monsieur, que le 
camp de Drusenheim, que l'on vous avoit asseuré estre pareille- 
ment inattaquable, n'auroit pas seullement esté reconnu, et que 
les ennemis y seroient rentrez, comme ils revenoient au camp 
de Lauterbourg, dans l'instant mesme que le comte de Broglie 
s'y est jette. La situation des armées du Roy seroit un peu dif- 
férente. 

Plus j'avance dans le pays, et plus on me confirme que l'ap- 
pareil d'un grand siège est dans Haguenau. Il y a quelque chose 
de surprenant dans la conduite du prince de Bade, et l'on ne 
peut s'empescher de penser qu'elle est causée par plus de dépit 
encore que de foiblesse, parce que les trouppes qu'il avoit mandé 
ne sont pas arrivées dans le temps précis qu'il avoit ordonné. 
Et certainement c'est la justesse et la précision des ordres du 
Roy qui est la véritable source de tous nos bonheurs. Pardonnes 
moy d'y ajouter que je n'ay pas admis les partis foibles, et vous 
en scaurés un jour la vérité. Mais ce qui doit estre bien agréable 
à S. M. et vous causer une sensible joye, c'est de songer que 
jamais les trouppes du Roy n'ont esté si belles, si complettes, ny 
mieux payées : et le contraire dans celle des ennemis. Lorsque 
^ vous entendes dire tous les jours que la France n'a plus ny 
hommes ny argent, celuy donc qui trouve de l'argent et par con- 
séquent des hommes a plus d'esprit qu'un autre. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 1948, n* 71.) 



APPENDICE. 361 



99. Villars à Chamillart. 

A Haguenau, le 12 may 1706. 

Vous croyez bien, Monsieur, que je n*ay pu refuser à M. de 
Péri d'envoyer son cher M. Darsin pour avoir l'honneur de pré- 
senter au Roy les drapeaux de la garnison d'Haguenau; ils sont 
tous des trouppes de Saxe, dont les officiers et soldats en sortant 
donnoient au diable de bon cœur et l'Empereur et le prince de 
Bade de la mauvaise commission qu'il leur avoit donnée. Je vous 
supplie de me faire Thonneur de me mander ce que vous vouUés 
que Ton fasse de tous ces prisonniers. Je verray en attendant à 
les faire passer un peu dans les derrières. 

Je recommence, Monsieur, les compliments que Ton vous doit 
sur nos heureux succès et le peu qu'il en couste. En vérité. Mon- 
sieur, si vous voullés bien me faire l'honneur de me l'avouer, 
vous conviendrés que vous n'avés pas esté si aise depuis long- 
temps que vous devés l'estre présentement. Je ne crois point du 
tout vous donner de vaine espérance en vous disant que je vous 
crois maistre de la paix dans trois mois. Que va dire l'Angle- 
terre, la Hollande? Quel murmure parmy tous les notables 
d'Amsterdam de voir tant de dépenses perdues? Ils pourront 
bien pendre quelques ims de ces Messieurs qui se sont opposés 
opiniâtrement à la paix jusqu'à présent. Quelle gloire pour vous. 
Monsieur, malgré les vastes espérances de nos ennemis; les 
craintes excessives, mais un peu fondées, de nos courtisans ; les 
malheurs d'Hocstett ; la destruction de nostre cavallerie : dans 
cet accablement d'avoir toujours paru serein, tranquille, resta- 
blir tous les désordres et voir présentement les trouppes du Roy 
plus complettes, plus belles que jamais, bien payées ! Encore une 
fois. Monsieur, vous devés estre bien content. Yostre joye sera 
bien plus solide quand vous verres une bonne paix, mais celle 
de ce moment doit estre vive. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 1948, n* 90.} 

100. Villars au comte de Broglie, 

De Bill à 6 heures du matin, ce 23 may [1707]. 

Mon cher comte. Nous voilà maîtres des lignes et de tout le 
canon. C'est à vous que je dois le plus grand succez que nous 



3691 APPENIHGE. 

pouvions jamais espérer : j'en rends compte à Sa Majesté dans 
les termes que je dois et en luy demandant votre élévation. Dans 
le tems que je faisois marcher Tinfanterie pour attaquer les lignes 
de Bill, que défendoit le prince de Dourlach, j'ay veu ce corps 
disparoitre et j'ay apris par leurs prisonniers que vous aviez forcé 
le passage de votre costé. Je marche du côté de Rastatt et je ne 
doute pas que dès que vous aurez de la cavallerie vous n'envoyez 
de mon costé comme j 'envoyé du vôtre. Je vous embrasse ma foy 
de bon cœur, mon cher comte, etc. 

(Gop. Dépôt de la gaerre. Vol. 2027, n* 122.) 

101. Villars à ChamiUart, 

Au camp de Rastatt, le 25« may 1707. 

Je dois, Monsieur, avoir l'honneur de vous parler sur nos lignes 
de la Lutter. Le malheur qui vient d'arriver à ces fameuses lignes 
de Bihl doit dégouster d'un principe de guerre, auquel vous sca- 
vez. Monsieur, que j'ay toujours esté assés opposé : les plus grands 
généraux des siècles passés et du dernier n'ont jamais songé à 
cette sorte de guerre. H est certain que tout homme qui est der- 
rière une ligne a peur. Nos François sont faits pour marcher à 
l'ennemy. J'approuve fort les camps retranchés, mais pour des 
lignes estendûes je les ay toujours creu dangereuses. J'en ay fait 
de belles aussy, mais je ne suis point amoureux de mon ouvrage. 
Lutterbourg est une très bonne place, je puis vous en asseurer ; 
il faut la soutenir. Le fort de Saint-Remy sur la Lutter est très 
bon aussy, cent hommes le deffendroient contre une armée. Il y 
a encore trois ou quatre redoutes qui protègent les écluses qu'on 
garderoit avec peu de monde, mais d'y occuper un corps d'armée 
quand je m'esloigneray, puisque toutte l'Alsace contrÛ)tie desjà, 
ce ne seroit pas ma pensée. Pour Haguenau, il faut le raser abso« 
lument ; et jamais il n'a deu estre fortifié. 

Voilà, Monsieur, sur ce sujet tout ce que je crois devoir avoir 
l'honneur de vous dire et sur quoy je vous demande les ordres 
du Roy, car je laisseray un petit corps qui m'affoiblira d'autant 
plus que je seray obligé d'en mettre un autre à hauteur de Phi- 
lisbourg quand je m'esloigneray. 

Pour l'ordre de raser Haguenau, il ne peut trop promptement 
estre donné. 

Je suis très fasché du petit séjour que je suis forcé de faire icy, 
et scais mieux que personne combien il importe de ne pas don- 



APPENDICE. 363 

ner le temps à Tennemy de se reconnoistre. J'espère bien qu'il 
n'aura pas le temps de prendre haleine. 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 2027, ii« 91.) 

102. Villars à ChamillarL 

Au camp de Schweibertingen près Stutgard, le 5* juin 1707. 

Je sçais, Monsieur, que, rendant compte au ministre de la 
guerre de la situation de l'armée du Roy, j'ay l'honneur d'escrire 
aussy à Monsieur le GontroUeur général des finances. Je vous 
supplie. Monsieur, dans ces deux grandes charges de vouloir bien 
faire un moment d'attention au lieu d'où ma lettre est dattée : 
du 23 may au 4 juin, nous avons chassé l'année de l'Empereur 
des bords du Rhin au delà du Nekre et bien près du Danube. 
J'ay laissé derrière moy les Ëstats des ducs de Yurtemberg, de 
l'Électeur palatin, des princes de Bade, de Dourlac, d'Hohenzo- 
lern et plusieurs villes impérialles. Je pousse des partis vers 
Francfort, Nuremberg, Ulm et Viilinghen et j'espère tirer des 
contributions d'une bonne partie de l'Empire. J'ose me flatter, 
Monsieur, que vous connoissés en moy non seuUement le zèle qui 
m'inspire mon devoir, mais aussy quelque ordre et économie. Le 
soldat, dont le libertinage me faisoit craindre la destruction inu- 
tile des riches pays dont nous sommes les maistres, devient sage 
et me permet d'espérer que le Roy profitera de tout. Je commence 
par avoir l'honneur de vous dire que cette armée ne coustera rien 
au Roy et, si le prince Eugenne s'est fait un honneur d'envoyer 
à l'Empereur deux miUions du Milanois, qui nous a tant cousté, 
j'espère avoir de l'Empire dix fois plus de mérite que luy, et que 
M. le ministre de la guerre et M. le ministre des finances ne trou- 
vera rien qui luy déplaise dans la présente lettre. Il ne vous 
déplaira pas aussy, Monsieur, que je vous supplie de me faire 
toujours l'honneur de me regarder comme l'homme du monde « 
qui est avec le plus fidelle attachement, etc. 

(Orig. Dépôt de la gaerre. Vol. 2027, n* 111.) 

103. Villars au Roi. 

Entrait. Au camp de dchweibertingen, le 5 juin 1707. 

J'espère que Yostre Majesté sera satisfaitte de la fin de cette 

lettre. La régence de Yurtemberg est convenûa de donner à 
Yostre Majesté deux millions deux cens mille livres. Certaine- 



364 APPENDICE. 

ment, Sire, Ton ne pouvoit aller plus loin. Vostre Majesté se 
souviendra que, lorsque Monseigneur entra dans ces pays cy avec 
une grosse armée, on ne demanda que douze cent mille francs, les- 
quels mesme furent mal payez. Je supplie très humblement Yostre 
Majesté d'estre bien persuadée que je me fais un honneur de ces 
contributions comme du gain d'une bataille. C'est je crois en 
gagner une que d'obliger un ennemy dont le pays n'est pas bien 
grand à payer deux millions deux cens mille livres. Je ne puis 
trop me louer de M. l'intendant : nostre vivacité est conforme & 
nos obligations, etc., etc. 

* (Orig. Dépôt de la gaem. Vol. 2027, n« it2.) 

104. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Stutgard, le il« juin 1707. 

Vostre Majesté blasmera peut estre la liberté que je vas 

prendre, qu'elle la pardonne à mon zèle; je croirois qu'il con- 
viendroit de marquer quelque froideur pour la paix. Je crois 
l'Angleterre et la Hollande très consternées par les changemens 
heureux arrivés en Espagne et par ce que nous voyons dans 
l'Empire. 

J'apprens, Sire, dans le moment que je fais partir ce courrier 
que les ennemis ont encore quitté le camp de Schwabsgemund 
et marché à Bergen, trois lieues au delà, sur la route de Norlin- 
gen. La diligence qu'ils font pour nous éviter est grande : il faut 
du temps pour se préparer à les suivre. L'on veut mesme me faire 
craindre le manque de moulins ; j'espère que nous en trouverons. 

Pour ne pas perdre de temps, j'ay fait partir M. le marquis 
d'Lnécourt avec quinze cent chevaux pour passer le Danube au- 
dessus d'Ulm et mettre à contribution tout le pays qui est au delà 
et au deçà du haut Danube. M. le comte de Broglie marche avec 
un pareil corps pour soumettre la Franconie, et pour moy. Sire, 
dans deux jours je marcheray encore sur la piste des ennemis 
pour nous donner toujours plus de pays. 

J'espère que Vostre Majesté aura esté satisfaite des contribu- 
tions du Vurtemberg. La ville impériale d'EsIingen qui est très 
pauvre et a très peu de villages a traitté à cent dix mille francs. 

Nous n'apprenons rien du roy de Suède, il paroist seulement 
que la cour de Vienne craint ses premiers mouvemens. 

Cîomme cette depesche est escritte et de plusieurs jours, je la 
finiray par avoir l'honneur de dire à Vostre Majesté que les deux 



r 
g 



APPENDICE. 36S 

derniers rannée a esté sage. Je ne répondray pas que cette sagesse 
soit solide, mais ma plus grande affaire est de l'establir moyen- 
nant la discipline qui seulie peut nous conserrer. L'Empire sera 
trop consterné pour ne pas demander des secours de touttes parts. .. 
Le duc de Wurtemberg n*est point allé à Vienne comme on Tayoit 
dit, mais il est certain qu'il est toujours dans de violentes que- 
relles avec le marquis de Bareith 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 2027, n* 127.) 



i05. Villars au Bot. 

Au camp de Schomdorff, le 16* juin 1707. 

J'espère que Vostre Majesté apprendra avec joye la continua- 
tion des progrès de son armée. Elle a trouvé dans mes précédentes 
que je n'attendois que mes farines pour suivre l'armée. Dez que le 
pain a esté prest, j'ay marché sur Schorndorff où l'ennemy avoit 
laissé une garnison de six cens hommes. C'est une place qui a autre- 
fois arresté longtemps le roy de Suéde et que M. de Turenne a con- 
servé depuis pendant les guerres d'Allemagne : elle a esté négligée ; 
cependant, U y a six bastions bien revestus, le fossé revestu de 
mesme, des casemates et contremines presque partout : un chas- 
teau, outre cela, flanqué de quatre bonnes tours à l'épreuve du 
canon. C'estoit une entreprise un peu difficile pour une armée qui 
n'a que quatre pièces de batterie et quatre cent coups à tirer; plu- 
sieurs pensoient que l'on pouvoit y faire tuer bien des gens sans 
espérance de réussir. Pour moy. Sire, qui scais bien que dans la 
guerre de campagne il ne faut pas se faire un point d'honneur de 
lever des sièges, et que l'on force ces places souvent par eston- 
ner les peuples et une garnison, j'ay voulu ouvrir une tranchée 
et fait dire à M°^ la duchesse de Virtemberg que, si cette place 
attendoit le premier coup de canon, elle serviroit d'exemple à 
touttes les autres qui auroient l'insolence d'arrester une armée 
royalle. M. de Saint-Fremont avoit marché la veille pour l'inves- 
tir, l'ennemy tenant toujours un petit corps de cavallerie à veûe 
de la place : j'y arrivay quelques heures après; on esloigna la 
cavallerie : pendant deux jours, la garnison a fait un assés gros 
feu de canon ; le 3«, à l'entrée de la nuit, les magistrats sortirent 
pour représenter que le commandant de l'Empereur les empes- 
choit de se soumettre. Us me trouvèrent à la teste des travail- 
leurs et des fascines. Je leur dis que je marchois pour combler le 
fossé et qu'ils pouvoient dire au commandant de l'Empereur que 



366 APPENDICE. 

luy et 0a garnison seroient passés au fil de l'épée et la ville aban- 
donnée à la fiireur du soldat. Us retournèrent saisis de frayeur et 
la communiquèrent an commandant, lequel, deux heures après, 
me remit la place. 

J'avoue, Sire, que, lorsque j'en ay fait le tour, je me suis trouvé 
heureux que personne ne Teust bien connue, puisqu'il n'eust pas 
esté prudent de l'attaquer, quoyque la prise nous fust indispen- 
sablement nécessaire, cette place fermant la seule gorge qui 
puisse nous mener vers Dillingen. 

Nous y avons trouvé 46 pièces de canon de fer, cinq de fonte, 
et des magasins assés remplis de touttes munitions de guerre. Je 
vais en faire ma place d'armes pour marcher en avant, et asseu- 
rement j'aurois trouvé moyen de joindre l'ennemy si je pouvois 
venir à bout du libertinage. Je suis forcé à defféndre sur peine de 
la vie de passer les gardes et n'ay plus que cette ressource de 
contenir l'armée. J'en estois venu à bout autrefois avec moins de 
peine. C'est la seule qui trouble la satisfaction de voir tout réus- 
sir, même au delà de mes espérances, quoyque Yostre Majesté 
scache bien que je n'en avois pas de médiocres dans mon pre- 
mier projet. 

Ma lettre à M^ les magistrats d'Uim a eu son effect. Il a fallu 
les menacer une seconde fois et leur marquer un jour précis pour 
le renvoy de M. Dargelos. Ils ont exécuté l'ordre à la lettre et 
m'en ont escrit tine fort soumise. Ce pauvre M. d'Argelos estoit 
véritablement retenu dans la prison des criminels et gardé à veûe 
jour et nuit depuis treize mois. On voit bien qu'il a beaucoup 
souffert. 

U m'a dit que le cercle de Suabe paroissoit fort ébranlé : que 
le magistrat d'Ulm avoit envoyé deux courriers à la cour de 
Vienne et autant à milord Mariborough avec des lettres très pres- 
santes pour des secours. Certainement une très grande partie de 
l'Empire est dans la consternation et je crois l'Empereur fort 
embarassé! M. d'Argelos a esté informé en partant d'Ulm que 
les Bavarois commencoient à remuer. 

M. le comte de Broglie me mande que les baillifs de Franconie 
commencoient à se rendre auprès de luy ; ceux du grand maistre 
de l'ordre Teutonique estant desjà arrivés et plusieurs autres à 
vingt lieues à la ronde. 

Sans l'effroy que nos maraudeurs répandent et qui fait fuir les 
peuples, je suivrois les ennemis aussi facilement que si l'armée 
de Yostre Majesté marchoit sur ses frontières ; l'officier n'agit pas 
aussy vivement qu'il le devroit. J'en viendrois à bout. Sire, mais 



APPENDICE. 367 

il faudra plus de rigueur que je n'avois résolu d'en employer. 
L'on n'a pas encore bruslé, mais le pillage continue. 

La cavallerie est en très bon estât, parce qu'elle trouve tou^ 
les jours le fourage dans son camp et que ce sont moins les 
marches, mesmes les courses, que les fourages esloignés qui la 
ruinent. 

Les Estats de Virtemberg ont esté réguliers dans leurs paye- 
mens et ont rapporté aujourd'huy le premier, aussi bien que la 
ville d'Ëslingen. 

Dans le moment du départ de ce courrier, les avis sont encore 
partagés sur le party que les ennemis auront pris depuis la prise 
de Schorndorff. Les uns disent qu'ils se retranchent à Bergen, 
deux lieues derrière Suabsgemundt, et d'autres qu'ils 6nt desjà 
pris la route de Norlingen. 

(Orig. Dépôt de la goerre. Vol. ^7, no 140.) 

i06. Villars au Roi. 

Extrait. Au camp de Winenden, le dernier juin i707. 

Vostre Majesté aura veu dans ma précédente que je n'avois 
conté de m'approcher du Danube qu'en cas que l'ennemy pour 
ainsy dire m'en monstrant la route se retirast vers Norlingen et 
Donavert. 

Je vois par la depesche dont il a plu à Vostre Majesté de m'ho- 
norer du 23 qu'EUe craint que je ne m'avance trop dans l'Em- 
pire. Elle me permettra de luy dire que touttes les fois que l'on 
a devant soy une armée intimidée qui fonde son salut dans la 
retraite, les raisons de guerre veullent qu'on ayt pour premier 
objet de la suivre sans lîiy donner le temps de se reconnoistre. 
Il peut arriver ou de la défaire assés aisément dans un combat, 
ou de l'affoiblir par tous les désordres que l'on luy cause. Voilà, 
Sire, ce dont j'ay esté occupé et à quoy j'ay réussy en partie. 
Mais dez que cette armée s'esloigne de manière à ne pouvoir estre 
attaquée, on s'arresle jusqu'à ce qu'elle prenne une route, et il 
faut faire les reflexions que Vostre Majesté me fait l'honneur de 
me prescrire et sur lesquelles je m'estois réglé, puisque ce cour- 
rier m'a trouvé arrivant dans ce camp sur les premiers avis que 
j'ay eus que l'armée imperialle tournoit derrière les montagnes 
et se rapprochoit du Necre. 

Avant que d'avoir l'honneur de luy rendre compte de la situa- 
tion des ennemis et de celle de son armée, je prendray la liberté 



368 APPENDICE. 

de repondre à sa lettre que, quand Elle a veu dans mes précé- 
dentes que je contois d'aller à Dillingen, c*est que j'esperois de 
pousser les ennemis jusques à Donavert, et si ce bonheur là 
m*estoit arrivé, je me serois flatté de faire périr leur armée mesme 
sans combat, puisqu'il m'eust esté facile de les enfermer avec les 
forces de Vostre Majesté, appuyées de tous les peuples de Bavière 
qui n'auroient pas manqué de m'aider dans ce dessein dez qu'ils 
en auroient conxîu la possibilité. 

Mais le premier pas que l'armée impériale a fait pour se rap- 
procher du Necre, je l'ay suivie, ayant toujours esté déterminé 
à ne m'avancer qu'autant que mes communications et mes vivres 
seroient bien établis. Mais, Sire, tant que j'avois cette armée 
devant moy, les derrières ne pouvoient estre inquiétés que par 
des troupes de Flandres dont la marche ne pouvoit estre assés 
vive pour n'estre pas avertis à temps par des courriers qui m'au- 
roient toujours donné celuy de me rapprocher du Rhin. 

J'ay eu l'honneur d'expliquer à Vostre Majesté que l'ouvrage 
que j'ay fait faire en deçà du fort Louis, et sans lequel le fort 
Louis est défectueux, me donne les mesmes avantages que Phi- 
hsbourg. Vostre Majesté en jugera par la facilité avec laquelle 
cent maistres viennent me joindre sans estre troublés.... 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 2027, n* 182.) 

407. Villars à ChamillarL 

Extrait. Au camp de Valdorflf, ce 23* juillet 1707. 

Depuis la dernière lettre que j'ay eu l'honneur de vous escrire. 
Monsieur, les contributions ont esté réglées avec les députés de 
Mayence. Ceux de Darmstatt, des cinq cantons de la noblesse de 
Suabe et de la ville d'Ulm, dont les députés ont avoué que la 
dernière exécution que les housars ont faitte dans leurs terres 
leur coustera plus de douze cens mille frans. Ils avoient bien 
mérité un pareil traittement par leur conduitte passée et se le 
sont justement attirés en dernier lieu, persuadés que l'armée du 
Roy rapprochée du Rhin, ils estoient à couvert de tout péril. 

Le comte de Sezanne est en Franconie et doit revenir à la fin 
du moins. Je crois qu'il rapportera des sommes considérables et 
ramènera bien des ostages. J'espère que vous trouvères, Mon- 
sieur, que l'on a estendu les contributions aussy loin qu'il estoit 
possible, n n'y avoit plus de temps à perdre pour cela, puisque 
Tarmée des ennemis se fortifiQe considérablement tous les jours. 



APPBIVBIGB. 369 

Les cinq mille Saxons les ont joints depuis quatre jours et le jour 
d'après leur armée est revenue camper à Spire 

(Orig. Dépôt de la guerre. Vol. 2027^ n* 223.) 

108. Villars à ChamiUart. 

Bxtrait, Au camp de Rastat, ce 23* septembre 1707. 

Je vois que le Roy ne veut pas employer un grand nombre 

d'officiers généraux sur la frontière. La pluralité n'est pas néces- 
saire au bien de son service. Je ne doutte pas qu'Eue ne se serve 
des mesmes que Tannée dernière dont Testât est cy joint. Je vous 
supplieray de mettre ailleurs M. de Gheladet et vous diray bien 
naturellement que, dès Thiver passé, je le voyois avec peine chargé 
d'un commandement où je scavois bien qu'il trouveroit impos- 
sible tout ce que je voudrois entreprendre. Les lettres qu'il m'a 
escrittes sur cela en font foy. Cependant, ayant résolu d'exami- 
ner dans les premiers jours de mos arrivée en Alsace ce qui seroit 
possible pour ne pas perdre de temps, je le priay de venir au- 
devant de moy à Saveme avec M. le comte de Broglie. M. de 
Gheladet persista à me dire qu'il estoit impossible de surprendre 
un passage sur le Rhin, ny de forcer les lignes de StolofTen. M. de 
Broglie me donna des veues touttes contraires et, dez que je les 
eus examinées, j'espéray le succès que nous avons eu : dont par 
parenthèse vous me permettrez la liberté de vous dire, Monsieur, 
que M. le comte de Broglie doit espérer quelque récompense. 

Je n'a vois garde de charger M. de Gheladet d'une entreprise 
qu'il jugeoit impossible. Je ne luy en parlay mesme plus, ayant 
pour principe de ne jamais parler d'un dessein qu'à ceux qui 
doivent indispensablement en estre informés : celuy là réussit. 
Il en fut surpris et fasché. J'aurois autre chose à vous dire, mais 
la vérité est que M. de Gheladet a esté bon capitaine de caval- 
lerie, bon colonel, a bien servy M. de Luxembourg en Flandres, 
mesme pour donner la bataille de Fleurus ; présentement il ser- 
vira mieux qu'un autre pour en éviter. Je suis forcé à vous dire 
ces vérités là sur son sujet. Je ne scaurois luy pardonner de ne 
m'avoir pas donné un avis à Gemundt qu'il scavoit bien que j'at- 
tendois avec impatience. Je finis court sur cela. 

Je reviens aux lieutenans généraux. M. le comte du Bourg, 
qui est le premier, a certainement la pluspart des bonnes qualités 
que Ton peut désirer pour la guerre, exact, vigilant ; je luy ay 
veu beaucoup de courage , et personne ne sera plus propre à 

n 24 



370 APPENDICE. 

prendre touttes les précautionB pour la seureté d'une frontière. 
Il m'a témoigné qu'il désireroit fort de servir l'hiver, si je demeu- 
rois, et m'a dit qu'il avoit l'honneur de vous escrire pour cela. 

M. de Saint-Fremont a aussy bon esprit et pense aussy bien 
sur la guerre qu'aucun officier général des armées du Roy. Je 
dois mesme dire que, dans l'affaire de Lorch et celle de l'arrière- 
garde près Gremundt, il servit avec beaucoup de vigueur. Je l'aime 
fort, personnellement, mais vous, Monsieur, qui le connoissés et 
l'aimés, croyés vous que sa santé, son âge et sa volonté luy 
fassent désirer de fûre encore la guerre? Pour moy, j'en doutte, 
et il faut aimer la guerre et estre animé d'ambition pour penser 
toujours de même sur la guerre. Et moy qui vous parle et qui, 
j'ose le dire, ay toujours esté plus occupé de me faire du mérite 
que de ma fortune, croyés vous que je me flatte de penser tou- 
jours de mesme sur la guerre? Les sentimens des hommes 
changent et, si ma santé n'estoit pas aussy bonne qu'elle l'est, 
grâce à Dieu, je supplierois Sa Majesté d'honorer quelqu'autre du 
commandement de ses arméesi II y a bien peu d'hommes dont 
l'ardeur et un espht d'audace ne soit afiToibly par l'âge ou la mau- 
vaise santé. J'en ay connu deux au-dessus des années et des 
maladies : c'estoit M. de Turenne et M. le Prince, encore le der- 
nier s'exécuta. U n'y en a pas beaucoup de cette trempe là. 

Voilà bien des digressions, et, si vous n'avés pas plus de temps 
à Fontainebleau qu'ailleurs, ma trop longue lettre vous fatiguera 
beaucoup. 

Je reviens à nos généraux : si M. le comte d'Hautefort vous pa- 
roist [avoir] une grande envie de demeurer l'hiver, je m'en accom- 
mode assez ; M. de Péri est fort appliqué et vigilant. Je vous 
avoue que je suis fasché de voir des étrangers se distinguer de 
nos François. Gela arrive pourtant dans plusieurs de nos armées, 
et Dilon s'est bien distingué partout. Mon frère m'a mandé de sa 
part qu'il souhaitte fort de venir avec moy : je le souhaitte fort 
aussy. Je vous demanderay préférablement mon frère, si S. M. 
ne le destine à rien sur la mer. Mylord Marlborough a son frère 
que l'on m'a dit estre un officier général très médiocre; cepen- 
dant, parce que c'est son frère, il luy confie les principaux postes. 
Le mien, Monsieur, j'ose le dire, est un des meilleurs sujets que 
le Roy ayt. Vous scavés combien je l'ay désiré : ce n'est que par 
la raison du bien du service. Je suis bien seur que, quand je le 
mettray à une teste, il m'en répondra avec autant de capacité et 
plus de fermeté qu'un autre. H a servy de mareschal de camp 
pour le Roy d'Espagne à Gibraltar, et les services qu'il a rendus 



APPENDICE. 371 

depuis sur mer et sur terre, à Tisle de Minorque et en Provence, 
peuvent obliger 8. M. à l'honorer de quelque confiance. J'ose 
dire qu'il n'en est pas indigne, et vous asseure^ Monsieur, que 
je suis moins occupé de son avancement que du bien du service 
quand je désire qu'il ne soit pas un moment inutile. 

Je reviens aux mareschaux de camp. Je commenceray par 
M. le comte de Ghamillart et M. le marquis de Dreux. Je vous 
asseure. Monsieur, que par toutes sortes de raisons je les dési- 
rerois fort.* 

M. )e comte de Ghamillart est fort appliqué et aime fort le 
mestier. J'ay oûy dire mille biens de M. de Dreux à ceux qui 
l'ont veu servir en Italie. Un grand courage ; je luy connois un 
grand sens et je l'aime fort asseurement. Vous sçavés, Monsieur, 
par ces messieurs mesmes, ce qu'ils désirent : pour moy je les 
désire fort. J'en ay parlé à M. le marquis de Dreux, qui m'a fait 
l'honneur de me paroistre de mes amis. Il n'a pas fait difficulté 
de me dire qu'il avoit des affaires indispensables qui l'attiroient 
auprès de vous cet hiver, mais que pour la campagne il vous 
demanderoit à la faire avec moy. 

M. le chevalier de Groissy m'a paru désirer de servir, et il est 
de très bonne volonté. M. de Vieuxpont est fort bon sujet. Je ne 
scay si les raisons qui l'ont fait retourner à Paris luy permettent 
d'en partir. 

Vous avez des brigadiers de cavalerie et d'infanterie excellons. 
Il y en a de médiocres dans l'infanterie. C'est aux majors géné- 
raux à vous les faire connoistre 

(Orig. Dépèt de la guerre. Vol. 2028, n* 129.) 

109. Villars à Ghamillart. 

A Strasbourg, ce 4* novembre 1707. 

M. le duc de Virtemberg, Monsieur, a renvoyé de luy mesme 
(et comme vous croirés bien sans en avoir esté sollicité par moy) 
les ofiQciers de la garnison d'Hornberg, lesquels j'ay fait mettre 
en prison sur le champ, et mandé à M. le duc de Virtemberg 
que de tous les prisonniers, c'estoit ceux que j'estois le moins 
pressé d'échanger, puisque mon sentiment est que tous officiers 
qui se rendront prisonniers de guerre pourriront dans les prisons 
ennemies et n'en sortiront que pour entrer dans celles du Roy. 

Ces officiers ont commencé par s'excuser sur ce que les soldats 
s'estoient révoltés contr'eux. Je leur ay dit qu'il falloit tuer les 



378 APPENDICE. 

plus mutins et qu'il eust esté plus honneste pour eux que leurs 
soldats les eussent liyrés prisonniers eux mesmes que de livrer 
leur garnison. M. de la Bastie m'a dit que le lieutenant colonel 
qui estoit allé leur porter des munitions de guerre les avoit 
trouvés tous bien logés dans la ville d'Hornberg sans songer à 
s'accommoder dans le château qui n'est pas très bon, mais 
cependant il y a trois costés inattaquables, et le troisième [sic) 
est une muraille et un donjon où îe canon ne fait pas grand 
effect. 

Enfin, Monsieur, ma pensée est que l'on laisse ces ofiQciers en 
prison pendant deux ou trois mois ; s'informer autant qu'il sera 
possible pendant ce temps là de Testât du château, et après cela 
les mettre au conseil de guerre. Peut estre qu'ils le méritent 
moins que ceux des places réguUères, dont les garnisons ont eu 
la lascheté de se rendre à de pareilles conditions, mais je suis 
entièrement pour la sévérité, la croyant nécessaire. 

J'auray l'honneur de vous dire, Monsieur, qu'en 74, M. l'Élec- 
teur de Brandebourg estant en Alsace avec plus de 60 mil 
hommes, attaqua le château de Wasselone qui ne valoit peut 
estre pas celuy d'Homberg : un capitidne de Champagne y corn- 
mandoit avec 200 hommes ; après cinq jours d'attaque, battu de 
canon, il se rendit, sortant avec sa garnison et tous les honneurs 
de la guerre. Il voulut se présenter à M. de Turenne et M. de 
Turenne ne voulut pas le voir ; tout le régiment de Champagne 
est instruit de ce que j'ay l'honneur de vous mander. Le mesme 
esprit n'est pas présentement dans les trouppes. 

(Orig. Dépôt de U goem. Vol. 2028, n* 244.} 



TABLE 



DU SECOND VOLUME. 



Sommaires. 



1701. 

Villars quitte Vienne, p. 1 ; 8*arrôte chez l'électeur de Bavière et 
le prince de Bade, 1, 2; est destiné à l'armée d'Italie, 2; est 
reçu par Louis XIV. Villeroy battu à Ghiari, 3. Villars malade 
à Turin, 5 ; rejoint le prince de Vaudemont à Pizzighitone, 6. 
Combat de Castelleone, 7. Villars reçu avec enthousiasme par 
l'armée de Villeroy, 8 ; commande un corps détaché sur l'Adda, 
10. Séparation de l'armée, 10. Villars, passant par Turin, est 
retenu par le duc de Savoie, qui lui confie ses griefs, 11, 12. 

1702. 

Villars à Versailles, 12; n'est pas fait maréchal de France, 13; 
épouse Mu« de Varangeville, 13. Villeroy pris à Crémone, 14. 
Traité de l'électeur de Bavière avec Louis XIV, 16. Mort de 
Guillaume lU, 17. Villars envoyé à l'armée d'Allemagne sous 
Catinat, 19. Siège et prise de Landau, 18-20, 22. Inaction de 
Catinat, 18^21 . Ulm surpris par l'électeur de Bavière, 22. Vil- 
lars reçoit le commandement du corps destiné à joindre l'élec- 
teur, 25; se rend à Huningue, 27; jette un pont sur le Rhin, 
28. Prise de Neuenbourg par du Bourg, 31. Les Suisses pro- 
testent contre le passage sur leur territoire, 33. Le prince de 
Bade abandonne ses positions de Friediingen, 32. Villars passe 
le Rhin et le défait complètement, 34-37 ; reçoit le bâton de 
maréchal, 40; lettres du Roi, du duc d'Orléans et de la prin- 
cesse de Conti, 41. L'électeur de Bavière évite de joindre Vil- 
lars, 42. Le prince de Bade n'ose attaquer Neuenbourg, 42. Vil- 
lars, après une démonstration sur Fribourg, repasse le Rhin, 45; 
et s'établit à Saveme, 43-45. Expédition de Tallard sur Nancy, 

n ar 



374 TABLE. 

45. Négociations de Télecteur de Bavière avec Tempereur, 46. 
Yillars établit ses quartiers d'hiver en Alsace, en Lorraine, en 
Franche-Comté, 47. Naissance d'Honoré-Armand de Yillars, 
fils du maréchal, 47. 

1703. 

Yillars est très bien reçu par le Roi, 47. Plans pour la campagne 
suivante, 48-56. Yillars passe le Rhin le 10 février, 56; disperse 
la cavalerie ennemie, passe la Kintche, 59; remonte la vallée 
jusqu'à Haslach, 60, et investit Kehl, 61 ; mène le siège de cette 
place sans tenir compte des plans de Yauban, 61-63; elle capi- 
tule le 11, 64. Yillars demande un brevet de duc, qui lui est 
refusé, 65; s'empare de Kensingen, 67 ; écrit au Roi une longue 
lettre sur le siège de Kehl, 67-72. Son dépit de ne pas être duc, 
72; sa correspondance avec Ghamillart, 73. U repasse le Rhin, 
74. Mécontentement du Roi et de la Cour, 74. Le Roi lui rend 
sa liberté d'action, 76. Yillars confère avec Tallard, passe le 
Rhin et se porte devant Bûhl, 77. Blainville ne croit pas pou- 
voir attaquer la droite des lignes ennemies, 77. Yillars tient 
un conseil de guerre et renonce à l'attaque, 78 ; s'engage dans 
la vallée de la Kintche, 79 ; s'empare de Hausach, Haslach et 
Homberg, 80 ; bombarde inutilement Yillingen, 82 ; rétablit la 
discipline dans l'armée, 83 ; joint l'électeur de Bavière & Ried- 
lingen, 85; reçoit les confidences de Ricous, 87; décide l'élec- 
teur à marcher sur Passau et Yienne, 89. L'électeur renonce 
à ce projet, 91. Yillars essaye en vain de le faire revenir, 94. 
Max Emmanuel envahit le Tyrol, 95. Yillars presse inutilement 
la marche de Yendème en Italie, de Tallard sur le Rhin, 96-97. 
Prise de Kufstein, 97; de Rattenberg, 98. Yillars insiste inu- 
tilement pour que l'électeur occupe Augsbourg, 98. Le prince 
de Bade et.Styrum se concentrent devant Yillars campé entre 
Lauingen et DiUingen, 99. Insurrection des Tyroliens, 102. 
Lenteur de Yendème et de Tallard, 103, 107. Legall bat le 
comte de la Tour à Munderkingen, 104. Yillars insiste encore 
pour l'occupation d'Augsbourg, 107, 109. Max Emmanuel éva- 
cue le Tyrol, 109. Le prince de Bade marche vers l'IUer, 110. 
Yillars se porte à sa rencontre, 111 ; ne peut l'empêcher d'oc- 
cuper Augsbourg, 112. Discussion de Yillars et de l'électeur, 
113-115. Yillars se décide à attaquer 8tyrum et passe le Danube 
à Donauwerth, 116. Fausse manœuvre de d'Usson, 119. Yic* 
toire d'Hochstœdt, 119-121. Yillars veut rétablir' la communi- 
cation avec la France, 123 ; l'électeur veut défendre la Bavière, 



TABLE. 375 

424. Conflit entre les deux chefs d'armée, lettre de Villars au 
Roi, 125. Marche sur l'Iller, prise de Memmingen, 133. Le 
prince de Bade évacue Augsbourg, 134. Villars remplacé par 
Marsin, 135. Sa dernière entrevue avec Télecteur de Bavière, 
138. Il se rend à Schaffouse, où il rencontre Marsin, 140. Le 
Roi le destine à l'armée d'Italie, 141. Il refuse et rappelle à ce 
sujet les maladresses de Phelypeaux, ambassadeur auprès du 
duc de Savoie, 142. Il est reçu à Marly, 143. 

1704. 

Villars est chargé de réduire les Gamisards révoltés du Lan- 
guedoc, 145; se propose de les prendre par la douceur, 146; 
s'abouche avec d'Aygalliers, 147 ; presse activement les opéra- 
tions militaires, 148; son entrevue avec Jean Cavalier, 150-151. 
Résistance des lieutenants de Cavalier, 152. Secours, envoyés 
aux rebelles par l'étranger, 152. Cavalier se soumet et quitte 
la France, 154. Défaite de la flotte ennemie devant Malaga, 
156. Mort de Rolland et de Maillet, 160. Villars apprend la 
défaite d'Hochstsedt , 161. Mort ou soumission des derniers 
chefs rebelles, 162-165. Aventure du sieur de Mandajors, 165. 
L'électeur de Bavière vient à Versailles, y rencontre la maré- 
chale de Villars, 166. Le roi des Romains prend Landau, 167. 
Villars tient les états de Languedoc, 167. 

1705. 

Villars reçoit le cordon bleu, 169; se rend & la Cour, 170; est 
nommé commandant en chef de l'armée de la Moselle, se rend 
à Metz, 172; offre ses revenus au Roi, 172; prend les Deux- 
Ponts et Hombourg, 174. Lettre de Villars au Roi pour deman- 
der des ordres, 176. Mort de l'empereur Léopold, 179. Villars 
prend position près de Sierk, 180. Marlborough passe la Sarre 
et se poste en face de lui, 182. Lenteur du prince de Bade, 183. 
Marlborough décampe avec toute son armée, 185; attribue sa 
retraite à l'inaction du prince de Bade, 186. Villars obligé d'en- 
voyer une partie de ses troupes en Flandre, 187; fait une 
démonstration vers Trêves et marche rapidement sur W^issem- 
bourg, dont il force les lignes, 188 ; prend les petites places de 
la basse Alsace, occupe Hombourg, démantèle Trêves, 189-191 ; 
passe le Rhin et fait une excursion autour de Li6htenau, qui 
est pris, 192. Le prince de Bade ayant reçu des renforts, Vil- 
lars, affaibli par des détachements envoyés en Flandre, évacue 



376 TABLE. 

la ligne da la Moder, 493. L'ennemi assiège HaguenaUf 194. 
Pery sort de la place avec toute la garnison, 195. Villars s'éta- 
blit solidement sur la Bruche et sur la Sarre et prend ses quar- 
tiers d'hiver, 196. 

1706. 

Villars, de concert avec Marsin, attaque les lignes de la Moder, 
198. Irrésolution de Marsin, 199. Villars donne l'exemple, 200. 
Broglie occupe Lauterbourg , 201. Drusenheim et Haguenau 
sont pris, 202. Yilleroy battu à Ramillies, 202. Marsin conduit 
son corps en Flandre, 203. Villars fortifie la ligne de la Lauter, 
203. La Gour ne l'autorise pas à passer le Rhin, 204. Le Roi 
lui donne le commandement de l'armée d'Italie sous le duc 
d'Orléans, 205. Villars refuse : ses lettres à M^* de Maintenon, 
206; à Ghamillart, 209. Le Roi consent à envoyer Marsin à sa 
place, 212. Villars s'empare de l'île du Marquisat, 213; reçoit 
l'ordre d'assiéger Landau, 214 ; mais démontre au Roi que son 
armée a été trop affaiblie pour pouvoir mener à bien cette opé- 
ration, 215. U se retranche sur la Lauter, 215. L'ennemi se 
présente devant lui, 215. Mauvaises nouvelles d'Italie, affaire 
de Turin, 218. Le prince de Bade quitte le commandement de 
Tannée ennemie, 219, qui repasse le Rhin le 17 novembre, 220. 
Villars occupe Hagembach et prend ses quartiers d'hiver, 221. 

1707. 

Succès de Berwick en Espagne, 222. Victoire d'Almanza, 223. 
Villars prépare avec le comte de Broglie l'attaque des lignes 
de Stolhoffen, 223; elles sont forcées le 21 mai. Villars occupe 
Rastatt, 228; Pfortzheim, Ëthngen, 230; Stuttgard, 232; pousse 
ses contributions jusqu'au Danube, 234. Prise de Schorndorff, 
235. Combat de Lorch, 236. Villars entre en relations avec 
Charles XU, roi de Suède, et lui propose une action combinée, 
238; mais la Cour le rappelle sur le Rhin et lui demande des 
détachements pour la Provence, 239. Villars revient devant 
Manheim, 241, puis à Bruchsal, 242. Combat de Dourlach, 243. 
Agnès de Villars reçoit l'abbaye de Chelles, 245. Villars se 
maintient sur la rive droite du Rhin devant les forces crois- 
santes de l'électeur de Hanovre jusqu'à la fin de septembre, 
246-249. Il repasse le Rhin et sépare l'armée en octobre, 250. 



TABLE. 377 

APPENDICE. 

I. Nboogutions relatives a la succession d'Espaqnb (suite). 253 

II. Extraits de la Gorrespondahgb db Yillarb. 

Lettres écrites en 1702 256 

Villars à Ghamillart, n«* 1-7, 9, 12-16, 19, 20. 

Villars à M. de Ricous, n^ 8. 

VillATS au comte d'Arco, n^ 10. 

Villars au Roi, n» 11. 

Ghamillart à Villars, n« 17. 

Villars à M. de Puysieuiz, n» 18. 

Lettres écrites en 1703 275 

Villars à Ghamillart, no- 21-25, 27, 29, 30, 35, 37, 39, 43, 45, 

46, 48, 50, 51. 
ViUars au Roi, n^ 26, 28, 40, 42, 47. 
Villars au maréchal de Villeroy, n» 31. 
Le Roi à Villars, no» 32, 41. 
Ghamillart à Villars, n«* 33, 36, 44. 
Le Pelletier à Villars, n* 34. 
Villars au prince de Gonti, n* 38. 
Villars au comte de Marsan, n* 49. 

Lettres écrites en 1704 311 

Jean Gavalier à Villars, n<» 52, 53, 56. 

Villars à J. Cavalier, n* 54. 

Rolland à J. Cavalier (?), n* 55. 

Villars à Ghamillart, n»» 57, 61, 64, 69. 

Villars au pnnce de Gonti, n^* 58, 60, 68. 

D'Aigalliers à Villars, n* 59. 

Villars au cardinal de Janson, n* 62. 

Le comte de Choiseul Traves à Villars, n* 63. 

Villars à du Bourg, n» 65. 

Villars à l'abbé de Saint-Pierre, n» 66. 

ViUars à révoque d'Alais, n* 67. 

Lettres ÊCRrrES en 1705 335 

Villars à GhamiUart, n*» 70, 72-75, 79, 84, 88, 89, 91, 93. 
Ghamillart à Villars, n«* 71, 86. 
Marlborough à Villars, n^ 76. 



378 TABLE. 

Villars à Mariborough, n« 77. 

Villare au Roi, n" 78, 84, 83, 87, 90, 92. 

Villars à M. des Alleurs, n« 80. 

Villars à la marquise de Maintenon, n* 82. 

Villeroy à Villars, n* 85. 

Villars à Tévôque de Nîmes, n* 94. 

Villars au cardinal de Janson, n^ 95. 

Lbttres ÉCRrrES en 1706 357 

Villars à Ghamillart, n^ 96, 98, 99, 101, 102. 
Villars au Roi, n«» 97, 103. 

Lettres écrites en 1707 361 

Villars au comte de Broglie, n® 100. 
Villars à GhamiUart, n»» 101, 102, 107-109. 
ViDars au Roi, no» 103-106. 



Nogent-le-RotroQy imprimerie Daupxlbt-Goutbrnbur. 



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